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10/02/2010

SEGUIN, NAPOLEON III ET L'AFFAIRISME

44.jpgNous parlions hier du pamphlet de Victor Hugo, Napoléon le Petit, et voilà que je tombe sur une critique d’un livre que Philippe Séguin écrivit pour réhabiliter ce même personnage, Napoléon III. Cette critique date de 1991 et elle est signée Pierre Vial.

 

Afin de compléter le fâcheux portrait d’hier, je vais me permettre d’en citer quelques extraits, qui éclairent bien le côté affairiste de l’époque. Là encore, on ne peut que songer au parallèle avec la nôtre. Ou peut-être les gens ne changent-ils jamais ?

 

On y voit surtout l’ascension fulgurante dès cette époque d’un certain nombre de familles juives déjà bien installées dans la finance internationale. Là aussi, un rappel qui permet de comprendre bien des comportements par la suite.

 

Ce panégyrique de Napoléon III n’était pas dénué d’arrières pensées politiques, voire électorales, de la part de Séguin. D’ailleurs Pierre Vial ne manque pas de rappeler le mot de Thierry Pfister à propos de ce « Raminagrobis » :  « Il est bien décidé, lors du sprint final, à être, à droite, le mieux placé de sa génération dans la bataille pour le sommet. (…) Depuis son enfance tunisienne, il rêve de devenir Napoléon ». Nous étions au début des années 90, rappelons-le.

 

Après avoir rappelé les réalisations, effectives, du règne de l’empereur, telles que présentées par Séguin, Pierre Vial ajoute ceci:

 

« Ce bilan positif ne doit pas faire oublier l’essentiel : sous le Second Empire s’affirme la puissance, sûre d’elle-même et dominatrice, de l’argent. Rendons à Napoléon III cette justice : pas plus que Charles de Gaulle, il n’accepte de voir en l’économie le seul objet d’un gouvernement. Mais l’un comme l’autre n’ont su empêcher l’emprise des valeurs marchandes sur la société française.

 

Car, sous le Second Empire, l’argent est roi. L’empereur s’entoure de financiers. Georges Spillmann* rappelle que Karl Marx « reprochera à Napoléon III ses excellentes relations avec les grands capitalistes juifs, tels les Rothschild, les Pereire, les Fould ». Des figures qui dominent l’époque : Fould fut, écrit Séguin, « l’homme de confiance de Louis-Napoléon pour les problèmes d’argent ». Ancien député de la majorité orléaniste sous Guizot, il fut ministre des Finances de 1849 à 1860, puis en 1867. Fervent adepte du libéralisme, il fut pour beaucoup dans le traité de commerce signé avec l’Angleterre en 1860, par lequel la France renonçait à protéger ses producteurs.

 

Adeptes de la technocratie saint-simonienne, les frères Jacob et Isaac Péreire construisirent un puissant réseau financier, basé sur le Crédit mobilier qu’ils créent en 1852 et qui est la première des banques d’affaires. Les Péreire bénéficient du total appui de Napoléon III : ils seront, assure Séguin, « ses protégés et les meilleurs serviteurs de sa politique ». Quand leurs opérations peu orthodoxes les obligent à s’effacer, pour se replier … sur un confortable siège de député, Napoléon III se tourne vers les Rothschild. « La puissance de cette famille l’a fasciné », avoue Séguin. Il n’est pas rancunier, car les Rothschild sont pour beaucoup dans la chute de Napoléon Ier, occasion pour eux de très juteuses affaires…

 

Ainsi, la haute finance exerce un pouvoir considérable dans la France du Second Empire. D’où des taches sordides sur le blason du régime. Mais Séguin s’en accommode : « On aurait tort de s’en tenir à la contemplation morose du revers de la médaille : la spéculation, l’agiotage, l’affairisme, la corruption, les enrichissements fulgurants existent et sont souvent scandaleux ». Il ajoute que ces excès sont « difficilement évitables aux débuts d’une époque qui est si radicalement différente des précédentes » !

 

* dans Napoléon III, prophète méconnu, 1972

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