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08/05/2010

LA GUERRE INCONNUE (1)

77.jpgTel est le titre de l’autobiographie d’Otto Skorzeny, parue chez Albin Michel en 1975, l’année de son décès à l’âge de 67 ans. Il s’agit d’un ouvrage fort intéressant sous bien des aspects. Skorzeny raconte notamment sa détention à Nuremberg en 1945 et c’est cet extrait que je vous propose, en quelques épisodes.

 

Avant de commencer, voici en résumé ce que nous apprend Wikipédia sur ce personnage fascinant qui réussit  - c’est son plus beau coup -  à délivrer Mussolini prisonnier dans les Abruzzes:

 

« Durant l'été 1943, il reçoit comme consigne, d'Adolf Hitler en personne, de retrouver Benito Mussolini, alors emprisonné en Italie, et de le libérer. Dans le cadre de l'opération Eiche, il mène alors une enquête de terrain qui lui permet de repérer l'endroit secret où est emprisonné le Duce et organise secrètement sa libération. Le 12 septembre 1943 à 14h00 (7 heures après l'heure prévue), il délivre Mussolini de sa prison au sommet du Gran Sasso en Italie alors que ce dernier est emprisonné et surveillé par plusieurs soldats italiens qui ont reçu l'ordre de l'exécuter en cas de tentative d'évasion. Ceux-ci ne font pourtant rien pour l'en empêcher. La réussite de cette opération aéroportée est due à l'effet de surprise, mais aussi aux capacités techniques du Fieseler Fi 156 « Storch », un avion capable de décoller en moins de 70 m et de se poser en moins de 20 m, avec lequel Mussolini s'échappa avec lui, laissant sur place une vingtaine de soldats allemands du Kommando Skorzeny aux ordres de son adjoint Karl Radl. 

 

(…) À la reddition allemande en 1945, il est emprisonné pour ses activités nazies mais fut acquitté des charges retenues contre lui. Utiliser les uniformes des soldats ennemis est une action proscrite par les différents traités de guerre, mais il fut gracié car un officier anglais Forest Yeo-Thomas confirma, le dernier jour du procès de Skorzeny, que les Britanniques avaient eux aussi, auparavant, utilisé cette méthode pour infiltrer des prisons, en France, afin de délivrer certains des leurs. »

 

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Et maintenant, écoutons Otto Skorzeny :

 

« La prison de Nuremberg était un vaste bâtiment construit en forme d’étoile à cinq branches. De nombreux soldats noirs nous gardaient, notre chef geôlier, le colonel Andrus, pensant ainsi nous humilier. Je me suis toujours parfaitement entendu avec ces Noirs, qui surent se montrer beaucoup plus humains que les Blancs. Un grand diable de sergent noir, fort sympathique, devint mon ami et me glissa plus d’une fois quelques cigarettes ou du chocolat.

 

Durant les premières semaines, nous fûmes assez bien nourris. De vieux territoriaux allemands prisonniers, employés aux cuisines, faisaient ce qu’ils pouvaient, ce qui chagrina le colonel Andrus. D’origine vaguement lituanienne, il était américain d’assez fraîche date et haïssait tout ce qui était allemand. « Je sais, nous dit-il un jour, qu’on vous appelle les Krauts, les choux, parce que vous les aimez beaucoup. En conséquence, vous en mangerez tous les jours ». Il veilla à ce que la nourriture fût très mauvaise.

 

Il y avait aux cuisines – où il était parvenu à se faire affecter – un jeune ingénieur autrichien du ministère de l’Armement, je crois, qui s’appelait Raffelsberger ; il nous faisait porter des Knödels (boulettes de viande). Il fut le seul détenu qui réussit à s’évader de la prison de Nuremberg, alors qu’il était sorti en ville avec un détachement chargé du ravitaillement. Il fila en Amérique du Sud.

 

Je fus détenu d’abord dans l’aile des accusés. J’occupais une cellule en face de celle du maréchal Goering. Nous communiquions par signes, car il était formellement interdit de parler. Puis, un peu avant Noël 1945, je fus transféré dans l’aile des témoins. Nos cellules y étaient fermées la nuit et ouvertes le jour. Andrus avait édicté un règlement draconien selon lequel, lorsqu’il apparaissait, chaque détenu devait se tenir au garde-à-vous sur le seuil de sa cellule quinze pas avant qu’il ne passât et douze après qu’il fût passé. Trouvant cette prétention ridicule, je disparaissais dans la cellule la plus proche dès que son auguste personne était signalée par les aboyeurs. Il s’en aperçut et me convoqua :

« Donc, vous refusez de me saluer ? »

-          Je vous saluerais si j’étais ici traité en soldat. Je me refuse à le faire d’une manière servile. Je suis officier et non valet de pied.

-          Je puis vous punir d’un mois de cachot disciplinaire pour refus d’obéissance.

-          Vous pouvez faire ce que bon vous semble ».

 

Je crois que les officiers américains subordonnés à Andrus le haïssaient plus encore que lui-même ne pouvait nous haïr. Il y a quelques années, au cours d’un voyage aérien, je rencontrai l’un de ces officiers qui me reconnut et m’apprit que mon comportement à l’égard du colonel Andrus avait été, pour ses camarades et lui, un grand sujet de satisfaction.

L’attitude américaine répondait à un souci de « correction » apparente. Ainsi le colonel Andrus fit-il savoir que chacun avait le droit de lui présenter des réclamations. En fait, aucune plainte n’eut jamais le moindre résultat. Le général Halder, fort bien vu pourtant des Américains, devait en faire l’expérience. Comme il s’était permis de faire observer à nos geôliers qu’il avait été mieux traité dans le camp de concentration allemand qu’à Nuremberg, il eut droit à quatorze jours de mitard.

 

Certains ne purent résister. Outre le Dr Ley, le bon et brave Dr Conti, chef des services de santé du Reich, faussement accusé et calomnié, se pendit dans une proche cellule. Le général Blaskowitz se jeta par la fenêtre du troisième étage. Quant au maréchal von Blomberg, il mourut à l’infirmerie où il n’avait été transporté qu’à la dernière extrémité. J’avais réussi à dérober trois draps en allant aux douches, afin d’en donner un au maréchal, constamment alité. J’en avais donné un autre au vieux général autrichien von Glaise-Horstenau – il avait été aide de camp de l’empereur François-Joseph -, gardant le troisième pour moi.

 

Les suicides permirent à Andrus de prendre des mesures encore plus dures. Des fouilles surprises eurent lieu de jour ou de nuit. Nous devions dormir lumière allumée, tête découverte et tournée vers l’ampoule électrique. Si par malheur nous nous couvrions les yeux avec la couverture pendant notre sommeil, nous étions brutalement réveillés par la garde.

 

Lorsque le Reichsmarschall Goering se suicida au cyanure, plus tard, on fit une fouille générale de toutes les cellules. On découvrit chez le Generaloberst Jodl  trente centimètres de fil de fer, deux rivets aiguisés et une lame d’acier chez le maréchal Keitel, un flacon de verre chez Ribbentrop, cinq lacets noués chez le grand-amiral Doenitz.

 

Mais le pire, du moins pour moi, fut certainement l’atmosphère morale régnant dans la prison. L’espionnage continuel, les marchandages proposés aux plus faibles, les mouchardages, les délations, les fausses accusations, l’attitude servile de certains des accusés et témoins qui pensaient s’en tirer à meilleur compte – on le leur promettait et l’on tint parfois parole – s’ils se révélaient « coopératifs », tout cela eut sur mon moral les plus néfastes effets. Je passai bien près du geste qui eût permis à Andrus de sévir avec raison. »

 

Il n’était rien qui ne pût être utilisé contre nous, et qui ne l’ait été. C’est ainsi que nous fûmes « testés » par des « psychologues » aux titres incertains, M. Goldenson et le « professeur » G.M. Gilbert, qui m’examinèrent à plusieurs reprises. Nous dûmes subir des tests d’intelligence. Les grands triomphateurs furent le Dr Seyss-Inquart, le Dr Schacht et le maréchal Goering. Les Américains furent très étonnés de constater que, selon leurs propres critères, notre intelligence se révélait « très supérieure à la moyenne ».

 

Mais la besogne essentielle des « psychologues » était de renseigner les procureurs et de semer la discorde parmi les détenus. Ainsi me révéla-t-on obligeamment qu’Untel avait dit beaucoup de mal de moi, dans l’espoir qu’à mon tour je dirais du mal de lui et ferais quelque « révélation » pouvant être utilisée par l’accusation, ou au moins par la presse. Ce système ne réussit pas avec moi, mais réussit avec les plus naïfs et les plus faibles.

 

Les journalistes étaient friands de nouvelles sensationnelles, et il n’est pas étonnant que la presse internationale ait eu à publier à l’époque tant d’extravagances et de monstruosités, car plus les informations étaient fantastiques, mieux elles étaient payées. »

Commentaires

"LA GUERRE INCONNUE (1)", l’autobiographie d’Otto Skorzeny

Très intéressant bouquin sur la Seconde Guerre Mondiale vue par un témoin et acteur privilégié. Intéressant surtout sur les questions militaires.
On peut en contester le point de vue, mais après sa lecture, je crois qu'on n'a plus exactement la même vision du conflit et de ses acteurs.

Je l'avais acheté l'année qui suivit le décès de Skorzeny, peu avant de passer mon bac, dans une des rares librairies d'"extrême-droite" qui existaient encore et qui proposaient un éclairage différent du conflit.

Écrit par : Fred | 10/05/2010

Très instructif, surtout la prison en forme d'étoile à 5 branches...

Écrit par : cosaque | 10/05/2010

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