Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

14/08/2009

UN HOMMAGE TARDIF POUR KNUT HAMSUN

La Fondation Internationale Raoul Wallenberg a fait très clairement connaître son vif mécontentement devant l’hommage rendu actuellement en Norvège à Knut Hamsun. Un hommage plus que tardif, pourtant, comme on le verra.

« Nous ne comprenons pas que les Norvégiens puissent honorer quelqu’un qui était un criminel et qui incitait aux crimes. (…) Hamsun était un grand écrivain, et alors ? Qu’est-ce qui est le plus important : l’art ou l’intégrité ? » a déclaré Baruch Tenembaum, son fondateur.

 

Ce dernier, décidément très remonté, a adressé de surcroît une missive courroucée au ministre norvégien des affaires étrangères pour se plaindre du soutien ainsi indirectement apporté à « l’un des plus sinistres régimes de l’Histoire ».

 

On peut s’étonner de ce que les juifs norvégiens ne soient pas eux-mêmes à l’origine de ces protestations et de ce que celles-ci aient dû venir de l’extérieur. Il faut dire qu’ils sont tellement peu nombreux en Norvège – quelque chose comme 1 500, essentiellement à Oslo et à Trondheim – sur une population de quelque cinq millions d’habitants …

Apparemment pas de LICRA ou de CRIF chez eux pour faire monter la mayonnaise, quelle pitié !

 

Voilà pour les protestations. Pour l’hommage, il est en effet plus que tardif car Knut Hamsun a été traité en paria dans son propre pays dès la fin de la 2e guerre mondiale. On pourrait même dire qu’il a été traité honteusement.

 

images.jpgNé en 1859, il est l’un des grands écrivains norvégiens et son influence dans le domaine de la littérature s’est étendue bien au-delà de ses fjords natals. L’ensemble de son œuvre d’alors sera d’ailleurs couronnée en 1920 par le Prix Nobel de littérature.

 

Tout va se gâter à la seconde guerre mondiale. En avril 1940, l’Allemagne envahit la Norvège pour s’emparer de ses bases navales. Roi et gouvernement fuient à Londres. Vidkun Quisling, qui avait fondé en 1933 une organisation politique s’inspirant du NSDAP, s’autoproclame premier ministre. Knut Hamsun, qui a toujours été germanophile et qui de plus déteste la culture anglo-saxonne, commet alors le péché mortel entre tous: il soutiendra Quisling durant tout le conflit.

 

Ce dernier est condamné pour trahison et exécuté en octobre 1945. Hamsun a alors 86 ans. Que faire de ce personnage désormais encombrant mais qui reste quand même le grand écrivain du pays ? Il n’y en a pas tellement… Comme il n’a pas l’obligeance de se faire hara-kiri, ce qui aurait résolu le problème, on va élégamment régler son cas en le déclarant … gâteux. Il se trouvera des psychiatres pour le qualifier de « personnalité aux facultés mentales affaiblies de façon permanente ». L’Etat norvégien le condamnera en sus à verser une énorme somme afin de lui faire chèrement payer « le soutien moral apporté à l’occupant ».

 

Furieux du diagnostic des psychiatres – on peut comprendre ça – Hamsun va leur opposer le démenti le plus cinglant qui soit : en 1949, à l’âge de 90 ans, il publie Sur les sentiers où l’herbe repousse, où il règle magistralement quelques comptes. Sans gâtisme aucun.

 

Il mourra dans l’opprobre et la misère en 1952.

 

Voilà, très succinctement, le personnage auquel la Norvège se décide aujourd’hui, pour le 150e anniversaire de sa naissance, à faire l’hommage d’un timbre à son effigie, d’un musée en son honneur à Hamaroey et d’une pièce commémorative.

 

Pour la circonstance, son petit-fils, Leif Hamsun, a laissé tomber ce jugement très retenu : « C’était après tout un des meilleurs auteurs dont la Norvège ait accouché. Politiquement, il était inapte et toute la famille prend ses distances à cet égard ».

 

Voilà qui devrait mettre un peu de baume au cœur de Baruch Tenembaum.

Hamsun.jpg

Les commentaires sont fermés.