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28/08/2008

PETITE GALERIE D’ORIGINAUX

 

2. MOSES PINKELES, alias IGNAZ TREBITSCH-LINCOLN, alias CHAO KUNG

 

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Moses Pinkeles naît en 1879 – la même année que Trotski – dans une famille juive orthodoxe de Hongrie. Il est du genre turbulent et aura souvent maille à partir avec la police pour divers larcins. De toute façon, Budapest est trop étroit pour lui et dès ses 18 ans, il part pour  Londres. Là, ayant rencontré des missionnaires chrétiens, il abandonne la religion familiale et se fait baptiser le jour de Noël 1899. On peut supposer que c’est à cette occasion qu’il adopte une nouvelle identité : dorénavant, il s’appellera Ignaz Trebitsch-Lincoln. Le nouveau converti entame des études de théologie dans un séminaire luthérien du Schleswig-Holstein, puis est envoyé au Canada comme missionnaire chargé de promouvoir le christianisme auprès des juifs de Montréal. Il rentre en Angleterre en 1903.

 

Là, il ne tarde pas à faire la connaissance de l’archevêque de Canterbury, qui lui confie une paroisse dans le Kent. Il rencontre également un autre personnage important : Seebohm Rowntree, millionnaire du chocolat et membre influent du parti libéral, dont il devient le secrétaire. Quoique toujours de nationalité hongroise, il est présenté par son mentor aux législatives de janvier 1910 et remporte le siège de Darlington, dans le comté de Durham, battant le conservateur en place depuis des lustres. Hélas, il ne restera pas longtemps membre du Parlement car en novembre de la même année, de nouvelles élections ont lieu et Darlington retourne à ses anciennes amours.

 

Que faire à présent ? Gagner de l’argent, bien sûr, mais comment ? Durant ces années d’avant-guerre, il s’essaie à diverses entreprises commerciales dans les Balkans, tâte de l’industrie pétrolière sans grand succès. Il offre ses services comme espion au gouvernement britannique. En vain.  Il aura plus de chance avec les Allemands qui l’emploient comme agent secret.

 

Mais rien n’est simple avec lui. Qu’a-t-il fait ou pas fait pour avoir mécontenté ses employeurs ? Toujours est-il qu’on le retrouve aux Etats-Unis en 1915. L’attaché militaire allemand en poste là-bas, Franz von Papen, reçoit de Berlin l’instruction expresse de l’écarter.

Du coup, Trebitsch-Lincoln vend son histoire au New York World Magazine. Elle paraîtra sous le titre sensationnel de Révélations de I.T Lincoln, l’ancien membre du Parlement devenu espion.

Malheureusement pour lui, les Anglais ne vont pas goûter la plaisanterie et Lincoln, extradé, purgera trois ans de prison sur l’île de Wight. Il est relâché en 1919.

 

Commence une nouvelle période de son existence où on le retrouve, toujours désargenté, dans les milieux militariste et d’ « extrême-droite » de la république de Weimar, dans le sillage de Wolgang Kapp et Erich Ludendorff. A la suite de l’échec du putsch de Kapp, en 1920, il quitte l’Allemagne pour Vienne puis Budapest, tentant de réunir des factions rivales en une improbable Internationale blanche. Celle-ci échouera mais Trebistch, ayant eu accès à des archives instructives, en profitera pour vendre ses informations à divers gouvernements.

L’Autriche lui intente un procès pour haute trahison. Acquitté, il est néanmoins déporté et se retrouve … en Chine où il va servir divers seigneurs de guerre en tant que « conseiller militaire ».

 

Entre deux opérations guerrières, il aura l’occasion de recevoir la révélation – du moins le prétendra-t-il - et il se convertit au bouddhisme à la fin des années 20. Comme il ne fait pas les choses à moitié, il devient moine. Il créera même son propre monastère à Shanghaï. Les impétrants étaient priés de transférer leurs possessions terrestres, désormais inutiles, à leur nouveau supérieur, qui avait pris le nom de Chao Kung. Lequel, disent les mauvaises langues, ne dédaignait pas de convertir également les nonnes.

 

Mais sa carrière ne s’arrête pas encore là, car cet homme infatigable va se mettre au service des Japonais en 1937, produisant pour eux de la propagande anti-britannique. Il avait vraiment gardé une dent contre les Anglais car lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale, il contactera à nouveau les Allemands pour se rappeler à leur bon souvenir et leur proposer de soulever tous les bouddhistes de la région (la Chine…) contre l’influence anglaise. Cette proposition va être prise très au sérieux et  provoquer l’enthousiasme de Heinrich Himmler et de Rudolf Hess. Hélas, après l’envol de ce dernier pour l’Ecosse en mai 1941, Hitler mettra un point final à ces délires politico-mystiques.   

 

Ce qui n’empêchera nullement Chao Kung de continuer à travailler pour les services secrets japonais et allemands jusqu’à sa mort, survenue en octobre 1943.

En juillet de la même année, quelques mois avant sa mort, il donnait une interview au journal yiddish Unzer Lebn, publié par les juifs réfugiés à Shanghaï. Lui-même antisioniste, il y préconisait l’accueil des juifs réfugiés sur des domaines appartenant aux bouddhistes, près de Shanghaï, afin d’y créer un « Tel-Aviv miniature ».

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