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18/03/2010

« Torah et homosexualité : là où le bât blesse »

« Le thème de l'homosexualité est devenu une question particulièrement sensible et controversée au sein de la communauté juive. L'orthodoxie, dont l'approche est résolument plus conservatrice, reste ferme dans sa défense de l'interdiction biblique. Et pourtant, quelques nuances sont à observer dans la façon des différents courants de comprendre cette proscription.

 

Dans sa liste détaillée des comportements sexuels illicites, la Torah interdit explicitement la pénétration homosexuelle masculine : "Ne cohabite point avec un mâle, d'une cohabitation sexuelle : c'est une abomination (toeva)" (Lévitique, 18, 22). Par la suite, il est mentionné que ceux qui viendraient à enfreindre cette interdiction sont tout bonnement condamnés à mort. (Lévitique, 20, 13). En outre, cette interdiction relève d'une catégorie de péchés capitaux - guilouy arayot - à ne transgresser en aucun cas, même pour sauver sa vie (YD 157:1). De même, les sept lois Noahides proscrivent un tel comportement chez les païens (Sanhédrin 58a).

 

Bien que la Torah ne mentionne pas explicitement le lesbianisme, les Sages l'ont inclus dans les pratiques sexuelles illicites, prohibées car relevant d'imitation des coutumes égyptiennes (Sifra Lévitique 18:3). Si certains érudits classent les relations homosexuelles féminines dans la catégorie des injonctions bibliques (Kiryat Sefer Issourei Biah 21:8), d'autres se contentent de les voir comme une interdiction rabbinique (Prisha EH 20:2).

Certaines formes de relations sexuelles homosexuelles masculines n'impliquant pas de pénétration constitueraient des infractions moins graves, même si tous les actes dérivant de ce penchant sont strictement bannis (EH 20:1).

 

Préserver la structure familiale

 

Diverses explications ont été proposées à la condamnation de l'homosexualité. Beaucoup ont affirmé qu'elle était interdite car elle exclut la reproduction et la perpétuation du monde (Hinouch 209). Ce raisonnement reflète une vision pratique de l'activité sexuelle, dont l'objectif central est la procréation. Mais alors, comment expliquer que la Torah autorise une activité sexuelle dans des contextes où la procréation est improbable, comme dans le cas de personnes stériles (Rabbénou Behaye Lévitique 18:6) ?

 

Le Talmud explique le terme de "toeva" employé par la Bible pour classer cet acte parmi ceux dont il est dit : "ils causeront votre perte" (Nedarim 51a). En ce sens, la toeva doit être considérée comme une "aberration" (par opposition à abomination). Pourquoi une "aberration" ? Certains commentateurs expliquent que l'homosexualité est une négation des normes maritales hétérosexuelles et entraîne la décomposition de la structure familiale (Tossafot). D'autres voient ce penchant comme une déviation de la nature humaine (Midrash Lekah Tov Lévitique 18:12). Mais, comme le rabbin Chaim Rapoport l'a mentionné dans son livre complet sur ce sujet, ces justifications, même lorsqu'elles sont prises comme un tout, restent incomplètes et contestables, au regard de l'interdiction divine, telle que formulée dans la Bible.

 

Inclinaisons acquises ou innées ?

 

Les discordes rabbiniques proviennent principalement de la compréhension des origines de cette orientation sexuelle. Certains Sages l'ont toujours perçue comme une rébellion flagrante et contre-nature envers la sagesse biblique (Igrot Moshé D. 4:115).

 

Cependant, quelques rabbins plus récents, comme le Rabbi de Loubavitch, ont considéré les penchants homosexuels comme l'expression de désirs involontaires et innés. Cette position rejoint plus volontiers les thèses scientifiques et sociales contemporaines, selon lesquelles les hommes ne "choisissent" pas leur attirance sexuelle et affective, quelle qu'en soit l'origine. Ainsi, la Torah ne condamnerait pas l'orientation homosexuelle elle-même, mais plutôt le choix de passer à l'acte.

 

Serait-elle par conséquent prétendument déraisonnable, puisqu'elle interdit des actes issus d'un penchant naturel ? Cette question a provoqué des réactions diverses. Certains rabbins conservateurs comme Elliot Dorff ont fait valoir que cette tension est théologiquement intenable et ont donc cherché des moyens de permettre l'activité homosexuelle, en dépit des versets du Lévitique. Certaines figures orthodoxes, d'autre part, soutiennent que l'orientation homosexuelle doit forcément être "réversible" ou "curable", sinon Dieu ne l'aurait pas interdite.

 

Traiter la différence avec déférence

 

Toutefois, beaucoup de rabbins orthodoxes estiment que, comme en ce qui concerne différents types de déviations sexuelles, l'homosexualité est irrémédiable. Ainsi, de nombreux hommes conservent une forte attirance pour les membres du même sexe, qui semblerait insurmontable. Dans un célèbre article publié en 1974, le rabbin Norman Lamm a affirmé que même si les actes homosexuels demeurent interdits, les acteurs ne sont pas légalement coupables pour des actions provoquées par des penchants involontaires (oness). La plupart des penseurs orthodoxes ont rejeté cette thèse. Selon eux, les individus ont toujours le choix de s'abstenir de toute activité sexuelle.

 

Néanmoins, ils reconnaissent l'énorme défi d'une telle abstinence et reconnaissent que les homosexuels sexuellement actifs (en particulier ceux qui ont choisi de rester dans la religion) ne doivent pas être considérés comme des rebelles qui méritent l'ostracisme (moumar lehachis). Au contraire, ils doivent plutôt susciter compréhension et compassion, et être traités avec déférence, comme les autres Juifs qui ne respectent pas les règles de la Loi juive (Halakha) (moumar leteavon ou tinok shenishba).

 

Bien que les divergences d'opinion soient toujours source de déstabilisation au sein d'une société, cette position a le mérite d'être honnête, faisant preuve d'une compassion et d'un respect qui, à mon avis, sont de mise dans le cas présent.

 

L'auteur, éditeur du site Tradition, enseigne à la Yeshivat Hakotel.
JPostRabbi@yahoo.com

 

Source : http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1268045693750&pagename=JFrench%2FJPArticle%2FShowFull

14:55 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0)

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