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11/02/2010

DECIDEMENT, ON NE PRÊTE QU’AUX RICHES

Je viens de terminer la lecture du livre de Gilles van Grasdorff, L’Histoire secrète des Dalaï-Lamas. Elle m’inspire quelques réflexions.

 

Tout d’abord, il faut reconnaître que le qualificatif de « secrète » dans le titre n’est là que pour appâter le lecteur, car rien de « secret » n’est révélé, ni de près ni de loin. C’est tout simplement l’Histoire des Dalaï-Lamas. Mais ce titre était déjà pris. Il fallait trouver mieux.

 

On nous raconte surtout l’histoire du Dalaï-Lama actuel, le 14e, chouchou des occidentaux et bête noire de Pékin. Pour nous signaler, dès la quatrième de couverture, toutes les accointances qu’il aurait eues, ainsi que ses prédécesseurs, avec les affreux « nazis », les inoxydables. Je veux bien que ça fasse vendre, mais bon sang, voici le sujet de mon ire :

 

Nous avons droit à tout un chapitre intitulé Les Nazis au Tibet, où nous attend une tartine largement étalée en détails avec dates, photos et tout et tout, sur l’ « expédition SS » de Ernst Schäfer à Lhassa en 1938-39.

Plus une tartine sur Heinrich Harrer, le fameux alpiniste autrichien, auteur de Sept ans au Tibet, qui fut membre de la SS. Et une tartine sur le grand explorateur suédois Sven Hedin, qui avait lui aussi de fâcheuses sympathies. Et d'autres encore, plus près de nous.

 

Bon, je veux bien avaler toutes ces tartines, mais pourquoi alors seulement 5 lignes, oui seulement 5, page 146, pour nous révéler très succinctement : « Des années plus tard, le prix Nobel de la Paix Nicolas Roerich, sa femme Héléna et son fils Georges, associés, en 1926 et 1928 en Asie, au James Bond soviétique Yakov Blumkin, agent secret de la Tchéka, monteront deux expéditions en Asie pour retrouver le royaume mythique de Shambala ».

 

Oui, parce que les bolcheviks, eux aussi, s’intéressaient vivement au Tibet. Au moins autant que les Allemands. Quant au « James Bond soviétique », au lourd passé de tchékiste, Yakov Blumkin, j’en parle dans les Révolutionnaires juifs (et sur le blog en date du 23/11/07). Il n’avait pas grand-chose à envier aux nazis, croyez-moi.

 

Je parle aussi de son acolyte Mijail Borodin, autre bolchevik du même tonneau qui exerça ses talents en Chine et un peu aussi au Tibet. Pour lui, juste 7 lignes, page 203 : « Dès 1931, le favori de Thubten Gyatso reçoit à Lhassa des émissaires travaillant pour le compte de Mijail Borodin, conseiller militaire et émissaire du Komintern à Canton, à qui il promet la création d’une République soviétique du Tibet, et qui, en attendant ce moment, se fait fort d’ouvrir une école militaire dans le Kham, près de la frontière sino-tibétaine, avec, pour formateurs, des officiers soviétiques de l’Armée rouge ».

 

Pourquoi tant de discrétion pour évoquer ces personnages qui magouillèrent au moins autant dans ces régions que les nazis ? Et qui avaient autant d'exactions en tous genres sur la conscience ? Pour se chercher à perpétuité un éternel certificat de bien-pensance ?

 

78.jpgUn dernier mot: si vous vous intéressez à ces régions, relisez plutôt l’excellent bouquin de Michel Peissel sur le même sujet, Les Cavaliers du Kham, paru en 1972, qui relate la lutte des résistants tibétains à l’envahisseur chinois. Lutte qui fut souvent menée, au début, contre l’avis du Dalaï-Lama lui-même (l’actuel) qui conserva longtemps pour Mao les yeux de Chimène.

 

En témoigne un poème écrit par Sa Sainteté en 1956, à la gloire du dictateur, qui fut largement utilisé par la propagande chinoise de l’époque, et que cite Peissel:

 

"O Président Mao ! Ton lustre et tes exploits sont

Comparables à ceux de Brahama et de Mahasammata, créateurs

Du monde.

 

Ce n’est que d’un nombre infini de bonnes actions

Qu’un tel chef peut être né, semblable qu’il est au soleil

Eclairant le monde.

 

Tes écrits sont précieux comme des perles, abondants

Et puissants tel le grand flux de l’océan

Qui rejoint les limites du ciel

 

O très honorable Président Mao, puisses-tu vivre longtemps.

Le monde voit en toi une mère protectrice, il peint ton

image, le cœur plein d’émotion.

 

Puisses-tu vivre en ce monde à jamais et nous montrer

La route de la paix.

 

Notre vaste pays était écrasé par la misère, les chaînes

Et les ténèbres. Tu nous as tous libérés avec éclat.

Le monde est maintenant heureux, inondé de bénédictions …."

 

 

65.jpgEt relisez aussi Sven Hedin, notamment Trois ans de lutte dans les déserts d’Asie. Un personnage fascinant. Qui ne faisait pas dans le politiquement correct.

 

Commentaires

Si je vous crois donc, très chère Anne, ces dalaï-lamas aux réincarnations glorieuses seraient donc un bluff ?

Écrit par : LGS | 11/02/2010

Ils ont un pouvoir temporel important et c'est cette action politique que l'on est en droit de juger. Quant au reste ... A chacun ses croyances.

Écrit par : anne kling | 11/02/2010

Il n'y a rien d'étonnant à ce que l'auteur ait plus parler des affreux nazis qui cherchèrent on ne sait trop quoi au Tibet que de ces braves soviétiques qui eux s'y intéressèrent et dont on a peu de renseignements. Il y a une grande différence entre l'Allmagne Nazie et la Russie Soviétique dont il faut tenir compte sous peine de ne rien comprendre, l'une était une affreuse dictature et l'autre non, a moins que ce soit l'inverse!

Écrit par : NYH | 11/02/2010

Les commentaires sont fermés.