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11/05/2010

LA GUERRE INCONNUE (Otto SKORZENY) - 4

 

 

77.jpg« Alors commença pour nous un nouveau combat contre le désespoir et la mort. Sous la complète influence d’une propagande outrancière, nos vainqueurs étaient persuadés que nous étions tous d’effroyables criminels, de véritables monstres. Partout nous nous heurtions au mensonge, à la haine, à la volonté de vengeance à tout prix, à la bêtise aussi, et ce ne fut pas le combat le plus facile.

Nous étions dix officiers accusés, cinq originaires de l’armée, trois de la Kriegsmarine et deux des Waffen SS, tous ayant appartenu à la brigade blindée 150. Six m’étaient inconnus.

 

La presse allemande et internationale s’empara de l’affaire, qui fut assez bien orchestrée. Aussitôt, une demi-douzaine d’avocats allemands se déclarèrent prêts à nous défendre. L’un d’eux, mon compatriote le Dr Peyrer-Angermann, fameux avocat de Salzbourg, n’hésita pas à se faire arrêter pour pouvoir entrer au camp de Dachau avec un convoi de prisonniers allemands ; en effet, la frontière austro-allemande venait d’être rétablie et l’on ne pouvait la franchir. Aucun de ces avocats n’avait le moindre espoir de recevoir des honoraires, si modestes fussent-ils : nous ne possédions plus rien. Je les remerciai de tout cœur. Le Dr Peyrer-Angermann venait avec un dossier très complet sur mes activités en Autriche de 1930 à 1939, et l’on sentait qu’il était prêt à engager sa réputation et risquer sa carrière pour faire triompher une cause qu’il savait juste.

 

Par ailleurs, le tribunal avait agréé comme défenseurs des officiers de l’armée américiane. Finalement, nos avocats furent donc le lieutenant-colonel Robert D. Durst de Springfield (Missouri), le lieutenant-colonel Donald McLure d’Oakland (Californie) et le commandant Lewis I. Horowitz, de New York ; ce dernier était, je tiens à le préciser, de confession israélite. Ces trois officiers, après enquête et interrogatoires détaillés sur mes origines, mon existence passée à Vienne, mes états de service, se révélèrent parfaits défenseurs. Je tiens, ici, à les remercier une fois encore. Pour eux, nous n’étions plus des ennemis, mais des membres de la grande famille des combattants, calomniés et faussement accusés.

 

Le procès, qui dura plus d’un mois, commença le 5 août 1947. Auparavant, et durant trois longues journées, le colonel Durst, armé du dossier constitué par le procureur Rosenfeld, m’avait interrogé :

« Je vous préviens, m’avait-il dit, que je ne me chargerai de votre défense que si je puis connaître à fond votre existence et vos activités, avant et pendant la guerre ».

Je n’avais rien à cacher et, à la fin du troisième jour, il me tendit la main :

« Je suis persuadé de votre entière innocence, me dit-il, et je vous défendrai comme s’il s’agissait de mon propre frère. Cependant, je ne puis garantir une issue favorable à ce procès si la direction de la défense n’est pas confiée à un team leader, un chef d’équipe. De même, il me semble nécessaire que vous preniez seul la parole en votre nom, et au nom de vos camarades ».Le Führerprinzip qui avait été tant critiqué et avait finalement causé à l’Allemagne tant de malheurs, devait donc être appliqué ici aussi.

 

Le président du tribunal était le colonel Gardner, surnommé « the hanging Gardner » car il n’avait jusqu’ici prononcé que des peines de mort par pendaison. Le colonel Durst obtint cependant que, sur neuf membres du tribunal, tous colonels, cinq fussent remplacés par des officiers dont la conduite au front, me dit Durst, avait été très brillante.

 

On sait que le procureur Rosenfeld dut finalement retirer toute accusation d’assassinat ; il ne put retenir contre nous qu’un seul chef d’accusation : utilisation d’uniformes ennemis en dehors du combat proprement dit. Le colonel Durst n’avait pas à sa disposition les documents prouvant qu’Anglais et Américains avaient porté des uniformes allemands, comme nous l’avons montré ici. Mais on savait déjà qu’à Varsovie, le chef de l’insurrection polonaise, Bor-Komorowski, avait utilisé l’uniforme allemand. On savait que des Américains étaient entrés et avaient combattu à Aix-la-Chapelle en uniforme allemand. Il est vrai que le général Bradley envoya à ce sujet au tribunal une lettre dans laquelle il affirmait qu’il « n’avait jamais eu connaissance » de ce fait, qui est aujourd’hui bien établi. Apparemment, Bradley n’était pas très au courant de ce qui se passait au sein du groupe d’armées dont il était le chef. Peut-être fut-ce le souvenir de son arrestation par la M.P. le soupçonnant d’être « un Allemand déguisé », qui détermina chez lui une défaillance de mémoire, pour nous très fâcheuse.

 

Puis ce fut le coup de théâtre. On vit arriver à la barre des témoins le lieutenant-colonel de la R.A.F. Forrest Yeo-Thomas, « une des plus formidables personnalités dont pussent s’honorer les services spéciaux britanniques », écrit Charles Foley. Les décorations que l’on voyait sur la poitrine de ce magnifique soldat étaient suffisamment éloquentes : il n’avait pas besoin d’être présenté à la Cour. Il était bien connu des combattants de la Résistance française sous le nom de « Lapin blanc ».

 

Le colonel Rosenfeld fut déconcerté par la déposition du colonel de la R.A.F. qu’Eugen Kogon, dans son livre Der SS Staat, prétendait avoir été liquidé par les Allemands à Buchenwald. Il déclara que les membres de ses propres commandos avaient utilisé l’uniforme allemand, des véhicules allemands, et qu’en certaines circonstances, ses commandos « ne pouvaient pas faire de prisonniers ».

Le colonel Durst lui demanda s’il lui était arrivé « de prendre les papiers de prisonniers de guerre allemands ».

« Certainement ! Un prisonnier ne doit pas avoir de papiers sur lui. S’il en a, tant pis. »

Il ajouta : « Chef de commandos, j’ai été amené à étudier moi-même, et à fond, les opérations spéciales réalisées par le colonel Skorzeny et ses unités. C’est pourquoi je puis vous donner l’assurance que le colonel, ses officiers et soldats se sont, en toute occasion, comportés en gentlemen ».

 

A ce moment, je crus que Rosenfeld allait faire une attaque. Malheureusement, je ne pouvais serrer la main du loyal et généreux officier de la R.A.F. Il se leva et je dis quelques mots à mes camarades à voix basse : pour le saluer, nous nous mîmes au garde-à-vous.

Le colonel Durst fit connaître au tribunal que trois officiers américains s’étaient de même mis à la disposition de la défense. Leur témoignage, après celui de Yeo-Thomas, ne fut pas jugé nécessaire. Le président me donna la parole et, sur une carte murale, j’expliquai au tribunal, le plus clairement possible, le déroulement de l’opération Griffon. Au nom du ministère public, le colonel Rosenfeld me posa encore quelques questions, mais sur le ton le plus courtois. Ce qui ne l’empêcha nullement de demander au cours de son réquisitoire notre condamnation à mort : les représentants de la presse et de la radio qui avaient suivi les débats en furent étonnés ».

17:23 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0)

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