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11/02/2010

DECIDEMENT, ON NE PRÊTE QU’AUX RICHES

Je viens de terminer la lecture du livre de Gilles van Grasdorff, L’Histoire secrète des Dalaï-Lamas. Elle m’inspire quelques réflexions.

 

Tout d’abord, il faut reconnaître que le qualificatif de « secrète » dans le titre n’est là que pour appâter le lecteur, car rien de « secret » n’est révélé, ni de près ni de loin. C’est tout simplement l’Histoire des Dalaï-Lamas. Mais ce titre était déjà pris. Il fallait trouver mieux.

 

On nous raconte surtout l’histoire du Dalaï-Lama actuel, le 14e, chouchou des occidentaux et bête noire de Pékin. Pour nous signaler, dès la quatrième de couverture, toutes les accointances qu’il aurait eues, ainsi que ses prédécesseurs, avec les affreux « nazis », les inoxydables. Je veux bien que ça fasse vendre, mais bon sang, voici le sujet de mon ire :

 

Nous avons droit à tout un chapitre intitulé Les Nazis au Tibet, où nous attend une tartine largement étalée en détails avec dates, photos et tout et tout, sur l’ « expédition SS » de Ernst Schäfer à Lhassa en 1938-39.

Plus une tartine sur Heinrich Harrer, le fameux alpiniste autrichien, auteur de Sept ans au Tibet, qui fut membre de la SS. Et une tartine sur le grand explorateur suédois Sven Hedin, qui avait lui aussi de fâcheuses sympathies. Et d'autres encore, plus près de nous.

 

Bon, je veux bien avaler toutes ces tartines, mais pourquoi alors seulement 5 lignes, oui seulement 5, page 146, pour nous révéler très succinctement : « Des années plus tard, le prix Nobel de la Paix Nicolas Roerich, sa femme Héléna et son fils Georges, associés, en 1926 et 1928 en Asie, au James Bond soviétique Yakov Blumkin, agent secret de la Tchéka, monteront deux expéditions en Asie pour retrouver le royaume mythique de Shambala ».

 

Oui, parce que les bolcheviks, eux aussi, s’intéressaient vivement au Tibet. Au moins autant que les Allemands. Quant au « James Bond soviétique », au lourd passé de tchékiste, Yakov Blumkin, j’en parle dans les Révolutionnaires juifs (et sur le blog en date du 23/11/07). Il n’avait pas grand-chose à envier aux nazis, croyez-moi.

 

Je parle aussi de son acolyte Mijail Borodin, autre bolchevik du même tonneau qui exerça ses talents en Chine et un peu aussi au Tibet. Pour lui, juste 7 lignes, page 203 : « Dès 1931, le favori de Thubten Gyatso reçoit à Lhassa des émissaires travaillant pour le compte de Mijail Borodin, conseiller militaire et émissaire du Komintern à Canton, à qui il promet la création d’une République soviétique du Tibet, et qui, en attendant ce moment, se fait fort d’ouvrir une école militaire dans le Kham, près de la frontière sino-tibétaine, avec, pour formateurs, des officiers soviétiques de l’Armée rouge ».

 

Pourquoi tant de discrétion pour évoquer ces personnages qui magouillèrent au moins autant dans ces régions que les nazis ? Et qui avaient autant d'exactions en tous genres sur la conscience ? Pour se chercher à perpétuité un éternel certificat de bien-pensance ?

 

78.jpgUn dernier mot: si vous vous intéressez à ces régions, relisez plutôt l’excellent bouquin de Michel Peissel sur le même sujet, Les Cavaliers du Kham, paru en 1972, qui relate la lutte des résistants tibétains à l’envahisseur chinois. Lutte qui fut souvent menée, au début, contre l’avis du Dalaï-Lama lui-même (l’actuel) qui conserva longtemps pour Mao les yeux de Chimène.

 

En témoigne un poème écrit par Sa Sainteté en 1956, à la gloire du dictateur, qui fut largement utilisé par la propagande chinoise de l’époque, et que cite Peissel:

 

"O Président Mao ! Ton lustre et tes exploits sont

Comparables à ceux de Brahama et de Mahasammata, créateurs

Du monde.

 

Ce n’est que d’un nombre infini de bonnes actions

Qu’un tel chef peut être né, semblable qu’il est au soleil

Eclairant le monde.

 

Tes écrits sont précieux comme des perles, abondants

Et puissants tel le grand flux de l’océan

Qui rejoint les limites du ciel

 

O très honorable Président Mao, puisses-tu vivre longtemps.

Le monde voit en toi une mère protectrice, il peint ton

image, le cœur plein d’émotion.

 

Puisses-tu vivre en ce monde à jamais et nous montrer

La route de la paix.

 

Notre vaste pays était écrasé par la misère, les chaînes

Et les ténèbres. Tu nous as tous libérés avec éclat.

Le monde est maintenant heureux, inondé de bénédictions …."

 

 

65.jpgEt relisez aussi Sven Hedin, notamment Trois ans de lutte dans les déserts d’Asie. Un personnage fascinant. Qui ne faisait pas dans le politiquement correct.

 

BON A SAVOIR …

Trouvé sur le site de Yad Vashem :

"Le programme ICHEIC pour l’enseignement de la Shoah en Europe

Ces dernières années, nous sommes témoins d’un intérêt grandissant dans les divers pays européens pour l’enseignement et la commémoration de la Shoah. Nombre de ces pays ont instauré un jour de commémoration officiel de la Shoah et ont développé des programmes éducatifs, ce qui a accru d’autant plus les besoins de programmes précis et adaptés et la nécessité de conseils pédagogiques.

Afin de répondre à ce défi, l’Ecole Internationale pour l’enseignement de la Shoah a mis au point le programme ICHEIC d’enseignement de la Shoah en Europe, dont le but est le développement du champ d’étude de la Shoah en Europe, particulièrement dans le cadre de l’éducation formelle. Un des objectifs importants de ce programme ICHEIC consiste en la création d’un réseau d’enseignants afin d’élargir le cercle des éducateurs spécialisés dans le domaine de la Shoah à travers l’Europe qui pourra renforcer et développer les programmes éducatifs. L’existence d’une importante équipe de spécialistes éducatifs qui travaillent à l’Ecole internationale pour l’enseignement de la Shoah depuis sa création en 1993, et l’accumulation de leur expérience, permet de conduire un tel programme d’activités éducatives sur une échelle internationale aussi large.

Ce programme peut être réalisé grâce à la générosité de la Commission internationale pour les demandes d'indemnisation de l’époque de l’Holocauste (CIDIEH ou ICHEIC en langue anglaise).

ICHEIC a été établie en 1998 à la suite de négociations menées entre les compagnies d’assurances européennes et les contrôleurs d’assurances aux Etats-Unis ainsi qu’avec les représentants des communautés juives à travers le monde, les organisations de survivants et l’Etat d’Israël.

Le contenu de l’accord ICHEIC avec différentes compagnies d’assurances et la fondation allemande « Souvenir, responsabilité et avenir », prévoit que les fonds pourront être utilisés à des buts humanitaires liés à la Shoah.

Le programme ICHEIC d’enseignement de la Shoah en Europe a pour mission de préserver et de perpétuer la mémoire de la Shoah et les enseignements que l’on peut en tirer, de combattre la montée de l’antisémitisme, de sauvegarder les droits de l’homme et de prévenir le racisme et la xénophobie.

Depuis la mise en place du programme ICHEIC en 2005, l’Ecole internationale pour l’enseignement de la Shoah a organisé un nombre records de séminaires pour éducateurs et enseignants européens, y compris de Croatie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Allemagne, Autriche, Lituanie, Russie, Royaume-Uni et Italie."

Source: http://www1.yadvashem.org/education/French/ICHEIC.htm

 

« … Nous sommes témoins d’un intérêt grandissant dans les divers pays européens pour l’enseignement et la commémoration de la Shoah ». Ouiche … ce n’est pas exactement comme ça que je présenterais la chose.

 

Je dirais plutôt quelque chose dans le genre : « Nous avons considérablement augmenté la pression sur les pays européens afin que leur indécrottable sentiment de culpabilité lié à la shoah que nous avons soin de leur rappeler matin, midi et soir, les oblige à soutenir à fond Israël, quoi qu’il fasse ».

 

Oui, comme ça, ça m’a l’air nettement plus conforme à la réalité…

10/02/2010

SEGUIN, NAPOLEON III ET L'AFFAIRISME

44.jpgNous parlions hier du pamphlet de Victor Hugo, Napoléon le Petit, et voilà que je tombe sur une critique d’un livre que Philippe Séguin écrivit pour réhabiliter ce même personnage, Napoléon III. Cette critique date de 1991 et elle est signée Pierre Vial.

 

Afin de compléter le fâcheux portrait d’hier, je vais me permettre d’en citer quelques extraits, qui éclairent bien le côté affairiste de l’époque. Là encore, on ne peut que songer au parallèle avec la nôtre. Ou peut-être les gens ne changent-ils jamais ?

 

On y voit surtout l’ascension fulgurante dès cette époque d’un certain nombre de familles juives déjà bien installées dans la finance internationale. Là aussi, un rappel qui permet de comprendre bien des comportements par la suite.

 

Ce panégyrique de Napoléon III n’était pas dénué d’arrières pensées politiques, voire électorales, de la part de Séguin. D’ailleurs Pierre Vial ne manque pas de rappeler le mot de Thierry Pfister à propos de ce « Raminagrobis » :  « Il est bien décidé, lors du sprint final, à être, à droite, le mieux placé de sa génération dans la bataille pour le sommet. (…) Depuis son enfance tunisienne, il rêve de devenir Napoléon ». Nous étions au début des années 90, rappelons-le.

 

Après avoir rappelé les réalisations, effectives, du règne de l’empereur, telles que présentées par Séguin, Pierre Vial ajoute ceci:

 

« Ce bilan positif ne doit pas faire oublier l’essentiel : sous le Second Empire s’affirme la puissance, sûre d’elle-même et dominatrice, de l’argent. Rendons à Napoléon III cette justice : pas plus que Charles de Gaulle, il n’accepte de voir en l’économie le seul objet d’un gouvernement. Mais l’un comme l’autre n’ont su empêcher l’emprise des valeurs marchandes sur la société française.

 

Car, sous le Second Empire, l’argent est roi. L’empereur s’entoure de financiers. Georges Spillmann* rappelle que Karl Marx « reprochera à Napoléon III ses excellentes relations avec les grands capitalistes juifs, tels les Rothschild, les Pereire, les Fould ». Des figures qui dominent l’époque : Fould fut, écrit Séguin, « l’homme de confiance de Louis-Napoléon pour les problèmes d’argent ». Ancien député de la majorité orléaniste sous Guizot, il fut ministre des Finances de 1849 à 1860, puis en 1867. Fervent adepte du libéralisme, il fut pour beaucoup dans le traité de commerce signé avec l’Angleterre en 1860, par lequel la France renonçait à protéger ses producteurs.

 

Adeptes de la technocratie saint-simonienne, les frères Jacob et Isaac Péreire construisirent un puissant réseau financier, basé sur le Crédit mobilier qu’ils créent en 1852 et qui est la première des banques d’affaires. Les Péreire bénéficient du total appui de Napoléon III : ils seront, assure Séguin, « ses protégés et les meilleurs serviteurs de sa politique ». Quand leurs opérations peu orthodoxes les obligent à s’effacer, pour se replier … sur un confortable siège de député, Napoléon III se tourne vers les Rothschild. « La puissance de cette famille l’a fasciné », avoue Séguin. Il n’est pas rancunier, car les Rothschild sont pour beaucoup dans la chute de Napoléon Ier, occasion pour eux de très juteuses affaires…

 

Ainsi, la haute finance exerce un pouvoir considérable dans la France du Second Empire. D’où des taches sordides sur le blason du régime. Mais Séguin s’en accommode : « On aurait tort de s’en tenir à la contemplation morose du revers de la médaille : la spéculation, l’agiotage, l’affairisme, la corruption, les enrichissements fulgurants existent et sont souvent scandaleux ». Il ajoute que ces excès sont « difficilement évitables aux débuts d’une époque qui est si radicalement différente des précédentes » !

 

* dans Napoléon III, prophète méconnu, 1972

ACCORDEONISTE A AUSCHWITZ

Le site français du Jerusalem Post nous apprend la nouvelle suivante :

« Une rescapée de la Shoah fait du hip-hop allemand

25.jpgExceptionnelle, Esther Bejarano l'est à tous points de vue. Déportée à Auschwitz à l'âge de 16 ans, Esther y était accordéoniste dans l'orchestre de jeunes filles. Elles jouaient pour chaque nouveau convoi arrivant dans le camp de la mort.

 

65 ans après la libération du camp d'extermination nazi, elle n'a abandonné ni la musique, ni son combat contre la barbarie : cette dame de 85 ans s'est jointe au groupe de hip-hop Microphone Mafia dans le but de diffuser son message contre le racisme à la jeunesse allemande. Et ça marche : cette fusion hip-hop et folklore juif traditionnel fait fureur !

C'est un conflit à tous points de vue : âge, culture et style. "Mais nous aimons tous la musique et partageons un objectif commun : nous nous battons contre le racisme et la discrimination", a-t-elle confié.

 

C'est Kutlu Yurtseven, 36 ans, rappeur d'origine turc de Microphone Mafia qui a contacté Esther deux ans plus tôt pour lui demander de s'associer à ce projet de lutte contre la montée du racisme et de l'antisémitisme en Allemagne.

« Nous voulons garder les souvenirs de la Shoah vivaces, mais regarder en même temps vers le futur et encourager les jeunes à faire front contre de nouveaux nazis », explique Esther Bejarano. »

 

Source : http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1265631159733&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull

 

Je suis étonnée : il y avait donc un orchestre de jeunes filles à Auschwitz ? Bizarre, bizarre … 85 ans en 2010, cela nous fait une naissance en 1925. Déportée à 16 ans, donc en 1941.

Je me demande si dans les goulags de Staline, à la même époque, on jouait aussi de l’accordéon … Mais peut-être qu'il vaut mieux également éviter ce genre de questionnement?

09:40 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)

09/02/2010

SACRE VICTOR !

58.jpgIl avait la dent dure, le père Hugo, et une haine tenace à l’encontre de Napoléon III qui l’avait exilé en janvier 1852. Il riposta par un pamphlet ravageur, Napoléon le Petit, qui parut en août 1852. En voici quelques extraits – toute ressemblance avec un personnage actuel serait purement fortuite – qui prouvent qu’il valait mieux éviter de lui marcher sur les pieds.

 

« Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l'air de n'être pas tout à fait réveillé. (…)  Si on le juge en dehors de ce qu'il appelle "ses actes nécessaires "ou "ses grands actes", c'est un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain. (…) Il aime la gloriole, le pompon, l'aigrette, la broderie, les paillettes et les passe-quilles, les grands mots, les grand titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.


Cet homme ternirait le second plan de l'histoire, il souille le premier. L'Europe riait de l'autre continent en regardant Haïti quand elle a vu apparaître ce Soulouque blanc. Il y a maintenant en Europe, au fond de toutes les intelligences, même à l'étranger, une stupeur profonde, et comme le sentiment d'un affront personnel; car le continent européen, qu'il le veuille ou non, est solidaire de la France, et ce qui abaisse la France humilie l'Europe.

(…)

Et voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je, gouvernée ? Possédée souverainement. !
Et chaque jour, et tous les matins, par ses décrets, par ses messages, par ses harangues, par toutes les fatuités inouïes qu'il étale dans le Moniteur, cet émigré, qui ne connaît pas la France, fait la leçon à la France ! Et ce faquin dit à la France qu'il l'a sauvée ! Et de qui ? D'elle-même ! Avant lui la providence ne faisait que des sottises; le bon Dieu l'a attendu pour tout remettre en ordre; enfin il est venu ! Depuis trente-six ans il y avait en France toutes sortes de choses pernicieuses: cette "sonorité", la tribune; ce vacarme, la presse; cette insolence, la pensée; cet abus criant, la liberté; il est venu, lui, et à la place de la tribune il a mis le sénat; à la place de la presse, la censure; à la place de la pensée, l'ineptie; à la place de la liberté, le sabre; et de par le sabre, la censure, l'ineptie et le sénat, la France est sauvée ! Sauvée, bravo ! Et de qui, je le répète ? D'elle-même; car, qu'était-ce que la France, s'il vous plaît ? C'était une peuplade de pillards, de voleurs, de jacques, d'assassins et de démagogues.

 

Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c'est M. Bonaparte Louis qui lui a mis les poucettes. Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l'eau, punie, humiliée, garrottée, sous bonne garde; soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l'Élysée, en répond à l'Europe; il en fait son affaire; cette misérable France a la camisole de force, et si elle bouge:... - Ah ! Qu'est-ce que c'est que ce spectacle-là ? Qu'est-ce que c'est que ce rêve-là ? Qu'est-ce que c'est que ce cauchemar-là ? D'un côté une nation, la première des nations, et de l'autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi ! Il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l'insulte, il la bafoue ! Quoi ! Il dit: il n'y a que moi ! Quoi ! Dans ce pays de France où l'on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple ! Ah ! Quelle abominable honte ! Chaque fois que M. Bonaparte crache, il faut que tous les visages s'essuient ! Et cela pourrait durer ! Et vous me dites que cela durera ! Non ! Non ! Non ! Par tout le sang que nous avons tous dans les veines, non ! Cela ne durera pas ! Ah ! Si cela durait, c'est qu'en effet il n'y aurait pas de Dieu dans le ciel, ou qu'il n'y aurait plus de France sur la terre !

 (…)

Les plus indignés même ne le tireront point de là. Les grands penseurs se plaisent à châtier les grands despotes, et quelquefois même les grandissent un peu pour les rendre dignes de leur furie; mais que voulez-vous que l'historien fasse de ce personnage ?
L'historien ne pourra que le mener à la postérité par l'oreille.
L'homme une fois déshabillé du succès, le piédestal ôté, la poussière tombée, le clinquant et l'oripeau et le grand sabre détachés, le pauvre petit squelette mis à nu et grelottant, peut-on s'imaginer rien de plus chétif et de plus piteux ? »

Source : http://www.republique-des-lettres.fr/1654-victor-hugo.php

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08/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 4

 

32.jpgVoici la suite et la fin de texte de Marcel Aymé, paru en 1950. Il pourrait avoir été écrit ces jours-ci.

 

« L’épuration et le délit d’opinion (n°4)

 

 

La Société des Gens de Lettres, sans oser la moindre protestation, se laissait imposer un général qui venait dans ses murs présider une commission d’enquête. L’Académie française se déshonorait fiévreusement en éjectant de son sein les écrivains persécutés qu’elle avait révérencieusement traités sous l’occupation. A l’Académie Goncourt, la peur et la prudence se doublaient d’un empressement servile dans l’accomplissement des basses besognes d’auto-épuration.

 

Dans le cinéma, il y eut une procédure bien particulière. On fit comparaître devant un tribunal, composé de travailleurs manuels de la Profession, tous les metteurs en scène, scénaristes et dialoguistes. Pour ma part, ayant vendu un scénario à la Continental-Films (société allemande), je fus condamné à un « blâme sans affichage », ce dont je fus avisé par un pli de la Préfecture de la Seine, mentionnant expressément que cette sanction m’était infligée « pour avoir favorisé les desseins de l’ennemi ». Or l’année dernière, donc trois ans plus tard, le ministre de l’Education nationale me manifestait son désir  de me décorer de la Légion d’honneur et, vers la même époque, M. le Président de la République croyait devoir m’inviter à l’Elysée. Par respect pour l’Etat et pour la République, il me fallut refuser ces flatteuses distinctions qui seraient allées à un traître ayant « favorisé les desseins de l’ennemi ». Je regrette à présent de n’avoir pas motivé mon refus et dénoncé publiquement, à grands cris de putois, l’inconséquence de ces très hauts personnages dont la main gauche ignore les coups portés par la main droite. Si c’était à refaire, je les mettrais en garde contre l’extrême légèreté avec laquelle ils se jettent à la tête d’un mauvais Français comme moi et pendant que j’y serais, une bonne fois, pour n’avoir plus à y revenir, pour ne plus me trouver dans le cas d’avoir à refuser d’aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens.

 

Je n’ai rapporté cette histoire personnelle que parce qu’elle témoigne du mépris dans lequel nos gouvernants tenaient eux-mêmes et tiennent encore la Justice qu’ils nous ont fabriquée. J’imagine que chaque fois qu’un tribunal envoyait un homme à la mort pour délit d’opinion, ils devaient échanger des clins d’œil espiègles, car ils savaient ce qu’ils faisaient.

 

Ils savaient où ils allaient et ils sont arrivés où ils voulaient. Aujourd’hui la notion de délit d’opinion est profondément ancrée dans l’esprit des Français de tous âges. Chacun se montre prudent et personne ne bronche. D’ailleurs, les cadres de la nation ont été, pour une part, fusillés, embastillés, réduits à l’exil, au chômage, au silence. Une autre part a été nantie et, par là, réduite au silence aussi. Reste le troupeau des suiveurs, des indifférents de toujours et des anciens collabos convertis par la peur au gaullisme et au communisme. On ne voit pas, dans ces conditions, d’où viendrait aux Français le goût de s’exprimer librement. En fait, la liberté d’opinion n’existe pas en France et il n’existe pas non plus de presse indépendante. Nos journaux sont douillettement gouvernementaux et il n’est pas jusqu’aux journaux communistes qui ne se montrent soucieux de respecter nos hommes d’Etat dans leurs personnes, fussent-ils des coquins avérés, et il n’y a pour ceux-ci rien de plus important. Au moins l’Humanité défend-elle un point de vue et une doctrine. Tous les autres journaux, je veux dire non-conformistes, ne se distinguent les uns des autres que par des nuances exquises que bien souvent les hommes du métier sont seuls à pouvoir apprécier. Voilà pourquoi le Crapouillot, en dépit de sa prudence, de son souci manifeste de ménager la chèvre et le chou, fait figure de périodique indépendant et même audacieux. Ainsi, grâce à l’épuration, grâce à la très ferme répression du délit d’opinion et à tant de nos grands écrivains qui lui ont prêté leur plume, c’est dans des ténèbres soigneusement entretenues depuis six ans que la France marche par des chemins bordés de précipices où il est miraculeux qu’elle ne soit pas déjà engloutie ».

06/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 2

Voici la suite (mais non la fin) du texte de Marcel Aymé, écrit en 1950.

 

L'épuration et le délit d'opinion (n°2)

 

« Certes, il s’en fallait que tous les écrivains, journalistes et hommes politiques ayant tenu la plume ou le crachoir sous l’occupation eussent obéi à des motifs honorables. Il y en eut qui se montrèrent avec l’occupant d’une platitude écoeurante mais c’était leur affaire et les tribunaux ne sont pas faits pour punir les flatteurs et les hypocrites. Pour bien d’autres, il y avait à redire quant à la pureté des intentions, comme à toutes les époques. En revanche, les maréchalistes de bonne foi étaient innombrables et même parmi les fascistes et les militants de l’Europe Nouvelle, il ne manquait pas de convaincus. Du reste, quelles qu’eussent été les raisons profondes qui les animaient, tous avaient écrit et discouru dans la stricte légalité.

 

La répression du délit d’opinion fut organisée de façon impeccable. Les malpensants étaient déférés à des tribunaux d’exception, chargés de les envoyer au poteau, au bagne, en prison. Les jurés de ces tribunaux étaient désignés par des assemblées de conseillers généraux et d’arrondissement ; lesquels, ayant été eux-mêmes épurés, tenaient avant tout à faire preuve d’esprit partisan. Avec des jurés ainsi triés sur le volet, les débats, conduits par un président à la botte, devenaient le plus souvent une formalité pure et simple. On ne refusait rien au commissaire du gouvernement qui réclamait des peines exorbitantes afin de montrer qu’il était un grand résistant. J’ai assisté à une séance de la Cour de Justice, où l’on jugeait trois journalistes qui s’étaient rendus coupables, dans leurs écrits, de délits d’opinion. Deux furent condamnés à mort, le troisième aux travaux forcés à vie et, au cours des débats, comme l’un des avocats faisait observer que certain article reproché à son client n’avait fait que reproduire, aux termes près, les arguments de l’Humanité clandestine de 1940, le commissaire du gouvernement s’éleva avec véhémence contre ce manque d’égards à un parti tout-puissant, et le Président lui-même, craignant qu’en haut lieu on ne le soupçonnât d’impartialité, fit écho à cette protestation. L’effroyable tragédie de ces procès consistait en cela qu’ils étaient des simulacres et que l’accusé, le sachant, ne pouvait s’empêcher de défendre, comme s’il eût vraiment joué sa tête et que se prétendus juges ne s’en fussent déjà partagé le prix. Le Maréchal, lui, eut assez de force de caractère pour se refuser à tenir un rôle dans la farce judiciaire et à donner le spectacle d’un espoir absurde à une presse ricanante. Face aux chargés de besogne du général, il resta muet d’un bout à l’autre du procès.

 

Parmi les condamnations frappant des hommes qui s’étaient rendus coupables du seul délit d’opinion, les plus remarquées furent celles de Béraud, de Brasillach et de Maurras. Béraud fut condamné à mort pour avoir écrit des articles anti-anglais qui, outre-Manche, ne lui auraient pas seulement valu une amende. Il paraît que l’Ambassade de Grande-Bretagne intervint auprès du chef de l’Etat pour que fût commuée cette sentence idiote qui eût risqué, en des temps plus normaux, de déclencher en France une crise d’anglophobie. L’accusation était si sotte, le déni de justice si manifeste, si provocant par son évidence, que le procès de Béraud, à lui seul, montre dans quelle dépendance honteuse la Résistance tenait les juges.

 

Brasillach eut à répondre de ses écrits politiques sous l’occupation, que chacun était en droit de trouver déplaisants, mais dont nul ne pouvait, de bonne foi, songer à lui faire un crime. Lui aussi eut la faiblesse de se défendre et avec toutes les ressources de son intelligence et de sa sensibilité, bien qu’il sût certainement à quoi s’en tenir sur ses juges. Il y a des natures généreuses qui ne se résignent pas à désespérer, même en dépit de l’évidence. Le commissaire du gouvernement, en parfaite connaissance de cause, réclama, et bien entendu obtint, la tête d’un innocent. Il paraît que, depuis, il fait une très belle carrière et que la mort de Brasillach lui a valu un bon grade dans la Légion d’honneur. C’était un nommé Rabour ou Raboul. On espéra un moment que le condamné obtiendrait commutation de peine. Une pétition circula en sa faveur et réunit les signatures de nombreux écrivains et artistes. Parmi ceux que je sollicitai personnellement, un seul refusa, ce fut M. Picasso, le peintre. Comme je lui demandais, avec toute la déférence à laquelle il est accoutumé, de signer cette pétition pour le salut d’un condamné à mort, il me répondit qu’il ne voulait pas être mêlé à une affaire qui ne le regardait pas. Sans doute avait-il raison. Ses toiles s’étaient admirablement vendues sous l’occupation et les Allemands les avaient fort recherchées. En quoi la mort d’un poète français pouvait-elle le concerner ? ».

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05/02/2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL -1

32.jpgAu hasard de mes lectures, je retrouve ce texte magistral que Marcel Aymé écrivit en 1950 pour le journal Le Crapouillot. C’était il y a soixante ans et pourtant il est toujours d’actualité. Où l’on voit que le terrorisme intellectuel en France a une longue histoire et plonge ses racines dans un après-guerre dominé par les communistes.

 

Le texte est long, il sera présenté en feuilleton. Mais je crois qu’il en vaut la peine.

 

« L’épuration et le délit d’opinion (n°1)

 

En temps normal, le délit d’opinion n’existe pas en France. Il est permis à quiconque résidant sur notre territoire de proclamer dans ses discours et dans ses écrits son hostilité contre un régime politique, contre des institutions religieuses, contre l’armée, la patrie, les femmes, les faux cols durs, et corollairement de faire éclater sa foi dans une mystique ou dans les destins de l’Empire de Chine. En fait, il arrive régulièrement qu’en temps de guerre, les législateurs suspendent le droit de s’exprimer librement sur toute espèce de sujet. Toutefois, le délit d’opinion, que les tribunaux ont la décence d’habiller d’un autre nom, n’est punissable que s’il appartient à certaines catégories préalablement fixées et délimitées par la loi. On est presque confus de devoir insister sur cette évidence, mais un délit quelconque ne saurait avoir d’existence avant que soit promulguée la loi interdisant de le commettre.

 

En 1944, lorsque au gouvernement légal du maréchal Pétain succédait un gouvernement de fait, celui du général de Gaulle, il n’y avait pas de loi qui reconnût et réprimandât le délit d’opinion (cela n’empêchait pas les Allemands de le réprimer). Il eût été naturel d’en forger une qui déclarât passibles, désormais, de telle ou telle peine, les professions de foi hitlériennes et antigaullistes. On sait bien que les nécessités d’un gouvernement de fait ne sont pas souvent compatibles avec l’exercice de la liberté et, dans l’euphorie de la Libération, les Français auraient accepté le régime de la trique sans trop rechigner. Ils devaient bientôt comprendre qu’il s’agissait, dans le genre, de quelque chose d’infiniment plus corsé. Ayant instauré la terreur et élevé la délation à la dignité d’une vertu (souvenons-nous des affiches invitant les Parisiens à dénoncer leurs voisins et connaissances), le gouvernement du général de Gaulle chercha un moyen de conférer au pur arbitraire l’apparence de la légalité. Le diable sait où il fit cette trouvaille, car elle était sans précédent dans les annales de la Justice et en opposition avec les principes fondamentaux de toute jurisprudence. On créa donc une loi réprimant le délit d’opinion, mais une loi à effet rétroactif. Ce monument de barbarie, de cynisme, d’hypocrisie, ce crime crapuleux contre l’humanité fut alors unanimement approuvé par tous ceux qui avaient l’autorisation d’écrire dans les journaux. Les grandes voix brevetées de la conscience française se prononcèrent carrément pour le déshonneur. Au moins, la magistrature française, horrifiée par ce barbarisme juridique, allait-elle faire bloc et protester d’un seul cri ? Pas du tout, car les juges, ayant prêté serment au Maréchal, tremblaient de peur dans leurs robes et n’avaient en tête que leur sécurité et leur avancement. Ces misérables auraient pu se contenter d’être les fonctionnaires de l’injustice, mais non. Au lieu d’appliquer la loi avec modération, ils firent infliger les peines les plus dures et rivalisèrent de lâcheté, de cruauté, de bassesse. A cette occasion, le niveau moral de la magistrature se révéla, dans l’ensemble, fort inférieur à celui des prisonniers de droit commun. A vrai dire, on s’en doutait déjà.

 

Les « délinquants » appartenaient à tous les milieux, à toutes les professions. Il suffisait d’avoir professé plus ou moins ouvertement des opinions collaborationnistes et d’être mal vu de sa concierge pour être jeté en prison où l’on attendait six mois, un an, ou davantage, la faveur de comparaître devant un tribunal. Bien souvent, dans les premiers temps de l’occupation, le prévenu était abattu sans autre forme de procès par des FFI agissant soit dans un élan de fureur patriotique, soit par manière de récréation, mais le plus souvent pour s’emparer de ses dépouilles.

 

Le délit d’opinion devait être retenu principalement contre les écrivains, les journalistes et les hommes politiques (y compris les conseillers municipaux) qui s’étaient exprimés publiquement à propos des événements politiques durant l’occupation. Les fonctionnaires furent également traqués dans toutes les administrations. Il y avait à ces persécutions des raisons simples, logiques. D’une part les communistes entendaient profiter de l’occasion pour éliminer le plus grand nombre possible de leurs adversaires politiques et, éventuellement, les remplacer par des hommes de leur choix. D’autres part, les chefs de la Résistance ayant décidé de se récompenser de leur patriotisme, s’étaient octroyé le pouvoir en ne consultant que leurs appétits et, peu soucieux d’avoir des rivaux qui leur eussent disputé l’assiette au beurre, redoutant également de voir surgir dans le pays une opposition qui eût dénoncé leur flagrante incapacité, ils trouvèrent commode de tuer et d’emprisonner. A ce gouvernement dont les ministres n’étaient mandatés que par eux-mêmes ou par leurs femmes, il fallait une presse dévouée qui en dissimulât les abus et la médiocrité. A la Libération, des journalistes dont la plupart n’avaient pas plus de compétence professionnelle que les nouveaux hommes d’Etat, s’emparèrent des journaux, des locaux et du matériel, au mépris du droit des gens, car le comportement de leurs prédécesseurs sous l’occupation, eût-il été criminel, ne saurait être une excuse. Le fait que mon voisin vienne d’assassiner sa grand-mère ne m’autorise pas à m’emparer de son argenterie. Pour légitimer ces spoliations, il devenait nécessaire de couvrir d’opprobre les journalistes du temps de l’occupation et de les faire condamner par les tribunaux avec des attendus infamants ».

 

 

(A ce propos, je rappelle dans La France LICRAtisée qu’en 1946, sous la présidence de Vincent Auriol, un député socialiste se vit octroyer la présidence du formidable fromage qu’était la SNEP – Société Nationale des Entreprises de Presse - chargée de liquider tous les biens de presse saisis ou confisqués aux pétainistes, ou présumés tels. Un véritable trésor de guerre : notamment 482 journaux et agences sur lesquels ce personnage eut la haute main.  Il s’appelait Jean Pierre-Bloch, futur président de la LICRA de 1968 à 1993. Le monde est petit.)