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09/09/2008

PETITE GALERIE D'ORIGINAUX

5.      LA PAÏVA   ou  QUI PAIE Y VA

 

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Allez, il n’y a pas que la politique dans la vie, heureusement ! Aujourd’hui, nous allons évoquer non pas un mais une originale, dont je dois dire qu’elle m’en met plein la vue !!! Cette grande croqueuse de diamants devant l’Eternel – quel qu’il soit – mérite toute notre considération. Un bel exemple d’assimilation particulièrement réussie !

 

Esther Lachmann naît à Moscou en 1819 dans une modeste famille juive d’origine polonaise. Son père, drapier dans le ghetto, la marie dès ses seize ans à un tailleur français tout aussi modeste, Antoine Villoing. Après avoir mis au monde un fils, elle prend le large un an après son mariage avec un amant de passage. Après un intermède galant à Constantinople, la voilà à Paris où elle troque son prénom contre celui de Thérèse. Elle ne va pas tarder à y faire son trou.

 

Elle y sera puissamment aidée par le riche compositeur-pianiste Henri Hertz, qui l’introduit dans un milieu d’artistes, musiciens et écrivains. En quelques années, elle devient une courtisane accomplie.

 

Ayant finalement épuisé les charmes – et les possibilités – de Paris, elle franchit le Channel et décide d’aller écumer Londres. Elle y éblouira son premier lord anglais, Lord Stanley, qui sera suivi d’une pléthore d’autres. Car évidemment, elle ne pêche – et ne pèche – que dans le gratin.

 

En 1848, ayant une nouvelle fois épuisé les possibilités de l’endroit, on la revoit à Paris. En 1851 – elle a trente-deux ans, il faut songer à l’avenir – elle épouse un marquis portugais : le marquis de Païva. Il n’est pas certain qu’il soit vraiment marquis, en tout cas il est riche. Le nom lui plaît bien, elle va le garder, même après la séparation d’avec son mari, qui ne tarde guère. Précisons à ce point de notre histoire que fort heureusement, le premier mari, le franco-russe, avait entretemps rejoint un monde meilleur.

 

Elle épouse ensuite le richissime comte Guido Henckel von Donnersmarck, cousin de Bismarck – bon sang, ces femmes avaient un secret : lequel ? – qui, amoureux fou quoique plus jeune qu’elle, lui fait construire un hôtel particulier extravagant et hors de prix, qui existe toujours, au 25 avenue des Champs-Elysées (c’est à présent le siège du Traveller’s Club). Durant la construction, un mot courait Paris : Les travaux avancent-ils bien ? Oh oui, le trottoir est fini !

La voilà enfin bien mariée et installée dans ses meubles. Aujourd’hui encore, sa baignoire fait rêver et son lit finira brillamment sa carrière, un plus tard, vers 1900, dans une maison close sise 6 rue des Moulins à Paris. On peut bien donner l’adresse maintenant, il y a prescription.

 

Elle va énormément y recevoir. Au salon, bien sûr. Mais voilà que les choses se gâtent pour elle. Elle est devenue par son mariage cousine de Bismarck et grandement désireuse de lui faire plaisir. Sa fortune étant désormais faite, elle découvre à présent les charmes de la politique. Toujours est-il qu’elle se voit sérieusement soupçonnée d’espionnage au profit de l’Allemagne et priée de quitter le pays. Eh oui. Elle se retire alors dans la région d’origine de son mari, la Silésie, au château de Neudeck, où elle meurt en 1884, à l’âge de soixante-cinq ans.

 

Les frères Goncourt, ces mauvaises langues, avaient été invités le 24 mai 1867 dans le palais de la Païva. Voici leurs commentaires venimeux :

 

"Gautier, [Théophile, bien sûr] qui est en ce moment le maestro di casa, nous présente à cette fameuse Païva, dans son légendaire hôtel des Champs-Élysées. Elle nous reçoit dans une petite serre. Une vieille courtisane peinte et plâtrée, l'air d'une actrice de province, avec un sourire et des cheveux faux.

On prend le thé dans la salle à manger qui, avec tout son luxe et la surcharge de son mauvais goût Renaissance, ne ressemble guère qu'à un très riche cabinet de grand restaurant, à un salon des Provençaux, malgré tout l'argent de ses marbres, de ses boiseries, de ses émaux, de ses peintures, de ses candélabres d'argent massif, venant des mines du Prussien entreteneur qui est là.

[…] On sent tomber sur cette table magnifique, chargée de cristaux, éclairée de l'incendie des lustres, le froid, l'horrible froid, spécial aux maisons de putains jouant la femme du monde, et l'espèce de Mané Thécel Pharès d'ennui et de malaise qui glace, dans les palais de prostitution et dans les Louvres du cul, le naturel et l'esprit des gens qui y passent."

Commentaires

Indépendamment de la personnalité peu reluisante de la Païva, les Goncourt étaient vraiment des mufles et des salauds. Les règles de la courtoisie la plus élémentaire (ne parlons même pas ici de galanterie !) et les lois d'airain de l'hospitalité restent en vigueur APRÈS qu'on a quitté la maison où l'on a été reçu. On a vu, on a pu être dégoûté, mais on a au moins la décence de se taire. C'était sans doute trop demander à ces deux pipelets surcotés.

Écrit par : Martial | 09/09/2008

J'ai fait la même réflexion que Martial mais il a réagi plus vite. Quant à la Païva , sa biographie si vivement contée m'a enchanté...Elle était bien plus sympathique que les Goncourt, à mon avis. Et elle semble avoir fait des émules parmi nos contemporaines.

Écrit par : philistin | 09/09/2008

..."On sent tomber sur cette table magnifique, chargée de cristaux, éclairée de l'incendie des lustres, le froid, l'horrible froid, spécial aux maisons de putains jouant la femme du monde, et l'espèce de Mané Thécel Pharès d'ennui et de malaise qui glace, dans les palais de prostitution et dans les Louvres du cul, le naturel et l'esprit des gens qui y passent."

Anthologique! Je retiens et note, ça peut resservir.

Écrit par : Numéro 6 | 10/09/2008

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