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19/03/2010

« Allemagne : une retraite pour des juifs ayant travaillé dans des ghettos »

« Soixante-cinq ans après la fin de la guerre, des milliers de Juifs ayant travaillé dans des ghettos sous l'occupation nazie vont peut-être pouvoir toucher une retraite, a annoncé jeudi la Fédération des caisses de retraite allemandes. En vertu d'une récente jurisprudence du Tribunal social fédéral, quelque 56.000 dossiers de ce type qui avaient été rejetés vont être réexaminés, et pourront le cas échéant ouvrir des droits à une retraite, a-t-elle précisé. »

 

 

Source : http://www.juif.org/antisemitisme-juif/124043,allemagne-une-retraite-pour-des-juifs-ayant-travaille-dans-des.php

 

 

J’avoue avoir un peu de mal à comprendre. Il y aurait donc actuellement 56 000 personnes encore vivantes qui auraient travaillé dans des ghettos ? La guerre s’est terminée il y a 65 ans. Mais quel âge avaient donc ces gens « en âge de  travailler » à l’époque ? Admettons qu’ils aient eu quinze ans, (difficile en dessous de parler vraiment de « travail ») il y aurait donc à l’heure actuelle 56 000 « travailleurs survivants » de 80 ans au moins ? Qui auraient travaillé combien de temps? Dans quels ghettos? Tout cela est bien étrange et donne plutôt l’impression que les Allemands sont totalement terrorisés dès qu’il s’agit de « la mémoire ». Et préfèrent obtempérer sans discussion.

08:57 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2)

15/03/2010

LES SURVIVANTS (SUITE)

« Camps de la mort. Soixante-cinq ans après, le combat pour la mémoire des survivants

 

Soixante-cinq ans après la libération des camps de la mort, les anciens déportés jettent leurs dernières forces pour que la mémoire de la Shoah leur survive. Retour en enfer avec Jules, Charles et Arlette.

 

Une bise venue de Russie lèche des lambeaux de neige, le long des baraques de Majdanek. Les corbeaux s’envolent en croassant. « Il y a toujours des corbeaux ici, comme à Birkenau », note Jules. Jules Fainzaing, bientôt 88 ans, marche doucement vers la chambre à gaz, au fond du camp. Cachant, dans un sourire, tout ce que ces visites ont d’éprouvant. « De l’appréhension ? Il n’y a plus de nazis aujourd’hui… » « La vraie mort, c’est l’oubli » Jules est juif. Il a survécu à 34 mois d’internement dans les sous-camps d’Auschwitz, entre 1942 et 1945.

 

La veille, il était à Birkenau. Ce même mois, il reviendra deux fois en Pologne arpenter les camps de la mort, braver le froid des souvenirs. Avec l’énergie farouche des derniers témoins. Avec une activité de jeune homme pour contrer une nouvelle angoisse : comment se perpétuera le souvenir de ce cataclysme que fut la Shoah, quand se sera tue la voix des survivants ?

 

« Seuls quelque 2 500 Juifs, sur les 76 000 déportés de France, sont revenus des camps », estime Jules. « Et nous ne sommes plus qu’environ deux cents. » Parmi eux, ceux qui peuvent ou veulent témoigner se comptent sur les doigts de quelques mains. Près de Jules, un autre miraculé, rescapé de l’abîme, également juif d’origine polonaise : Charles Testyler, 83 ans. Après la guerre, il a commencé par revendre des aiguilles de récupération à Paris. Il a réussi une belle carrière dans le prêt-à-porter. Comme Jules, il a attendu une bonne cinquantaine d’années avant de devenir un combattant de la mémoire. Charles et sa femme Arlette, raflée du Vel d’Hiv’, ont fondé en 1997 l’association Mémoire et vigilance des lycéens. « On n’a pas eu d’aide psychologique, raconte Arlette. On a compris que notre deuil ne pouvait s’accomplir que par la transmission aux générations futures des souffrances des Juifs et des Tziganes ». L’association s’adresse aux élèves et à leurs professeurs, pour « les aider à enseigner cette histoire ». Un passage de « témoins ». « La vraie mort, c’est l’oubli. Notre mémoire fera revivre ces disparus. »

 

Ce début mars, avec le soutien du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France), l’association a organisé son douzième voyage à Auschwitz. « Sans doute le dernier », annonce Arlette, sans le croire tout à fait. Il a rassemblé une soixantaine de personnes (témoins, enseignants, journalistes, étudiants journalistes…). Ces déplacements sont en bonne partie financés par le couple lui-même : grâce à des Garden parties organisées dans sa maison de Deauville et en piochant dans sa propre fortune. « On a déjà affrété des avions entiers », confie Arlette. « On le fait avec l’accord de nos enfants et petits-enfants, car c’est leur héritage… » « Qui relèvera les inexactitudes ? » Les Testyler ont engagé un cameraman et un photographe pour suivre ce voyage. Et ils publieront un livre cette année. Plus le temps passe, plus ce besoin de transmettre se fait impérieux. « Il y a urgence », confirme Esther Moskovic, que son père a sauvée des griffes nazies en l’enfermant dans un grenier. « On doit faire le maximum. On a peur qu’après nous, au bout d’un certain temps, on se demande si la Shoah a vraiment existé. On doit parler. Rien ne remplacera jamais le témoignage direct.»

 

Et tant pis si, toujours, les yeux s’embuent et les ventres se nouent, tant pis pour la fatigue. Ces dernières années, Jules s’est rendu à Auschwitz jusqu’à une quinzaine de fois par hiver. Il en est tombé malade (« C’était physique et mental »), mais il continuera, jusqu’à la fin, à se déplacer, dans les camps et les écoles, « car quand je ne serai plus là, qui relèvera les inexactitudes ? » Les déportés ne se privent pas de corriger les guides polonais. Il ne peut exister qu’une vérité : celle des survivants. « Après ces voyages, je suis en dépression », confie Charles. « La déportation, chaque nuit, je m’endors et je me réveille avec. Mais témoigner fait aussi du bien. » « C’est dur mais ça aide, confirme Arlette. C’est notre psychanalyse… »

 

Hervé de Chalendar (article publié dans l’Alsace le 11 mars 2010) »

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detai...

16:00 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

13/03/2010

DES CANDIDATS PROCHAINS A L’EMIGRATION ?

"Une tribu juive trouvée au Zimbabwe

 

 

Les membres de la tribu Lemba, qui mangent casher et pratiquent la circoncision, ont de l’ADN juif.

 

Il est facile de faire la distinction entre les Lemba et leurs voisins zimbabwéens, ils prient dans une langue riche en racines yéménites et hébraïques ou peignent, par exemple, des étoiles de David sur leurs pierres tombales.

 

La BBC a signalé samedi que les scientifiques britanniques ont réussi à prouver que les Lemba sont en effet juifs, comme ils le prétendent, grâce à des tests génétiques.

 

La tribu, forte d’environ 80 000 personnes, réside dans le centre du Zimbabwe et dans le nord de l’Afrique du Sud. Beaucoup se sont convertis au christianisme, mais continuent à maintenir des traditions juives, comme la circoncision, l’abattage casher ou l’interdiction de porc.

 

Selon les traditions Lemba, transmise oralement tout au long de leur histoire, leurs ancêtres étaient sept juifs qui ont quitté la Terre Sainte il y a 2500 ans, bien avant la destruction du second Temple. Ils traversèrent via le Yémen pour finalement s’installer en Afrique.

 

Beaucoup voient cela comme un autre mythe de Tribu perdue, mais les tests génétiques ont confirmé que le Lemba transporte le gène sémitique.

 

Le chanteur religieux Fungisai Zvakavapano-Mashavave déclare que peu de monde était au courant de l’existence de la tribu, et qu’il voulait que le monde soit mis au courant.

 

« Je suis très fier de réaliser que nous avons une culture riche, et je suis fier d’être un Lemba. Nous avons été un peuple très secret, car nous pensons que nous sommes un peuple spécial, » a-t-il déclaré à la BBC.

 

Le professeur Tudor Parfitt, de l’université de Londres, a déclaré qu’il avait été surpris de découvrir les nombreuses coutumes juives pratiquées par la tribu.

 

« C’était incroyable, » dit-il. « Il semble que la prêtrise ait été continuée à l’Ouest par les personnes appelées Cohen, et de la même manière cela a été poursuivi par les prêtres du clan Lemba. »

 

« Ils ont un ancêtre commun que les généticiens disent avoir vécu il y a plus de 3000 ans, quelque part au nord de l’Arabie, qui est environ l’époque de Moïse et Aaron, lorsque la prêtrise juive a débuté. »

 

Parfitt, un expert de renommée mondiale, a passé 20 ans à faire des recherches sur les Lemba, et a vécu parmi eux pendant six mois. Malgré leurs pratiques juives, beaucoup sont aujourd’hui chrétiens, voir même musulmans.

 

« Le christianisme est ma religion, et le judaïsme est ma culture, » déclare Perez Hamandishe, un pasteur local."

 

Source : http://www.juif.org/go-news-122804.php

15:04 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3)

LES SURVIVANTS

Nous sommes en 2010. Les camps nazis ont été libérés en 1945, il y a donc 65 ans. Depuis quelques années, nous assistons à une inflation de témoignages de survivants, qui après des décennies de silence se mettent à évoquer leurs souvenirs, à écrire des livres, à donner des interviews, etc. Tous veulent tout à coup livrer leur témoignage « unique » afin que la transmission soit assurée.

 

Ces gens ont forcément plus de 65 ans. En général, ils en ont 10 ou 20 de plus. Ils constituent par définition ce qui subsiste aujourd’hui d’une population de jeunes ou même d’enfants ayant survécu aux camps. Car bien sûr un certain nombre de « jeunes » survivants sont morts, pour diverses raisons, durant ce long laps de temps, avant que les témoignages ne soient systématiquement collectés.

 

Sans parler de tous les survivants qui étaient adultes ou même âgés au moment de la libération des camps et qui sont passés de vie à trépas durant ces soixante-cinq ans.

 

Ce qui me frappe pourtant aujourd’hui, c’est de constater que les survivants appelés à apporter leur témoignage sont systématiquement présentés comme s’ils étaient « uniques » ou « miraculeusement rescapés ». En fait, comme s’ils étaient aujourd’hui les rescapés. Alors qu’ils sont les rescapés d’il y a 65 ans ayant survécu jusqu'à aujourd'hui. Cela fait une certaine différence.

 

Il est intéressant de rappeler à ce propos quelle fut la population qui échappa aux camps. Il existe un texte intéressant sur les camps de personnes déplacées (DP) qui furent créés après la guerre. Les statistiques liées à ces camps sont de bonnes sources d’information. En résumé (texte complet en lien), on peut y lire ceci :

 

« Avec la libération des camps et la fin de la guerre, vont se produire des déplacements de population sans précédent : 16 à 18 millions de personnes civiles sont des réfugiés, pour l'essentiel d'Europe centrale et des Balkans. On les appelle les DP (Displaced Persons), qui sont regroupés dans des centres de rassemblement, principalement en Allemagne, mais aussi en Autriche et en Italie. Personnes « désireuses de rentrer chez elles mais incapables de se loger sans assistance », personnes « qui ne peuvent pas retourner dans les territoires ennemis ou préalablement ennemis », apatrides « privées, de droit ou de fait, de la protection d'un gouvernement », toutes doivent être prises en charge par l'UNRRA (United Nations Relief and Rehabilitation Administration)

 

À la fin de 1945, la plupart de ces personnes ont été rapatriées chez elles par les militaires alliés et l'UNRRA. Il demeure environ un million de personnes dans les centres, nommées le « noyau résiduel », les non-rapatriables.

 

Il y a parmi eux : les déportés des camps qui ne savent pas où aller ou qui ne sont pas autorisés à émigrer, ceux qui - du fait des déplacements de frontières à l'Est - veulent s'installer ailleurs (Yougoslaves, Hongrois, Roumains, Ukrainiens, Polonais), ceux qui veulent fuir le communisme et s'installer à l'Ouest (en particulier des habitants des pays baltes qui font désormais partie de l'URSS), et les « Allemands de souche » (Volksdeutsche) expulsés de Tchécoslovaquie, de Pologne et de Hongrie, qui, au terme des accords de Potsdam, devaient aller en Allemagne, mais dont certains préfèrent émigrer.

 

De nombreux DP sont des survivants juifs, polonais qui ne veulent pas rentrer en Pologne et dont les rangs grossiront avec ceux qui fuient les pogroms de 1946, allemands qui ne veulent pas retourner en Allemagne, et des Juifs d'autres nationalités qui n'ont plus de contact avec leurs familles dans leurs pays d'origine.

(…) 

 

Fin 1946, il y avait encore 800 000 DP, Polonais, Ukrainiens, Yougoslaves et Baltes. Parmi eux, 250 000 Juifs : 185 000 en Allemagne, 45 000 en Autriche et 20 000 en Italie.

 

À la suite du rapport Harrisson, les Juifs avaient été regroupés dans des camps spécifiques, avec la liberté de se doter d'une direction propre. Chaque camp a ainsi fondé son comité, chargé de l'organisation, de la santé, des activités éducatives et culturelles, et de la vie religieuse. 70 journaux étaient publiés. Ces camps étaient soutenus financièrement par le Joint. L'Agence juive et des organisations de jeunesse préparaient en leur sein l'établissement en Palestine - par des programmes éducatifs aux travaux agricoles - et tentaient d'organiser l'émigration clandestine.

 

Cependant, le nombre de DP juifs a régulièrement augmenté en 1946 et 1947, avec l'afflux de ceux qui fuyaient la Pologne après les pogroms, et de ceux qui progressivement rentraient d'URSS. Les départs en Palestine étaient encore peu nombreux, les recherches familiales particulièrement difficiles et les autorisations d'immigrer très restreintes. La plupart des camps ont fonctionné jusqu'en 1950. Le dernier n'a été fermé qu'en… 1957.

Les politiques d'accueil dans les pays tiers

 

Partout, l'attente d'hypothétiques nouvelles de la famille ou d'une autorisation d'émigrer paraissait sans fin. Il fallait en effet qu'un pays les accueille. Or les pays limitaient l'entrée des réfugiés.

 

Aux États-Unis, les quotas de la loi de 1924 restent la règle. La directive Truman de décembre 1945 préconise de faciliter l'entrée des réfugiés, mais dans le cadre de la loi des quotas et sous la condition qu'ils ne soient pas une « charge publique ». Priorité est donnée aux orphelins, à condition que les organismes humanitaires subviennent à leurs besoins. L'admission se fait au compte-goutte. Il faut être « assimilable » et être en bonne santé pour obtenir un visa. Il faut encore passer une « mission de sélection ». L'Amérique craint pêle-mêle les pauvres, les inassimilables, les espions de l'Est. On est en pleine Guerre froide. La propagande antisémite qualifie le refugee de « refu-jew ». Cependant, la loi change en 1948, le Congrès autorisant davantage d'entrées de réfugiés qui fuient les régimes communistes : les États-Unis acceptent l'immigration de 200 000 DP sur deux ans. De politique de l'immigration, la loi évolue vers une politique étrangère à l'égard des réfugiés, arme dans la Guerre froide. La priorité balte et agricole favorise de fait l'entrée d'anciens nazis. La loi est amendée en 1950 et les clauses qui freinaient encore l'entrée des Juifs sont éliminées : 300 000 DP sont autorisés à immigrer en quatre ans, sans distinction de race, de religion ou d'origine nationale. Mais il faut encore avoir une garantie de logement et d'emploi pour ne pas devenir « une charge publique ». 140 000 Juifs ont finalement émigré aux États-Unis après la guerre.

 

L'Angleterre n'ouvre pas non plus la Palestine aux DP juifs. Les règles d'avant la guerre demeurent telles quelles. Truman tente de convaincre le Premier ministre britannique Attlee, en utilisant le rapport Harrison, d'assouplir les règles et d'autoriser tous les Juifs qui le souhaitent à partir en Palestine. Mais Attlee ne veut pas « déstabiliser la situation au Moyen-Orient ». Le nombre de visas reste limité et l'armée anglaise refoule ou interne les immigrants qui n'ont pas de visas. Les organisations juives tentent de réaliser des passages clandestins, à partir de l'Italie, mais de nombreux bateaux sont interceptés. En novembre 1947, la résolution de partition de la Palestine est adoptée par les Nations unies et la Grande Bretagne renonce à son mandat à partir de mai 1948. De 1945 à mai 1948, 115 000 immigrants sont arrivés en Palestine ; 50 000 ont été capturés et maintenus en détention par les Britanniques jusqu'en novembre 1947. L'émigration s'intensifie après 1947. Au total, les deux tiers des survivants juifs se sont établis en terre d'Israël.

 

(…) Entre le 1er juillet 1947 et le 30 juin 1949, 82 000 DP juifs vont au Royaume-Uni, 69 000 au Canada, 55 000 en Australie, 35 000 en France, 27 000 en Argentine, 22 000 en Belgique et 20 000 au Brésil. Officiellement, c'est-à-dire sans compter les passages clandestins.

 

(…) Le Congrès juif mondial explique dans son rapport d'avril 1947 que le Fichier central de Genève a cessé d'opérer depuis le 1er janvier 1947 et que tout son matériel a été transféré au Bureau européen de recherches du Congrès juif mondial, basé à Londres. Ce bureau établit des rapports, qui sont transmis dans les camps de DP. Il fait le point statistique précis, chaque mois, du nombre de demandes reçues, classées par pays. Il rend compte de la constitution progressive de listes de survivants. Il demande que celles-ci soient transmises en urgence, afin de réunir les familles et afin que les parents à l'étranger puissent venir en aide aux survivants, en leur envoyant une aide matérielle et en facilitant leur immigration par l'envoi de visas. Il fait le point des coopérations avec les services de recherche des organisations juives dans tous les pays. »

 

 

Source : http://www.unlivredusouvenir.fr/camps-de-personnes-deplacees.html

12/03/2010

"JUIFS DE POLOGNE, DE FRANCE ET DU NORD-PAS-DE-CALAIS"

« Charles et Arlette Testyler ont fait le voyage de la douleur et de la mémoire, à Auschwitz, Birkenaü et Majdanek. C'est leur dernier. Ils l'ont fait avec leur ami également rescapé, Coco Fainzang. Récit et confidences aux confins de l'Europe.

 

Le repas du soir dans un restaurant juif de Cracovie, touche à sa fin. Charles Testyler murmure : « Les Polonais auront toujours besoin des Juifs et les Juifs des Polonais. C'est comme ça depuis mille ans... » Alors que vient de débuter le colloque Mille ans de Juifs en Pologne, il nous a semblé intéressant et utile de retourner dans ce pays.

Avec les derniers témoins de l'époque la plus pénible, celle de 1939 à 1945, nous avons tenté de comprendre le rapport polono-juif tant imprégné de clichés.

 

Qui mieux que Charles Testyler, Juif né en Pologne en 1927 à Sosnowiec, battu, torturé, humilié, puis chef d'entreprise français, pour partager les sentiments les plus profonds ? Peut-être son ami Jules Fainzang, dit Coco, né en 1922 à Varsovie. Avec ces deux hommes hors normes, nous avons parcouru cette Pologne de la douleur, d'Auschwitz à Majdanek.

 

Quand Charles est retourné en 1995 (avec sa femme Arlette, raflée au Vel' d'Hiv') à Slawkow, le village où il a grandi, une vieille Polonaise est sortie en courant vers lui, tout en se signant trois fois : « Un Testyler vivant, c'est un miracle ! » Plus de cinquante ans après, elle le reconnaît. L'émotion est énorme. Ces retrouvailles exceptionnelles vont donner des ailes au couple Testyler. Le père de Charles était le président élu de la communauté juive de Slawkow. Il y dirigeait la plus grande entreprise métallurgique, ainsi qu'un journal en yiddish. La vie était sereine jusqu'à l'agression nazie de 1939 sur la Pologne.

 

Déporté, humilié et affamé, Charles survivra à sept camps de travail et de la mort. Comment ? Il ne le sait pas lui-même. Probablement grâce à une rage de vivre rare. Après des errements dans toute l'Europe, sans le sou, il apprend que la soeur de sa mère, Tani, vit en France depuis 1922, à Lenz. En fait, c'est dans le Pas-de-Calais, à Lens, rue du Stade. Le contact est renoué mais Charles construit sa nouvelle vie à Paris, avec Arlette.

 

Artisan, puis industriel textile, il négociera avec les plus grands du Nord, la Lainière, Cauliez-Delahoutre, Vandeputte. Il alimentera en vêtements les commerçants polonais du bassin minier nordiste. Pologne, France, Nord - Pas-de-Calais, tout semble attirer sans cesse Charles dans cet espace.

 

Mission accomplie

 

Aujourd'hui, il se sent apaisé, tout en étant sans cesse sur ses gardes. Un gardien polonais qui refusait de lui ouvrir les portes des fours crématoires de Majdanek s'en souvient encore... Mais Charles a accompli sa mission. Il est revenu dans le village de son enfance, en Pologne, où la vie de son père est mise en valeur au musée. Il y est toujours accueilli comme un roi par les autorités. Il a déposé sur deux monuments une gerbe de fleurs aux couleurs d'Israël, offerte par la municipalité de Slawkow.

 

Son association de vigilance et de mémoire a accompli le travail : informer les jeunes sur ce qui s'est passé dans les camps, pendant ce XXe siècle terrible. Son vieux complice, Jules, après avoir vécu à Varsovie, en Palestine puis en Belgique avant ces événements, a connu également les camps. À 88 ans, il fait régulièrement des voyages avec des jeunes pour expliquer l'inexplicable. Après la guerre, il a créé son entreprise de dépannage de téléviseurs, en région parisienne où il vit toujours.

 

Charles et Jules ont souvent marché bras dessus, bras dessous la semaine dernière, échangeant intimement leurs sentiments.

 

Il restera de cette semaine particulière cette phrase de Charles sur les Polonais et les Juifs. Pendant plusieurs jours, l'université Lille III tentera de vérifier la justesse de son propos. »

 

Par Henri Dudzinski (article publié dans l’édition de la Voix du Nord du mercredi 10 mars 2010)

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detai...

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11/03/2010

L'ALLEMAGNE PRIEE DE PASSER A NOUVEAU A LA CAISSE

« Soutenir les survivants de la Shoah »

Par    Benjamin Weinthal

 

« La Conférence pour les réclamations matérielles des Juifs contre l'Allemagne - connue sous le nom de Conférence des réclamations - s'est réunie à Berlin, mercredi. Une somme de 91 millions d'euros a été négociée, lors de la rencontre annuelle avec le ministre allemand des Finances.

 

Gregory J. Schneider, vice-président exécutif de la Conférence des réclamations, a fait part au Jerusalem Post des objectifs-clés de cette année : assurer une augmentation des services de soins à domicile et le paiement de pensions pour permettre aux survivants de la Shoah de vivre dans la dignité.

 

Tard dans la soirée, la décision a été prise d'allouer 55 millions d'euros destinés à couvrir les services à domicile, soit une augmentation de 25 millions d'euros, par rapport à 2009.

En outre, une nouvelle pension a été gagnée : 36 millions d'euros pour environ 1 300 survivants de la Shoah, en Europe de l'ouest. "Il y des survivants âgés, pauvres et isolés dont la santé est précaire", déclare Schneider pour expliquer le besoin urgent de combler les lacunes des soins de services sociaux. La Conférence des réclamations a subventionné 100 000 survivants qui sont à la fois pauvres et qui présentent un certain niveau de handicap. "L'accord d'aujourd'hui constitue une étape majeure dans les besoins de protection sociale pour les plus pauvres victimes de la Shoah à travers le monde", a déclaré l'ambassadeur Stuart Eizenstat, négociateur spécial de la Conférence.

 

Les besoins de services de soins à domicile augmentent

 

Beaucoup reste à faire, y compris un accord pluriannuel sur l'amélioration des prestations pour les survivants. Selon Schneider, les fonds de la Conférence des réclamations pour les services de soins à domicile sont en baisse car la vente des propriétés juives en Allemagne de l'est a rapidement baissé.

La Conférence des réclamations a utilisé le produit de la vente de biens immobiliers de l'ancienne République démocratique allemande pour financer les soins à domicile : 60 millions de dollars par an. En Israël, 16 000 survivants sont bénéficiaires de services de soins à domicile.

 

Schneider souligne que les survivants sont dans une phase critique, car "jusqu'en 2014, les besoins de soins à domicile augmenteront", parce que les survivants vieillissent et sont touchés par la maladie.

 

La Conférence des réclamations a demandé la suppression des "limites de temps" pour l'obtention des pensions. Les survivants n'ont droit à des pensions que s'ils ont été emprisonnés plus de 6 mois dans un camp de concentration ou plus de 18 mois dans un ghetto. "Un jour à Auschwitz, c'est un cauchemar infernal éternel", affirme-t-il. Le ministre allemand des Finances a accepté d'examiner les cas particuliers. Les survivants en difficulté doivent contacter la Conférence des réclamations.

 

Julius Berman, président de la Conférence des réclamations a rappelé que "la priorité absolue est de continuer à obtenir des fonds pour aider les indigents, les victimes juives de la Shoah, vulnérables pendant les dernières années de leurs vies. Ces victimes doivent savoir que la Conférence des réclamations les assistera aussi longtemps qu'ils en auront besoin. »

 

Source : http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1268045680907&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull

 

 

 

17:25 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

ET LES HORREURS COMMISES PAR LES COMMUNISTES ?

Le Parisien a apparemment fait très fort. Les deux histoires suivantes ont paru le même jour, le 6 mars, en accompagnement de l’annonce du film La Rafle. Une occasion en or, ce film, pour enfoncer une énième fois le clou de la repentance et de la culpabilité à perpétuité. Pourquoi pas, après tout ? Ca me gênerait beaucoup moins si on faisait aussi visiter aux jeunes têtes blondes (et moins blondes) les sites ukrainiens, ou polonais, ou russes, ou hongrois, etc, etc, où se sont élevés les camps de concentration communistes. Qui étaient au moins aussi nombreux et aussi meurtriers. Mais dont bizarrement on ne parle jamais. Ca les instruirait pourtant au moins autant, les jeunes.

 

Assez de mémoire sélective ! On en a marre.

 

 

 «Je ne ferai plus cours de la même façon»

 

HOURIAgg.jpg«Mon travail, c’est de transmettre des connaissances historiques. Ne pas mélanger devoir d’histoire et émotion. » Houria y tient. Pourtant, en se jetant épuisée sur le siège du car mardi soir, après avoir arpenté Auschwitz et Birkenau pendant sept heures, cette jeune prof de collège en ZEP à Sète (Hérault) l’avoue : l’émotion la submerge et les mots manquent.

 

« Je crois que je ne ferai plus cours de la même façon. On ne peut pas sortir indemne de ces visites. » Cette occasion « tant attendue » de parcourir en vrai « ces lieux vus uniquement à travers le prisme de photos », elle la partage avec Edith, ex-« enfant cachée », qu’elle fait régulièrement témoigner devant ses élèves de troisième. Devant les vitrines de vêtements d’enfants, de jouets exposés dans les baraques de brique rouge d’Auschwitz, épaule contre épaule, elles ont pleuré ensemble. « Quand Edith raconte en classe ce qu’elle a ressenti à 8 ans quand on lui a interdit de prendre sa poupée, mes élèves sont interpellés. Dans les collèges où je suis passée, il y a eu parfois des incidents antisémites. Jamais quand on aborde la Shoah », confie l’enseignante, qui croit d’autant plus à la nécessité d’incarner ses cours par ces témoignages, images et films, que le programme de troisième (1914 à 2005) laisse à peine six heures pour balayer la Seconde Guerre mondiale. Shoah comprise ? « J’y consacre au minimum trois heures. Et c’est si peu vu son importance dans l’histoire du XXe siècle », soupire la jeune prof. Il y a deux jours, elle pensait que le voyage lui permettrait d’en préparer un pour ses élèves.

 

A chaud, elle s’interroge : les emmener, si jeunes ? Tout à coup elle n’en est plus sûre. « L’émotion ici prime tellement sur la réflexion. Je ne mesurais pas moi-même l’immensité, la discipline systématique de cette oeuvre de mort. Les chiffres que je m’évertue à assener en cours ne disent rien de ce qu’on perçoit quand on se trouve derrière les barbelés. Mais je me sens aussi plus légitime pour le raconter. » Houria en retire une conviction : « Tout prof d’histoire, dès sa première année de formation, devrait visiter ces lieux. »

 

(Article publié dans le Parisien du 6 mars 2010)

 

Photo: Edith, à gauche, ex-enfant cachée vient régulièrement raconter son histoire dans la classe de Houria, jeune prof en collège.

 

On l’a empêchée de prendre sa poupée, à Edith, lorsqu’elle avait huit ans. C’est terrible, bien sûr, mais elle est quand même là aujourd’hui pour le raconter, non ? Ce n’est pas l’essentiel ?

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=19270&artyd=7

 

« Les larmes des profs d’histoire à Auschwitz »

 

« A quelques jours de la sortie du film « la Rafle » sur le drame du Vél’ d’Hiv’, des profs d’histoire se sont rendus en Pologne, en compagnie de rescapés des camps. Un choc.

 

«S i je dis à mes élèves que les nazis ont exterminé six millions de Juifs, ça ne leur dit rien. Si je leur raconte Olga, 17 ans, obligée de piétiner des corps dans une fosse pour les tasser, là, ça leur parle… » Comme Pierre-Philippe, prof d’histoire dans un lycée professionnel du Val-d’Oise, ils sont formels : pour peu qu’on la rende « plus proche » grâce aux photos et films disponibles, ou à la parole des rescapés encore en vie, « enseigner la Shoah, ce n’est pas difficile ».

 

Même si, comme le déplore Victoria, prof de lettres en collège à Strasbourg, « beaucoup d’élèves ne savent déjà même plus que cela a existé ». Mais prendre la Shoah en pleine figure, pendant quatre jours de voyage en Pologne, en compagnie de survivants ou d’enfants de déportés, c’est autre chose : « Mesurer l’indicible et comprendre pourquoi ça l’est. Un choc à chaque fois », confie Pierre, prof de lycée, éprouvé par sa visite des camps. La troisième en neuf ans pourtant. Auschwitz, Birkenau, le ghetto de Cracovie, Lublin et son camp d’extermination préservé en l’état de Majdanek, Varsovie…

 

Une dizaine d’enseignants ont, selon leur région d’origine, pris sur leurs vacances ou promis à leur inspection de rattraper leurs cours pour s’envoler lundi dernier avec Charles et Arlette Testyler, et leur association Mémoire et vigilance des lycéens. Originaire de Slawków, petit bourg de Silésie, au sud de la Pologne, raflé le jour de ses 15 ans en juin 1942, il a survécu à deux années dans les camps. Elle, à la rafle du Vél’ d’Hiv’ puis à l’internement en France avec 320 enfants et au chagrin de n’avoir jamais revu ce père disparu à Auschwitz, dont elle sait juste qu’il a été « logé » dans le pavillon 28. L’une de ces bâtisses de brique rouge devant laquelle elle allume une bougie à chacun de ses passages. En 1995, avant que les conseils généraux et régionaux ne commencent à financer des voyages réguliers de collégiens, lycéens et profs, le couple a fondé son association, après une première visite. « J’y voyais des groupes de jeunes de tous les pays. Mais pas de Français. On s’est dit que ce n’était pas possible », dit Arlette, qui, à 76 ans, consacre l’essentiel de son temps à ces voyages de la mémoire. Une douzaine en quinze ans. La plupart juste pour un jour, avec des élèves accompagnés de leurs profs. Et quatre, comme celui-ci, plus complets, avec l’aide du CRIF, pour les enseignants avec des survivants et familles de déportés.

 

Des témoignages, Pierre, David, Houria, profs d’histoire en lycée ou collège, en ont lu. Et entendu, à force de faire venir des survivants devant leurs élèves. « Quand Arlette est venue à Strasbourg témoigner devant ma classe de 3e, on aurait entendu une mouche voler », confie Victoria, prof de français.

 

A Slawków, c’est devant une rivière que l’on entendrait une mouche voler, quand Charles Testyler, 83 ans, y raconte son enfance «heureuse », les bains avec frères et soeurs dans l’eau qui serpente entre les bouleaux. Cette rivière, il l’a vue rouge quand les Allemands débarquant dans le bourg ont fusillé 140 Juifs. Silence dans le car entre Cracovie et Oswiecim, quand Jules, 87 ans, raconte sa survie de trente-quatre mois, les trois jours d’enfer en wagon plombé entre la France et Auschwitz, la barbarie, de camp en camp jusqu’à Buchenwald. Devant les montagnes de lunettes, valises confisquées et chaussures d’enfants, qui racontent aujourd’hui dans les baraques de brique d’Auschwitz ceux qui ne sont plus, devant la rangée industrielle de chambres à gaz de Birkenau, les profs prennent des notes, emmagasinent les photos.

 

Il fait un froid glacial dans la plaine du camp de Birkenau, comme entre les baraques de bois de Majdanek, abandonnées en l’état par les nazis, aux portes de Lublin et de l’Ukraine, mais les yeux rougis ne doivent rien au climat. Pierre-Philippe était pourtant déjà venu, mais il s’en doutait en grimpant dans l’avion lundi : « On ne s’habitue jamais. »

 

Claudine Proust (article publié dans le Parisien du 6 mars 2010)

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=19269&artyd=10

04/03/2010

VITE UN CONTRE FEU !!!

Absolument rien à voir avec l’article suivant "Simon Wiesenthal mérite-t-il d'intégrer le club Pinocchio?".  Juste une coïncidence …

 

« Le Nouvel Observateur du jeudi 4 mars 2010 consacre un grand dossier à la Shoah, dont voici deux articles par Laurent Lemire:

 

Vichy complice

 

Le 20 janvier 1942, à la conférence de Wannsee, les dignitaires nazis mettent au point les grandes lignes de la solution finale destinée à l’extermination des juifs d’Europe. Le 1er février 1942, Maurice Papon est nommé secrétaire général de la préfecture de Gironde, à Bordeaux, en zone occupée. De juillet 1942 à juin 1944, 11 convois transportent de Bordeaux à Drancy près de 1 600 juifs, qui seront ensuite acheminés vers Auschwitz.

 

Les documents produits lors du procès de Maurice Papon en 1998 ne laissent planer aucun doute sur son action. Le 2 avril 1998, la cour d’assises de la Gironde l’a condamné à dix années de réclusion criminelle pour complicité de crimes contre l’humanité. Au cours des audiences, Maurice Papon s’est toujours défendu d’avoir vraiment connu les plans des nazis en n’ayant fait que son travail de fonctionnaire. Mais les documents infirment ses déclarations. Ainsi, le 28 juillet 1942, Maurice Papon demande à l’intendant de police régional d’aviser les autorités allemandes que les juifs Robert Goldenberg, Viktor Braun et Léon Librach ont bien été transférés à Drancy.

 

Du côté du gouvernement de Vichy, la responsabilité est encore plus nette. Le 2 juillet 1942, René Bousquet, secrétaire général de la police dans le gouvernement Laval, et le général SS Karl Oberg, commandant de la police et du SD – le service de sécurité – allemands, signent un accord de coopération en matière de politique antijuive. Deux jours plus tard, le 4 juillet, Pierre Laval suggère que les rafles n’épargnent pas les enfants de moins de 16 ans pour assurer le "regroupement des familles", ce que les Allemands ne réclamaient pas. Mesure d’un cynisme terrifiant, expliqueront certains historiens, car Pierre Laval ne voulait surtout pas avoir à faire avec les enfants des victimes après la guerre. Lors de la rafle du Vél’d’Hiv’ des 16 et 17 juillet, 12 884 juifs sont arrêtés, dont 4 051 enfants…

 

Face à la réprobation qui commence à poindre dans la population française et aux interrogations qui surgissent, le 2 septembre 1942, Laval rencontre Oberg. Objectif : se mettre d’accord sur une "convention de langage" en réponse aux questions concernant la destination des juifs. "Il a été convenu que le président Laval communique en réponse à de telles questions que les juifs transférés de la zone non occupée aux Autorités d’Occupation sont transportés pour être employés au travail dans le gouvernement général". Laval qui n’a rien voulu savoir s’en tiendra à cette version de juifs emmenés en Pologne pour y cultiver les terres de leur futur Etat…

 

Donc l’Etat français et ses principaux responsables, Pétain, Laval et Darlan, savaient. Ni plus ni moins que les autres Etats. Dès 1942, les hommes de Vichy se doutaient d’un "terrible secret", selon la formule de l’historien américain Walter Laqueur, sans pouvoir, dans un premier temps, imaginer l’ampleur de ce qui se déroulait puisqu’il n’y a jamais eu dans la Révolution nationale de projet d’anéantissement physique des juifs. Mais le régime pétainiste y a participé en mettant l’administration et la police françaises au service des Allemands. Par la suite, à mesure que la solution finale se précisait, elle devint secondaire à leurs yeux puisque la machine à détruire était en marche et que rien ne semblait pouvoir l’arrêter. Par son antisémitisme officiel et sa politique d’exclusion, Vichy l’a alimentée en se retranchant derrière la raison d’Etat et le vocabulaire mis au point par les nazis pour ne pas avoir à en parler.

 

 

Dès 1942, le Vatican savait...

 

Rome, 16 octobre 1943. Les autorités allemandes organisent une rafle sous les fenêtres du pape Pie XII : 1 020 juifs sont déportés vers Auschwitz pour y être exterminés. Seize d’entre eux, dont une femme, reviendront. Qu’a fait le Vatican ? Qu’a entrepris Eugenio Pacelli (1876-1958), ce juriste à la politique tortueuse, devenu pape le 2 mars 1939 sous le nom de Pie XII, aux prises avec un IIIe Reich qui ne l’appréciait guère et qui n’a envoyé aucun représentant à son couronnement ? Le souverain pontife serait intervenu auprès des autorités allemandes avant la rafle, mais aucun document, à ce jour, ne le prouve. Reste donc l’imperturbable silence, curieux mélange de précaution et de peur qui met mal à l’aise depuis plus de soixante ans.

 

En 1963, la pièce du dramaturge allemand Rolf Hochhuth, "le Vicaire", met ouvertement en cause Pie XII sur la scène publique. Face au tollé, Paul VI demande à des historiens de faire le point. Cela donne onze gros volumes parus en 1997 qui ne calment rien. Deux ans plus tard, Jean-Paul II demande la même chose à six historiens juifs et catholiques. Là encore l’unanimité ne se fait pas. Les mêmes silences posent toujours problème. Le fameux message de Noël 1942 que le Vatican présente comme une référence implicite au génocide ne suffit pas à convaincre. Pie XII y évoque "ces centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute de leur part, parfois seulement en raison de leur nationalité ou de leur race, sont vouées à la mort ou à l’extinction progressive". Il atteste seulement que dès 1942 le Vatican comme les Alliés savaient ce qui se tramait en Europe. En novembre, Rome envoya à Washington des informations confirmant l’utilisation des chambres à gaz.

 

En 2005, le livre de l’historien britannique John Cornwell signe une condamnation sans appel de la politique du Vatican à cette époque. Il a intitulé sa biographie de Pie XII, "le Pape et Hitler". Il installe ainsi la confusion entre le fait d’avoir été un pape à l’époque de Hitler et un souverain pontife à la botte du Führer, surtout lorsque l’on sait que les deux hommes se méprisaient. Hitler avait même envisagé de faire enlever Pie XII en 1943 pour servir d’otage en échange de la libération de Mussolini…

 

A force de diplomatie, l’action du pape est devenue invisible aux yeux des historiens et du grand public. Bien sûr, le Vatican a hébergé 477 juifs italiens, dont le grand rabbin de Rome et 4 000 autres ont été accueillis dans diverses institutions dont la résidence papale de Castel Gandolfo. Mais la volonté de Benoît XVI de voir son pâle prédécesseur rejoindre le cortège des saints a de quoi surprendre. »

 

(1) Homme politique norvégien qui collabora avec les nazis.
(2) Chef de l’Etat polonais clandestin.

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detai...

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