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30/09/2011

4) Allez, rigolons un peu

Acte III – Entre le 20 janvier et le 2 février 1999, Yvan Blot gamberge des masses. Il est député européen, un bon fromage qu’il voudrait bien conserver. Et finalement, avec Mégret, ce n’est pas du tout cuit. Que faire, mon Dieu, que faire ? Pour clore, d’ici quelques jours, cette intéressante plongée dans les circonvolutions mentales de ce personnage, vous aurez droit à un petit chapitre de l’Histoire secrète du Front national, de Renaud Dély, (avril 1999), intitulé « Le suicide d’Yvan Blot ». Car le 2 février, à la stupéfaction générale, voilà qu’il tourne casaque et revient piteusement chez Le Pen. Lequel fera mine de passer l’éponge.

 

Mais aujourd’hui, voici la lettre que, dans un grand désir d’autojustification, Yvan Blot adressa en date du 23 février 1999 à François Brigneau. Ce dernier était l’un des cofondateurs du FN et dirigeait alors National Hebdo. Il était très proche de Le Pen qu’il quitta cependant à cette époque-là. Cette lettre et la réponse qu’il y apporta (que nous découvrirons demain), ont été publiées par Brigneau.

 

« 23 février 1999

 

Cher Monsieur,

 

C’est parce que j’ai tant admiré votre article « Bonsoir tristesse ! » que je vous écris aujourd’hui. J’ai cru, après beaucoup d’hésitations, vers le 10 décembre, devoir rejoindre Bruno Mégret.

 

C’était un ami de 20 ans et j’avais guidé ses premiers pas en politique, tout d’abord en l’introduisant au Club de l’Horloge, ensuite en parrainant son adhésion au RPR. Il n’avait aucunement, vers 25 ans, nos idées. Il était, comme sa mère, MRP. Je me souviens qu’en vacances au Maroc avec lui, Jean-Claude Bardet et moi-même avions beaucoup de mal à lui faire admettre que l’immigration sans limites pouvait être un mal pour la France.

 

Au cours de toutes ces longues années, j’ai en fait peu travaillé avec lui. Mégret était plutôt un compagnon de vacances, chaque été ou presque. Les rares fois où nous avons travaillé ensemble auraient dû m’éclairer sur sa nature d’arriviste sans scrupule. C’est elle que je viens de redécouvrir, il y a quelques semaines et qui m’a écoeuré au point de me faire claquer la porte !

 

Lorsqu’il est entré au RPR, je l’ai aidé à se faire élire au comité central, grâce à l’appui de Charles Pasqua. Puis, il a obtenu une bonne circonscription dans les Yvelines, aux législatives. Il fit 45% des voix face à Michel Rocard ! Quelque temps après, il me dit : « Je ne supporte plus cette hiérarchie du RPR ! Je n’y ai aucune influence ». Je lui fais remarquer qu’il n’est là que depuis peu. « Non ! - dit-il – Je préfère être le chef d’un petit parti plutôt qu’un cadre anonyme dans une grande formation ». Il quitta le RPR pour se consacrer aux Comités d’Action Républicaine dont il était devenu le chef dans des circonstances troubles.

 

Un an plus tard, Mégret revenait dans mon bureau et me disait : « J’ai fait une bêtise ! Mon suppléant m’a remplacé dans mon ancienne circonscription. Il est devenu député maire de Poissy, à ma place ! ». Ce qui me frappe dans cette attitude, ce n’est pas son choix, c’est le fait qu’il ne m’ait jamais dit : « Je quitte le RPR parce que je n’aime pas ses idées, parce qu’il ne sert pas la France ». Il m’a dit : « Je quitte le RPR parce que je n’y trouve pas de débouchés rapides ! ».

 

De même, lorsqu’il dirigea les C.A.R., il se rallia à Le Pen sans en parler à la plupart de ses associés, de braves bourgeois libéraux, qui furent horrifiés de se retrouver dans un mouvement beaucoup trop « extrême » pour eux !

 

Tout ceci aurait dû m’alerter sur la moralité de Mégret. Egalement ce petit incident : je tombe un jour malade et demande à Bruno de me remplacer et de lire mon exposé au Club de l’Horloge. En réalité, il présenta l’exposé comme si c’était le sien. Quand on a une âme de voleur, on ne se refait pas. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait voulu voler le Front national à son fondateur Jean-Marie Le Pen !

 

Je le sais bien : vous allez me dire sans doute que les torts sont toujours des deux côtés dans un divorce ! Mais il ne s’agit pas de cela ! Aristote a dit qu’en toutes choses il faut voir la finalité. La finalité patriotique de l’action de Jean-Marie Le Pen n’a jamais été mise en cause. Après ce que j’ai découvert, j’ai le devoir de contester la finalité patriotique de l’engagement de Bruno Mégret !

 

Qu’ai-je découvert ? Au congrès le « l’unité » de Marignane, j’étais mal à l’aise car tout le congrès a consisté à faire de l’anti Le Pen. Seuls deux discours firent exception, celui de Le Gallou sur l’Europe, et le mien, sur l’adversaire socialo-mondialiste.

 

Par la suite, Bruno Mégret me demanda de lui trouver des financements. Il savait que j’avais quelques relations dans ce secteur-là. Je vais voir un de ces financiers qui me dit : « J’ai déjà donné ! Pas moi mais par le biais d’un industriel connu (au nom double), proche de Chirac ». Je revois Mégret et lui dit que s’il veut que je l’aide, il doit me dire la vérité sinon je perds mon crédit auprès des industriels. Il nie tout. Je retourne voir cet industriel qui me donne des précisions quant à la date du versement. J’en parle à Mégret qui pâlit et me dit : « Je n’avais pas compris que tu parlais de cela ! Oui, bien sûr ! J’ai eu de l’argent, mais pas de l’ami de Chirac, il y a eu un intermédiaire ! »

 

C’est le début, pour moi, d’une série de révélations me conduisant à l’intime conviction que Mégret a délibérément voulu casser le Front national. Son seul but était de devenir le chef à tout prix, puis de se rapprocher du RPR et de l’UDF, pour se fondre dans la droite molle, en échange d’une promotion personnelle. C’est le schéma, en gros, de ce qu’a fait Gian-Franco Fini en Italie. Là aussi, je n’ai pas été assez attentif dans le passé. Lors du précédent mandat européen où Fini siégeait encore, Mégret ne cessait de le voir. Il lui témoignait une admiration très forte, réciproque d’ailleurs. On disait alors que Fini serait bientôt le premier ministre italien !

 

D’autres éléments de preuve se sont ajoutés depuis. Et je ne compte pas les rumeurs disant qu’il s’est fait initier à la Grande Loge Opéra. Je ne peux pas le vérifier. Par contre, je lui ai demandé, le jour de la manifestation anti PACS s’il voulait dîner avec le chef RPR de Strasbourg. « Bien sûr ! me dit-il. Mais en secret. Les militants ne comprendraient pas. » Le secret ! Toujours le secret ! Même avec ses amis les plus proches !

 

Jean-Claude Bardet et Pierre Vial, après Marignane, avaient si peu confiance dans la rectitude des intentions et des idées de Mégret, qu’ils m’ont proposé de faire à trois une sorte de comité pour le surveiller et le tancer à l’occasion. Mon retour chez Jean-Marie Le Pen a détruit ce projet. Entre temps, Mégret ayant peur d’autres abandons, a donné un titre à Vial (président du Forum culturel) pour le rassurer. Mais il ne fait pas confiance aux hommes d’idées, pas plus qu’aux hommes de lettres, qu’en bon ingénieur il méprise profondément. La poésie et le sentiment ne l’intéressent pas, sauf si c’est exploitable pour sa propre ascension.

 

Il ne fait aujourd’hui confiance qu’à ses gestionnaires : Olivier, gestionnaire de l’image, Martinez, gestionnaire des finances, Timmermans, gestionnaire de l’appareil. En fait, Mégret me rappelle étrangement quelqu’un que j’ai côtoyé et qui lui ressemble beaucoup : Alain Juppé ! Même intelligence mécanique, même mépris des hommes, même froideur, même tempérament dissimulateur, même indifférence profonde aux idées et aux idéaux sauf si ce sont des armes pour progresser dans la carrière !

 

Je suis convaincu que Mégret a reçu de l’argent, non par vénalité car il est absolument désintéressé sur ce point, mais pour casser le Front national. Chirac avait peur de voir le mouvement atteindre 20% aux élections européennes et de ce fait, le FN aurait été incontournable. Mes contacts avec le patronat ont confirmé que telle était bien l’inquiétude du président de la République. Lorsque je demandais à Mégret en décembre pourquoi le « clash » avait lieu maintenant, il me répondait qu’il ne pouvait plus attendre, sans autre explication. Maintenant, je connais l’explication. Il fallait casser le Front national avant Noël, comme le souhaitaient les financiers proches de l’Elysée.

 

Mégret va échouer, comme il a échoué avec les C.A.R., avec son journal « Le Français ». Sous ses apparences de sérieux, c’est un aventuriste : il ne prépare jamais de trésor de guerre et ignore si le terrain est prêt pour la conquête. Ce n’est pas un stratège mais un bon chef de chantier, un organisateur. Coincé entre Le Pen d’un côté, Millon, Villiers, Pasqua de l’autre, il n’a pas de marge à conquérir et fera sans doute un mauvais score. Mais il aura cassé le Front national et lui aura volé la victoire qu’il aurait dû avoir aux européennes !

 

Sachant cela, et constatant que Jean-Marie Le Pen a toujours été honnête et franc avec moi, j’avais une dette envers lui. C’est pourquoi j’ai estimé que mon honneur consistait à réparer ma faute et à le rejoindre ! Cela réclame du courage pour faire une telle démarche et reconnaître publiquement que l’on s’est trompé ! Mais je préfère cette situation, quitte à supporter un déluge de calomnies (ce qui ne manque pas !) plutôt que d’être malhonnête et de suivre Mégret qui tel le joueur de flûte de Hamelin emmène les enfants du mouvement national à la noyade.

 

J’ai pensé qu’à vous, je me devais d’écrire personnellement, pour vous dire la vérité, ma vérité (un homme n’est pas un dieu et n’a qu’une approche partielle, personnelle de celle-ci). En vous témoignant tout mon respect et en espérant vous avoir informé utilement, veuillez agréer, cher Monsieur, l’expression de mes sentiments nationaux les plus sincères.

 

 

Yvan Blot

 

PS : Je vous signale le livre « Fort Chirac » de Claude Angeli. Il m’a été recommandé par M. Alain de Lacoste Lareymondie. On y trouve vers la page 175 une intéressante conférence de presse faite par Bruno Mégret à la presse américaine où il explique que le FN doit se débarrasser de ses « guenilles pétainistes » (sic) et de ses nostalgies fachos. Sympathique, n’est-ce pas ? »

 

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