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20/11/2009

UN ROMAN TELLEMENT POLITIQUEMENT CORRECT

 

images.jpgAvec un sujet pareil, un prix littéraire était quasiment dans la poche. D’ailleurs, pour faire bonne mesure, le roman Jan Karski, de Yannick Haenel, avait déjà obtenu le Prix du Roman Fnac 2009. Il vient de décrocher de surcroît l’Interallié. Nothing surprising.

 

Pour contraster un peu avec le son de cloche officiel, je rappelle ci-dessous l’article qui avait paru dans Valeurs actuelles du 15 octobre 2009, sous la plume de Juan Asensio :

"Yannick Haenel, le faux témoin

Roman. Son ouvrage sur le résistant polonais Jan Karski n’est pas convaincant.

Si, un jour,Yannick Haenel devait avoir une quelconque chance de passer à la postérité littéraire, ce serait sans doute comme compilateur passable, voire faussaire médiocre, plutôt que comme écrivain.

Dans Jan Karski, salué par une critique presque unanimement dithyrambique, Haenel évoque de façon fumeuse les notions de témoignage, de message et de parole, en rognant quelque peu, fort heureusement, les envolées ridicules de Prélude à la délivrance, qu’il a écrit avec son compère François Meyronnis. Nous pouvions lire dans ce dernier ouvrage qu’il existe dans le langage « un creuset résurrectionnel à partir duquel ce qui s’écrit recueille l’ensemble de ce qui s’est écrit à travers le temps ».

Cette image pseudo-théologique est illustrée, dans Jan Karski, de deux façons: d’abord, ce livre, qui ne mérite pas le terme de roman sous lequel le présentent les éditions Gallimard dans la collection dirigée par Philippe Sollers, L’Infini, n’est qu’une sommaire compilation de matériaux d’origines diverses. Ensuite, ses toutes dernières pages, où le personnage historique auquel Haenel prête sa voix meurt puis revient à la vie après l’expérience,extrême, d’une visite dans le camp de la mort d’Izbica Lubelska, veulent sans doute nous faire comprendre, fort pédagogiquement, que les livres les plus sincères ne peuvent naître que de conditions extrêmes. Hélas,Yannick Haenel, qui ne semble point présenter les caractéristiques d’un homme qui serait revenu de la mort, n’est même pas descendu aux Enfers.

Le sujet réel de ce livre trompeur n’est absolument pas de saluer la mémoire d’un résistant, ni même de prétendre que la littérature est un jeu de dupes si elle ne se fait le réceptacle de l’horreur absolue représentée par l’extermination de plusieurs millions de juifs. Il s’agit plutôt d’affirmer que la menace de mort et de ruine généralisées qui a provoqué la Shoah est encore présente et même plus que jamais à notre époque.

Yannick Haenel tente donc non seulement de seconder la parole fragile d’un Jan Karski mais écrit contre le nihilisme dans lequel baigne l’Occident, en embrassant par l’écriture confondue avec une mystique aussi peu sérieuse que celle que François Meyronnis développa naguère dans son ridicule De l’extermination considérée comme un des beaux-arts, l’amour qui, seul, parce qu’il est plus profond que la mort comme nous l’apprend Haenel, peut constituer un prélude à la délivrance.

Cette intention fort louable pose infiniment moins de problèmes que le livre par lequel elle est illustrée, car la mémoire de l’expérience des camps d’extermination, rappelons-le à Yannick Haenel, a été honorée par des écrivains comme Primo Levi, Jean Améry ou Imre Kertész, dont l’écriture glaçante tient à l’absolue sincérité. Haenel économise lui aussi ses moyens mais c’est pour confondre le degré zéro de l’écriture avec un dépouillement, une nudité qui ont été imposés aux survivants. Des historiens affirmeront peut-être que c’est l’ensemble des faits avancés par Jan Karski et Yannick Haenel, qui les reprend platement à son compte, qui est contestable, voire faux.

On se demande alors ce qui pourrait rester d’un livre qui n’est rien de plus qu’un tiers de roman à thèse médiocrement illustré par un auteur qui ne sait probablement rien d’une des plus terribles mises en garde que Jean Améry consigna dans le Feu ou la Démolition: « Il faut se garder des réminiscences littéraires que l’on délègue pour prendre la relève des mots ou des sentiments impuissants. Pas de place pour Celan. »

S’il nous était permis de changer un seul des mots écrits par Améry, nous aurions envie d’affirmer qu’il n’y a, dans la tentative de rendre compte, par l’écriture, de la Shoah, absolument aucune place pour Yannick Haenel."

Source: http://www.valeursactuelles.com/culture/actualites/yannick-haenel-faux-temoin.html

Un dernier mot pour finir : il paraît que dans son roman, Haenel fustige d’importance tous les responsables occidentaux qui « savaient », mais n’ont rien fait. Rappelons simplement que les responsables des très puissantes communautés juives anglo-saxonnes en « savaient » tout autant et ne se sont guère mobilisés davantage. Pourquoi ?

 

A mon avis, sur un sujet pareil, histoire et roman font le ménage le plus mauvais qui soit.

Commentaires

A la fin de la guerre, la plupart des voies de communication étaient détruites, mais la route qui mène à Auschwitz était intacte. Bizarre...

Écrit par : Hervé (pas Ryssen, un autre) | 20/11/2009

Comme pas mal de critiques littéraires, l'article de Valeurs Actuelles est écrit dans un style imbuvable. Il faudrait ajouter des parenthèses pour qu'on arrive mieux à identifier les incises et les sous-incises. Quand à la citation d'Améry qui cite Celan, je renonce à comprendre.

"Rappelons simplement que les responsables des très puissantes communautés juives anglo-saxonnes en « savaient » tout autant et ne se sont guère mobilisés davantage. Pourquoi ?"

Je croyais qu'ils s'étaient mobilisés en poussant à la guerre contre l'Allemagne. Au fait, comment ont-ils réagi aux massacres commis par les bolsheviks en URSS ? Le Pape Pie XI (pape de 1922 à 1939) a dénoncé le communisme et ses massacres. Tout le monde connaît l'opposition entre catholiques et communistes. Mais sait-on quelle position ont prise les rabbins-en-chef des divers pays occidentaux ? En tant que coreligionnaires de Trotsky et compagnie, ils auraient pu avoir une certaine influence. Mais peut-être n'étaient-ils pas au courant ? Qu'en disent nos habituels donneurs de leçons ? Que ces massacres n'étaient que du pipi de chat ?

Écrit par : Nominoé | 21/11/2009

Faites un effort, Nominoé, toute personne douée d'un cerveau a été capable de comprendre ce que j'ai écrit.
Si vous renoncez à comprendre non seulement ce que j'ai écrit mais ce qu'Améry a écrit sur Cela, je crois que c'est bien la preuve que le problème est moins celui de mon style, de celui de Celan que de votre aptitude intellectuelle.
J'espère au moins que vous aurez compris ces quelques mots qui ne s'embarrassent pas d'incises et de sous-incises.

Écrit par : Stalker | 24/01/2010

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