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16/02/2009

LA LECTURE ET LA LIBERTE

Le titre et le texte qui suit sont extraits du livre de Louis Pauwels, L’apprentissage de la sérénité, publié en 1978.

 

« Comptons, en gros, cinq sortes de lecture.

La lecture dite d’information. Nous en dirons deux mots, parce que, pour beaucoup de nos contemporains, elle constitue la seule lecture, ou presque.

 

NE PAS ETRE CONSTAMMENT « SOUS PRESSE »

 

Si j’écris : lecture dite d’information, c’est que l’information ne s’y trouve pas. Où se trouve l’information ? Chez ceux qui savent. Une poignée. Or, ceux qui savent ne parlent pas. Ou très peu. Ou entre eux. Tous les régimes du monde, quelque nom qu’ils portent, sont des cryptocraties. Les progrès des sciences et des techniques les rendront de plus en plus cryptocratiques. Faites-vous une raison.

Sur quoi d’essentiel renseigne donc la presse ? Sur une chose. Sur l’art et la manière de former des opinions à partir d’apparences fragmentaires de la réalité, et de mobiliser des fantômes d’événements au service d’intentions.

 

La presse est une arme politique. Et la presse prétendue non politique est une arme métapolitique. Je n’y vois pas de quoi hurler, considérant les choses comme elles sont. Le monde étant, comme toujours, en guerre, la plus grande part de notre existence se passe sous les armes. Les armes en papier font partie du matériel moderne.

Du moins, le nez fourré dans les journaux, sachez que vous êtes un enrôlé volontaire. Il faut savoir ce que l’on est et ce que l’on fait.

 

Mais cette forme de guerre (à laquelle vous consentez ; pour laquelle vous versez plusieurs francs par semaine ; sur le front de laquelle vous montez cinq, six heures ou plus par semaine) est tout de même assez libérale. Il est permis, en effet, de déserter. On peut faire des cures de pacifisme.

 

Si vous n’usez pas largement de cette libéralité (désertions et cures autorisées), ne vous plaignez pas d’être manipulé, robotisé, enrégimenté. C’est le sort du combattant à temps complet. Ne pleurnichez pas sur un monde « qui tue l’homme ». A cette guerre-là, ce ne sont pas les meilleurs qui se font tuer ; ce sont les plus consentants.

Un homme qui ne lit jamais que des journaux et des magazines, ayant reçu autant de plomb dans la tête, mérite tout à fait sa condition de mort vivant.

Je ne crois qu’aux hommes qui éprouvent la profonde nécessité, durant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, de n’être pas sous presse, de se tenir à l’écart de l’actualité.

Et je le dis avec d’autant plus de conviction que la presse est l’un de mes métiers, et qui me passionne. »

 

 

Il est intéressant de lire ces considérations sur la presse dite d’information sous la plume d’un journaliste aussi connu que l’était Pauwels. Mais il était aussi écrivain, d’où la distance.

 

Vous vous demandez sans doute : pourquoi rappeler ce texte ? C’est que je vais suivre le bon conseil de notre ami et me retirer quelque temps afin d’entamer enfin cette recherche qui m’intéresse. Oui, je sais, je vous ai déjà fait le coup. Mais cette fois, c’est pour de vrai car j’ai vraiment envie de me détacher un peu du blog pour un travail plus en profondeur. Donc, je vous dis à bientôt.

 

Au début du texte, Louis Pauwels parle de « cinq sortes de lecture ». Il serait cruel de ma part de vous abandonner ainsi sur la première sorte, la moins intéressante. Voici donc la suite:

 

« Voyons maintenant  les autres formes de lecture.

La lecture de distraction (évasions en tous genres)

La lecture d’acquisition (le savoir)

La lecture de ravissement (les grandes œuvres littéraires)

La lecture d’élévation (philosophie, sagesse, spiritualité).

Il arrive que les quatre formes se mêlent dans les grands chefs-d’œuvre. Cependant, on ne lit pas que les grands chefs-d’œuvre. Et, ce qui importe, c’est de ne pas confondre les lectures, même si l’on n’est pas un vrai bon lecteur. (« Les vrais bons lecteurs, dit Jorge Luis Borges, sont des oiseaux rares, aussi rares et mystérieux que les bons auteurs. »)

 

Je propose des règles minimales :

PREMIERE REGLE : UNE LECTURE MULTIFORME, COMME LA VIE MEME

Vous avez besoin de distraction. Vous avez besoin de savoir. Vous avez besoin d’art. vous avez besoin d’âme. Toujours les quatre genres de lecture, simultanément. Toujours quatre livres, au moins, sous la main. Comme on varie la nourriture, dans le même repas, variez la lecture. Allez d’un genre à l’autre, selon l’humeur, l’incitation, l’appétit, sans hiérarchie ni complexe.

 

DEUXIEME REGLE : PAS DE RESPECT POUR LE LIVRE

Ceci est capital. Ni respect de l’objet, ni timidité dans son usage. Faites des marques. Soulignez. Ecrivez dans les marges. Un livre n’est pas un cadavre dans une châsse. C’est un être. Dialoguez.

Jadis, les livres étaient chose nouvelle, rare et très chère. Cependant, les gens d’esprit qui les acquéraient les tenaient pour de l’esprit vivant. Ils se colletaient ou jouissaient avec. Beaucoup sont couverts de notes manuscrites, de signes, d’interjections, de commentaires, de réfutations, de renvois à d’autres lectures, etc.

Second non-respect nécessaire : la lecture-du-commencement-à-la-fin n’est ni une obligation, ni le témoignage d’un ne sait quel mérite. Décortiquez. Prenez ce qui vous convient. Tenez le livre pour un crabe. Rien n’interdit de commencer par l’intérieur, une pince ou une patte.

 

TROISIEME REGLE : QUOTIDIENNEMENT, UN PEU DE LECTURE D’ELEVATION

Sur ma table de chevet, cette semaine : un policier (la distraction). Un ouvrage d’astronomie contemporaine (le savoir). Un Tchekhov (le ravissement). L’Enseignement de Ramakrishna (l’élévation).

Je vais de l’un à l’autre dans la journée mais, de toute façon, je finis chaque soir par un peu de Ramakrishna. Pas un jour sans lecture. Mais pas un jour sans un brin d’élévation. »

 

 

Voilà. Munis de tous ces bons conseils, vous ne devriez pas vous ennuyer en attendant. Et puis, Internet est si riche ! Je me demande d’ailleurs ce que penserait Pauwels de cette « sixième sorte » de lecture …

Commentaires

bravo!!! mes amis me demandent toujours,comment je fais pour lire continuellement trois ou quatre livres à la fois et passer sans cesse des uns aux autres , maintenant je sais.
"je suis une petite flamme,mais en raison de mes
nombreuses allées et venues ,jesuis un brasier"

Nous espèrons profiter bientôt de vos enrichissantes recherches. bonne pioche!!!

Écrit par : the goy | 16/02/2009

Moi, je manque de sérénité pour me lancer dans certaines lectures censées m'élever ou me ravir. Pour la distraction, j'aime bien ce qui fait franchement rire, mais j'ai du mal à m'évader dans des fictions qui ignorent consciencieusement la réalité. C'est pour ça que je lis les blogs. Les auteurs du 19ème siècle ont écrit des choses intéressantes, mais j'aurais aimé avoir leur avis sur la période actuelle. L'un des problèmes, pour un écrivain, c'est que s'il aborde les questions les plus importantes pour l'époque actuelle, il risque de ne pas avoir l'air très subtil et raffiné. Il aura l'air plus sérieux s'il parle de choses dont tout le monde se fiche! Mais il y a sûrement moyen de trouver une voie intermédiaire.

Écrit par : Nominoé | 16/02/2009

Au regret de ne plus pouvoir vous lire régulièrement.

Passionné de conquête spatiale, je ne peux que vous conforter dans la lecture d'un livre sur l'astronomie, à défaut d'en lire un sur l'astronautique ( en anglais, évidemment, langue dans laquelle sont publiés les ouvrages de base ). Il se passe en permanence de grandes choses grâce aux missions robotiques, mais qui ne bénéficient d'aucune couverture médiatique digne de ce nom.

Et le programme lunaire américain habité " Constellation" démarre ( lancement d'Arès I-X le [vers] le 15 juillet), avec l'objectif du retour américain sur la Lune en 2020. Si possible avant les Rouges ( chinois, cette-fois-ci ) : le patron (démissionnaire) de la NASA, a dit qu'il y croyait.

Écrit par : l'Eurasien | 16/02/2009

Avec des images, c'est mieux :

http://www.youtube.com/watch?v=XqmS0dnwRfU

Écrit par : l'Eurasien | 16/02/2009

Le nouveau site d'Hervé Ryssen est sur herveryssen.net
:)

Écrit par : RYSSEN | 23/02/2009

Voici deux ouvrages à recommander très vivement, car ils sont ultra-décapants et cognent fort dans le mou de notre société déliquescente :

"La mosquée Notre-Dame de Paris - Année 2048",
de la Russe Elena Tchoudinova (éditions Tatamis)

Cet auteur a fait un tabac en Russie avec son bouquin... mais a dû attendre trois ans pour le faire publier en France, évidemment pas par un gros éditeur ! Le titre indique assez pourquoi...

"La grande falsification - L'Art contemporain",
de Jean-Louis Harouel, agrégé de droit, diplômé de Sciences Po, professeur à Paris II, spécialiste de sociologie de la culture.

Il s'agit là d'une réjouissante volée de bois vert infligée au "non-art", au "canul'art" qui a tué l'art depuis un siècle.

Écrit par : Martial | 19/06/2009

Merci pour votre article, je découvre votre blog et je tiens à vous remercier pour la qualité de vos écrits

Écrit par : appartement à paris | 31/05/2010

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