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16/09/2008

PETITE GALERIE D’ORIGINAUX

6.        LA GOULUE

 

Weber-Goulue.jpg

 

Eh oui, ça vous étonne, pas vrai ? Celle qui sera connue plus tard sous les délicats vocables de « la goulue » ou « vide-bouteilles » naît Louise Weber dans une famille juive originaire d’Alsace. Nous sommes en 1866 et la famille s’est entretemps installée à Clichy où la mère tient une blanchisserie.

 

Les temps sont durs et la blanchisserie fatigante. Il y a mieux à faire qu’à s’échiner à laver le linge du beau monde : en être soi-même. Louise Weber va peu à peu gravir les échelons classiques de la carrière alors offerte aux filles ambitieuses et désargentées : vendeuse de fleurs, modèle, danseuse dans les bals de banlieue, à l’occasion prostituée.

 

Et elle débute dans les salles de spectacle parisiennes. Elle racontera un jour ainsi ses débuts : « Un jour ma veine m’a conduite au moulin de la Galette. J’y ai connu Renoir, le peintre, et Charlot, le déménageur, Charles Desteuque, qu’on appelait « l’Intrépide Vide­Bouteilles ». On se donnait des noms comme ça vers les 1880.

Vide-Bouteilles me dit : Si tu veux venir avec moi au grand Véfour, je te ferai faire un joli costume de laitière. Ah ! mes enfants, quelle soirée ! Tous ces messieurs en habit, avec des favoris et des monocles ! Ils m’ont fait danser et boire du champagne. Ils me mettaient des louis dans les cheveux, dans mes souliers, partout. Ce fut ma première sortie dans le monde chic. M’sieur Zidler, le directeur du Moulin-Rouge m’engagea. Je gagnais 800 fr. par mois. Ça me valait encore des cachets chez tous les princes de Paris et des tournées à l’étranger. Car je faisais partie du « grand quadrille », avec Grille d’Égout, qu’est concierge maintenant, la Sauterelle qui tient un bistrot à Reims, et Nini patte-en-l’air, qu’est morte en faisant le grand écart. Ah ! je crossais ! »

 

La voilà donc engagée à Montmartre, au bal du Moulin Rouge, qui ouvre en 1889. C’est l’époque du french cancan. Elle va formidablement y réussir. Son lever de jambes suggestif attirera les foules masculines. Elle y gagne aussi ses surnoms, notamment celui de « la goulue » car elle avait l’habitude de vider les verres des clients, en passant à leur table. Elle formera un duo de danse très apprécié avec Valentin le désossé.

 

medium_477px-Henri_de_Toulouse-Lautrec_037.jpgLe peintre Toulouse-Lautrec fera d’elle un certain nombre de portraits et d’affiches. Elle servira par ailleurs de modèle au photographe Achille Delmaet pour une série de nus qui feront scandale.

Toujours au sommet de l’affiche durant cette période, qui va durer six ans, La Goulue devient riche et de plus en plus capricieuse.

 

En 1895, persuadée d’avoir tous les atouts pour réussir seule, elle quitte le Moulin Rouge et prend une baraque de danseuse orientale dans les fêtes foraines. Ladite baraque sera décorée par Lautrec (les panneaux sont visibles aujourd’hui au musée d’Orsay). Cela ne suffit pourtant pas à faire venir le public qu’elle espérait.

Mais elle persévère et à partir de 1898, se lance dans le domptage de fauves. En 1900, elle épouse un magicien, Joseph-Nicolas Droxler, qui devient dompteur lui aussi.

 

Petit à petit, les choses vont se dégrader. La Goulue ne retrouvera jamais son succès de l’époque du Moulin Rouge. Il y aura ensuite la guerre. Les noces à répétition, l’alcoolisme, auront raison du peu d’argent qui lui reste. Devenue méconnaissable, elle continue à traîner dans les foires et les fêtes foraines, vivant tantôt dans sa roulotte à Saint-Ouen, tantôt – l’hiver – boulevard Rochechouart. Toujours entourée de chiens, de chats et d’épaves en tous genres.

 

Dans les années 20, elle allait souvent rôder du côté de Montmartre, vendant des cigarettes et des allumettes aux terrasses des cafés, ainsi qu’à l’entrée du Moulin-Rouge dont elle avait jadis été la reine. Mais Mistinguett l’avait remplacée.

Elle mourra à l’hôpital en 1929 et sera enterrée dans l’anonymat au cimetière de Pantin.

 

Anonymat dont elle va pourtant sortir en 1992 pour un dernier tour de piste : à la demande de son petit-fils, elle est exhumée et le maire de Paris, Jacques Chirac, va ordonner le transfert de ses cendres au cimetière de Montmartre. Ce qui sera fait en grande pompe, avec tous les officiels requis. Elle aurait été contente.

 

Commentaires

Transférée au Panthéon, ça vous aurait quand même eu une autre classe, mais ne faisons pas la fine bouche : à Montmartre, elle a retrouvé Dalida, autre belle et pauvre fille bouffée par la gloire en toc.

Écrit par : Martial | 16/09/2008

Ah oui, le Panthéon !! Tous les destins qui rehaussent notre culture devraient s'y retrouver: la Jeanne Duval de Baudelaire, la Gervaise Macquart de Zola, la Fernande de Francis Carco.
Même si ces deux dernières ne sont pas très "corporelles", on pourrait y placer leurs copies en cire. Voilà ce que ça donne que de ne pas s'en tenir à ses voeux de première communion, de se laisser entraîner dans la triade "sexe, drogues, rock-n-roll" , ou
plutôt: bals forains, au lieu du r-n-r, à l'époque tout de même!

Mais pourquoi vous dis-je cela? Bof, j'étale ma culture, tout simplement.

Claude Jodoin Ing,
Amérique Française

Écrit par : Claude Jodoin | 17/09/2008

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