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11/02/2011

KAGANOVITCH = EICHMANN

eich.jpgIl y a 50 ans se tenait le procès d’Adolf Eichmann, l’un des rouages zélés du système nazi. Bien évidemment, on va avoir droit aux commémorations de rigueur, histoire de bien repasser le plat, pour le cas où quelqu’un risquerait d’oublier. Cela va commencer par une exposition au mémorial de la shoah, comme on le verra ci-après.

 

Certes, Eichmann était un assassin. Du genre bien propre sur lui, qui n’a jamais tué personnellement et n’a fait qu’obéir aux ordres. Ce qui ne minore pas sa responsabilité, je m’empresse de le préciser.

 

Là où je ne suis plus du tout d’accord, c’est quand je constate la stupéfiante amnésie qui frappe la mémoire d’autres rouages très zélés d’un système au moins aussi pervers que le nazi. La mémoire d’autres assassins. Prenons-en un au hasard, car il se trouve que pile cette année, on pourrait également commémorer le 20e anniversaire de son décès Pas par exécution, comme il l’aurait cent fois mérité, lui aussi, mais bien tranquillement dans son plumard. Je veux parler de Lazare Kaganovitch, l’assassin aux ordres de Staline, qui joua un rôle de premier plan lors de l’Holodomor, le génocide par la faim des années 1932-33 en Ukraine et dans le Caucase du nord. Génocide qui fit au bas mot six millions de victimes, dont deux millions d’enfants morts de faim. Voilà un crime contre l’humanité dont on nous parle nettement moins. Curieux, non ?

 

kag.jpgVous allez lire deux textes. Le premier est tout récent. Il concerne Eichmann, le bourreau nazi. Celui qui suivra est l’article larmoyant et assez incroyable dans son genre – quoique sans surprise – que pondra le distingué journal « de référence » Le Monde lors du décès du bourreau bolchevique, Kaganovitch. Cet article, paru sous la signature de Bernard Féron, est daté du 28 juillet 1991. Voilà du grand et du beau journalisme. Pas un mot évidemment sur l’Holodomor. Juste une petite allusion discrète à son « efficacité » répressive et à sa « poigne de fer ». Mais c’était pour « vaincre les résistances» et « venir à bout de l’inertie ». Alors, hein, dans ce cas … Mais vous verrez par vous-mêmes, vous apprécierez.

 

Qu’attend donc l’Ukraine pour demander des réparations à ses tortionnaires et à leurs descendants ? Il n’y a pas de raison.

 

 

 «Le procès Eichmann», une exposition au Mémorial de la Shoah

 

Exposition temporaire, 8 avril – 30 septembre 2011

 

Le 11 avril 1961 débutait à Jérusalem, l’un des procès les plus spectaculaires de l’histoire contemporaine : celui d’Adolf Eichmann. Alors que la plupart des pays européens cherchaient tant bien que mal à refouler les souvenirs de la Seconde Guerre mondiale, l’annonce inopinée de la capture puis du jugement d’un homme présenté, non sans exagération, comme l’un des principaux architectes de la « Solution finale », rouvrait un dossier resté en suspens depuis Nuremberg. Événement total, entièrement filmé, le procès d’Adolf Eichmann, l’un des coordinateurs de la politique nazie d’extermination des Juifs, a connu un retentissement considérable.

 

Il constitue le premier grand procès individuel des crimes commis dans le cadre de la Shoah par une juridiction nationale. Il soulève la question de savoir comment juger, malgré le temps écoulé, des crimes d’une nature et d’une ampleur sans précédent tout en évitant les écueils d’une justice d’exception, contraire aux principes démocratiques. Il n’est pas le premier procès à donner la parole aux survivants de la Shoah, mais il constitue une tribune exceptionnelle pour les témoins, en Israël, pays qui n’existait pas au moment des faits. Le procès Eichmann déclenchera ainsi un débat jamais réellement clos sur l’identité israélienne. Enfin, héritier de Nuremberg et précurseur des procès plus récents, le procès Eichmann propose la première interprétation officielle, discutée de manière contradictoire en présence d’un de ses acteurs de premier plan, du processus qui a conduit à l’extermination de cinq à six millions de personnes en quelques années à peine. Rarement un procès a montré avec une telle intensité les relations à la fois étroites et conflictuelles entre la justice, la mémoire et l’histoire, un trinôme devenu l’une des composantes essentielles de la manière dont les sociétés contemporaines abordent le passé.

 

A l’occasion du cinquantième anniversaire de cet événement, le Mémorial de la Shoah présente une exposition exceptionnelle comprenant des originaux issus des archives du Mémorial (Centre de documentation juive contemporaine – CDJC) et qui furent fournies à l’accusation pour le procès, mais surtout de nombreux documents et films originaux rendus disponibles dans le cadre d’un partenariat avec les Archives de l’État d’Israël qui conservent l’intégralité de ces sources : extraits de l’interrogatoire préliminaire et des journaux tenus par Adolf Eichmann en prison, enregistrements sonores, photographies ou réactions au procès. Ces archives sont complétées par d’autres dont des extraits de la correspondance de Hannah Arendt ou de David Ben Gourion, alors Premier Ministre, et des documents prêtés par le gouvernement argentin.

 

Enfin dans le cadre de ce partenariat, l’intégralité des images du procès, filmées par Leo Hurwitz (environ 250 heures) seront consultables dès l’ouverture de l’exposition au Mémorial de la Shoah, seul dépositaire de la totalité de ces films en Europe. »

 

http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detai...

 

 

Article paru dans Le Monde le 28 juillet 1991 :

 

« LA MORT DU DERNIER COMPAGNON DE STALINE

 

Lazare Kaganovitch, la fidélité jusqu’à l’absurde

 

L’ancien lieutenant de Staline, Lazare Kaganovitch, qui fut étroitement associé aux grandes purges du régime, est mort à son domicile moscovite, jeudi 25 juillet. Connu pour son « efficacité » répressive, Lazare Kaganovitch, qui était entré au Parti six ans avant la révolution de 1917, n’avait jamais renié son attachement à Staline. Il était âgé de quatre-vingt-dix-huit ans.

 

Au début des années 60, quelques Occidentaux l’avaient croisé dans le bâtiment du Soviet suprême et dans des bibliothèques de Moscou. Il consultait des documents pour rédiger des Mémoires qui, vraisemblablement, ne seront jamais édités. Quelques années plus tôt, après avoir constitué en compagnie de Malenkov et de Molotov un groupe dit « antiparti » contre Khrouchtchev, il avait été évincé du comité central, du bureau politique, du gouvernement, et prié de prendre, en attendant la retraite, la direction d’une cimenterie dans l’Oural.

 

Lazare Kaganovitch, né en 1893 dans un village ukrainien situé non loin de Kiev, était d’un an l’aîné de Khrouchtchev. Après avoir appris le métier de cordonnier, il avait adhéré à dix-huit ans au parti clandestin des bolcheviks, ce qui lui valut de commencer jeune une carrière gouvernementale. A vingt-sept ans, le voilà commissaire du peuple (ministre) dans la nouvelle République du Turkestan, secrétaire du Parti communiste et président du soviet de Tachkent. Dès ce moment, il avait choisi de suivre Staline.

 

En 1925, il revient dans la partie européenne du pays : il est nommé secrétaire du comité central d’Ukraine. L’année suivante, il est promu membre suppléant du bureau politique ; en 1928, secrétaire du comité central à Moscou et en 1930, membre titulaire du bureau politique et secrétaire de la fédération de Moscou. C’est alors qu’il acquiert une notoriété certaine. C’est en effet sous sa direction qu’est construit le métro de la capitale. Le réseau portera d’ailleurs le nom de Kaganovitch jusqu’à sa disgrâce en 1957.

 

« Poigne de fer »

 

Dès ce moment, on insiste sur « poigne de fer ». N’est-il pas systématiquement envoyé en poste là où il faut briser une résistance et venir à bout de l’inertie ? Tour à tour, il sera ministre des voies et communications (1935), de l’industrie lourde (1937), membre du cabinet de guerre (1942), ministre des industries des matériaux de construction (après la guerre), et premier secrétaire du Parti communiste ukrainien (1946) pour remettre de l’ordre dans cette république. Avant et après lui, c’est Khrouchtchev qui s’occupera de l’Ukraine. Sa mission accomplie, Kaganovitch revient à Moscou en qualité de vice-président du conseil des ministres.

 

Il conserva ce poste jusqu’en 1957. Quel rôle joua-t-il dans le groupe « antiparti » ? Il avait toujours été stalinien. Il ne pouvait admettre la dénonciation, par Khrouchtchev, du « culte de la personnalité ». « L’affaire du culte de la personnalité  est bien compliquée », dira-t-il lui-même au congrès. Stalinien parce que sa sœur Rosa aurait vécu avec Staline ? Simple rumeur incontrôlable qui circula longtemps à Moscou. Kaganovitch était plutôt, comme beaucoup, une sorte de maso-stalinien. Plus que d’autres, alors qu’il était le seul membre juif du bureau politique, il aurait eu quelques raisons d’exécrer un tyran antisémite et qui ne l’avait pas épargné. Il lui suffisait de se souvenir de ses deux frères tombés en disgrâce : Jules, qui fut vice-ministre du commerce extérieur, et Michel, le chef de l’industrie centrale aéronautique, qui se suicidera après avoir été accusé de complot hitlérien.

 

Dans ses Mémoires, Khrouchtchev l’a décrit comme un opportuniste. Et il lui a consacré ces quelques lignes meurtrières : « Nous avons vu combien Lazare était en réalité résolu et implacable. C’est le genre d’homme qui n’a pas voulu dire un seul mot en faveur de son frère Michel Kaganovitch, accusé d’être un espion allemand mis en place pour former un gouvernement de marionnettes après la prise de Moscou par les Allemands. Que peut-on imaginer de plus absurde ? … Michel Kaganovitch n’eut d’autre choix que le suicide. Et pendant tout ce temps, Lazare Kaganovitch n’a cessé de ramper devant Staline ».

 

 44.jpgScènes de l'Holodomor

 

88.jpgimages.jpg

Commentaires

Excellent article encore une fois.
Le prédécesseur de Kaganovitch pour la période de 1917-1920 fût la criminelle de guerre juive Rosalia Zalkind-Zemliatcha, secrétaire des comités bolchévik de Moscou à coté des juifs Zagorski,Zelenski et Piatnitski. Elle fût illustre et une terreur dans les massacres de Crimée.

source: Petit encyclopédie juive tome 5 page 476
2 siècles ensemble tome 2 page 95

Écrit par : Degarantie | 26/02/2011

Edit de mon message précédent sur Kaganovich.

Quand il était président du comité de province de Nijni Novgorod en 1918, ce criminel de guerre juif fût responsable de la terreur et des massacres dans cette région.

Source: procès verbaux
Archive du Parti de Ninji Novgorod f01 ,op1 dossier 66 feuillets 3.12....

Écrit par : Degarantie | 26/02/2011

J'ai parlé de cette tendre personne, Rosalia Zalkind, dans "Révolutionnaires juifs" (p.110). Une harpie bolchevique du plus beau calibre. Dont on ne parle pas assez, hélas.

Écrit par : anne kling | 26/02/2011

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