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03/12/2007

LES ROSENBERG : FAUSSES VICTIMES DE L’ANTISEMITISME MAIS VRAIS COUPABLES

Nous avons parlé avant-hier de George Koval, espion américain au service des soviétiques, qui transmit à l’URSS durant la seconde guerre mondiale d’importants renseignements nucléaires. Il s’enfuit en 1948, au moment où les Américains commençaient à découvrir l’étendue des dégâts. C’est sur ces entrefaites que furent arrêtés les époux Rosenberg, bel et bien coupables eux aussi quoique les preuves matérielles de leur culpabilité n’eussent pas été produites au procès. Il était impossible de le faire sans dévoiler que les codes de transmission soviétiques avaient été percés. Mais l’affaire Koval, demeurée à cette époque, et pour longtemps encore, strictement secrète, et qui avait passablement échaudé les responsables américains, a sans doute pesé lourd dans la sévérité de la peine infligée aux Rosenberg.

Julius Rosenberg, né en 1918 à New York dans une famille juive d’origine polonaise,  manifeste ses sympathies communistes dès ses études, dont il sort ingénieur électricien en 1939. Sa femme, Ethel Greenglass, de trois ans son aînée, née dans le même milieu, est tout aussi activiste.

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C’est le frère d’Ethel, David Greenglass, qui fera éclater toute l’affaire. Communiste lui-même et sergent dans l’armée américaine, affecté aux usines atomiques de Los Alamos, il est arrêté pour espionnage en juillet 1950. Il reconnaîtra avoir touché de l’argent d’un espion nommé Harry Gold pour des renseignements qui étaient ensuite transmis aux Rosenberg. Le physicien-espion Klaus Fuchs – dont nous avions parlé dans l’article sur Zarubina – venait par ailleurs aussi de se faire prendre à Los Alamos. Pour atténuer sa propre responsabilité et celle de sa femme, Ruth, David Greenglass va charger sa sœur et son beau-frère. Ceux-ci sont à leur tour arrêtés en juillet 50. A partir de cet instant, ils ne cesseront de nier farouchement les faits qui leur sont reprochés. Ils nieront tout au long de leur procès qui aura lieu en mars 1951. Condamnés à mort, ils continueront à nier alors que des aveux, espérés par les autorités, leur auraient évité la chaise électrique.

7505fd2d1543d6f9e369989708319fe0.jpgLeur exécution sera cependant différée car une incroyable campagne va déferler dans le monde entier, orchestrée en sous-main par les soviétiques, trop heureux de pouvoir accuser l’Amérique de fascisme et d’antisémitisme, et détourner par la même occasion l’attention de leurs propres agissements. Car pendant ce temps-là, un antisémitisme bien réel, lui, sévissait dans l’URSS de Staline!

b951eb76bf1e09c322780d730d6f219b.gifTous les idiots utiles habituels – Jean-Paul Sartre, François Mauriac, Picasso, Prévert, etc – vont se répandre à qui mieux mieux, parlant à tort et à travers dans les médias d’assassinat politique, de nouvelle affaire Dreyfus, de martyrs de la guerre froide, etc, réclamant la grâce des « innocents ».

Aujourd’hui encore, alors que les archives récemment ouvertes de la CIA et du KGB ne laissent plus planer le moindre doute quant à leur culpabilité, il en est encore qui demandent la révision du procès. Au motif essentiellement que les Rosenberg auraient agi pour la bonne cause : s’ils espionnaient, c’était pour aider les soviets dans leur juste lutte contre les nazis ! Décidément inoxydables, ces nazis ! Si on ne les avait pas, il faudrait les inventer.

Les archives ont révélé que les Rosenberg transmettaient des renseignements dès 1942 sous les noms de code de Liberal et Antenne. Qui plus est, ils étaient à la tête d’un véritable réseau d’espions.

Les autorités américaines savaient pertinemment qu’ils étaient coupables. Ils en avaient la preuve matérielle sans pouvoir en faire état, comme on l’a vu plus haut. Au procès, le juge Irving Kaufman, juif lui-même, fut seul mis dans la confidence.

La campagne d’intimidation internationale, qui se déroulera parallèlement à la période du maccarthysme – qui avait quelques fondements, il faut bien le reconnaître – et dans le contexte de la guerre de Corée, échoua à sauver ces deux victimes de l’antisémitisme aveugle des Etats-Unis. Ils s’assoiront sur la chaise électrique, à Sing Sing, le 19 juin 1953. Ayant refusé jusqu’au bout d'avouer, et laissant deux orphelins.

Quant au sympathique frangin, David Greenglass, après avoir purgé une peine de prison – il sera relâché en 1960 - il vit toujours, sous un faux nom, quelque part à New York.

224fcf4df07e4f9619b2f339ebc9c1ff.jpgDeux livres ont paru sur cette affaire ces dernières années, prenant en compte les informations les plus récentes :

La trahison des Rosenberg, de Florin Aftalion (Lattès, 2003)

Et aux Etats-Unis : Engineering Communism, de Steven Usdin (2005) qui traite de deux espions, Joel Barr et Alfred Sarant, ayant appartenu au réseau Rosenberg.

02/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (22)

LES VOISINS

 

 

JOSEF SCHWARTZ, dit JOZSEF POGANY, dit JOHN PEPPER

365566c45ed38c8b9bdf883d593e8bd3.jpgEncore un personnage bien intéressant de l’entourage de Bela Kun. Il naît à Budapest en 1886 dans une famille juive. Communiste convaincu, il participe activement aux troubles qui précèdent en Hongrie l’établissement de l’éphémère, mais sanglante, république soviétique. Il sera d’ailleurs accusé d’avoir assassiné, avec d’autres, le comte Istvan Tisza, personnage politique influent du pays, le 31 octobre 1918. Cette accusation ne sera formulée qu’en 1921, à une époque où la république de Bela Kun sera tombée et où quasiment tous les « conjurés » auront pris la poudre d’escampette.

Il occupe divers postes au gouvernement bolchevique qui durera de mars à août 1919. Il sera notamment commissaire aux affaires étrangères d’avril à juin. A la chute du régime, c’est la débandade générale. Lui s’enfuit d’abord en Autriche, puis en Union soviétique.

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Là-bas, il devient membre du Komintern, l’Internationale communiste, ce qui lui ouvre de nouveaux horizons. Sous le nom de John Pepper, il entre illégalement aux Etats-Unis en 1922 et devient très rapidement un activiste reconnu au Workers Party (parti des travailleurs). C’est sous cette dénomination, reconnue légalement, que se cachait le parti communiste américain dans les années 1920-30. Il sera également – preuve qu’il avait fait de bons progrès en anglais – une des plumes du mensuel radical The Liberator, chargé des affaires internationales.

Toujours dans le cadre de son appartenance au Komintern, il ira aussi dans les années 20  prêcher la bonne parole bolchevique à Stockholm où il aidera à l’émergence du parti communiste suédois.

Il retourne ensuite aux Etats-Unis où il est chargé par Staline de veiller à l’expulsion des trotskistes du parti communiste américain. Il aidera aussi les staliniens dans leur lutte contre James Cannon, qui était le leader des trotskistes et le fondateur du Socialist Workers Party. Finalement, James Cannon survivra à ses « persécuteurs » puisqu’il mourra tranquillement en 1974, tandis que John Pepper, rappelé plus tard à Moscou, aura le très grand tort de s’y rendre.

Car il fera partie des Grandes Purges de 1937, ce qui mettra une fin définitive à sa carrière.

01/12/2007

GEORGE ABRAMOVITCH KOVAL : UN AMERICAIN BIEN MERITANT DECORE PAR POUTINE

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Vladimir Poutine a sûrement pris un plaisir subtil à faire la nique aux Américains en décorant  récemment du titre de Héros de la Fédération de Russie l’espion né américain George Koval qui avait réussi à pénétrer – encore un – au cœur du fameux Projet Manhattan. Tel était le nom du programme nucléaire US pendant la seconde guerre mondiale et si j’ai dit « encore un », c’est que nous en avons déjà rencontré au moins deux, qui étaient des femmes : Zarubina et Kitty Harris.

 

C’est à titre posthume que cette très haute décoration lui a été décernée puisque George Koval est mort l’an dernier, à l’âge de 92 ans. « M. Koval, qui opérait sous le nom de code de Delmar, a fourni les informations qui ont permis de réduire considérablement le temps pris par l’Union soviétique pour développer sa propre bombe », indiquait le communiqué officiel du Kremlin.

648b9343fdb1276f2d5408a0e2dc77cd.jpgLa décoration et le livret de Héros vont à présent être exposés au musée du GROu, l’officine des renseignements militaires russes.

George Koval naît le 25 décembre 1913 à Sioux City, Iowa, dans une famille juive qui arrivait tout droit de Biélorussie. En émigrant, son père, Abraham, comptait se rendre à New York, mais il n’y connaissait personne. Tandis qu’il avait un ami à Sioux City, qui abritait une communauté juive importante. D’où ce choix, étonnant de prime abord. Il ne tardera pas à mettre suffisamment d’argent de côté pour faire venir sa fiancée qui était restée en Russie. Cette dernière, fille de rabbin, était une socialiste convaincue. Ils se marièrent et eurent trois enfants, dont le futur espion, George. 

Tous deux accueillirent l’annonce de la révolution bolchevique avec transport. Le couple Koval faisait partie d’un groupe de juifs communistes américains qui, en 1924, créèrent l’ICOR (Organization for jewish colonization in Russia) qui militait pour l’établissement d’une région autonome juive en Union soviétique, en « réponse » aux projets sionistes. Et de fait, Staline créa cette région autonome, bien loin à l’est, sous le nom de Birobidjan. Les parents des Koval restés en Russie s’y installèrent aussitôt. Et en 1932, durant la grande dépression, toute la famille Koval du côté américain quitta à son tour Sioux City pour s’installer au Birobidjan, aux confins de la Sibérie.

George, le futur espion, avait alors 18 ans. Le Birobidjan étant un peu petit pour ses ambitions, il se rendit à Moscou pour y faire ses études universitaires – en chimie. Il en sortit diplômé en 1939. Les Grandes Purges se terminaient, l’Armée Rouge et le NKVD étaient décimés, on recrutait massivement. Il y avait justement à New York un poste vacant d’agent de renseignements militaires. George, né américain, avait le profil idéal. Il fut donc recruté par le GRU (renseignements militaires de l’Armée Rouge), on lui donna le nom de code de Delmar et son entraînement commença. La boucle était bouclée.

Si je me suis étendue si longuement sur le parcours de la famille Kovar, c’est pour illustrer la légèreté, pour ne pas dire plus, des officiels américains qui accordèrent par la suite leur confiance – et l’accès aux lieux les plus stratégiques du pays - à un homme ayant pareils antécédents, qu’il n’était pas insurmontable de retrouver.

Delmar fut d’abord chargé d’obtenir des informations sur les recherches en matière d’armes chimiques. Jusqu’en 1943, il n’obtint pas grands résultats. Cette année-là, il s’engage dans  l’armée US qui, au vu de faux diplômes, l’envoie se perfectionner sur les données radioactives au City College of New York. L’armée l’envoie ensuite à Oak Ridge, dans le Tennessee, lieu de recherches secrètes à haut degré de sécurité. C’est à partir de là qu’il pourra fournir, lors de ses congés, de très importants renseignements aux soviétiques, qui leur feront gagner beaucoup de temps dans leur propre programme atomique. Delmar leur fournira des rapports sur la production de plutonium et de polonium, les processus scientifiques requis, les quantités, la qualité, etc.

En 1945,  il monte en grade et se retrouve à Dayton, dans l’Ohio. Dans son nouveau poste, il aura accès aux secrets les plus intimes de la recherche nucléaire, qui ne tarderont pas, eux aussi, à être connus des soviétiques. Et qui plus est, il y aura accès en tant que gradé de l’armée américaine, avec les responsabilités et l’autorité y afférents.

Après la guerre, les choses vont se gâter. Un autre agent soviétique, Guzenko, était passé à l’ouest et avait fait des révélations sur l’état d’avancement du programme nucléaire à l’est qui conduisent – quand même – les responsables à se méfier et à renforcer les mesures de sécurité. Mais ils ignorent le nom de la taupe. Koval sent l’étau se resserrer et réclame le droit de rentrer à Moscou avec sa femme. Le GRU finit par accepter en 1948.

Peu de temps après son retour, les soviétiques procédaient à leurs premiers essais nucléaires. Koval, lui, découvre la routine. Il devient professeur de chimie à son ancienne université moscovite et prendra sa retraite à la fin des années 70. Il mourra dans son appartement de Moscou le 31 janvier 2006.

Franchement, Poutine aurait pu le décorer de son vivant, vous ne trouvez pas ?

Quant aux Américains, ils furent à ce point mortifiés par cette affaire qu’ils réussirent à la tenir secrète pendant des décennies.