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11/03/2010

ET LES HORREURS COMMISES PAR LES COMMUNISTES ?

Le Parisien a apparemment fait très fort. Les deux histoires suivantes ont paru le même jour, le 6 mars, en accompagnement de l’annonce du film La Rafle. Une occasion en or, ce film, pour enfoncer une énième fois le clou de la repentance et de la culpabilité à perpétuité. Pourquoi pas, après tout ? Ca me gênerait beaucoup moins si on faisait aussi visiter aux jeunes têtes blondes (et moins blondes) les sites ukrainiens, ou polonais, ou russes, ou hongrois, etc, etc, où se sont élevés les camps de concentration communistes. Qui étaient au moins aussi nombreux et aussi meurtriers. Mais dont bizarrement on ne parle jamais. Ca les instruirait pourtant au moins autant, les jeunes.

 

Assez de mémoire sélective ! On en a marre.

 

 

 «Je ne ferai plus cours de la même façon»

 

HOURIAgg.jpg«Mon travail, c’est de transmettre des connaissances historiques. Ne pas mélanger devoir d’histoire et émotion. » Houria y tient. Pourtant, en se jetant épuisée sur le siège du car mardi soir, après avoir arpenté Auschwitz et Birkenau pendant sept heures, cette jeune prof de collège en ZEP à Sète (Hérault) l’avoue : l’émotion la submerge et les mots manquent.

 

« Je crois que je ne ferai plus cours de la même façon. On ne peut pas sortir indemne de ces visites. » Cette occasion « tant attendue » de parcourir en vrai « ces lieux vus uniquement à travers le prisme de photos », elle la partage avec Edith, ex-« enfant cachée », qu’elle fait régulièrement témoigner devant ses élèves de troisième. Devant les vitrines de vêtements d’enfants, de jouets exposés dans les baraques de brique rouge d’Auschwitz, épaule contre épaule, elles ont pleuré ensemble. « Quand Edith raconte en classe ce qu’elle a ressenti à 8 ans quand on lui a interdit de prendre sa poupée, mes élèves sont interpellés. Dans les collèges où je suis passée, il y a eu parfois des incidents antisémites. Jamais quand on aborde la Shoah », confie l’enseignante, qui croit d’autant plus à la nécessité d’incarner ses cours par ces témoignages, images et films, que le programme de troisième (1914 à 2005) laisse à peine six heures pour balayer la Seconde Guerre mondiale. Shoah comprise ? « J’y consacre au minimum trois heures. Et c’est si peu vu son importance dans l’histoire du XXe siècle », soupire la jeune prof. Il y a deux jours, elle pensait que le voyage lui permettrait d’en préparer un pour ses élèves.

 

A chaud, elle s’interroge : les emmener, si jeunes ? Tout à coup elle n’en est plus sûre. « L’émotion ici prime tellement sur la réflexion. Je ne mesurais pas moi-même l’immensité, la discipline systématique de cette oeuvre de mort. Les chiffres que je m’évertue à assener en cours ne disent rien de ce qu’on perçoit quand on se trouve derrière les barbelés. Mais je me sens aussi plus légitime pour le raconter. » Houria en retire une conviction : « Tout prof d’histoire, dès sa première année de formation, devrait visiter ces lieux. »

 

(Article publié dans le Parisien du 6 mars 2010)

 

Photo: Edith, à gauche, ex-enfant cachée vient régulièrement raconter son histoire dans la classe de Houria, jeune prof en collège.

 

On l’a empêchée de prendre sa poupée, à Edith, lorsqu’elle avait huit ans. C’est terrible, bien sûr, mais elle est quand même là aujourd’hui pour le raconter, non ? Ce n’est pas l’essentiel ?

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=19270&artyd=7

 

« Les larmes des profs d’histoire à Auschwitz »

 

« A quelques jours de la sortie du film « la Rafle » sur le drame du Vél’ d’Hiv’, des profs d’histoire se sont rendus en Pologne, en compagnie de rescapés des camps. Un choc.

 

«S i je dis à mes élèves que les nazis ont exterminé six millions de Juifs, ça ne leur dit rien. Si je leur raconte Olga, 17 ans, obligée de piétiner des corps dans une fosse pour les tasser, là, ça leur parle… » Comme Pierre-Philippe, prof d’histoire dans un lycée professionnel du Val-d’Oise, ils sont formels : pour peu qu’on la rende « plus proche » grâce aux photos et films disponibles, ou à la parole des rescapés encore en vie, « enseigner la Shoah, ce n’est pas difficile ».

 

Même si, comme le déplore Victoria, prof de lettres en collège à Strasbourg, « beaucoup d’élèves ne savent déjà même plus que cela a existé ». Mais prendre la Shoah en pleine figure, pendant quatre jours de voyage en Pologne, en compagnie de survivants ou d’enfants de déportés, c’est autre chose : « Mesurer l’indicible et comprendre pourquoi ça l’est. Un choc à chaque fois », confie Pierre, prof de lycée, éprouvé par sa visite des camps. La troisième en neuf ans pourtant. Auschwitz, Birkenau, le ghetto de Cracovie, Lublin et son camp d’extermination préservé en l’état de Majdanek, Varsovie…

 

Une dizaine d’enseignants ont, selon leur région d’origine, pris sur leurs vacances ou promis à leur inspection de rattraper leurs cours pour s’envoler lundi dernier avec Charles et Arlette Testyler, et leur association Mémoire et vigilance des lycéens. Originaire de Slawków, petit bourg de Silésie, au sud de la Pologne, raflé le jour de ses 15 ans en juin 1942, il a survécu à deux années dans les camps. Elle, à la rafle du Vél’ d’Hiv’ puis à l’internement en France avec 320 enfants et au chagrin de n’avoir jamais revu ce père disparu à Auschwitz, dont elle sait juste qu’il a été « logé » dans le pavillon 28. L’une de ces bâtisses de brique rouge devant laquelle elle allume une bougie à chacun de ses passages. En 1995, avant que les conseils généraux et régionaux ne commencent à financer des voyages réguliers de collégiens, lycéens et profs, le couple a fondé son association, après une première visite. « J’y voyais des groupes de jeunes de tous les pays. Mais pas de Français. On s’est dit que ce n’était pas possible », dit Arlette, qui, à 76 ans, consacre l’essentiel de son temps à ces voyages de la mémoire. Une douzaine en quinze ans. La plupart juste pour un jour, avec des élèves accompagnés de leurs profs. Et quatre, comme celui-ci, plus complets, avec l’aide du CRIF, pour les enseignants avec des survivants et familles de déportés.

 

Des témoignages, Pierre, David, Houria, profs d’histoire en lycée ou collège, en ont lu. Et entendu, à force de faire venir des survivants devant leurs élèves. « Quand Arlette est venue à Strasbourg témoigner devant ma classe de 3e, on aurait entendu une mouche voler », confie Victoria, prof de français.

 

A Slawków, c’est devant une rivière que l’on entendrait une mouche voler, quand Charles Testyler, 83 ans, y raconte son enfance «heureuse », les bains avec frères et soeurs dans l’eau qui serpente entre les bouleaux. Cette rivière, il l’a vue rouge quand les Allemands débarquant dans le bourg ont fusillé 140 Juifs. Silence dans le car entre Cracovie et Oswiecim, quand Jules, 87 ans, raconte sa survie de trente-quatre mois, les trois jours d’enfer en wagon plombé entre la France et Auschwitz, la barbarie, de camp en camp jusqu’à Buchenwald. Devant les montagnes de lunettes, valises confisquées et chaussures d’enfants, qui racontent aujourd’hui dans les baraques de brique d’Auschwitz ceux qui ne sont plus, devant la rangée industrielle de chambres à gaz de Birkenau, les profs prennent des notes, emmagasinent les photos.

 

Il fait un froid glacial dans la plaine du camp de Birkenau, comme entre les baraques de bois de Majdanek, abandonnées en l’état par les nazis, aux portes de Lublin et de l’Ukraine, mais les yeux rougis ne doivent rien au climat. Pierre-Philippe était pourtant déjà venu, mais il s’en doutait en grimpant dans l’avion lundi : « On ne s’habitue jamais. »

 

Claudine Proust (article publié dans le Parisien du 6 mars 2010)

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=19269&artyd=10

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