Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

09/02/2010

SACRE VICTOR !

58.jpgIl avait la dent dure, le père Hugo, et une haine tenace à l’encontre de Napoléon III qui l’avait exilé en janvier 1852. Il riposta par un pamphlet ravageur, Napoléon le Petit, qui parut en août 1852. En voici quelques extraits – toute ressemblance avec un personnage actuel serait purement fortuite – qui prouvent qu’il valait mieux éviter de lui marcher sur les pieds.

 

« Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l'air de n'être pas tout à fait réveillé. (…)  Si on le juge en dehors de ce qu'il appelle "ses actes nécessaires "ou "ses grands actes", c'est un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain. (…) Il aime la gloriole, le pompon, l'aigrette, la broderie, les paillettes et les passe-quilles, les grands mots, les grand titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.


Cet homme ternirait le second plan de l'histoire, il souille le premier. L'Europe riait de l'autre continent en regardant Haïti quand elle a vu apparaître ce Soulouque blanc. Il y a maintenant en Europe, au fond de toutes les intelligences, même à l'étranger, une stupeur profonde, et comme le sentiment d'un affront personnel; car le continent européen, qu'il le veuille ou non, est solidaire de la France, et ce qui abaisse la France humilie l'Europe.

(…)

Et voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je, gouvernée ? Possédée souverainement. !
Et chaque jour, et tous les matins, par ses décrets, par ses messages, par ses harangues, par toutes les fatuités inouïes qu'il étale dans le Moniteur, cet émigré, qui ne connaît pas la France, fait la leçon à la France ! Et ce faquin dit à la France qu'il l'a sauvée ! Et de qui ? D'elle-même ! Avant lui la providence ne faisait que des sottises; le bon Dieu l'a attendu pour tout remettre en ordre; enfin il est venu ! Depuis trente-six ans il y avait en France toutes sortes de choses pernicieuses: cette "sonorité", la tribune; ce vacarme, la presse; cette insolence, la pensée; cet abus criant, la liberté; il est venu, lui, et à la place de la tribune il a mis le sénat; à la place de la presse, la censure; à la place de la pensée, l'ineptie; à la place de la liberté, le sabre; et de par le sabre, la censure, l'ineptie et le sénat, la France est sauvée ! Sauvée, bravo ! Et de qui, je le répète ? D'elle-même; car, qu'était-ce que la France, s'il vous plaît ? C'était une peuplade de pillards, de voleurs, de jacques, d'assassins et de démagogues.

 

Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c'est M. Bonaparte Louis qui lui a mis les poucettes. Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l'eau, punie, humiliée, garrottée, sous bonne garde; soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l'Élysée, en répond à l'Europe; il en fait son affaire; cette misérable France a la camisole de force, et si elle bouge:... - Ah ! Qu'est-ce que c'est que ce spectacle-là ? Qu'est-ce que c'est que ce rêve-là ? Qu'est-ce que c'est que ce cauchemar-là ? D'un côté une nation, la première des nations, et de l'autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi ! Il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l'insulte, il la bafoue ! Quoi ! Il dit: il n'y a que moi ! Quoi ! Dans ce pays de France où l'on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple ! Ah ! Quelle abominable honte ! Chaque fois que M. Bonaparte crache, il faut que tous les visages s'essuient ! Et cela pourrait durer ! Et vous me dites que cela durera ! Non ! Non ! Non ! Par tout le sang que nous avons tous dans les veines, non ! Cela ne durera pas ! Ah ! Si cela durait, c'est qu'en effet il n'y aurait pas de Dieu dans le ciel, ou qu'il n'y aurait plus de France sur la terre !

 (…)

Les plus indignés même ne le tireront point de là. Les grands penseurs se plaisent à châtier les grands despotes, et quelquefois même les grandissent un peu pour les rendre dignes de leur furie; mais que voulez-vous que l'historien fasse de ce personnage ?
L'historien ne pourra que le mener à la postérité par l'oreille.
L'homme une fois déshabillé du succès, le piédestal ôté, la poussière tombée, le clinquant et l'oripeau et le grand sabre détachés, le pauvre petit squelette mis à nu et grelottant, peut-on s'imaginer rien de plus chétif et de plus piteux ? »

Source : http://www.republique-des-lettres.fr/1654-victor-hugo.php

15:25 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

effectivement excellent. Une preuve que l'Histoire bégaie parfois ?

Écrit par : Paul-Emic | 09/02/2010

Les commentaires sont fermés.