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17/09/2010

LOBBYS PRO-ISRAELIENS EN EUROPE – 3

 

3 – L’ATLANTIS INSTITUTE

« Institute », vous aurez noté, et non pas « Institut ». Un léger détail, certes, mais qui en dit long sur l’atlantisme de ce think tank créé en 2003 dans le contexte du conflit irakien et basé à Bruxelles. On a du mal cependant à trouver des références explicites aux Etats-Unis, encore moins à Israël, sur son site. Et pourtant …

Non, le langage utilisé est des plus lisses et chacun pourrait y souscrire … dans un premier temps. Voyez plutôt :

 

«  … l'Atlantis Institute est un think tank indépendant réunissant des intellectuels francophones issus d’horizons divers. Européen, libéral et convaincu que l’Etat de droit et la démocratie sont des modèles universels à promouvoir activement dans toutes les régions du monde, il préconise une gouvernance mondiale plus saine et réellement efficace.

Interpellé par la souffrance humaine, révolté par l’indifférence dont elle fait trop souvent l’objet, suspicieux à l’endroit des multiples discours qui, gorgés de bons sentiments, se contentent d’appeler à la bonne volonté et au dialogue, l'Atlantis Institute soutient résolument toute initiative favorisant l’application effective des droits de l’homme dans les pays qui en sont dépourvus. »

 

Là, déjà, on commence à se méfier : démocratie façon Union Européenne promue modèle universel, gouvernance mondiale, droits de l’homme dans les pays qui en sont dépourvus, suivez mon regard…

 

Mais ceci est juste le constat de base. Après, l’Atlantis Institute, composé de gens éminemment sérieux, se propose une mission, afin d’aider l’Europe à ne pas sortir du droit chemin :

« Au seuil d’un nouveau siècle riche de promesses mais lourd de dangers, l’Europe doit résolument opter pour la Liberté et le Progrès et diffuser ces idéaux à travers le monde. L’Atlantis Institute se propose d’accompagner ce mouvement en s’interrogeant sur les conditions d’un monde meilleur. »

 

J’ai une tendance très nette à me méfier des majuscules à liberté et à progrès (en général, l’effort s’arrête là), et plus encore des missionnaires qui prétendent imposer leurs conditions pour un monde meilleur. Surtout quand c’est la pax israelo-américana qui est visée.

Justement, qui sont donc ceux qui veulent à tout prix assurer le bonheur de l’humanité?

 

A tout seigneur tout honneur, commençons par le fondateur et président. Là, j’ai un problème car il est inconnu au who’s who du site. Et pourtant, il est généralement mentionné ailleurs comme président de l’Atlantis Institute. Peut-être ne l’est-il plus, mais alors c’est tout récent. Ou alors, peut-être que le site préfère éluder le sujet ? En tout cas, il s’agit de Joël Rubinfeld, qui est tout sauf un personnage effacé. Le Vif/L’Express du 7 décembre 2007 a brossé de lui le portrait suivant, qui vous dira tout, à la fois sur le personnage et partant sur sa création, l’Atlantis :

 

« A 38 ans, Joël Rubinfeld, le nouveau président des organisations de la communauté juive, a déjà essuyé plus de soupçons et de critiques que d’autres en toute une vie. Sans jamais perdre son credo : lutter contre l’antisémitisme et l’antisionisme.

« Ses défauts ? Je cherche… Vous voulez dire, à part le fait d’être juif ? » lance un de ses amis en éclatant de rire. A 38 ans, Joël Rubinfeld vient d’accéder à la plus haute marche de l’organisation qui représente officiellement les juifs sur le plan « politique » : le Comité de coordination des juifs de Belgique. Mais Rubinfeld suscite la polémique.

Si De Gaulle l’avait rencontré, il lui aurait probablement assené sa phrase sur « le peuple juif, sûr de lui et dominateur ». De Gaulle aurait eu tort. Homme de conviction, Rubinfeld doute, en permanence. Il peut même changer d’avis. Sauf sur un point : depuis la seconde Intifada, il a fait de la lutte contre l’antisémitisme et l’antisionisme son cheval de bataille.

 

Il aura fallu aux 39 organisations communautaires près d’un an et huit tours de scrutin, avant qu’elles ne s’accordent sur un président. Car, autour de la candidature de l’outsider Joël Rubinfeld, couraient les plus folles rumeurs. On l’a traité de menteur, de populiste, de démagogue. On l’a accusé de cacher ou de modifier son curriculum vitae. On a dit que ce secrétaire général des Amitiés belgo-israéliennes était payé par l’ambassade d’Israël. On l’a qualifié d’extrémiste (entendez, de droite), de suppôt du libéralisme, ainsi qu’il le démontrerait à travers sa présidence de l’Atlantis Institute (un groupe de réflexion indépendant, de tendance néoconservatrice). Après des disputes et des alliances plus compliquées qu’aux Nations unies, après une action en justice stoppée in extremis, et qui aura affiché les divisions d’une communauté qui déteste tant laver son linge sale en public, le scrutin du 28 novembre aura été le bon. Ou, au moins, le dernier.

Grand bavard, cultivé, Joël Rubinfeld se défend des péchés d’Israël qu’on veut lui faire porter. Et comme il n’a insulté personne, lui, au cours de cette terrible campagne électorale, il peut se poser, aujourd’hui, en rassembleur. Avec une limite : il ne cède jamais au chantage ni aux intimidations.

 

« Je suis un fils de réfugiés », rappelle-t-il. Après les violences nazies de la Nuit de Cristal, son grand-père avait monté une filière pour permettre aux juifs de quitter l’Autriche après l’Anschluss. « Le douanier belge a bien vu que les papiers de ma grand-mère et de mon père n’étaient pas en règle : il a fermé les yeux. » Depuis, son histoire belge a un goût d’amour. De son père, Joël a hérité des idéaux laïques et de gauche. « Si j’étais né un siècle plus tôt, j’aurais forcément été communiste. Aujourd’hui, il est logique (sic) que je me retrouve dans le libéralisme. » Et puisque sa mère est croyante, pour ne faire de peine à aucun de ses parents, il se dit agnostique. Sa famille maternelle (10 enfants) a quitté le Maroc dans les années 1960. « Ils sont sortis de chez eux comme s’ils partaient en promenade et ils se sont enfuis. »

 

L’antisémitisme, il l’a rencontré très tôt sous le visage d’un petit voisin à qui on a interdit, un jour, de jouer avec lui. La famille de ce copain venait d’apprendre que Rubinfeld était juif. Cette fois-là, ses parents déménagèrent. En revanche, ils n’ont jamais su qu’à 12 ans, Joël s’était fait dérouiller par des Skinheads qui lui trouvaient « une tête de juif ». Pour camoufler ses ecchymoses, il a dormi chez un pote. Depuis lors, il ne s’est jamais débarrassé de la honte d’avoir été physiquement le plus faible, ni celle de s’entendre surnommer, pendant plusieurs mois, Rubin-gaz, dans une bonne école bruxelloise où, à la sortie du cocon d’écoles juives, il découvrit « le monde réel » : « J’y ai développé des anticorps contre la maladie antisémite. »

 

Pendant la seconde Intifada, il a décidé de mettre en parenthèse sa vie professionnelle (il dirigeait une agence de communication). Aujourd’hui, il dispose d’assez d’argent pour se permettre de rester quelques années encore – pas davantage – un « lobbyiste », un « activiste », un briseur d’idées reçues, selon les camps. « Défendre le droit à l’existence d’Israël, actuellement, c’est être dreyfusard ou résistant », soutient-il. Et qu’on ne l’embête pas avec une supposée « double allégeance » : il aime Israël, mais se sent, là-bas, complètement « touriste ». Et puis, lorsqu’il soutient farouchement les Tutsi ou le Tibet, nul ne le suspecte d’être Rwandais ou Tibétain ! D’ailleurs, ce n’est pas la critique d’Israël qui lui pose problème, mais un antisionisme qui révèle, dit-il, une nouvelle forme d’antisémitisme.

 

Rubinfeld ne cherche pas la voie de la facilité : il continue à dire que toute intervention capable de débarrasser les Irakiens du dictateur Saddam Hussein avait un sens. Et parle simultanément de justice, de conscience, d’antiracisme. On le sent fondre d’amour pour ses enfants, sa femme, ses parents. Au-delà, un brin candide, il avoue nourrir un vrai sentiment de fraternité pour l’humanité. « Dans un milieu antisioniste, je me sens très juif, et très arménien, dans un environnement qui nie le génocide arménien. » Le parrain de sa fille se nomme Djamel : « Il est le frère que je n’ai pas. »

 

A la tête de la communauté juive pour un mandat de deux ans (renouvelable une fois), il devra convaincre tant les juifs, divisés, que les autres. Dans le salon de ce féru d’histoire, qui dévore quatre ou cinq livres à la fois, se trouve le dictionnaire commenté des allusions historiques (Larousse), intitulé : Qui m’aime me suive. Au boulot ! »

 

Bon, c’est un peu long mais très éclairant. Vous aurez compris que le fondateur (et apparemment toujours président) de l’Atlantis Institute a été élu en 2007 à la tête de l’équivalent belge du CRIF, qui porte le nom compliqué de CCOJB. Et en 2009, sur sa lancée, vice-président du Congrès Juif Européen.

 

Aux dernières nouvelles, il ne s’est pas représenté à l’issue de son mandat de deux ans au CCOJB car il a d’autres ambitions : il se lance à présent dans la politique active. Justement, un ami à lui, Mischaël Modrikamen, qui fut président de la communauté israélite libérale de Belgique de 2000 à 2003, vient de créer un nouveau parti de droite, le Parti Populaire. Rubinfeld en est le vice-président depuis quelques mois.  « Ma motivation : l’impératif de salubrité publique », explique Joël Rubinfeld. Il faut redonner du sens aux mots, à l’éthique du devoir. Le XXème siècle a été celui des droits de l’homme, mais n’oublions pas que les droits sont subordonnés aux devoirs ». L’éthique, donc. Mischaël Modrikamen inculpé pour de présumées malversations financières ? « Allons ! L’histoire politique nous l’enseigne : quand un parti qui dérange voit le jour, pour certains, tous les coups sont permis ».

 

Oui, le fondateur du Parti Populaire est en délicatesse avec la justice belge depuis cette année. Tous des antisémites, forcément. Décidément, une fois encore, on constate qu’à présent, c’est « la droite » qui a le vent en poupe et la gauche qui est dans les choux, chez les responsables communautaires. Enfin, une certaine « droite », américanophile et sioniste, ce qui change tout. Une "droite" dans les rails et dans le système, quoi.

 

Passons au directeur de l’Atlantis Institute, Corentin de Salle. Belge également, et professeur à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).

« Il voit le capitalisme comme premier bienfait de l'humanité. Chroniqueur occasionnel de La Libre Belgique, jusqu'en décembre 2005, ses positions controversées y étaient jugées provocatrices, suscitant de vives réactions. Concernant la thématique environnementale, il affirmait le caractère illimité des ressources naturelles du fait de l'évolution à venir de la science. » Il a créé un autre think tank libéral, l'Institut Hayek, qui défend lui aussi des thèses atlantistes et néoconservatrices. Toujours l’utilité de multiplier les zinzins, qui finissent toujours par servir d’une façon ou d’une autre…


Sinon, le who’s who du site de l’Atlantis Institute répertorie 13 personnes, réparties en « fellows » ou « senior fellows », dont Ivan Rioufol, journaliste au Figaro, dont nous parlions l’autre jour. Cette distinction n’est pas liée à l’âge, mais peut-être à l’ancienneté dans la réflexion et à l’engagement dans la mission ? Je le suppose car on ne nous dit jamais rien, à nous.

 

Pour finir, je vous informe que l’Atlantis Institute s’est fait sévèrement remonter les bretelles en mars 2006, lors de la visite du professeur Dershowitz à l’ULB. L’Université avait été accusée d’antisémitisme à la suite de propos qui avaient été sciemment déformés, lors d’une interview, ainsi qu’il apparut plus tard. Si elle vous intéresse, toute l’histoire figure dans « Notes et références » de la page Wikipédia consacrée au think tank.

 

 

Et enfin, j’ai l’impression qu’aux States fonctionne le jumeau, créé début 2004, qui porte le même nom et annonce les mêmes objectifs, mais reste très discret sur ses membres :

http://www.theatlantisinstitute.com/

 

 

Source : http://www.atlantis.org/

 

 

 

 

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