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10/05/2010

LA GUERRE INCONNUE (Otto Skorzeny) - 3

200px-otto-skorzeny.jpg« Au début de mars 1946, nous nous rendîmes compte qu’il se passait à Nuremberg quelque chose d’insolite. Le colonel Andrus avait mis le palais de justice et la prison en état d’alerte. La garde avait été triplée. On avait construit des barrages antichars devant les entrées principales ; des nids de mitrailleuses, protégés par des sacs de sable et des madriers, apparaissaient un peu partout. Dans les couloirs, on avait fabriqué de petits blockhaus avec des blindages de chars, derrière lesquels nos gardiens pourraient s’abriter et tirer pour repousser l’ennemi. Mais quel ennemi ?

 

C’est en vain que nous nous interrogions sur la signification de ces préparatifs guerriers, lorsque le Père Sixtus, sortant du mess des officiers où il avait déjeuné, m’en donna l’explication. Un général américain dont le Père ne voulut pas me dire le nom – car, lorsqu’il le fallait, il était la discrétion même – lui avait fait le récit suivant : « Des unités de francs-tireurs allemands motorisés avaient été repérées dans les environs de Nuremberg. Elles avaient pour objectif de réaliser un putsch sur la ville, de prendre la prison d’assaut et de libérer tous les détenus. Ces gens étaient d’autant plus dangereux qu’ils étaient commandés par le colonel Otto Skorzeny, celui-là même qui avait enlevé Mussolini et avait été bien près de kidnapper le général Eisenhower ».

 

« Mais, objecta le Père Sixtus, le colonel Skorzeny est ici, en prison, incarcéré depuis le mois de septembre de l’année dernière ! J’ai causé avec lui pas plus tard qu’hier …

-          En ce cas, déclara le général, vous pouvez être sûr qu’il s’agit d’un faux Skorzeny, car mes informations sont, je vous prie de le croire, extrêmement sérieuses. Nous allons tirer cette affaire au clair ».

Il en résulta pour moi quelques interrogatoires et contre-interrogatoires qui prirent parfois un tour guignolesque. Je pus enfin prouver que j’étais bien moi-même…

 

Lorsque je fus envoyé, quelques mois plus tard, au camp de Regensburg en Bavière, j’y rencontrai mon ancien officier radio qui me donna une explication de l’affaire. Au moment de la diaspora de l’Alpenschützkorps, il s’était démobilisé lui-même et avait finalement rejoint sa famille qui habitait Nuremberg. Lorsqu’il apprit par la presse que je me trouvais là en prison, il décida de me venir en aide et, si cela était possible, de me faire évader. Un plan fut étudié, parfaitement irréalisable d’ailleurs, et le bavardage d’un des conjurés provoqua l’arrestation de tout le groupe. Mais sans doute des indicateurs de police avaient-ils cru me reconnaître, circulant librement en Allemagne ; d’où la grande alerte, qui durait encore dans la prison quelques mois après mes interrogatoires.

 

Stars and Stripes, le journal des troupes américaines d’occupation, s’intéressait beaucoup à moi. Sous ce titre, Guarded like a cobra (Surveillé comme un cobra), un article illustré de ma photographie m’apprit un jour que j’avais déjà réussi à m’échapper quatre ou cinq fois, mais que j’avais été chaque fois repris. Je lus l’article dans mon lit, à l’infirmerie de Dachau où l’on m’avait opéré de la vésicule biliaire et où j’étais, en effet, « surveillé comme un cobra », car un garde partageait ma chambre nuit et jour.

 

J’avais été transféré au camp de concentration de Dachau en mai 1946. Je me retrouvai bientôt au camp de Darmstadt, puis à Nuremberg, et de nouveau à Dachau où je fis une grève de la faim pour protester contre ma détention en cellule solitaire et le traitement des prisonniers allemands en général.

Lorsqu’on parle du camp de concentration de Dachau, il faut bien s’entendre. Pour les isolés, les installations de l’ancien camp étaient relativement confortables. Tout condamné à la détention solitaire y disposait d’une chambre assez vaste (3,5 x 2,5 x 3 m environ), avec grande fenêtre, lavabo et toilette indépendante. Les Américains, dans l’enceinte du camp, construisirent une nouvelle prison avec cellules pour deux détenus de 2,5 m de long sur 1,40 m de large et 2,20 m de hauteur, pourvues d’une minuscule fenêtre à barreaux, et où nous devions nous laver dans les WC. On avait poussé l’amabilité à mon égard jusqu’à me donner pour compagnon de cellule un prisonnier de droit commun récidiviste, vieux cheval de retour, auquel je dus immédiatement faire comprendre qu’il devait filer doux. Je ne sais dans quel camp les Américains l’avaient découvert ; mais enfin il fallut d’abord lui apprendre à se laver.

 

Cependant, mon « droit co » n’avait pas la renommée de Jacob Gröchner, dit Jacob le Sauvage, - der wilde Jakob – qui se trouvait « au bon vieux Dachau » comme il disait, et jouait les fous. Doué d’une force herculéenne, il brisait brusquement tout ce qui lui tombait sous la main, mettait le feu à son lit, tordait les barreaux, grimpait sur les toits, etc. Je ne sais pourquoi, j’avais toute sa sympathie. Du plus loin qu’il me voyait, il vociférait : »Toujours la tête haute, mon colonel !... Ne pas reculer d’un pouce !... Vous avez raison !... En avant ! »

 

J’ai évoqué le procès qu’on nous fit à Dachau et qui se termina par un acquittement général. un de mes officiers d’intendance s’étant comporté assez vilainement durant les débats, le Sauvage déclara hautement que « les traîtres devaient être châtiés de façon exemplaire ». On ne prêta pas attention à son propos jusqu’au jour où Gröchner, armé d’une trique, laissa le malheureux intendant fort mal en point. J’eus toutes les peines du monde à prouver aux autorités américaines que le Sauvage avait agi motu proprio.

 

Finalement, les Américains l’envoyèrent dans une clinique, d’où il sortit pour être contacté, à Hanovre, par un service spécial tchèque, qui avait dessein de me « kidnapper ». Gröchner put me prévenir – bien que j’eusse changé de camp de concentration – que les Soviétiques voulaient réussir par la force ce qu’ils avaient manqué par la persuasion.

En effet, j’avais été interrogé à deux ou trois reprises, en novembre 1945 à Nuremberg, par un procureur russe, qui fut du reste d’une correction absolue. Au cours du dernier interrogatoire, il s’était établi entre le procureur et moi un intéressant dialogue :

« Il est tout de même surprenant, me dit-il, que vous n’ayez pas reçu votre nomination d’Oberfürher. Vous devriez être au moins général !

-          Je suis ingénieur et non militaire de carrière, vous savez ; et l’intrigue n’est pas mon fort.

-          - Je sais. Vous vous trouvez bien, ici ? Ce n’est pas très gai, cette prison.

-          Une prison n’est jamais gaie.

-          Je vois que nous nous comprenons. Il serait facile de vous faire appeler, dans les deux ou trois jours, par de hautes autorités, à Berlin. Une fois là-haut, vous pourriez faire choix d’une occupation en rapport avec vos grandes capacités.

-          Votre proposition part d’un bon naturel. Mais, bien que l’Allemagne ait perdu cette guerre, pour moi elle n’est pas terminée. Je n’ai pas combattu seul. J’ai reçu des ordres et je les ai fait exécuter par mes camarades, que je dois défendre. Je ne puis les abandonner dans la défaite et le malheur.

-          Je pense que vous avez des yeux pour voir et des oreilles pour entendre. Beaucoup de personnalités, qui étaient au-dessus de vous, n’ont pas même attendu d’être ici pour vous abandonner.

-          C’est leur affaire.

 

Il n’insista pas et les Américains, qui m’entreprirent ensuite, pas davantage. Je dois dire cependant qu’après mon évasion du camp de Darmstadt, en juillet 1948, je fus prévenu qu’une seconde tentative soviétique se préparait contre moi. A cette occasion, un officier de l’armée U.S., qui avait des pouvoirs municipaux, se conduisit en très chic type. Je ne l’ai pas oublié.

J’avais eu la ferme espérance d’être libéré au cours de l’été 1947. Je me faisais beaucoup d’illusions : fin juillet, un certain Rosenfeld, colonel de l’armée américaine et procureur, me donna lecture d’un document ahurissant : j’étais accusé d’avoir fait « maltraiter, torturer », puis d’avoir « fait exécuter « environ » une centaine de prisonniers de guerre américains » !

 

 

15:46 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

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cordialement DL

Écrit par : David liznan | 04/10/2014

merci pour vos bons conseils. mais, pour ces quelques pages sur une œuvre qui en fait 442, ça ne devrait pas poser problème. et j'imagine mal les ayants droit de skorzeny, mort il y a 39 ans, venir me le reprocher.

ceci dit, puisque nous en sommes à échanger des conseils, je vous donne moi aussi le suivant: cultivez donc votre orthographe/grammaire. ça peut toujours servir

Écrit par : anne kling | 04/10/2014

Au fait, à propos du livre de Skorzeny, je crois qu'on n'a jamais eu droit aux pages qui nous avaient été promises à la fin du 5ème épisode.

Je cite: "Je comptais arrêter là le récit de Skorzeny. Mais je m'aperçois que les quelques pages suivantes traitent de la " dénazification " en Allemagne. Elles vous intéresseront sans doute. Donc, nous continuerons encore un peu."

Et paf, ça s'est brutalement arrêté sans une page de plus.

Écrit par : Nominoé | 21/10/2014

c'est vrai, je suis allée vérifier. je ne me souviens plus du tout pourquoi je ne l'ai pas fait. désolée.

je pourrais le faire maintenant, mais le soufflé est retombé. et j'ai trop de boulot avec mon prochain bouquin.

Écrit par : anne kling | 21/10/2014

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