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31/08/2008

PETITE GALERIE D'ORIGINAUX

3.    HERSCHMANN CHAIM STEINSCHNEIDER, dit ERIK JAN HANUSSEN

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Le futur « mage de Hitler » naît en 1889 dans une famille juive d’un village de l’empire austro-hongrois.  Il débute à Vienne en 1910 par de petits cachets dans des cabarets et des piges dans quelques journaux. Faisant des recherches sur les secrets de Leo Rubini, un coreligionnaire magicien très connu, il se rend compte qu’en s’appliquant un peu, il arrive à réaliser ses tours de télépathie aussi bien que le maître.

Il décide donc d’occuper ce créneau prometteur où il réussira si bien qu’en 1918, toujours à Vienne, il remplit les salles et se voit même proclamé « plus grand voyant d’Europe ».

Mais à l’époque, il y a bien mieux que Vienne : Berlin ! La capitale de la république de Weimar est alors une métropole quelque peu décadente de quatre millions d’âmes où la vie nocturne est sans égale. Environ 20 000 astrologues, fakirs et autres occultistes y prospèrent et parmi eux, une confrérie juive florissante se présentant en général sous des habillages aussi divers que hauts en couleurs : tsiganes, chamans, moines exotiques, etc.

Le « plus grand voyant d’Europe » se lance donc à la conquête de Berlin en 1930 et entend bien y faire fortune. Se prétendant, lui, aristocrate danois itinérant, il ouvre un cabinet de voyance dans un quartier chic et cible dès le départ une clientèle huppée. Il ne délivrera pas ses oracles au tout venant. Et il a bien raison, car malgré ses tarifs exorbitants, il connaît un succès fou. Ses clients comptent parmi l’élite culturelle de Berlin : chanteurs, cinéastes, acteurs, notamment Peter Lorre.

Il se produit par ailleurs sur des scènes prestigieuses et réussit très vite à remplir son programme initial: il devient richissime. Il va étaler un train de vie époustouflant, même pour Berlin : voitures de luxe, appartements, yacht, gardes du corps. Son fameux yacht, où circulait la cocaïne, sera le théâtre de « spectacles » d’un genre très particulier.

Au sommet de son étoile, en 1931, il lance deux journaux afin d’entretenir l’intérêt du public : Hanussen Magazine et Bunte Wochenschau, tous deux consacrés à l’occultisme et au paranormal. Thomas Mann sera un contributeur régulier.

Si ses affaires se portent bien, l’Allemagne va mal. Elle connaît une période de chaos qui voit un nouveau venu conquérir peu à peu les foules : Hitler. Hanussen suit les événements politiques avec attention. Sa folle ambition et son désir de respectabilité vont le perdre. Il est un saltimbanque riche, il veut devenir un maître à penser. Il se lance donc dans les prédictions politiques. Le 25 mars 1932, son journal titre Hanussen en transes prédit l’avenir de Hitler.

Il prédit l’arrivée de Hitler au poste de chancelier pour l’année suivante. Evidemment, ce faisant, il attire l’attention des hiérarques du NSDAP. Hitler serait devenu l’un de ses clients à partir de ce moment-là. Mieux vaut utiliser le conditionnel car peut-on être sûr de quoi que ce soit dans ce domaine si particulier ? Et puis, on ne prête qu’aux riches…

Ce qui est sûr en revanche, c’est que Hanussen avait soigneusement caché à ses nouveaux amis son origine juive que les communistes allemands, déchaînés, vont étaler dans leur presse. Horreur dans les rangs nazis. Hanussen, sommé de s’expliquer, invente une histoire rocambolesque de parents danois morts prématurément en Moravie et d’adoption par une famille juive compatissante. On le croit – pour l’instant - et Hanussen respire.

Il s’offre même un monument extravagant à sa gloire, un théâtre nommé Le Palais de l’Occulte, où les nazis continuent à se rendre. Et son tabloïd  est l’un des deux journaux envoyés aux prisonniers du camp de Dachau qui vient tout juste de s’ouvrir.

Mais la fin est proche. Son rôle dans l’affaire de l’incendie du Reichstag est assez trouble – il avait opportunément « prédit » toute l’affaire juste avant. Par ailleurs, il avait prêté de fortes sommes d’argent à des membres éminents de la SA. Sans compter l’existence de « films » compromettants qui auraient été tournés sur le fameux yacht.

Et puis, ses dénégations n’ont pas vraiment convaincu. Le mouvement nazi, qui l’avait utilisé un temps, n’a plus besoin de lui. Hanussen n'aura pas prévu ce qui lui arrive au soir du 24 mars 1933: alors qu’il s’apprête à partir pour son théâtre, il est arrêté par des membres de la SA. Conduit à la gestapo, il est accusé de complicité avec les communistes et de production de faux certificat aryen.

Quelques heures après, le « prophète du IIIe Reich » est exécuté par balles et son cadavre abandonné dans la périphérie de Berlin. Par la suite, il ne sera plus guère évoqué, étant finalement aussi embarrassant pour les nazis que pour les juifs.

Commentaires

Waow ! Celui-là, il mérite une adaptation cinématographique.
Mais qui va s'en charger ?

Écrit par : Hervé (pas Ryssen un autre) | 31/08/2008

Belle tête de Scandinave !

Écrit par : Martial | 31/08/2008

Il y en a eu une. Un film d'Istvan Szabo sorti en 1988 sous le titre "Hanussen" avec Klaus Maria Brandauer dans le rôle principal

Écrit par : anne kling | 31/08/2008

P.S Same fate ?

Écrit par : Bantam | 08/09/2008

à Bantam
ma foi... maintenant que vous m'y faites penser ...

Écrit par : anne kling | 08/09/2008

Excellent , cet article est tres interessant et je rejoins a juste titre votre opinion .

Écrit par : Brice Houdet | 09/12/2009

Les commentaires sont fermés.