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18/12/2007

L’ESCAMOTEUR ET LES PIGEONS

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Ce tableau de Jérôme Bosch a été peint entre 1475 et 1480. Il est également appelé Le Jongleur, Le Tricheur ou Le Charlatan.

Dans tous les cas de figure, il montre un bonimenteur qui excelle à détourner les yeux du pigeon de l’essentiel pendant qu’un comparse le déleste de sa bourse et que des personnages goguenards se paient sa tête en prime.

 

Tous ceux qui y verraient une analogie avec la situation qui prévaut dans ce pays auraient parfaitement raison. C’est très exactement le stade où nous sommes arrivés.

Et puisque nous en sommes au chapitre des métaphores, je vous offre en plus une Fable de Jean Anouilh écrite en 1961. Elle s’intitule Le rat 

Un rat sortait de l’Opéra :

Plastron blanc et cravate noire ….

C’était un rat dont tout Paris savait l’histoire.

On disait que pendant l’occupation des chats,

Il avait stocké du gruyère.

Il était décoré pourtant, de mine fière,

Mais de cette fierté incertaine des rats.

Il est rare que ces gens-là

Aient la conscience tranquille …

Portant beau, poil lustré et ras

Ongles faits par les manucures ;

Costumes du meilleur tailleur ;

Dès qu’il sort de l’égout et se fait place en ville

Un rat a voiture

Et chauffeur,

Chevalière d’or, jolies filles.

Cette race toujours inquiète

A besoin pour se rassurer

De s’entourer de beaux objets

L’illusionnant sur sa puissance :

C’est un défaut qui tient au manque de naissance.

Le chauffeur de mon rat, un gros chien du pays,

Décoré d’ailleurs, lui aussi,

Pour avoir combattu les chats héréditaires

Lors de la précédente guerre,

Acceptait ses hauteurs sans lui montrer les dents

Tant le prestige de l’argent

Est, hélas ! puissant chez les bêtes …

« C’est un rat, disait-il, mais c’est un rat honnête.

Il en est. Et la preuve est qu’il est décoré. »

Ah ! mon Dieu que les chiens sont bêtes !...

Pauvres niais abusés, lisant journaux de rats,

Qui ne sauront jamais que ce que rat dira.

 

Ce soir-là, saluant son maître à la portière,

Le chien ravi lui fit le salut militaire.

Il exultait. La vie lui paraissait plus belle.

Il dit : « Monsieur sait la nouvelle,

Que, pendant que Monsieur écoutait l’opéra,

A donnée la radio ? » - « Qu’importe, dit le rat

Lassé, montant dans son automobile ;

Laissons la radio à un peuple imbécile –

J’ai mes informateurs. » - « Quoi, Monsieur ne sait pas ?

Je crois, Monsieur, qu’il faut, tous deux, qu’on s’y remette

Si on veut faire place nette.

La radio nous annonce une invasion des chats.

Il va falloir tuer tout cha ! »

(Il prononçait à l’auvergnate

Etant chien de Clermont-Ferrand.)

Le rat, entendant

Ces mots, bondit soudain des quatre pattes.

Laissant l’engin de luxe aux portes nickelées,

Dépouillant son plastron, sa pelisse fourrée,

Jetant sa canne et son chapeau

Rat nu, en poil de rat,

Comme au jour de naissance,

Le rat ne fit qu’un bond jusqu’à l’égout voisin

D’où il cria au sot :

« Apprenez, sotte engeance,

Que la race des rats a bien d’autres desseins !

Un rat gras à New York vaut un rat gras à Vienne

Ou à Paris.

Courage, mon ami !

Défendez le pays :

Et lorsque nous aurons enfin

Vaincu la race des félins,

Informez-moi, que je revienne. »

 

17/12/2007

GEORGE BEHAR, dit GEORGE BLAKE

Nous revoilà dans le monde sulfureux et opaque des espions occidentaux à la solde du KGB, du style George Koval que nous avons vu récemment.

09d1ec7d07e75fc70d5491b3df9737c2.jpgGeorge Behar naît en 1922 à Rotterdam d’une mère hollandaise et d’un père juif d’origine espagnole passé par la Turquie et naturalisé britannique. On voit que dès le départ, il est fortement marqué par l’internationalisme.

A la mort de son père, il a treize ans et on l’envoie vivre chez de riches parents en Egypte. Là, il sera très proche de son cousin, Henri Curiel, son aîné de huit ans. Cette rencontre va être déterminante pour son avenir. J’ouvre ici une parenthèse pour indiquer que Henri Curiel, né au Caire dans une famille de banquiers juifs d’origine italienne, sera l’un des fondateurs du parti communiste égyptien. Il mènera une existence plus que ténébreuse d’activiste pro-communiste et finira assassiné à Paris en 1978. Il est enterré au Père Lachaise. Ses assassins ne seront jamais identifiés, mais il est vrai que les pistes étaient si nombreuses…

Voilà donc qui sera le mentor du futur espion et on peut imaginer sans mal qu’il sera fortement endoctriné, si ce n’est carrément piloté. Toujours est-il que dès ses 18 ans, il se rend à Londres et rejoint le service d’opérations spéciales britannique, le SOE. C’est la guerre et au SOE, il y a du travail pour tout le monde. Il paraîtrait que ce serait à la suite d’un chagrin d’amour, et d’un rejet par les parents de sa belle au motif qu’il était juif, qu’il aurait pris en grippe ces snobs d’Anglais. Mouais….je suis plus que sceptique... C’est en tout cas à ce moment-là que Henri Curiel le recrute pour le KGB. J’aurais plutôt tendance à croire que cette filière était prévue dès le départ.

Juste après la guerre, il se fait recruter par les services secrets britanniques, le MI6 et envoyer d’abord à Hambourg puis à Séoul. Là, il est arrêté par l’armée communiste nord-coréenne et durant ses trois années de captivité, il aura le temps de lire Marx et de devenir  marxiste. Encore une fois, je croirais qu’il l’était bien avant. Toujours est-il qu’en 1953, il est relâché et envoyé par les britanniques, qui ne se doutent de rien, à Berlin. Là, il aura tout loisir d’informer le KGB d’un certain nombre d’opérations et surtout, il donnera des listes entières de ses collègues travaillant au MI6 aux soviétiques, les condamnant à mort.

Il continuera à passer des informations aux soviétiques au gré de ses divers postes. Il est dénoncé à son tour en 1961 par un espion polonais du KGB passé à l’ouest, Michael Goleniewski. Rappelé de Beyrouth, où il est en poste, à Londres, il est  arrêté à son arrivée. A l’issue d’un procès qui se déroulera à huis-clos, il est très lourdement condamné à 42 ans de prison. Mais il ne les fera pas car cinq ans plus tard, il parviendra à s’évader de sa prison avec l’aide de trois anarchistes. Ainsi que d’autres appuis en coulisse, qui ne seront jamais réellement révélés.

George Blake s’envole alors pour Moscou et commence une nouvelle vie. Il publiera son autobiographie en 1990 sous le titre No Other Choice (Pas d’autre choix). L’argent qu’il devait retirer de la vente de ce livre en Grande-Bretagne sera retenu par le gouvernement, à sa grande indignation. Il portera plainte auprès de la Cour européenne des droits de l’homme pour violation …des droits de l’homme et recevra une somme modique en compensation.

Il vit toujours à Moscou, encore alerte et actif à 85 ans, percevant une pension de colonel du KGB, et toujours aussi marxiste-léniniste. Il a d’ailleurs précisé dans une interview qu’il ne se considérait nullement comme un traître et vous allez voir que son raisonnement est imparable : il n’a pas trahi car il ne s’est jamais senti Anglais. « Pour trahir, il faut d’abord appartenir. Or je n’ai jamais appartenu. »

Et voilà, le tour est joué. Et tant pis pour ceux qui appartenaient.

16/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (29)

 

Faisant un récapitulatif des révolutionnaires évoqués jusqu’à présent, je m’aperçois que sur une petite trentaine de noms, n’apparaissent que … deux femmes : l’espionne Zarubina et la communiste roumaine Ana Pauker. Serait-ce que les femmes n’avaient pas, elles aussi, l’ardent désir de participer activement à l’avènement du grand soir ? Ce serait bien mal les juger. Aussi, nous allons en évoquer quelques-unes, afin de vous prouver que leur soif de renverser l’ordre établi ne le cédait en rien à celle de leurs compagnons.

J’en profite pour indiquer – mais vous l’aurez remarqué – que je choisis mes « victimes » au gré de l’inspiration. Faire un plan établi, les enfermer trop rigidement dans des catégories fixes m’ennuie, finalement. Je trouve que c’est plus intéressant de circuler à travers les secteurs d’activités, voire les pays. De toute façon, ils n’échapperont pas …

ROSA LUXEMBURG, dite ROSA LA ROUGE

a74b055882b6203f1aa18aaa55cd74cb.jpgSi quelqu’un a eu véritablement la fibre révolutionnaire, c’est bien elle. Qui l’a poussée à ne jamais transiger avec ses convictions et à ne pas ménager ses critiques à l’égard de ses collègues révolutionnaires, quels qu’ils soient. S’inquiétant du chemin suivi par les bolcheviques, elle écrira notamment ceci peu de temps après la révolution d’Octobre : "La liberté seulement pour les partisans du gouvernement, pour les membres d'un parti, aussi nombreux soient-ils, ce n'est pas la liberté. La liberté, c'est toujours la liberté de celui qui pense autrement." [...] "La tâche historique qui incombe au prolétariat, une fois au pouvoir, c'est de créer, à la place de la démocratie bourgeoise, la démocratie socialiste, et non pas de supprimer toute démocratie." Allez, pour avoir écrit – et pensé – cela, il lui sera beaucoup pardonné.

Elle naît en 1870 ou 1871 dans une famille de commerçants juifs polonais et n’a pas dix-huit ans qu’elle est déjà obligée de fuir en Suisse en raison de ses activités politiques. Elle s’est en effet engagée au parti socialiste révolutionnaire polonais Proletaryat où elle manifeste un activisme débordant.

Installée à Zurich, elle reprend des études d’économie politique et s’engage dans diverses activités annexes, comme le lancement d’un journal, La cause ouvrière, en 1893, ou encore celui d’un parti, le SDKP – parti social-démocrate du Royaume de Pologne – en 1894, avec Leo Jogiches, qui restera un compagnon de toute sa vie.

En 1898, elle contracte un mariage blanc avec Gustav Lübeck afin de devenir citoyenne allemande et milite avec ardeur dans les rangs du SPD (parti social-démocrate). Dès cette période, elle s’illustre par des débats théoriques très poussés avec les différentes factions, branches, mouvements existant au sein du marxisme. Je me garderai bien d’entrer dans les détails, il y faudrait plus qu’un article. Mais vous l’aurez compris, c’est une théoricienne brillante et passionnée, bien que souvent moquée par ses distingués confrères qui lui reprochent, étant femme, de se mêler de débats hors de sa (faible) portée.

Ce qui ne l’empêche nullement de poursuivre avec opiniâtreté sa route. Pour gagner sa vie, elle est journaliste, traductrice, car elle parle polonais, russe, allemand, français et yiddish, voire enseignante à l’école des cadres du SPD.

Eclate la révolution de 1905 en Russie. Rosa Luxemburg se précipite en Pologne où elle espère l’embrasement. Mais, fausse alerte, le soufflé retombe et elle est arrêtée. Elle manquera de peu d’être exécutée. Cette fois, elle sera simplement assignée à résidence en Finlande.

Elle n’y reste pas longtemps puisqu’on la retrouve en Allemagne en 1906. A partir de cette date et jusqu’à la guerre de 1914, elle va traverser une sorte de désert où elle se trouve marginalisée dans son propre parti qui est contaminé – de son point de vue – par le nationalisme et le militarisme ambiants et qui finira par voter les crédits de guerre en 1914.

Pacifiste, elle va s’opposer avec Karl Liebknecht à ce qu’elle considère comme une dérive. Elle appelle au refus d’obéir aux ordres de conscription, ce qui lui vaudra d’être emprisonnée. Exclue du SPD, elle crée le 1er janvier 1916 la Ligue Spartacus avec Liebknecht, Clara Zetkin et Franz Mehring. Elle est à nouveau emprisonnée peu après.

7207fef1f113c637e614dd74ac60b03a.jpgEn novembre 1918, c’est la révolution en Allemagne. Rosa Luxemburg est libérée et en profite immédiatement pour réorganiser la Ligue Spartacus, qui deviendra plus tard le parti communiste allemand. Elle en rédige le programme, en définit la stratégie et en anime le journal, Die Rote Fahne (Le Drapeau Rouge).

Entre-temps s’est bien sûr produite la révolution de 1917, dont elle ne tarde pas à dénoncer la dérive totalitaire, notamment dans un ouvrage publié en 1918, La révolution russe. Mais elle ne saura jamais à quel point elle avait eu raison – sur ce point. L’insurrection spartakiste est déclenchée le 5 janvier 1919 à Berlin. Elle échoue et est réprimée dans le sang par les sociaux-démocrates au pouvoir, ses anciens compagnons, qui se débarrasseront à cette occasion de cette aile gauche encombrante. Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht sont tous les deux arrêtés et assassinés le 15 janvier 1919.

15/12/2007

ŒIL POUR ŒIL …

dff23d679fb47cd6ab207755d4935d43.jpgNous avons parlé le 22 novembre dernier du criminel de guerre Solomon Morel dont l’extradition, demandée à plusieurs reprises par les autorités polonaises, avait toujours été obstinément refusée par l’Etat d’Israël où il s’était réfugié. Il est finalement mort cette année à Tel Aviv.

Je n’avais pas fait mention dans cet article du livre du journaliste américain qui avait permis de faire connaître au monde l’histoire de Solomon Morel et, de façon plus large, un épisode délibérément occulté de la fin de la seconde guerre mondiale, à savoir la vengeance que des juifs - rescapés ou non des camps de concentration – exercèrent sur le camp des vaincus.

Ce journaliste s’appelait John Sack et le livre An Eye for an Eye (Œil pour œil). Il fut publié en 1993 et déclencha un énorme scandale.

Comble de malheur, John Sack était loin d’être le premier journaliste venu, ce qui aurait permis le boycottage pur et simple du livre. Né en 1930 dans une famille juive de New-York – par-dessus le marché – il avait assuré la couverture de presse de tous les grands événements politiques auxquels les Etats-Unis avaient été associés depuis un demi-siècle. Il avait notamment été correspondant de guerre en Corée, Vietnam, Irak, Afghanistan, Yougoslavie. Ses reportages étaient publiés dans des revues et journaux réputés comme Esquire, Harper’s ou The New Yorker.

Pour écrire An Eye for an Eye, il s’était livré à une enquête minutieuse de plusieurs années. Il ressortait de cette enquête qu’immédiatement après la fin de la seconde guerre mondiale, en 1945, les soviétiques qui occupaient la Pologne et une partie de l’Allemagne avaient délibérément confié l’administration de 1255 camps de concentration à des juifs. Ces derniers  firent payer aux civils allemands ou polonais qui y étaient détenus, y compris des femmes et des enfants, les crimes commis par les nazis. John Sack détaillait en particulier le cas Solomon Morel, auquel les autorités polonaises s’intéressaient particulièrement depuis 1992 et qui sera finalement inculpé en 1996.

A la parution de ce livre qualifié de « scandaleux », les organisations juives américaines se déchaînèrent. Abe Foxman, président de l’Anti-Defamation League, proclama qu’il ne s’agissait que d’un tissu de mensonges, ajoutant curieusement que Morel « bien que né juif » aurait dû être décrit comme « un communiste d’origine juive ». Ce qui, vous en conviendrez, change tout, n’est-ce pas ?

32f59990213ee0da1c27b65abdbb99ec.jpgJohn Sack est mort en 2004. Son site internet (www.johnsack.com ) est toujours ouvert et relate en détails toutes les péripéties qui accompagnèrent la sortie de cet ouvrage tendancieux.

Qui éclipse quelque peu les neuf autres qu’il a écrits, pourtant fort intéressants eux aussi, notamment sur la guerre du Vietnam.

 

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14/12/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (28)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

IAN FRIDRIKHOROVICH, dit MARTYN IVANOVICH LATSIS

 

9d4f6814b647191eb956b47f65a6d5fc.pngIl est très difficile de trouver des données concernant ce personnage qui occupa pourtant un rang élevé à la tchéka dès sa création en décembre 1917. C’est finalement sur un site russe que j’ai trouvé ses dates de naissance et de décès, ainsi que son nom véritable.

Martyn Latsis, son pseudonyme, est né en 1888 dans une famille juive de Lettonie. Il va suivre le parcours classique puisqu’il adhère tout jeune au parti socialiste-révolutionnaire. Très actif lors de la révolution de 1917, il fait partie, avec Dzerjinski, le futur patron de la tchéka, du comité révolutionnaire de Petrograd. C’est dans ce noyau dur que Dzerjinski va recruter les cadres de la future police secrète et Latsis sera son adjoint.

Bien que l’on connaisse peu de chose sur lui, on peut supposer qu’il avait fait des études car apparemment il aimait écrire. Il publiera en effet en 1920 à Moscou un livre intitulé Dva goda borby na vnutrennom fronte (Deux ans de lutte sur le front intérieur), dans lequel il relate sa vision de la guerre civile.

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En tout cas, dans ses fonctions de dirigeant de la tchéka, il aura l’occasion de s’exprimer à maintes reprises et il dira alors des choses fort instructives :

Dans les Izvestia du 23 août 1918 – alors que la première vague de la terreur rouge bat son plein: « La guerre civile ne connaît pas de lois écrites. La guerre capitaliste a ses lois écrites (…) mais la guerre civile a ses propres lois (…) Il faut non seulement détruire les forces actives de l’ennemi mais démontrer que quiconque lèvera l’épée contre l’ordre de classe existant périra par l’épée. Telles sont les règles que la bourgeoisie a toujours observées dans les guerres civiles qu’elle a menées contre le prolétariat (…) Nous n’avons pas encore suffisamment assimilé ces règles. On tue les nôtres par centaines et par milliers. Nous exécutons les leurs un par un, après de longues délibérations devant des commissions et des tribunaux. Dans la guerre civile, il n’y a pas de tribunaux pour l’ennemi. C’est une lutte à mort. Si tu ne tues pas, tu seras tué. Alors tue si tu ne veux pas être tué ! ».

Ces accents meurtriers étaient destinés à réveiller l’instinct de revanche dans les masses populaires. Ce qui va marcher au-delà de toute espérance. Ainsi encouragées par le pouvoir, les tchékas locales, qui constituaient l’occasion rêvée de régler tous les comptes en retard, vont se mettre à pulluler. A telle enseigne que les bolcheviques auront du mal par la suite à remettre de l’ordre et à faire rentrer tout ce beau monde dans le cadre d’une tchéka unifiée et disciplinée.

Le 1er novembre 1918, Latsis fournit à ses sbires les instructions suivantes pour la conduite de leurs « enquêtes » : « Nous ne faisons pas la guerre contre des individus en particulier. Nous exterminons la bourgeoisie comme classe. Ne cherchez pas dans l’enquête des documents et des preuves de ce que l’accusé a fait, en actes ou en paroles, contre l’autorité soviétique. La première question que vous devez lui poser, c’est à quelle classe il appartient, quelles sont son origine, son éducation, son instruction, sa profession ».

Dans son livre, il  prétendra qu’au cours du second semestre 1918, la tchéka avait exécuté 4500 personnes, précisant même :  « Si l’on peut accuser la tchéka de quelque chose, ce n’est pas d’excès de zèle dans les exécutions mais d’insuffisance dans l’application des mesures suprêmes de châtiment. Une main de fer diminue toujours la quantité de victimes ».

Des études ultérieures ont fait apparaître la nette sous-évaluation de ce chiffre. Le nombre des  victimes de la tchéka pour le seul automne 1918 tourne plutôt  autour de 10 à 15 000.

Nous  retrouvons Latsis chef de la tchéka d’Ukraine en 1920. C’est la période de la décosaquisation. Des familles entières, voire des voisins,  seront enfermés dans de véritables camps de la mort. Latsis notera à ce propos dans un rapport: « Rassemblés dans un camp près de Maïkop, les otages – des femmes, des enfants et des vieillards – survivent dans des conditions effrayantes, dans la boue et le froid d’octobre (…) Ils meurent comme des mouches (…) Les femmes sont prêtes à tout pour échapper à la mort. Les soldats qui gardent le camp en profitent pour faire commerce de ces femmes ».

On peut supposer qu’il poursuivra dans les rangs de la tchéka une carrière aussi prometteuse.

D’après le site russe, il meurt en 1938. Il avait donc cinquante ans. Etant donné cette date fatidique, on peut supposer sans trop risquer de se tromper qu’il ne s’est pas fait écraser par un autobus. Mais bien plutôt par une machinerie autrement plus puissante qui portait le nom évocateur de « grande purge ».

Source des citations: Le livre noir du communisme -ouvrage collectif

13/12/2007

ET VOILA, TOUJOURS ABANDONNES!

256fae8f48836344f03c5d291df4788d.jpgLe dernier National Intelligence Estimate (NIE) a été publié la semaine dernière à Washington et a fait du bruit: il estime en effet que l’Iran a cessé de poursuivre son programme nucléaire militaire depuis 2003.

Le NIE est un document sérieux, produit par 16 agences américaines de renseignements relatifs à la sécurité nationale et destiné à éclairer les décisions des responsables politiques. L’administration Bush en général, et Dick Cheney, le vice-président en particulier, ne souhaitaient nullement cette publication qui vient entraver les efforts des va-t-en guerre obsessionnels. Mais impossible de l’empêcher.

Les spécialistes du renseignement relatif à la sécurité du pays ont ainsi conclu que l’Iran ne constituait  pas à ce jour une menace réelle, ce qui semble réjouir les dirigeants du Pentagone, largement réticents à toute action militaire des Etats-Unis contre ce pays. Ne serait-ce que pour ne pas ouvrir un nouveau front, ultra dangereux, à un moment où les troupes américaines sont copieusement enlisées ailleurs.

9252275aa573a0d4a9b74cfd8a228f0c.jpgEn Israël, par contre, vive a été l’indignation à la parution de ce rapport, l’Etat hébreu y voyant une reculade de la part de son grand allié et ami indéfectible. Du coup, chose inhabituelle, le chef d’état-major des forces armées américaines, l’amiral Mike Mullen, a fait une visite éclair en Israël ce lundi pour tenter d’apaiser les esprits. Inhabituelle car il paraît que cela faisait dix ans qu’un chef d’état-major US en exercice ne l’avait fait.

Cette visite s’est passée dans un climat de grande nervosité, accru par le fait que les Israéliens redoutent un désengagement des Etats-Unis d’Irak et d’Afghanistan, qui les isolerait plus encore. Mike Mullen a bien sûr assuré ses hôtes de la profonde amitié des USA et de leur souhait de « renforcer » davantage encore l’armée israélienne. Mais côté israélien, on n’est pas dupe.

D’autant que Mullen a fait tout récemment aux Etats-Unis des déclarations plutôt alarmistes sur la situation … au Kosovo, qui pourrait dégénérer à nouveau, entraînant des réactions en chaîne. D’où éventuellement le risque d’un nouveau front qui impliquerait à nouveau les Etats-Unis. Rien que du bonheur en perspective…. Il faut savoir que Mullen était précédemment commandant des forces armées de l’OTAN dans les Balkans, il connaît en principe le sujet.

Bref, les officiels israéliens commencent à se sentir mal aimés ou plus exactement, plus tout à fait au centre de l’attention de Big Brother comme ils le souhaiteraient.

Leur réaction est très caractéristique de ce type de situation: puisque c’est comme ça, on ira tous seuls et on se débrouillera tous seuls. De toute façon, depuis toujours, on est seuls au monde, alors … Je schématise bien un peu, mais l’essentiel est là.

Ceci dit, des propos menaçants à l’attaque effective de certaines cibles iraniennes - sans l’aide des Etats-Unis - il y a plus qu’un pas. Un abîme. Pour l’heure, les responsables israéliens de la défense réaffirment haut et fort leur détermination inébranlable à « assurer la survie du pays ». Ils ont commencé à passer en revue tous les moyens de restructurer, de réorienter et d’adapter leurs moyens militaires à cette nouvelle donne. Car eux aussi se trouvent confrontés au problèmes des fronts multiples : Gaza, Liban, Syrie, etc.

Là où l’on voit à quel point sont manipulées ou occultées les données, dans le but de poursuivre envers et contre tout le dessein que l’on s’est fixé, c’est qu’il y a deux ans, en août 2005, un autre rapport NIE avait déjà conclu que l’Iran était bien loin de pouvoir atteindre l’arme nucléaire. Qu’il lui faudrait au moins dix ans pour y parvenir. Alors même que l’administration Bush, pressée d’aller en découdre, soutenait mordicus que l’Iran était à deux doigts d’y arriver et qu’il fallait se dépêcher. Depuis, elle avait agi en conséquence, faisant continuellement monter la pression, avec l’aide d’Israël.

Apparemment, les choses ont quand même évolué et des voix américaines plus raisonnables - ou  simplement plus lucides - semblent se manifester davantage.

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12/12/2007

SOUFFLONS UNE BOUGIE !

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Notre blog a aujourd’hui un an. Je dis « notre » car je le considère comme une œuvre collective, vos messages et commentaires m’ayant ouvert de nombreux horizons et appris beaucoup de choses.

 

J’ai moi-même évolué sur bien des points et approfondi ma réflexion sur pas mal de sujets. Ayant créé ce blog sur suggestion d’autrui, avec réticence, j’ai au fil des mois été captivée par ce rendez-vous quasi quotidien qui me demande beaucoup de temps, d’énergie, de travail, mais me le rend très largement.

 

J’espère que nous aurons encore un bon bout de route à faire ensemble.

(N’oubliez quand même pas de lire l’article suivant, car aujourd’hui, il y en a deux. Soyons fous !!)

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (27)

Tous les hommes, ou femmes, dont il est question ici, quel que soit le poste occupé, ont été complices du régime qu’ils ont créé et servi. Les malheurs qui ont pu leur arriver suite à la prise de pouvoir de Staline furent occasionnés, non par une dénonciation des crimes du régime survenus DES LE DEBUT, mais uniquement par des luttes intestines de pouvoir.

ISAÏ DAVIDOVITCH BERG

Je me sens quelque peu frustrée d’avoir si peu d’informations sur ce personnage. Là encore, nous devons à Soljenitsyne d’avoir soulevé le coin d’un voile épais cachant ce qui n’était pas censé être exposé aux regards.

Isaï Davidovitch Berg est un rouage du système bolchevique comme il y en eut des milliers. Il n’a dû sa – relative – célébrité qu’à son esprit ingénieux qui va s’exercer, hélas pour lui, sur un sujet aujourd’hui des plus sensibles.

Voilà un homme qui s’est retrouvé, dans les années trente, chef du service économique du NKVD pour la région de Moscou. Un poste de responsabilité, certes, mais pas le sommet de l’échelle. Chargé comme il l’était des problèmes économiques, il devait donc veiller à dépenser et faire dépenser le moins d’argent possible. C’est logique.

Nous sommes en 1937, période de grandes purges, lorsque les exécutions, dans le secteur de Moscou, prennent une ampleur telle que nos braves fonctionnaires ont du mal à suivre. Tous ces ennemis du peuple  à fusiller en même temps ! Sans compter toutes les munitions nécessaires pour leur tirer une balle dans la nuque, ça finit par coûter cher ! Et  le temps que ça prend pour les assassiner un par un !

C’est là que va intervenir la cervelle ingénieuse de notre bonhomme. Il va inventer un moyen moins onéreux de procéder. Un moyen simple, mais encore fallait-il y penser : le camion dont les gaz d’échappement sont orientés vers l’intérieur. Cette invention sera appelée en russe dushegubka, ou «chambre à gaz ambulante».

La procédure était effectivement très simple : les « patients » étaient entassés dans un camion hermétiquement clos renvoyant les gaz d’échappement vers l’intérieur, et c’était parti pour une longue promenade autour de Moscou. A l’arrivée,  – ô miracle de la technique - ne restaient plus que des cadavres qui étaient immédiatement escamotés dans un coin discret. Voilà, ce n’était pas plus compliqué que ça. Et relativement économique, encore que… l’essence …

Eh bien, le croirez-vous, ce rouage pourtant zélé et méritant finira misérablement en 1939, victime lui aussi d’une purge. Quels ingrats !

Ce brave Berg a inventé une application pratique mais, soyons juste, l’idée d’utiliser des gaz pour tuer était plus vieille que lui. Elle démarre en fait durant la 1ère guerre mondiale, vite relayée par les bolcheviques qui n’étaient jamais en reste dans ce domaine. Les gaz seront largement utilisés par eux, souvent contre les paysans refugiés dans les bois, notamment à Tambov en 1921. Les ordres reçus de Moscou spécifiaient : « Les forêts où les bandits se cachent doivent être nettoyées par l'utilisation de gaz toxique. Ceci doit être soigneusement calculé afin que la couche de gaz pénètre les forêts et tue quiconque s'y cache ».