Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

11/05/2010

J’ESPERE QUE LE FIGARO A APPRECIE …

Un correspondant m’a envoyé copie du courrier adressé la semaine dernière par Isaac Schlingelstein au journal Le Figaro pour décliner une offre d’abonnement, courrier que vous trouverez ci-après. J’ai hésité à le publier car après tout, cela peut être considéré comme privé, mais elle est tellement excellente, cette lettre, et son auteur a si peu l'habitude de se planquer, que je ne pouvais décemment pas la garder pour moi.

 

Vous allez apprécier. Je suis malade de ne pas l’avoir écrite moi-même, mais comme je n’ai plus touché à une page du Fig depuis la lointaine époque de Louis Pauwels, je dois dire que je n’aurais pas l’idée de leur écrire …Mais c’est un grand tort. Si Le Figaro – et les autres -  recevaient de temps en temps des lettres de cet acabit, ça leur donnerait peut-être matière à réflexion. Remarquez, ils n’arrêtent pas de perdre des lecteurs, ça revient un peu au même.

 

 

« Cher Figaro,       

Je vous remercie pour votre envoi promotionnel  se terminant le 24 avril. Je lui ai accordé toute l'attention voulue. Je ne donnerai cependant pas suite à votre offre d'abonnement. Considérant que l'information que l'on nous prodigue est destinée à nous faire réagir civiquement, soit en modifiant notre comportement dans le sens d'un mieux-vivre dans notre société, soit en exprimant nos propres réflexions à propos de tel ou tel sujet, j'aurais trop à m'indigner en vous lisant. Sachant par expérience que mon courrier ne sera jamais pris en compte, je réserve mes écrits à des publications souvent
confidentielles non soumises à ce que l'on appelle la "pensée unique". Je ne vous reproche pas d'être ce que vous êtes mais j'oriente mes pas dans une autre direction.
     

Je suis en permanence provoqué par la plupart de vos chroniqueurs. Je passerais mon temps à répondre, commenter, analyser pour attirer l'attention sur des partis pris regrettables, des erreurs historiques, des manipulations qui, si elles sont souvent inconscientes, n'en sont pas moins des manipulations, ou enfin des opinions qui heurtent mon bon sens écologiste,
social, égalitaire et pacifiste.
   

Les injonctions de ma conscience ne me permettent pas de rester coi devant les énormités que je découvre au fil des pages. S'il arrive que vous vous fassiez l'écho d'études sur les économies d'énergie et le gaspillage des ressources, vous réduisez à néant toute réflexion salutaire en publiant une double page sur des voitures de luxe, accessibles heureusement à une infime partie de la population. Quel honnête homme, n'exploitant pas son prochain, peut acheter un 4x4 Volkswagen à 84.000 euros? Le pare-buffle lui rendra sans aucun doute de grands services! Est-ce admissible écologiquement, à moins d'être en mission dans la savane africaine? Vous gaspillez par ailleurs une double page (en centaines de milliers d'exemplaires!) pour un "carnet" qui n'intéresse qu'une aussi infime minorité de citoyens et dont les états d'âme, les joies et les deuils sont du ressort de leur correspondance personnelle.
   

Vous imprimez un titre sur quatre colonnes, "Consommation: un début d'année morose", comme si vous le regrettiez alors que les esprits les plus éveillés de notre siècle insistent sur l'épuisement des ressources. Aberration totale alors qu'il serait raisonnable d'écrire: "Tendance réconfortante". Ailleurs nous apprenons que "les bombes nucléaires resteront en Europe", sans  proposer un article critique susceptible d'ouvrir les yeux du lecteur sur le non-sens criminel des armements. Serait-ce admis dans le journal d'un producteur d'avions de combat? Einstein a salué les jeunes gens qui refusent le service militaire! Vous tentez de tourner en ridicule le président bolivien. C'est votre droit mais laissez également la parole à ceux qui interprètent différemment ses choix.
   

On peut se réjouir de lire sous la plume d'Alain Finkielkraut "Quand on me contrarie, on éveille mon attention et non pas ma colère. Je m'avance vers celui qui me contredit, qui m'instruit. La cause de la vérité devrait être la cause commune à l'un et à l'autre". Je me demande comment ce monsieur réagirait si on lui proposait un dialogue courtois avec, par exemple, Robert Faurisson, universitaire dont le sérieux a été reconnu par la justice, ou avec Serge Thion...
    

"Le rire fait recette". L'omission n'est-elle pas une forme de mensonge? Pourquoi ne citez-vous pas Dieudonné, dont j'ai apprécié un spectacle impertinent avec salle comble et public enthousiaste? Seriez-vous partisan de la censure plutôt que de la liberté d'expression?
   

L'Iran n'est pas plus diabolique que nombre d'autres pays comptant parmi nos amis, nos clients ou nos complices. Pourquoi ne bénéficie-t-il pas d'un traitement  moins obsessionnel alors qu'Israël trouve le plus souvent grâce à vos yeux?  
   

Valérie Pécresse prend la défense des nanotechnologies et des OGM, mais un grand quotidien généraliste se doit d'accorder autant de place à des chercheurs, tout aussi légitimes, mettant en garde contre de possibles dévoiements de la science. Dans tous les domaines l'opinion généralement admise n'est pas nécessairement celle qui s'imposera avec le temps. La science, comme l'histoire, est révision permanente.
    

"Retraites: les ministres vont montrer l'exemple". Il serait temps et pas seulement en ce qui concerne les retraites. Un petit candidat à la présidence de la République en 1981 avait inscrit dans son programme pour illustrer le désintéressement matériel des hommes publics que chaque élu fasse don à l'Etat de son patrimoine excédant une moyenne décente. Nul ne
devrait s'élever au-dessus de ceux qui lui confient une parcelle de pouvoir!
   

Nous pouvons saluer par contre votre regard critique sur le "microcrédit" souvent exploité aux dépens des pauvres. Là encore oseriez-vous laisser s'exprimer, sans détours, les économistes qui mettent en cause la puissance des banques privées, plus soucieuses d'accroître leur pouvoir financier que de la prospérité de l'ensemble des citoyens et pour la plupart détenues par un lobby si puissant qu'il joue un rôle déterminant dans la politique mondiale - et qui se moque comme d'une guigne des principes de l'éthique?
     

J'arrête là car je pourrais écrire un livre sur le malaise que provoque  bien souvent la lecture de votre journal. Comme d'ailleurs de la plupart de vos concurrents. Au fait, comment peut-il y avoir concurrence, compétition lorsqu'il est question d'objectivité, de vérité ou tout au moins de recherche sans tabous de la vérité, de simple honnêteté intellectuelle et avant tout de liberté d'expression,  fondement moral du "Figaro"?
  

 De la controverse peut naître une plus juste appréciation des faits.
   "Sans la liberté de blâmer il n'est point d'éloge flatteur."

Bien  cordialement,

Isaac Schlingelstein
Centre écologique européen
Vaugran
30480 St Paul la Coste »

Les commentaires sont fermés.