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21/09/2008

LE BEAU GESTE DE LA REPUBLIQUE

Essayons de démêler un écheveau plutôt embrouillé, mais pas inintéressant, loin de là.

A la fin de la 2e guerre mondiale, la France s’est retrouvée avec environ 3 500 enfants juifs de nationalité française, restés orphelins. Ces orphelins du fait des déportations furent déclarés « pupilles de la nation », au même titre que les autres orphelins de soldats et de résistants. Ce statut, réservé aux moins de 21 ans, prévoyait la prise en charge, partielle ou totale, de leur entretien et éducation.

 

Pour les enfants étrangers, la situation était plus compliquée et fit l’objet de négociations avec l’Allemagne et d’autres gouvernements. Pour finir, ce fut le Fonds de Solidarité Juif Unifié qui constitua les dossiers d’indemnisation. Ces indemnisations servirent à financer les institutions juives ou les particuliers qui prirent en charge ces enfants, orphelins et étrangers, restés en France.

En 1960, l’Allemagne versa une indemnisation complémentaire de 400 millions de DM. Chaque orphelin reçut alors 9 985 F de l’époque.

 

Nous arrivons à présent au fameux dîner du CRIF – c’est comme aux Galeries Lafayette, il s’y passe toujours quelque chose -  du 15 novembre 1999, au cours duquel Lionel Jospin, premier ministre et grand seigneur – avec l’argent du contribuable -  accorda d’un geste large une gratification supplémentaire, sobrement intitulée « Un geste de la République envers les orphelins des déportés juifs ». Quel âge avaient en 1999 ces pauvres orphelins ? Les plus jeunes, nés en 1945, avaient alors 54 ans et les plus vieux, qui avaient 21 ans en 1945 … 75 ans.

Le décret n° 2000-657 du 13 juillet 2000 « instituant une mesure de réparation pour les orphelins dont les parents ont été victimes de persécutions antisémites » suivit avec une remarquable célérité. Il prévoyait que  « Toute personne dont la mère ou le père a été déporté à partir de la France dans le cadre des persécutions antisémites durant l'Occupation et a trouvé la mort en déportation a droit à une mesure de réparation, conformément aux dispositions du présent décret, si elle était mineure de vingt et un ans au moment où la déportation est intervenue. »

La mesure de réparation était – et est toujours - au choix, une indemnité de 27 440,82 euros ou une rente viagère mensuelle de 457,34 euros. Vous noterez que la distinction entre orphelins français et étrangers était passée à la trappe, la République étant au-dessus de ça.

Au 31 juillet 2003, 12 851 dossiers avaient été mis en paiement, pour une somme totale de 350 millions d’euros.

Il y eut des grincements de dents car ce décret n’aurait pas été « conforme à l’équité ». On se demande bien pourquoi… Bref, de mauvais coucheurs firent tant et si bien qu’en juillet 2004, paraissait un nouveau décret (n° 2004-751) qui élargissait cette indemnisation aux orphelins de guerre non juifs. 20 millions d’euros furent généreusement débloqués dans le budget de 2005 pour cette catégorie, pourtant plus nombreuse numériquement.

Au 31 juillet 2005, 13 177 demandes d’orphelins juifs avaient été acceptées (sur 17 162 demandes) et 9 999 demandes de non juifs l’avaient également été (sur 23 786 demandes).

Ces dernières années, les réparations ont suivi leur petit bonhomme de chemin. Il se trouve toujours de nouveaux demandeurs et les crédits attribués dans les budgets successifs ont été les suivants :

En 2006 : 122 482 000 d’euros pour les juifs – 194 517 000 d’euros pour les non juifs. En 2007 : 91 441 000 d’euros pour les juifs – 61 043 000 d’euros pour les non juifs. En 2008 : 98 909 000 d’euros pour les juifs – 49 300 000 pour les non juifs.

Ca finit par en faire, des heureux. Pardon, des euros.

Commentaires

Si vous vous intéressiez à la catastrophe bancaire US, qui va se chiffrer en X mille(s) milliards de dollars à la charge du contribuable US et des épargnants du monde entier .... Il semble que vos préférés y ont participé grandement.

Écrit par : Eric | 21/09/2008

Oui mais, ils ont tout de même beaucoup souffert, et cela fait plus de cinquante ans que ces enfants l'endurent cette souffrance, alors si cela peut leur permettre de mieux la supporter, cette souffrance dont nous sommes, nous, responsable. Mettez-vous à leur place aussi, au lieu de toujours critiquer des gouvernants plus humain que vous heureusement.

Écrit par : NYH | 22/09/2008

Allons, allons, NYH, tout le monde sait que "leur" souffrance a un prix... Demandez un peu aux Allemandes et aux Suisses ce qu'ils en pensent...

Écrit par : Martial | 22/09/2008

Etant orphelin de guerre et pupille de la nation je ne rends pas mes compatriotes responsables de toutes nos souffrances ou frustrations bien réelles. De plus les finances désastreuses de notre pays ne me paraissent pas propices à une indemnisation générale qui est pourtant actuellement attribuée aux orphelins juifs et harkis. Une nouvelle taxe serait particulièrement mal vécue par la population déjà lourdement écrasée d'impôts de toutes sortes.
Néanmoins cette discrimination entre différentes classes d'orphelins de guerre est tout de même bien injuste.

Écrit par : esprit5 | 22/09/2008

Bonjour,
Il faut prciser que l'indemnisation a été prise non pas sur "l'argent du contribuable", comme le dit ce texte dans sa grande frustration, mais sur l'argent spolié aux Juifs au moment de leur internement avant leur déportation dans les camps, argent qui dormait et faisait des petits depuis la fin de la guerre à la Caisse des Dépôts et des Consignations.

Écrit par : CONTI | 28/10/2014

Bonjour. Très intéressante remarque. Mais totalement incomplète. Dans son Rapport public d’activité 2013, la Commission d’indemnisation des victimes de spoliations (CIVS) installée en 1999 sur la recommandation de la mission Mattéoli, indique des chiffres de restitution/compensation depuis son installation fort instructifs: 484 602 882,99 € à la charge de l’État et 41 654 425,98 € à la charge des banques.

A la Caisse des Dépôts et Consignations, il restait 300 millions d’euros (oui, ils avaient fait des petits…) qui servirent à la dotation de la Fondation pour la Mémoire de la shoah créée en 2000. Mais cette fondation a en fait reçu bien plus : « Une somme de 2,578 milliards de francs a été mise à la disposition d’une Fondation pour la Mémoire de la Shoah provenant de l’Etat (1,4 milliard), de la Caisse des Dépôts (300 millions) de la Banque de France, de la Poste, des banques (655 millions), des assurances. »

Alors oui, les banques ont fini par payer. Mais le contribuable a largement trinqué lui aussi. Et lui surtout.

Je vous rappelle au passage, pour compléter votre information, que la mission Mattéoli a bien été obligée de reconnaître que les restitutions en France avaient été de l’ordre de 90 à 95%. Elle établira qu’il restait à peu près 10% d’éventuels ayants droit à indemniser, pour un montant de quelque 1,5 milliard de francs. Soit 228 millions d’euros. A mettre en relation avec les chiffres indiqués plus haut.

Écrit par : anne kling | 28/10/2014

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