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20/02/2010

LE TEMPS SE COUVRE POUR LE CRIF

Bon, nous n’en sommes pas encore à l’avis de tempête, mais il y a du roulis et du tangage à l’intérieur de la « communauté » entre les inconditionnels du CRIF et ceux qui commencent à s’inquiéter de son communautarisme galopant. Nous restons là bien sûr au niveau de l’intelligentsia parisienne, la seule qui ait le droit de s’exprimer. Et qui trouve sans problème des médias pour accueillir ses oracles.

 

images.jpgC’est le cas d’Esther Benbassa pour qui les colonnes de Libération se sont ouvertes il y a trois jours afin qu’elle puisse y déverser toute l’aversion que lui inspire le CRIF. Une aversion largement dictée par la récente « droitisation » à ses yeux de cette éminente officine, ce qui recadre toute l’affaire dans ses véritables dimensions.

Voici l’expression de son ire :

 

« Le Crif, vrai lobby et faux pouvoir


Clermont-Tonnerre déclarait, le 24 décembre 1789, à la tribune de la Constituante, qu'«il faut refuser tout aux juifs comme nation dans le sens de corps constitué et accorder tout aux juifs comme individus…» Catégorique, il rejetait alors tout «communautarisme». Lorsqu'on se gargarise aujourd'hui en haut lieu ou dans les médias de communautarisme, on ne pense guère qu'aux Arabo-musulmans. Loin de toute langue de bois, disons clairement que ce mot est devenu synonyme de «musulmans». C'est vers eux que, du voile à la burqa en passant par l'identité nationale, tous les regards sont tournés, dans un pays pourtant laïque comme la France. Objet de cristallisation, comme les juifs l'ont été dans le passé, la nationalité française de nombre d'entre eux passe au second plan après leur religion. En revanche, lorsque le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) organise son dîner annuel et qu'il lance des fatwas contre les uns et les autres, quand les politiciens de tout bord, y compris le Président et le Premier ministre, y accourent, personne n'ose parler de communautarisme.

 

François Fillon est allé jusqu'à dénoncer ledit communautarisme lors de ce même dîner, au prétexte qu'’il «refuse l'égalité et la fraternité». Il faisait bien sûr référence au communautarisme musulman. Et pourtant, tous les ingrédients sont réunis pour parler aussi de communautarisme juif.

Cette année, comme l'an passé, les mesures d'ostracisme ont visé le PCF et les Verts, au motif de leur campagne de boycott des produits israéliens. Comble de l'horreur, certaines municipalités communistes auraient fait citoyen d'honneur Marwan Barghouti, l'un des responsables du Fatah, en geôle à vie en Israël.

On en vient à se demander si le Crif n'est pas plutôt le porte-parole d'Israël en France, comme une seconde ambassade de ce pays. Il y a un siècle, ce qui aurait passé pour de la double allégeance s'appelle aujourd'hui soutien à Israël. Parce que les juifs de France collent, paraît-il, à la ligne politique d'Israël, qu'elle soit de gauche ou de droite, leurs institutions, dont le Crif, ne feraient que suivre le mouvement. Les voilà tous légitimistes.

 

 

Après la victoire d'un Nétanyahou et de ses alliés en Israël, on ne s'étonnera donc pas de la forte droitisation du Crif, concrétisée entre autres par l'entrée dans son comité directeur de personnalités aux opinions radicales. Mais qui représente véritablement le Crif et combien sont-ils en son sein ? On ne le saura jamais. Ce qui compte, c'est qu'il est perçu comme un lobby (mot horripilant en France) par les politiciens. Et considéré comme tel, il l'est bien, un lobby, en fait. Ceux qui s'agglutinent à son dîner croient vraiment qu'il joue un rôle important dans la machine électorale. On y vient à la pêche aux voix juives, et pour être adoubé par des juifs dont l'influence serait déterminante, en raison de la place qu'ils occupent, ou sont censés occuper, dans la société française.

 

 

De cet appui ne bénéficieront bien sûr que ceux qui soutiennent le plus Israël et qui donnent des gages clairs dans le combat contre l'antisémitisme. Un combat certes indispensable, mais qui mériterait de n'être pas instrumentalisé pour faire accepter toute politique israélienne, y compris la plus blâmable. Projetant sur la scène française ce qui se passe entre Israéliens et Palestiniens au Proche-Orient, le Crif ne manque aucune occasion pour appuyer la politique antimusulmane du gouvernement.

En revanche, il a ses bons musulmans, comme Israël a ses bons Palestiniens, les seuls avec qui il daigne «dialoguer».Aussi peu représentatif qu'il soit, le Crif est sans doute au diapason des positions de bien des juifs français, de plus en plus conservateurs politiquement, supporteurs inconditionnels d'Israël en toute circonstance et se réfugiant dans la mémoire de la Shoah et dans la dénonciation de l'antisémitisme, qui vont de pair.

 

 

Celles-ci, forces rassembleuses indéniables, contribuent surtout à la survie d'un judaïsme qui le plus souvent s'y résume, ayant par ailleurs grandement perdu sa pratique et la conscience de ses valeurs essentielles. Qu'est-ce que le Crif sinon un groupuscule endogamique qui se donne des airs de petit Etat indépendant, agissant à sa guise, faisant plier les uns et les autres, tant par le biais de l'autocensure, sensible chez bien des journalistes, craignant à juste titre d'être soupçonnés d'antisémitisme dès qu'ils oseront critiquer la politique israélienne, que par l'instrumentalisation de la culpabilité de la Shoah intériorisée par la classe politique ?

 

 

Le pouvoir imaginé que cette minuscule institution a su se fabriquer se retourne hélas contre les juifs eux-mêmes, et d'abord contre ceux qui ne se reconnaissent nullement en elle. Il génère à son tour de l'antisémitisme et offre des arguments, certes fallacieux, à ceux qu'obsèdent les vieux thèmes bien rôdés du pouvoir juif, du complot juif. La «servilité» de circonstance des professionnels de la politique face au Crif vient renforcer les anciens préjugés.

Cette foi trop partagée dans la puissance des juifs et de leurs instances représentatives n'augure rien de positif. Le dîner du Crif enfin déserté, ses menaces ramenées à leur juste proportion de dangerosité réelle, voilà des mesures prophylactiques qui seraient susceptibles d'enrayer en partie une hostilité antijuive se nourrissant de fantasmes. »

 

Des fantasmes, des fantasmes … C’est vite dit. Enfin, même si ce n’était pas pour les meilleures raisons du monde, et de loin, Mme Benbassa a quand même balancé dans les gencives du CRIF quelques vérités qui n’ont pas plu.

Dès le lendemain, ce dernier ripostait sous la plume de  Marc Knobel :

 

« Les nouveaux graves délires d’Esther Benbassa

 

 

Il y a comme cela des adjectifs, des mots ou des phrases qui sont utilisés sciemment pour blesser, caricaturer, jeter l’opprobre et, in fine, salir. Esther Benbassa le sait très bien, elle qui, d’article en article, récidive pour cogner encore plus fort contre le CRIF. (…)

 

Là, où il faudrait -puisqu’il y a débat- de la correction et de la tenue, Benbassa en rajoute une couche dans les images stéréotypées d’une rare violence. Nous lui laissons la responsabilité de cet article indécent. Est-ce qu’elle mesure seulement les conséquences de ces propos qui risquent assurément de creuser des fossés au sein de la société française ?"

 

Quant à ça, qu’il se rassure : les fossés au sein de la société française sont en route pour devenir des abîmes, avec ou sans Benbassa. C’est que faire joujou avec le communautarisme est dangereux : on peut s’imaginer mener le jeu, et tout à coup, sans préavis, se retrouver « fort dépourvu lorsque la bise fut venue ».

 

N’empêche que cette empêcheuse de communautariser en rond a dit des choses embêtantes pour tout le monde alors qu’il aurait été bien plus intelligent de laver son linge sale en famille.

 

Preuve de ce qu’elle a touché pile là où ça fait mal, après l’indignation, le CRIF a envoyé une seconde salve. Cette fois, il a fait dans la douloureuse interrogation, un registre où il excelle. Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi tant de haine ? Ce qui nous donne une lettre adressée hier à la coupable, par le président d’honneur du CRIF, Théo Kein, ainsi libellée :

 

66.jpg« Chère Esther Benbassa,

 

J’ai pris connaissance avec étonnement et regret des termes sulfureux de votre article sur le CRIF publié dans Libération, plus exactement sur son dîner annuel, dont d’ailleurs j’ai été l’initiateur en 1985.

 

Le déferlement de qualificatifs dérisoires et méprisants dont vous souhaitez balayer le dîner, l’institution et ses dirigeants n’apporte cependant – en dehors de la manifestation de votre colère et de votre mépris – aucune contribution, pas la moindre suggestion : votre balayage, vous le souhaitez total et définitif.

 

Vous parlez de communautarisme à ce groupe humain auquel vous avez longtemps appartenu et appartenez peut-être encore, dans la méconnaissance de l’esprit de la kehilah qui marque ce groupe sans doute depuis la Babylonie et certainement depuis la fin du deuxième Temple et de toute autorité juive sur la terre ancestrale.

 

Il y a bien longtemps que je déplore certains propos dans des discours de présidents du CRIF et que, d’ailleurs, je leur fais part de mes critiques.

 

Je n’assiste que rarement au dîner lui-même en manifestant cependant par ma présence au moment des discours de la permanence au sein de l’institution de femmes et d’hommes ouverts à d’autres idées que celles qui sont exprimées publiquement.

 

Nos juifs sont tels qu’ils sont et le problème est de savoir si nous restons avec eux pour les aider à sortir du ghetto dans lequel ils s’enferment au moindre vent mauvais ou si nous les abandonnons mais alors pour aller où ?

 

J’ai été inquiet et triste en vous lisant, car dans la voie où vous vous êtes lancée avec votre ardeur habituelle, vous risquez de vous retrouver bien seule et de ne plus être celle que vous étiez.

 

Bien cordialement vôtre.

 

Théo Klein »

 

Comme on pouvait s’y attendre, Théo Klein se garde bien de répondre sur le fond. Que pourrait-il dire ? Il préfère se référer à « l’esprit de la kehilah » ou au second Temple, c’est moins risqué.

J’ai assez apprécié la phrase  « Nos juifs sont tels qu’ils sont et le problème est de savoir si nous restons avec eux pour les aider à sortir du ghetto dans lequel ils s’enferment au moindre vent mauvais ou si nous les abandonnons mais alors pour aller où ? »

 

Pour aller où ? En voilà une drôle de question. Peut-être pour rejoindre tout simplement l’ensemble de la communauté nationale dont ils font partie intégrante, sans plus demander en permanence  passe-droits ou traitements particuliers, de plus en plus fatigants à supporter.

 

Exactement comme vivent la majorité des juifs de ce pays qui sont bien loin de se sentir « représentés » par cette « minuscule institution ». Et qui commencent peut-être à la trouver diablement encombrante.  Et même dangereuse.

 

Source : http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=18924&artyd=70

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