Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20/01/2010

A QUEL MOMENT LE MYTHE INTERVIENT-IL ?

images.jpgPour commémorer comme il se doit le 65e anniversaire de la libération d’Auschwitz, Arte va gâter ses téléspectateurs : la diffusion complète du film de Lanzmann, Shoah, qui dure la bagatelle de … neuf heures trente minutes. En deux épisodes, il est vrai: ce soir et mercredi prochain.

 

Voici un court extrait de La France LICRAtisée, où j’évoquais ce film-fleuve :

 

« Le Droit de Vivre (DDV) consacre en 1985 une page entière au film de Claude Lanzmann, Shoah, qui vient de sortir et qui dure neuf heures trente minutes. Un film qualifié de « projet d’intérêt national » par l’Etat d’Israël, qui a participé à son financement.

Le cinéaste raconte dans cette interview la difficulté qu’il a eue à retrouver des témoins et la manière dont il les a dirigés, ce que le DDV rapporte en ces termes :

 

« Lanzmann les a poussés, forcés à revivre l’horreur, avec pour seule attestation du vrai, les mimiques du visage, lorsqu’ils racontaient. Ces événements sont d’une telle magnitude qu’ils créent leur propre mythologie fondatrice. A quel moment le mythe intervient-il ? Lanzmann donne pour exemple un épisode du film où les paysans polonais racontent la routine des navettes des camions à gaz qui défilent chaque jour. La routine se brise à partir d’un événement inouï, un accident : le camion à gaz se renverse, les portes s’ouvrent et les juifs, à demi asphyxiés, tombent sur la route.

Il y a eu un seul témoin qui l’a raconté aux autres, et tous l’ont raconté comme s’ils en avaient été les vrais témoins : légende et aussi vérité. C’est tout cela qui a permis au film de vivre au présent ».

 

Le film Shoah sera également diffusé en Pologne et à ce propos, Claude Lanzmann déclare au DDV : « Pour en revenir aux dirigeants polonais, ils ont été infâmes en envoyant des journalistes interroger certains paysans qui sont dans mon film pour leur faire dire que c’est moi, Lanzmann, qui leur avait mis des idées antisémites dans la tête, mais qu’ils n’étaient pas le moins du monde de cet avis. En somme, je les aurais payés pour qu’ils disent ce qu’ils ont dit. Extraordinaire ! C’est une attitude qui les condamne eux-mêmes ».

 

Pourtant, André Glucksmann avait déclaré lors d’une projection du film à Dijon, et ces propos sont quand même assez étonnants : « La force de ce film est de montrer non ce qui s’est passé – il s’en garde bien – mais la possibilité de ce qui s’est passé ».

 

 

 

Claude Lanzmann a toujours considéré que la parole sacrée des « témoins » ne devait jamais être mise en doute. La passer au crible du doute scientifique constituait un danger par trop important. Ainsi, à la sortie du livre de Jean-Claude Pressac, Les crématoires d’Auschwitz, en 1993, avait-il déclaré que « le danger de cette enquête technique est de fragiliser les nombreux témoignages de survivants qui ont tout dit en la matière et dont la parole n’a pas à être soumise à un quelconque doute, y compris scientifique ».

 

Puisqu’il est question plus haut de « camions à gaz », je trouve judicieux, afin de contribuer à une vue d’ensemble sur le sujet, de rappeler un personnage intéressant quoique injustement méconnu, dont Soljenitsyne a parlé en premier, et que j’ai évoqué à mon tour dans mon livre sur les révolutionnaires juifs : Isaï Davidovitch Berg. Ses exploits se sont situés juste quelques années avant la seconde guerre mondiale. Voici ce que j'en disais:

 

« Isaï Davidovitch Berg est un rouage du système bolchevique comme il y en eut des milliers. Il n’a dû sa – relative – célébrité qu’à son esprit ingénieux qui va s’exercer, hélas pour lui, sur un sujet aujourd’hui des plus sensibles.

Voilà un homme qui s’est retrouvé, dans les années trente, chef du service économique du NKVD pour la région de Moscou. Un poste de responsabilité, certes, mais pas le sommet de l’échelle. Chargé comme il l’était des problèmes économiques, il devait donc veiller à dépenser et faire dépenser le moins d’argent possible. C’est logique.

Nous sommes en 1937, période de grandes purges, lorsque les exécutions, dans le secteur de Moscou, prennent une ampleur telle que nos braves fonctionnaires ont du mal à suivre. Tous ces ennemis du peuple  à fusiller en même temps ! Sans compter toutes les munitions nécessaires pour leur tirer une balle dans la nuque, ça finit par coûter cher ! Et  le temps que ça prend pour les assassiner un par un !

C’est là que va intervenir la cervelle ingénieuse de notre bonhomme. Il va inventer un moyen moins onéreux de procéder. Un moyen simple, mais encore fallait-il y penser : le camion dont les gaz d’échappement sont orientés vers l’intérieur. Cette invention sera appelée en russe dushegubka, ou «chambre à gaz ambulante».

La procédure était effectivement très simple : les « patients » étaient entassés dans un camion hermétiquement clos renvoyant les gaz d’échappement vers l’intérieur, et c’était parti pour une longue promenade autour de Moscou. A l’arrivée,  – ô miracle de la technique - ne restaient plus que des cadavres qui étaient immédiatement escamotés dans un coin discret. Voilà, ce n’était pas plus compliqué que ça. Et relativement économique, encore que… l’essence …

Eh bien, le croirez-vous, ce rouage pourtant zélé et méritant finira misérablement en 1939, victime lui aussi d’une purge. Quels ingrats ! 

Ce brave Berg a inventé une application pratique mais, soyons juste, l’idée d’utiliser des gaz pour tuer était plus vieille que lui. Elle démarre en fait durant la 1ère guerre mondiale, vite relayée par les bolcheviques qui n’étaient jamais en reste dans ce domaine. Les gaz seront largement utilisés par eux, souvent contre les paysans refugiés dans les bois, notamment à Tambov en 1921. »

Ayez une petite pensée pour ce pauvre Berg si oublié, ce soir, devant votre petit écran …

Commentaires

Anne,
je pose une question...avez-vous une réponse ?

http://legaysavoir.blogspot.com/2010/01/lepage-lalonde-levy-levy.html
Merci...

Écrit par : LGS | 20/01/2010

Le mythe intervient quand on a réussi à enterrer l'histoire et à faire taire ceux qui l'étudient. Et c'est une véritable religion qui lui succède. Avec ses dogmes, ses interdits, ses excommunications, son inquisition, ses bûchers médiatico-judiciaires.

Écrit par : Martial | 20/01/2010

Vous oubliez les reliques, Martial : le savon à la graisse de juif, les abat-jour en peau de juif, les montagnes de valises, de chaussures et de lunettes, le chef-d'œuvre d'Anne Frank et ses passages au stylo bille (une innovation pour l'époque), etc...

Écrit par : Hervé (pas Ryssen, un autre) | 21/01/2010

Les commentaires sont fermés.