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07/09/2009

OU L’ON REPARLE DES APOLLONIENS ET DES MERCURIENS

j7819.gifIsraël, Etat faible, malheureux juifs de la diaspora en butte à un antisémitisme inexplicable, etc, etc, ce tableau tragique m’a fait penser au livre de Yuri Slezkine paru aux Etats-Unis en 2004 sous le titre The Jewish Century. On n’y parle pas tout à fait le même langage et on n’y aboutit pas aux mêmes conclusions.

 

Il est d’autant plus intéressant de se remémorer ce livre qu’il va paraître à la fin du mois en français sous le titre Le Siècle Juif. Il nous est présenté en ces termes :

« L' âge moderne est l'âge des Juifs, et le XXe siècle est le siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d'entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. [... ] En d'autres termes, la modernité c'est que nous sommes tous devenus Juifs.

C'est par ces lignes et cette affirmation forte et paradoxale que s'ouvre ce livre magistral et hors du commun. A l'appui de cette thèse, l'historien Yuri Slezkine montre qu'il existe, dans la plupart des civilisations traditionnelles, une opposition structurale mais flexible entre, d'un côté, une majorité de paysans et guerriers 'apolloniens' et, de l'autre, une minorité de 'nomades fonctionnels' vulnérables et persécutés, les 'mercuriens'.

Tout comme les Chinois d'outre-mer en Asie, les Arméniens dans l'empire ottoman, les Parsis et les Jains dans le sous-continent indien, les Juifs sont les dignes descendants de Mercure, 'le patron des transgresseurs de règles, des passeurs de frontières et des intermédiaires ; le protecteur des individus qui vivent de leur agilité d'esprit, de leurs talents et de leur art.' Et, tout comme pour ces autres groupes d'entrepreneurs, de lettrés et d''étrangers professionnels', leurs succès réels ou supposés leur ont attiré une jalousie parfois mortelle. »

9782707157041.jpgVous l’avez compris, nous sommes tous devenus juifs car ainsi l’exige la modernité. Racines, identités, attachement à la terre et aux valeurs qui s’y rattachent, tout ça c’est dépassé, c’est apollonien. L’avenir est aux mercuriens, dont les juifs sont les prototypes. Voilà pourquoi ils s’épanouissent dans la « modernité » sous toutes ses formes et voilà pourquoi tous les cul-terreux englués dans leur glaise d’origine leur en veulent férocement.

Bon, c’est un peu caricatural, mais dans les grandes lignes, c’est bien comme ça que Slezkine voit les choses.

Il y a deux ans, en 2007, le site voxnr.com avait traduit et publié une interview fort intéressante de cet auteur. Vous la trouverez ci-dessous en lien. Il y développait notamment un parallèle pertinent entre juifs et gitans, tous mercuriens mais avec des réussites très différentes. A ce jour, on n’a pas encore vu de gitan à la tête du FMI, de la Fed ou de la Banque Mondiale. Notez que ça viendra peut-être, maintenant que Soros a pris leur sort à cœur (archives du blog 17 et18/09/08).

Slezkine y évoquait aussi les débuts du bolchevisme, qui fut bel et bien, n’en déplaise aux bien-pensants, un judéo-bolchevisme. Du moins à ses débuts, fort meurtriers, et pour un bon bout de temps. Voici ce qu’il en disait, sur le mode soft, néanmoins :

« Pourquoi les Juifs ont-ils eu tant de réussite au début de l’Etat soviétique ?

L’histoire des Juifs au début de l’Union Soviétique est similaire à l’histoire des Juifs en Amérique. C’est-à-dire qu’ils eurent une réussite particulière dans les domaines de l’éducation, du journalisme, de la médecine, et des autres professions qui étaient essentielles pour le fonctionnement de la société soviétique, incluant la science.

Les Juifs d’Union Soviétique étaient beaucoup plus instruits que tout autre groupe, ils étaient vierges de toute association avec le régime impérial, et ils semblent avoir été très enthousiastes concernant ce que faisait le Parti communiste. Cela fut dans une certaine mesure un engagement conscient en faveur de l’idéologie, mais ce fut surtout simplement parce qu’il n’y avait plus de barrières légales contre les Juifs. Les portes s’ouvrirent, ils se ruèrent à l’intérieur et réussirent excessivement bien dans les années 1920 et dans la première partie des années 1930.

Ma conviction est qu’on ne peut pas comprendre la seconde partie de l’histoire juive en Russie – les politiques antisémites, et ce qui arriva aux Juifs soviétiques plus tard, leur désir d’émigrer, par exemple – si on ne connaît pas la première partie de l’histoire, qui est surtout celle d’un succès étonnant.

Vous écrivez que les Juifs étaient des membres importants de la police secrète et aussi de ceux qui dirigeaient le Goulag. Cela était nouveau pour moi.

Le fait m’était inconnu quand je grandissais en Union Soviétique. La plupart des gens l’ont appris en lisant l’Archipel du Goulag de Soljenitsyne. Il n’en faisait pas une affaire à l’époque, mais il parle des gens qui dirigeaient les camps de travail du Canal de la Mer Blanche, et ils étaient presque tous des Juifs ethniques.

Quelle fut votre réaction ?

Avant tout la surprise, parce que cela semblait si incongru pour ceux d’entre nous qui pensaient que les Juifs étaient les victimes principales et les opposants principaux au régime soviétique. Mais plus tard je découvris que le rôle du communisme dans l’histoire juive moderne était formidablement important. Je ne pense pas qu’on puisse comprendre l’histoire juive moderne sans examiner la Révolution russe, ni comprendre le communisme sans examiner le rôle des Juifs. »

On s’en doutait bien un peu, mais du moment que c’est un expert qui nous le dit …

Concernant l’Etat d’Israël, Slezkine nous explique qu’on ne peut pas le considérer comme un Etat comme un autre, car « L’Holocauste créa une aura autour d’Israël qui le rendit différent de tous les autres Etats modernes, qui l’exclut de certaines des attentes qui sont habituellement associées aux Etats modernes – et de certaines critiques. A cause de son rôle très particulier, de son histoire, et de ses prétentions morales, Israël devint l’Etat auquel les règles standard ne s’appliquent pas.

D’une tentative de sortir du ghetto, Israël s’est transformé en un ghetto d’un nouveau genre, qui est le seul endroit où vous pouvez dire certaines choses.

Par exemple ?

C’est le seul endroit dans le monde occidental où un membre du Parlement peut dire – et en toute impunité – « déportons tous les Arabes hors d’Israël ». Ou bien où tant de gens peuvent dire, dans la conversation politique de routine : « Nous devons faire plus d’enfants juifs parce que nous voulons que cet Etat soit ethniquement pur ». Imaginez quelqu’un disant la même chose en Allemagne : « Procréons pour faire plus d’enfants parce que nous avons trop de Turcs ici ».

En effet, ça ferait jaser.

 

Source: http://74.125.77.132/searchq=cache:PcZaesgJs8AJ:www.voxnr.com/cc/d_antisionisme/EElplZAlEEoTxpSEVk.shtml+slezkine+israel&cd=1&hl=fr&ct=clnk&gl=fr



PAS POLITIQUEMENT CORRECT

 

Ne cherchez pas mes bouquins sur PriceMinister, si d’aventure vous aviez cette idée. Ils étaient acceptés à condition qu’aucun commentaire explicatif sur leur contenu ne les accompagne.

Dans ces conditions, je me passerai de leurs services.

 

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Commentaires

D'autant plus amusant quand on sait que Mercure est le dieu des commerçants et des voyageurs... mais aussi des voleurs.

Écrit par : Martial | 07/09/2009

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