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26/08/2008

PETITE GALERIE D’ORIGINAUX

Au hasard des lectures ou autres sources, il arrive que l’on tombe sur des personnages étonnants et peu connus. Des originaux inclassables, en quelque sorte. Qu’on soit d’accord avec leur démarche ou pas n’a aucune importance. Ils ont de toute façon l’immense mérite de sortir des sentiers battus et de ne pas ressembler aux tristes clones que l’on voit à l’heure actuelle à peu près partout, rabâchant sempiternellement l’éternel discours convenu et approuvé.

 

Pour clore l’été, je vous invite à découvrir une petite série de ces originaux. Si vous, de votre côté, en trouvez d’autres, merci de le signaler.

 

 

1.     MUHAMMAD ASAD

 

Asad1932.jpgComme son nom ne l’indique pas, il est né Léopold Weiss en 1900 à Lvov, dans l’empire austro-hongrois, aujourd’hui ville d’Ukraine. La communauté juive de Lvov était très importante - de l'ordre de près d'un tiers de la population - et prospère. Issu d’une longue lignée de rabbins, Weiss est plongé dès son plus jeune âge dans les arcanes de l’hébreu, de l’araméen, du talmud, de la mishna. Et much more.

 

En 1918, il s'inscrit en philosophie et histoire de l’art à l’université de Vienne et débute très brièvement dans la vie active à Berlin aux côtés du cinéaste Fritz Lang. En fait, il veut devenir journaliste.  Il n’a que vingt ans et un grand sens de la houtspah, qui va lui permettre de décrocher une interview exclusive de la femme de Maxime Gorki, Yekaterina Peshkova, alors secrètement à Berlin pour solliciter l’aide des occidentaux. Nous sommes en 1920-21 et la famine fait rage au paradis bolchevique. Du coup, le voilà engagé au Frankfurter Zeitung.

 

En 1922, son oncle maternel, le psychanalyste Dorian Feigenbaum, l’invite à Jérusalem, alors sous mandat britannique, où il dirige une clinique psychiatrique. C’est une révélation. Léopold Weiss découvre le monde arabe et la religion musulmane. Il est si séduit par l’un et l’autre qu’il finira par se convertir à l’islam quelques années plus tard, en 1926. « L’islam ne me paraissait pas une religion … mais plutôt une manière de vivre ; moins un système théologique qu’un ensemble de règles individuelles et sociales fondées sur la conscience de Dieu », écrira-t-il notamment.

 

En attendant, il va rencontrer énormément de gens et voyager dans tout le Moyen-Orient : Egypte, Arabie saoudite, Iran, Afghanistan, et même plus loin, jusque dans les républiques soviétiques d’Asie, étudiant toutes les facettes de l'islam.. Il est vu d’un mauvais œil par les autorités coloniales qui le considèrent comme un bolchevik en raison de sa sympathie affichée pour les mouvements de « libération » des arabes de la férule coloniale soutenus plus ou moins discrètement par Moscou.

 

Durant ces années d’avant-guerre, il va passer six années à La Mecque et à Médine à étudier les textes religieux de l’islam et à nouer des contacts politiques. Finalement déçu par les dirigeants soudiens, il se rend en Inde en 1932 et y fera une rencontre importante : celle de Muhammad Iqbal, philosophe et poète, qui soutient la création d’un Etat musulman indépendant en Inde, qui deviendra bientôt le Pakistan. C’est à l’instigation d’Iqbal qu’il écrira en 1934, L’Islam à la Croisée des Chemins, livre à caractère politique destiné principalement aux jeunes générations musulmanes. Il s’y livre à des diatribes contre les valeurs matérialistes occidentales.

 

En 1938, lors de l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne, Weiss avait refusé le passeport allemand qui lui était proposé, préférant conserver sa nationalité autrichienne. Ce qui n’empêchera pas les Britanniques de l’emprisonner en Inde dès la déclaration de la guerre, comme « ennemi étranger ». Il ne sera libéré qu’en 1945.

 

La partition a lieu en 1947 et Asad – Weiss est à présent définitivement oublié - participe activement à la création du Pakistan, préconisant sa stricte conformité à la charia, contrairement à d’autres qui souhaitent un Etat laïque. Il occupe une position officielle dans les instances dirigeantes du pays, au sein du ministère des affaires étrangères.  En 1952, il devient ambassadeur du Pakistan auprès des Nations Unies à New York.

 

Mais il ne va pas tarder pas à se brouiller avec les Pakistanais pour des raisons assez mystérieuses. Il donne sa démission la même année et décide de rester à New York.

mecque.jpgA partir de cette date, il va consacrer son temps à l’écriture. Le plus célèbre de ses livres sera Le Chemin de la Mecque, publié en 1954, où il raconte ses voyages et sa conversion. Il y exprime également sans détours ses vues antisionistes. Car il a toujours été opposé au sionisme et la période d’avant-guerre qu’il décrit se situe toute entière dans le contexte de la pression sioniste grandissante. Weiss raconte qu’il avait découvert en Palestine des habitants qui lui semblaient évoquer bien davantage les figures bibliques que les immigrants hétéroclites provenant de divers coins d’Europe.

 

En 1955, il s’installe en Espagne et s’attelle à son œuvre majeure : la traduction du Coran en anglais. Il va y passer dix-sept années. Cette traduction sera publiée en 1980 sous le titre The Message of the Quran.

 

Au terme d’une existence originale et mouvementée, ayant eu quatre épouses et un fils, il meurt en Espagne en 1992.

 

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