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11/10/2008

ARTE A OUBLIE GUILLAUME … ET MARKUS WOLF

Nouveau petit cours de désinformation ordinaire : mercredi 8 octobre, à 21h, sur Arte : Les mercredis de l’histoire. En première partie, Trahison à la Stasi : La vie de Werner Teske, officier de la Stasi, le dernier condamné à mort de la RDA, dont le seul crime fut de vouloir partir à l’Ouest.

Après cet échauffement, venait le plat de résistance : en deuxième partie, Le nazi qui conseillait Adenauer. Autrement plus sexy.  Du troisième Reich aux premières décennies de la RFA, le parcours de Hans Maria Globke, ancien membre du gouvernement nazi devenu le bras droit d’Adenauer. Ces nazis, décidément inoxydables ! Que ferait la télé sans eux !

 

Bon, moi je veux bien qu’on parle de Globke, encore que le qualifier de « bras droit d’Adenauer » soit quelque peu exagéré. Mais dans ce cas, il aurait été plus judicieux  - et plus honnête - de parler en première partie d’un autre personnage de la Stasi qui lui, avait conseillé un autre chancelier allemand, Willy Brandt. Ce personnage s’appelait Günter Guillaume. Il était communiste et espion et le scandale – en arrière plan duquel se profile un autre personnage fort intéressant, sur lequel Arte n’avait peut-être pas envie d’attirer l’attention : Markus Wolf – fit tomber Brandt.

 

Nous allons modestement remédier aux trous de mémoire d’Arte.

 

globke.jpgGlobke d’abord : mort en 1973, il était juriste de formation et a mené une carrière de haut fonctionnaire. Durant le troisième Reich, il a effectivement travaillé avec Adolf Eichmann au département des affaires juives. Mais il n’était pas membre du parti, ce qui lui permit d’échapper à la dénazification. Anticommuniste déclaré, on le retrouve après la guerre reprenant du service comme conseiller à la sécurité nationale du chancelier Adenauer, de 1953 à 1963, date de sa retraite. Il était également agent de liaison de la CIA en Allemagne.

 

gunter.jpgGünter Guillaume est de la génération suivante. Né à Berlin en 1927, il est recruté par la Stasi (services secrets de la RDA) dès 1950 et formé pour aller exercer ses talents en RFA. Sa femme et lui vont fort bien réussir dans leur tâche commune. Lui devient membre du SPD et de fil en aiguille se retrouve élu municipal et conseiller à la chancellerie. En 1972, l’espion de la Stasi devient conseiller personnel de Willy Brandt, qui est alors en pleine ostpolitik (rapprochement de la RFA avec l’Europe de l’Est et l’URSS), fortement contestée dans le pays. Guillaume a dès lors accès à bon nombre d’informations confidentielles, tant publiques que privées.

Il est démasqué en avril 1974 par les services de sécurité de la RFA et reconnaît les faits.  L’affaire Guillaume provoquera une très grave crise politique qui aboutit à la démission de Willy Brandt en mai 1974. Les époux Guillaume sont condamnés à la détention, mais rentrent en RDA en 1981, à l’occasion d’un échange d’agents. Ils y sont fêtés en héros. Lui mourra en 1995.

 

wolf.jpgEn arrière-plan de l’affaire Guillaume, se profile un personnage autrement plus intéressant : le patron de Guillaume, celui qui tirait les ficelles. Markus Wolf. Ce dernier naît en 1923 dans une famille juive communiste d’Allemagne qui émigre en 1933 en Union soviétique. Apparemment, cette famille ne craignait pas les purges. Il fait ses classes dans les écoles du parti communiste et intègre le Komintern. Officiellement « journaliste », Wolf va retourner en Allemagne, désormais divisée. Il sera présent tout au long du procès de Nuremberg. En 1952 – il a 29 ans – il est nommé chef des services de renseignements extérieurs de la RDA. En tant qu’adjoint du patron de la Stasi, Erich Mielke, il dirigera les activités d’espionnage du régime communiste allemand durant plus de trois décennies, jusqu’à sa retraite, en 1986, avec le grade de général. Durant sa carrière, il réussira à tisser un réseau de plusieurs milliers d’agents opérant à l’étranger. Guillaume était l’un d’eux.

Lors de la réunification de l’Allemagne, il connaît quelques démêlés avec la justice, qui vont cependant bien vite se calmer.

 

Il aura largement le temps d’écrire ses mémoires avant sa mort, en 2006. Des mémoires où il revendique hautement ses actes et ses convictions communistes inchangées. Il reconnaît cependant quelques erreurs, dont l’affaire Guillaume, justement, car il n’était pas prévu au programme qu’elle coûte son poste à Willy Brandt. « C’était comme marquer un but dans son propre camp », écrira-t-il.

 

En fait, il était également le patron de Werner Teske, le personnage qu’évoquait Arte en première partie. Qui a été exécuté pour avoir voulu passer à l’Ouest.

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