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22/04/2011

L’ENARCHIE DANS TOUTE SA NUISANCE … ET SA LÂCHETE (6)

yy.jpgDans notre (en)quête, nous allons tomber aujourd’hui sur un autre membre très éminent de cette promo décidément intéressante, un nom qu’a priori j’aurais écarté, mais il ne faut jurer de rien. Et puis, dans la vie, on est amené à changer ses plans de carrière. Et tel qui est à gauche en 1970 peut très bien avoir changé son fusil d’épaule quelques décennies plus tard. N’oublions pas que nos jeunes gens courageux mais pas téméraires, oeuvraient dans l’ombre pour le triomphe de la gauche. Nous étions dans les années d’après 68 et ils espéraient fermement que ce triomphe serait proche. En fait, ils l’escomptaient pour 1974. Las ! Ils durent patienter sept ans de plus pour récolter les fruits de leurs peines. De quoi vous donner envie de ne pas mettre tous vos œufs dans le même panier.

En vertu de ce principe, tout un faisceau d’indices concordants nous conduisent à …

Jean-Claude Trichet

Etonnant à première vue, non ? Et pourtant … Reprenons l’Encyclopédie politique française d’Emmanuel Ratier (éd.1992), qui nous apprend ceci :

mm.jpg« Inspecteur des Finances, né le 20 décembre 1942 à Lyon. Diplômé de l’Ecole des mines de Nancy et de l’IEP de Paris, il a flirté avec le PSU et a appartenu à la section CFDT de l’ENA [promotion Thomas More, janvier 1969-mai 1971]. Il collaborera par la suite à la commission économique du PS, mais la défaite de François Mitterrand en 1974 lui fera réviser son plan de carrière. A sa sortie de l’ENA, il est entré en 1971 à l’inspection des finances. Il y a été rapporteur auprès du Comité interministériel à l’aménagement des structures industrielles (CIASI) avant de rejoindre le ministre de l’industrie René Monory comme conseiller technique pour les questions industrielles. Il a ensuite occupé cette fonction auprès du président de la République Valéry Giscard d’Estaing (1978-1981).

Il est alors entré à la direction du Trésor dont il a été sous-directeur en 1982 et, en parallèle, promu par le ministre des finances Pierre Bérégovoy, chef du service des affaires internationales en 1985. Il fut alors président de droit du Club de Paris (qui regroupe les créanciers des pays lourdement endettés). En mars 1986, sur les conseils de Jacques Friedmann, le nouveau ministre de l’économie et des finances Edouard Balladur le prit comme directeur de cabinet. Il a enfin remplacé Daniel Lebègue en septembre 1987, comme directeur du Trésor, devenant le fonctionnaire le plus puissant de France, poste qu’il a conservé au retour de la gauche. Inspecteur général des finances depuis 1989, il est également membre du Siècle, de la Fondation Saint-Simon, du Groupe des trente, club très fermé de financiers, banquiers et industriels internationaux. »

Si vous êtes attentifs, vous reconnaîtrez sans peine bien des indices énoncés dans le n°3 de cette série. Je ne poursuis pas le récit de sa prestigieuse carrière, que vous trouverez sans mal. Mais lisez donc cet extrait d’un article très élogieux de lExpress, en date du 16/9/1993, où comme le petit Poucet, nous trouverons encore quelques cailloux … :

« Mystère aussi sur ses convictions politiques. Lui qui dirigea, en 1986-1987, le cabinet d'Edouard Balladur servit avec la même fidélité René Monory et Valéry Giscard d'Estaing, Pierre Bérégovoy et Michel Sapin. «Il est politiquement très habile, raconte un fonctionnaire du Trésor. Il sait forger des concepts qui plaisent aux politiques et s'adapter pour faire passer ses convictions. Mais, à plusieurs reprises, je l'ai entendu dire non à un ministre.» Jérôme Monod, président de la Lyonnaise des eaux-Dumez, qui connut Trichet quand celui-ci s'occupait d'affaires industrielles, souligne son «humanité» et son «caractère extraordinairement équilibré. Il est constant dans ses principes, qui sont fermes, mais qu'il exprime avec simplicité et aussi gentillesse. C'est plutôt rare chez un financier».

Dans sa jeunesse, «il était assez marqué à gauche», rappelle l'un de ses camarades de l’ENA l'ancien ministre socialiste Jean-Louis Bianco. En 1970, il fut l'un des cofondateurs de la section CFDT de l'école, qu'il intégra en 1969. "Entre 19 et 20 ans*, j'ai été membre du PSU, époque mendésiste, raconte Trichet. C'était la fin de la guerre d'Algérie, des années troublées. Je crois que l'image de Mendès France était très forte pour les gens de ma génération. Assez jeune, j'ai été imprégné par l'idée que la politique est une chose importante, de même que la notion de service public."  (…)  Ajoutez à cela un patriotisme farouche, presque démodé, qui faisait sourire déjà ses camarades d'études, et vous avez devant vous le parfait modèle du serviteur de la République. «Il avait à l’ENA un patriotisme exigeant. Il pensait toujours que notre pays pouvait faire mieux**, raconte l'un de ses anciens camarades. C'est chez lui une conviction absolue, qui l'habite encore aujourd'hui.»

ON L'APPELAIT JUSTIX

Son attirance pour la fonction publique, cependant, lui est venue progressivement, presque sur le tard. Le jeune Trichet suivit d'abord des études scientifiques. Il fut diplômé de l'Ecole nationale des mines de Nancy, alors dirigée par un homme qu'il cite encore aujourd'hui parmi ceux qui l'ont beaucoup marqué, Bertrand Schwartz, le frère de l'académicien Laurent, «un directeur formidable, qui avait profondément modernisé l'institution». Il travaille comme ingénieur dans une filiale de la Caisse des dépôts et consignations avant d'entamer de nouvelles études, à Sciences po et à la faculté de sciences économiques. Il se découvre alors «un vrai goût, très fort, pour l'économie», puis se tourne vers le service public, grâce à Sciences po. Il se trouve déjà un peu vieux, 25 ans, lorsque survient, pendant son service militaire, Mai 68, qu'il perçoit comme «le surgissement de la jeunesse», à laquelle, peut-être, il sent qu'il n'appartient déjà plus. Quand il entre à l’ENA, «il était un peu plus âgé que nous, se souvient Bianco. C'était une figure de la promotion. Il avait un vrai souci de la notion de justice. C'était la mode des bandes dessinées d'Astérix, et Trichet avait donc un surnom: Justix».
Le jeune justicier sera inspecteur des finances et intégrera la direction du Trésor en 1975. »

 

* Il renvoie donc ces amours contrariantes à la lointaine période 1962 (avant 68, autant dire au déluge), en faisant l’impasse sur sa collaboration bien plus tardive à la commission économique du PS.

** A ce compte-là, Attali aussi est très patriote. Puisqu’il pense lui aussi que la France peut effectivement faire bien mieux. En ouvrant encore plus largement ses portes. Donc, méfiance devant ce « patriotisme » très mondialiste.

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