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05/05/2010

IL Y A ARCHIVES ET ARCHIVES …

Le Vatican est sommé d’ouvrir ses archives sans délai, mais Israël semble nettement moins pressé :

« Deïr Yassin : dossier sensible

 

Les événements de Deïr Yassin seraient si sensibles que 62 ans après, l'Etat refuserait encore de publier des documents et des photos conservées dans les archives de Tsahal ?

 

C'est la question à laquelle Eliezer Rivlinla, vice-président de la Cour suprême et les juges Edna Arbel et Neal Hendel doivent répondre. Une plainte a en effet été déposée en début de semaine par le journaliste Guidi Weitz du quotidien Haaretz et Neta Shoshani, une étudiante à l'école d'art Betsalel, de Jérusalem.

 

La bataille de Deïr Yassin, à la périphérie Ouest de Jérusalem était une des plus controversées de la guerre d'Indépendance. Elle a eu lieu en avril 1948, un mois avant la proclamation de l'Etat d'Israël. Des dizaines de civils palestiniens du village ont alors été tués par des unités d'Etzel (Irgoun) et du Lehi.

 

L'Etat prolonge l'interdiction

 

Selon la loi, l'Etat peut différer la publication de ses documents pendant une durée de 50 ans si elle risque de mettre en danger la sécurité d'Israël, porter atteinte à ses relations diplomatiques ou d'autres raisons décidées par les responsables des archives nationales.

 

Si, après ces 50 années, les révélations sont toujours considérées dangereuses, l'interdiction de publication peut être prolongée.

 

En 2006, Shoshani avait demandé à examiner les documents dans le cadre d'un projet d'école. Leur publication devait être autorisée dès 1998. Pourtant, elle n'a pu consulter qu'une partie des documents. Elle s'est vu refuser l'accès à d'autres dossiers et photos demandés.

 

Le 19 septembre 2007, l'Etat a fait savoir que l'interdiction de la publication d'une partie des archives de Déïr Yassin avait été prolongée jusqu'en 2012.

 

De source officielle, certains documents pourraient nuire aux relations internationales d'Israël, en particulier dans le cadre de négociations avec les Palestiniens. Ils pourraient également exacerber les tensions avec la communauté arabe israélienne ».

 

Source : http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1272465536344&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull

 

 

 

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Voici un extrait du livre Ô Jérusalem de Dominique Lapierre et Larry Collins, paru en 1971. Les auteurs relatent avec passablement de détails l’opération « Unité » perpétrée à Deir Yassin (p. 285 et suivantes, Laffont). On comprendra mieux la réticence de l’Etat à ouvrir ses archives sur ce "dossier sensible" :

 

«… Une sorte d’hystérie collective s’empara alors des assaillants. Tandis que la résistance à leurs assauts faiblissait, ils s’attaquèrent avec une fureur croissante aux habitants de Deir Yassin. Jetés dehors avec trente-trois de leurs voisins, les jeunes mariés de la dernière fête furent parmi les premières victimes. Ils furent alignés contre un mur et mitraillés à bout portant, leurs mains jointes comme pour sceller dans l’éternité leur amour tout neuf. Un survivant de douze ans, Fahimi Zeidan, racontera: « Les juifs commandèrent à toute ma famille de se placer face au mur et ils commencèrent à nous tirer dessus. J’ai été touché au côté, mais nous autres, les enfants, nous avons presque tous été sauvés parce que nous avons pu nous abriter derrière nos parents. Des balles éraflèrent la tête de ma sœur Kadri – quatre ans -, la joue de ma sœur Sameh – hui ans -, la poitrine de mon frère Mohamed – sept ans. Mais tous les autres, qui étaient avec nous contre le mur furent tués : mon père et ma mère, mon grand-père et ma grand-mère, mes oncles, mes tantes et plusieurs de leurs enfants. »

 

Haleem Eid, une jeune femme de trente ans appartenant à l’une des principales familles de Deir Yassin, vit « un homme tirer une balle dans le cou de ma belle-sœur Salhiyed, qui était sur le point d’accoucher et lui ouvrir le ventre avec un couteau de boucher ».

Une autre femme qui assistait à cette scène, Aiesch Radwaer, fut tuée quand elle chercha à sortir l’enfant des entrailles de la mère déjà morte. Dans une autre maison, la jeune Naaneh Khalil, seize ans, vit « un homme prendre une sorte de coutelas et ouvrir de la tête aux pieds notre voisine Jamili Hish, puis faire subir le même sort sur les marches de notre maison à mon cousin Fathi ».

 

De telles scènes se renouvelèrent de maison en maison. Les détails donnés par les rescapés établirent que les femmes qui faisaient partie des commandos rivalisaient de barbarie avec les hommes. Les hurlements, les explosions de grenades, le crépitement des fusillades, l’odeur de sang, d’entrailles, de poudre, de brûlé, de mort, submergeaient peu à peu Deir Yassin. Ses bourreaux tuaient, pillaient. Violaient.

 

Safiyeh Attiyeh, une femme de quarante ans, vit un homme ouvrir son pantalon et se jeter sur elle. « Je hurlais, racontera-t-elle, mais autour de moi d’autres femmes étaient violées elles aussi. Puis ils nous arrachèrent nos vêtements et s’amusèrent avec nos seins en faisant des gestes obscènes. Certains étaient si pressés de s’emparer de nos boucles d’oreilles qu’ils tranchaient les oreilles pour aller plus vite ». Une autre femme de trente-six ans, Nazra Assad, racontera avoir vu « un homme arracher son bébé à une voisine, Salhyed Eissa, le jeter par terre et le piétiner ». Puis, dira-t-elle encore, « « il tomba sur elle et la viola pendant que ses camarades regardaient. Quand il fut satisfait, il la tua et jeta un matelas sur son corps et celui du bébé ».

 

Arrivé à Deir Yassin au milieu de la matinée, Mordechai Raanan, le chef de l’Irgoun de Jérusalem, décida d’anéantir les dernières maisons où les Arabes résistaient encore. Il recourut à la technique utilisée par son organisation contre les postes de police britanniques et fit dynamiter tous les bâtiments d’où partaient des coups de feu. Le principal semblait être la maison du moukhtar. « Au bout de quelques minutes, racontera Raanan, la maison n’était plus qu’un tas de décombres sur des corps déchiquetés ». Mais le fournil avait, grâce à l’épaisseur des murs et à sa porte en fer, échappé à la destruction. A l’intérieur, la femme du maçon Eid et ses voisines, terrorisées, entendirent une voix les exhorter à sortir.

-          Vous ne risquez plus rien, disait-elle.

Les femmes refusèrent. Shafikah Sammour, la fille du moukhtar, avait reconnu à l’accent que la voix n’était pas arabe.

 

Plus de quinze maisons sautèrent avant que l’Irgoun n’eût épuisé son stock d’explosifs. Quelques survivants horrifiés se terraient dans les maisons qui restaient debout. Les commandos juifs commencèrent à les nettoyer une à une à la grenade ou à la mitraillette. Les mêmes scènes sauvages se reproduisirent devant la plupart d’entre elles. Vers midi, le jeune Mohamed Jaber, que la fermeture prématurée de son école de Jérusalem avait renvoyé dans son village, vit, de sous le lit où il s’était abrité, « des juifs faire irruption dans la maison, en expulser tout le monde, et tirer ensuite dans le tas. Une des femmes portait son bébé de trois mois ». Zeinab Attiyeh, une femme de vingt-cinq ans qui se cachait avec une dizaine de voisines vit un groupe s’engouffrer dans sa maison.

-          Comment voulez-vous mourir ? cria un juif en arabe.

Terrifiée, la jeune femme se jeta à terre et lui baisa les pieds en implorant sa pitié.

 

Peu après midi, les assaillants menacèrent de faire sauter le fournil si les femmes qui y étaient enfermées ne sortaient pas. La fille du moukhtar ouvrit la porte et apparut la première. Dans les décombres de sa maison, elle découvrit les cadavres de sa mère et de ses deux frères. Un silence oppressant, ponctué seulement de quelques cris, tomba lentement sur les ruines du village que réchauffait un éclatant soleil de printemps.

 

L’opération « Unité » était terminée. Les terroristes de l’Irgoun et du groupe Stern avaient remporté la victoire qu’ils recherchaient. Deir Yassin leur appartenait* ».

 

 

« * La plupart des témoignages des habitants de Deir Yassin relatés ici, en particulier ceux concernant les atrocités et les viols, proviennent des interrogatoires de rescapés réalisés par la police britannique aussitôt après la tragédie du 9 avril 1948. dans un pli « secret et urgent » portant le n° 179/110/17/65, Sir R.C. Catling, directeur adjoint du Criminal Investigation Department, transmit le 15 avril 1948 au général Cunningham les procès-verbaux de ces interrogatoires ainsi que le rapport d’un des officiers de police qui avait interrogé les survivants. Celui-ci déclarait notamment : « La majorité des nombreuses femmes que j’ai interrogées en vue de rassembler des informations sur les atrocités commises à Deir Yassin se sont montrées extrêmement réticentes à relater leur expérience, spécialement au sujet des violences sexuelles. Il n’y a cependant aucun doute que de nombreuses atrocités sexuelles ont été commises par les attaquants. Plusieurs jeunes écolières furent violées, puis massacrées, ainsi que de vieilles femmes. Tous parlent d’une petite fille qui a été littéralement coupée en deux. De nombreux nouveaux nés ont été découpés avec des couteaux de boucher … La plupart de ces gens sont dans un tel état de choc qu’ils sont incapables de comprendre ce qui s’est réellement passé ».

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