01/10/2011

5) Allez, rigolons un peu

Acte IV : Voici la réponse que François Brigneau adressa à Yvan Blot en réponse à son courrier reproduit hier :

 

« 6 mars 1999

 

Monsieur le député,

 

Je n’ai pas lu votre lettre sans malaise. Plus j’avançais, plus je trouvais qu’il s’agissait d’un plaidoyer pro domo déguisé en réquisitoire. Un réquisitoire peu convainquant    où sont les preuves sérieuses de ce que vous avancez ? A Marignane le climat ni les discours ne furent ce que vous dites. Celui de Peltier en témoigne  -  et parfois même assez misérable, indigne d’un esprit orné comme le vôtre. Finalement, j’en ai moins appris sur Mégret que sur vous.

 

Comment avez-vous pu être, pendant vingt ans, l’ami d’un homme que vous avez redécouvert (sic ! c’est vous qui l’écrivez : « je viens de redécouvrir », douzième ligne) être un arriviste sans scrupule, un voleur (d’exposé, de mouvement politique, de victoire électorale ; qui vole un œuf vole un bœuf !), un individu capable de casser le parti dont il est le numéro 2 ?

 

Vingt ans ! Comment avez-vous pu, pendant vingt ans, vous lier d’amitié, conseiller, guider, protéger ce gestionnaire-aventuriste, cet organisateur à l’intelligence mécanique, cet être froid, dissimulé et méprisant les hommes, ce calculateur échouant dans toutes ses entreprises : les CAR, Le Français ? Le mystère demeure entier. Pour le percer, il faudrait appeler Sherlock Holmes, sans oublier le Dr Watson.

 

Je ne me prétends pas d’une perspicacité particulière mais je n’ai pas eu besoin de passer des vacances avec Mégret pour savoir que sa maman était MRP, proche (je crois) de Pierre-Henri Teitgen. Qu’y pouvait-il ?

 

Vous lui reprochez d’avoir méconnu, à ses débuts, les problèmes de l’immigration. Mais, moi qui vous écris, à vingt ans je ne connaissais rien au problème juif. Depuis, j’ai fait quelques progrès.

 

Je n’ai pas eu besoin de lire le livre d’un anar fils de flic et délateur professionnel, recommandé par Alain de Lacoste-Lareymondie, pour savoir que Mégret ne porte pas le Maréchal Pétain dans son cœur. Ce qui m’étonne, d’ailleurs. Ce doit être par conformisme ou ignorance. Quand je le lis ou l’écoute, je ne le trouve pas si loin de la Révolution nationale. Je me demande parfois ce qu’il aurait fait s’il avait eu vingt ans en 1940 ? Il y avait beaucoup de MRP à Vichy et encore plus à Uriage. L’idéologie du Front serait-elle bafouée s’il portait sur sa flamme les trois mots maudits : Travail, Famille, Patrie ?

 

Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais cru que l’on changerait la politique de notre pays avec le seul concours des maréchalistes, dont les plus jeunes doivent être, comme moi, atteints par la limite d’âge et bons pour la casse. Aux BBR, ce n’est pas Mégret qui fait la traque aux livres de vérité historique. C’est Holeindre et Gollnisch. Quand j’ai entendu le Chant des partisans que le Président fit chanter, kolossale finesse, je n’ai pas été assombri. C’est de ne pas entendre Maréchal nous voilà qui m’a navré. La réconciliation française exige les deux. Le Front national aurait-il cessé de la prôner ? En rapportant les ragots d’Angeli, si vous avez cru atteindre l’estime que j’ai pour Mégret, vous vous êtes trompé.

 

Lors de la parution de Bonsoir tristesse !, vous avez eu tort de ne pas manifester, publiquement et à haute voix, l’admiration que vous dites lui avoir portée. Avec votre appui, les journalistes de la presse nationale (Camille Galic, Claude Giraud, Jean Madiran, Georges-Paul Wagner, Martin Peltier, Serge de Beketch, André Figueras) qui partageaient mon sentiment auraient peut-être pu empêcher l’irréparable.

 

Maintenant c’est trop tard et vous n’avez fait qu’aggraver les choses en revenant sitôt parti et en écrivant des lettres de cette encre afin d’essayer de faire oublier les deux notes à Mégret sur la santé psychique du Président absolu et son comportement politique. En janvier, le clan des lepénistes vous détestait. Aujourd’hui les deux clans vous détestent et vous méprisent à la fois, sans que vous soyez assuré pour autant de retrouver votre siège au parlement européen de Strasbourg. Seriez-vous aussi mauvais stratège que Bruno Mégret ?

 

Je n’appartenais pas au Front national. Je n’en étais qu’un compagnon de route, après en avoir eu l’initiative, il y a vingt-sept ans. Il n’en reste pas moins que cette scission m’a foudroyé. Je regrette que Mégret s’y soit laissé glisser et, si c’était par calcul, comme vous le prétendez, ce fut un mauvais calcul. Il n’en demeure pas moins que, pour moi, le responsable n°1 demeure le chef. Il me semble que la mise à mort de Mégret était programmée depuis Strasbourg, et même avant. Aucune provocation n’a été négligée pour y parvenir. C’est mon intime conviction. Si je me trompe, je reste persuadé que le Président absolu devait tout faire pour empêcher la rupture. A tout le moins pour la retarder. Or il l’a précipitée. S’il y a eu piège, il est tombé dedans. C’est une erreur politique grave. Nous allons tous la payer très cher.

 

Pour ne pas cautionner cette démarche et feindre d’approuver un récital de gesticulations et d’imprécations que j’ai trouvé particulièrement pénible, j’ai quitté National Hebdo. J’aurais pu écrire ailleurs. Je m’y suis refusé et m’en félicite aujourd’hui. Me voyez-vous glosant sur les circonvolutions baroques d’Yvan Blot ? Je déplore votre attitude. Dans mon privé, je la condamne. Mais je ne me sens pas le droit de la juger en public, sous l’œil rigolard et satisfait de l’ennemi.

 

J’attends la suite des événements avec curiosité mais tristesse.

 

François Brigneau »

Commentaires

Tout le talent et l'intransigeance de Brigneau. Bravo et grand respect à ce grand polémiste national.

Écrit par : babotchka | 01/10/2011

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