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02/10/2008

Pierre Goldman, « juif magnifique, hors la loi, né pour être assassiné »

La semaine dernière, lundi 22 septembre à 20h45, était diffusé sur la chaîne Planète Justice le magazine « Faites entrer l’accusé ». Et j’ai lu ceci sur mon programme :

 

« L’assassinat de Pierre Goldman

Pierre Goldman a été condamné pour meurtre, puis acquitté. En septembre 1979, trois inconnus lui ont tiré dessus à bout portant, à Paris. A ses obsèques, 15 000 personnes affluaient au Père-Lachaise. Parmi elles, ceux qui, avec lui, rêvaient de révolution. »

 

Voilà un remarquable exemple de désinformation ordinaire. Ordinaire, car on peut en ramasser plusieurs de ce type chaque jour. Tout est juste. Et tout est faux, biaisé. Déjà le titre, L’assassinat de Pierre Goldman, est parfaitement étudié. Le basique qui lit le programme – l’écrasante majorité – intègre immédiatement l’injustice, la victime.

 

La victime de salauds qui lui tirent dessus à bout portant, alors que pourtant il avait été acquitté. S’il a été acquitté, c’est forcément qu’il était innocent, non ? Et c’était forcément aussi un type bien, et même super bien, puisque avec lui est morte une certaine idée de la révolution. Et la révolution, tout le monde - surtout le basique - sait que c’est super hyper bien. Sauf quand il s’agit de révolution nationale, bien sûr. Mais qui parle de cela ?

 

goldman.jpgCe cas est fascinant car Goldman était juif et communiste. Ses parents l’étaient aussi. Et ils étaient résistants, par-dessus le marché. Donc, Goldman était totalement intouchable dans la France des années 70. La  « justice » n’avait plus qu’à s’incliner devant des évidences trop fortes pour elle. Ce qu’elle a fait.

 

Je ne retracerai pas tout le parcours de Goldman, il est plus que chaotique. Rappelons que, né en 1944 – donc « conçu dans la clandestinité sous l’occupation nazie », ça vous pose déjà son homme – renvoyé de tous les établissements scolaires, il part faire de la guérilla au Venezuela en 1968. Il y participera à un premier braquage, celui d’une banque, en juin 1969. Mieux valait pour lui changer d’air, c’est pourquoi il rentre illico en France avec sa part de butin.

Il a des besoins d’argent, il se livre donc dans la foulée à trois attaques à main armée.

Arrive le jour fatidique du 19 décembre 1969 : une pharmacie est braquée boulevard Richard Lenoir. Deux pharmaciennes sont tuées, deux personnes blessées. Quatre mois plus tard, Goldman sera arrêté et reconnu par les quatre témoins de la scène.

 

Il niera farouchement les meurtres, reconnaissant les seuls braquages. La justice est cependant persuadée de sa culpabilité dans les meurtres et le condamne à la perpétuité en 1974. Il a déjà réussi à sauver sa tête.

A ce moment-là va se déchaîner une formidable mobilisation en sa faveur. Comme il avait, aux dires de son avocat,  « des amitiés dans tout ce qui pense et réfléchit à gauche, de Régis Debray à Michel Foucault », tout ce beau monde va se mobiliser à fond  sous forme de comités de soutien, de pétitions signées par tout le gotha gauchiste (aujourd’hui encore aux premières loges, pour l’essentiel).

 

Le titre de cet article n’est que l’un des exemples de ce qu’on pouvait lire à l’époque sur cette icône du gauchisme en majesté. Inutile de préciser que tout ce monde se fiche éperdument des deux pharmaciennes froidement assassinées. Qu’est-ce qu’elles avaient, aussi, à être là au mauvais moment !

 

La justice va reculer devant la pression. Un type aussi fortement soutenu par tout ce qui compte à Paris ne peut pas être coupable, non ? Le jugement sera annulé et lors du second procès, il ne sera plus question de ces meurtres encombrants. Il est condamné à douze ans de prison, mais il ne les fera pas car quelques mois plus tard, il est libre.

Durant sa courte détention, il avait écrit un livre Souvenirs obscurs d’un juif polonais  que son avocat fera distribuer à la Cour avant le procès en révision. Il contribuera grandement à l’image rectifiée proposée à l’édification des foules.

 

Goldman sera abattu le 20 septembre 1979 en pleine rue et les coupables ne seront jamais retrouvés. Aux dernières nouvelles, il se serait agi – non pas d’une action de l’ « extrême-droite » - mais de celle d’un groupe de contre-terrorisme opposé à l’ETA, les indépendantistes basques avec lesquels Goldman, décidément incorrigible, fricotait à ce moment-là.

 

Voici la chanson que Maxime Le Forestier écrivit en 1975 à la gloire de Goldman. Lisez-là bien attentivement, vous ne serez pas déçus :

 

« A ceux qui sont dans la moyenne,
A ceux qui n'ont jamais volé,
A ceux de confession chrétienne,
A ceux d'opinion modérée,
A ceux qui savent bien se plaindre,
A ceux qui ont peur du bâton,
A tous ceux qui n'ont rien à craindre,
Je dis que Pierre est en prison.

Dormez en paix, monsieur le juge.
Lorsque vous rentrez du travail,
Après le boulot, le déluge,
Tant pis pour les petits détails.
Aujourd'hui, cette affaire est close.
Une autre attend votre réveil.
La vie d'un homme est peu de chose
A côté de votre sommeil.

Soyez contents, jurés, notables,
Vous avez vengé proprement
La vie tristement respectable
Que vous meniez depuis longtemps.
Qu'on vous soit différent suppose
Par obligation qu'on ait tort.
La vie d'un homme est peu de chose
A côté de votre confort.

Soyez satisfait, commissaire,
Vous n'avez pas été trop long
Pour mettre un nom sur cette affaire.
Tant pis si ce n'est pas le bon.
Tant pis si chez vous, on dispose
De moyens pas toujours très clairs.
La vie d'un homme est peu de chose
A côté d'un rapport à faire.

Rassurez-vous, témoins du drame,
Qui n'étiez pas toujours d'accord
Puisqu'aujourd'hui on le condamne
C'est donc que vous n'aviez pas tort.
Vous êtes pour la bonne cause.
Vous avez fait votre devoir.
La vie d'un homme est peu de chose
A côté de votre mémoire.

Tu n'aimes pas la pitié, Pierre,
Aussi je ne te plaindrai pas.
Accepte juste ma colère,
J'ai honte pour ce peuple-là.
Je crie à ceux qui se reposent,
A ceux qui bientôt t'oublieront.
La vie d'un homme est peu de chose
Et Pierre la passe en prison. »

 

15:36 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : pierre, goldman, anne, kling

Commentaires

A titre anecdotique, je vous signale que Pierre Goldman est le frère du chanteur très connu.

Écrit par : Robert Spieler | 02/10/2008

Une ordure consommée telle que Goldman (bravo et honneur à ses EXÉCUTANTS !) méritait bien un chantre tel que Maxime Le Forestier. Malgré sa voix douce, ses sourires rassurants et ses airs patelins, ce type est un gaucho de la plus belle eau (grasse). Je me souviens de sa chanson, écrite pendant le bradage de l'Algérie : "C'est pas d'ta faute si t'es fasciste, parachutiste !" (rime riche de rigueur). On voit tout de suite le genre...

L'extrême gauche adore les terroristes, pourvu qu'ils pensent bien, c'est-à-dire comme elle. Tels ces deux membres assassins des Brigades Rouges italiennes, dont nos gauchistes hexagonaux ont exigé et obtenu (cela va de soi) qu'on les mette en liberté au lieu de les extrader, ce qui leur permettra de filer où ils veulent et quand ils veulent. Telle la sanie Rouillan, d'Action Directe, qui a deux assassinats "politiques" sur la conscience et qu'on vient de relâcher au bout de 12 ans (DOUZE ANS), mais qui persiste et signe et ne regrette rien. Et que nos gauchistes hexagonaux doivent soutenir de toutes les manières. Et qui est en train de se rapprocher du timbré Besancenot (dit "la face de fion de la haine ordinaire", vu ses bajoues)... Au bout du quinquennat avorté de Sarko, il y aura Besancenot, d'une manière ou d'une autre... Besancenot et tous ses potes du même bord.

Écrit par : Martial | 02/10/2008

Ce qui explique que Leforestier soit un invité permanent des "Enfoirés", entreprise dirigée d'une main de fer par le frêle Jean-Jacques...

Écrit par : abuzz | 03/10/2008

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