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19/06/2011

SUBTILE DISTORSION DE LA REALITE

Je ne peux pas m’empêcher de vous faire observer comment la chaîne Histoire présente son émission spéciale de ce soir. Voyez plutôt :

 

20h35, « L’Orchestre rouge.

 

Actif pendant la seconde guerre mondiale, Orchestre rouge, le principal mouvement résistant allemand, a fourni aux Alliés de nombreux et précieux renseignements.»

 

Voilà. « Le principal mouvement résistant allemand ». Donc, classé d’office du côté du Bien. Parce qu’être résistant, c’est chargé de plein de valeur positive. Etre espion, c’est nettement moins bien vu. C’est réservé au camp du Mal. Les communistes à la nationalité incertaine qui espionnent en temps de guerre pour Staline sont des résistants et non des espions. J’espère que tout le monde aura bien compris la nuance.

 

Voici ci-après un portrait très succinct du créateur « résistant » d’Orchestre rouge (tiré de Révolutionnaires juifs). Vous noterez comme moi au passage que les zaffreux nazis ne l'ont pas trop malmené. Tandis que Staline, lui, ne l'a pas raté. Curieux.

 

 

 

imagesCAWKWD8V.jpgLEOPOLD TREPPER, chef de l’Orchestre rouge

 

 

Le futur organisateur du réseau d’espionnage Orchestre rouge naît en 1904 dans une famille juive de Galicie.

Il rejoint les bolcheviks peu après la révolution d’Octobre et travaille durant un certain temps dans les mines de Galicie. En 1923 - il a dix-neuf ans - il organise une grève et connaît la prison.

 

L’année suivante, il s’embarque pour la Palestine, en tant que membre de Hashomer Hatzair, mouvement sioniste de gauche créé en Pologne en 1913. Dans ce territoire alors sous mandat britannique, il adhère au parti communiste qui vient tout juste de se créer et de s’affilier au Komintern. Trepper sera finalement expulsé de Palestine par les Anglais en 1929 en raison de ses activités subversives.

 

Il se rend alors en France et y travaille avec une organisation clandestine qui sera bientôt interdite. En 1932, il repart donc pour Moscou où il travaillera dorénavant pour le GRU, le renseignement militaire. Il se met à beaucoup voyager, notamment entre Paris et Moscou, pour ses missions.

 

Trepper va traverser la période des purges sans difficultés majeures. En 1938, il est envoyé en Belgique afin d’y établir un réseau d’espionnage, celui que les Allemands désigneront plus tard du nom célèbre de Die Rote Kapelle, l’Orchestre rouge. L’idée qu’il met en œuvre consiste à s’abriter derrière  des sociétés commerciales qui serviront à la fois de paravent et de source de revenus. Trepper va ainsi mettre sur pied un vaste réseau d’agents sûrs opérant dans divers pays européens et capables de fournir aux soviétiques des renseignements stratégiques, politiques, économiques de grande valeur.

 

Parmi les renseignements majeurs, Trepper sera en mesure d’informer Staline de l’imminence du déclenchement de l’opération Barbarossa, l’invasion de l’URSS par les troupes allemandes, en juin 19414. Staline, qui recevra les mêmes informations d’un autre espion, Richard Sorge, ainsi que d’autres sources, refusera pourtant d’y ajouter foi.

 

Cependant, l’Abwehr, le service allemand de renseignements militaires, n’est pas resté inactif, et parvient à démanteler le réseau. Un grand nombre d’espions sont arrêtés, dont Trepper lui-même, en novembre 1942.  Les Allemands ne seront cependant pas trop méchants avec lui car ils espèrent en faire un agent double.

 

Trepper fait semblant de se prêter au jeu, et réussit à s’échapper en 1943. Il réapparaîtra à la libération de Paris, dans le sillage de la résistance.

 

Il rentre en URSS en janvier 1945, mais là, bizarrement, au lieu d’être bien accueilli, il est emprisonné à la Loubianka sur ordre de Staline. Il réussira de justesse à sauver sa tête, mais il reste enfermé jusqu’en 1955.

Après sa libération, il retourne en Pologne avec sa famille et renoue avec ses racines juives en s’occupant de diverses organisations communautaires.

 

Après la guerre des Six Jours, il décide d’émigrer en Israël. La Pologne finira par accepter de le laisser partir en 1974. Il s’installe alors à Jérusalem et publie son autobiographie l’année suivante. Il meurt à Jérusalem en 1982. 

 

Commentaires

Vous ne pouvez pas vous empêcher de réagir, car il est tellement évident que tout se tient.
Chaque intervention des media officiels mériterait une réaction , mais il faudrait des centaines d'Anne Kling.
Pourquoi les Français sont-ils aussi aveugles et / aussi lâches , c'est à hurler.
La conséquence : il n'y a aucun parti politique sérieux d'opposition en France et nous vivons en conséquence sous une chape de plomb.
Vos articles sont remarquables , ne serait-ce que parce que vous êtes la seule à ma connaissance à taper juste, là où il faut , sans envolée lyrique qui cache souvent dilettantisme ou trollisme.
Merci pour nous, les anonymes qui ressentons les mêmes choses que vous sur la quasi totalité des caractéristiques la société française.

Écrit par : anonyme | 20/06/2011

"il n'y a aucun parti politique sérieux d'opposition en France".

très intéressant. il y aurait bien un certain nombre de personnes réunies sous l'une ou l'autre étiquette qui pourraient parfaitement jouer ce rôle. mais ces militants souvent de longue date sont totalement barrés par les médias et ridiculisés ou calomniés chaque fois que le système daigne faire état de leur existence.
par conséquent, c'est comme s'ils n'existaient pas.

voyez en contrepartie la courte échelle qui est faite en ce moment au FN, les relais permanents qui sont donnés au moindre avis sorti des lèvres de sa présidente, et vous comprendrez que le FN nouveau ne gêne en rien le système. bien au contraire.

comprendre cela permet déjà d'y voir plus clair. mais pas de résoudre le problème.

Écrit par : anne kling | 20/06/2011

"Vous noterez comme moi au passage que les zaffreux nazis ne l'ont pas trop malmené. Tandis que Staline, lui, ne l'a pas raté. Curieux."

Moi, ce que je note surtout, c'est que ces "affreux antisémites" (les nazis et Staline) ne l'ont pas trop maltraité ni les uns ni l'autre, alors qu'ils avaient d'excellentes raison pour ce faire: les nazis, pour ses activités, Staline, avec la paranoïa qu'on lui attribue, devait fortement se méfier de cet espion grillé que les nazis ont laissé vivre. Les malheureux prisonniers de guerre soviétiques ont subi un sort bien plus dur de la part de Staline.

Écrit par : Fred | 20/06/2011

Les commentaires sont fermés.