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07/12/2007

GARRY KASPAROV, LES ETATS-UNIS ET LES IDIOTS UTILES…

Vladimir Poutine a remporté haut la main les élections législatives en Russie, ce qui a fait tordre le nez à l’Union européenne toujours prompte à donner des leçons et à chercher la petite bête démocratique…chez les autres. Normal, quand on est soi-même irréprochable sur la question, quand on prend scrupuleusement en compte tous les souhaits exprimés par le suffrage dit universel et qu’on permet à toutes les opinions de participer au débat et d’avoir des élus, normal, dis-je, dans ces conditions, d’être si exigeant pour les autres.

La France, justement, modèle s’il en est de démocratie appliquée, a cru bon de faire savoir par la bouche de Jean-Pierre Jouyet, secrétaire d'Etat aux Affaires européennes, qu’elle craignait beaucoup que ces élections n’aient pas été aussi régulières qu’il eût été souhaitable. "Force est de constater qu'il y a certaines allégations, que ces allégations sont fortes et qu'il serait temps que toute la lumière soit faite et que la Russie se comporte de ce point de vue-là comme toutes les démocraties. Il y a du progrès à faire", a-t-il indiqué. Sur ce point, je suis bien d’accord avec lui, il y a du progrès à faire…ici, pour commencer.

Les Etats-Unis n’ont pas été en reste de critiques, mais là se joue un jeu entre puissances - USA, Russie - qui laisse l’Union européenne au bord du chemin, juste bonne à jouer en écho la voix de son maître. Et c’est là qu’intervient Garry Kasparov et le drôle de jeu qu’il joue aux Etats-Unis contre Poutine, qu’il vient formellement d’accuser d’avoir truqué les élections.

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Né Garri Weinstein en Azebaïdjan en 1963, il a pris plus tard le nom de sa mère arménienne, Kasparyan, qu’il a russifié en Kasparov. Il est devenu le champion du monde d’échecs bien connu, cela chacun le sait, mais ce que l’on sait moins, c’est qu’il est également un militant politique de longue date. Et que son parcours est à première vue étonnant.

En 1984 – il a donc 21 ans – il adhère au parti communiste soviétique et sera élu en 1987 au comité central du Komsomol ( les jeunesses communistes). Il quitte le Parti en 1990, mais poursuit son activisme, soutenant notamment la candidature de Boris Eltsine.

Il fera le grand saut en 2005, après son retrait officiel du monde des échecs. Il crée le United Civil Front, mouvement destiné à préserver la « démocratie électorale » en Russie. Il est dès lors un adversaire virulent de Poutine. Il participera également à la création de la coalition L’Autre Russie, qui accueille diverses formations, dont le National Bolshevik Party. Sûrement un modèle de démocratie électorale.

L’Autre Russie n’a pas pu se présenter à ces élections législatives, faute d’avoir pu se faire enregistrer. Pour quelle raison, je l’ignore. Ce qui est certain en revanche, c’est que cette coalition plutôt hétéroclite est pratiquement ignorée par les Russes, mais chouchoutée en occident, allez savoir pourquoi.

Dans le cadre de son combat démocratique contre Poutine, Kasparov a été arrêté fin novembre et incarcéré durant cinq jours à Moscou. Mais ne soyez pas trop tristes, comme la nourriture de la prison ne lui convenait pas, et sous la pression de la presse occidentale qui hurlait à la mort, il a pu recevoir des colis de chez lui. Sympa quand même. Il faut donc croire que Poutine n’est pas encore tout à fait Staline, comme il le prétend.

J’ai failli oublier de préciser que Kasparov avait reçu en 1991 le Keeper of the Flame Award décerné par un think tank de Washington consacré aux questions de sécurité nationale, le Center for Security Policy, pour « résistance anti-communiste et propagation de la démocratie ».

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Curieux, déjà pour un ancien communiste - tiens, il venait tout juste de quitter le Parti… -  mais surtout quand on sait que cette récompense est en principe attribuée aux "individuals for devoting their public careers to the defense of the United States and American values around the world"  (« individus consacrant leur carrière publique à la défense des Etats-Unis et des valeurs américaines partout dans le monde »). Un prix décerné également à Paul Wolfowitz, Richard Meyers ou Donald Rumsfeld, tous colombes bien connues.

Kasparov était même membre du comité directeur de ce think tank - en compagnie notamment de Richard Perle -, mais il s’en est retiré depuis peu, c’était un peu trop voyant.

Il continue par contre à collaborer au Wall Street Journal de Rupert Murdoch, ce qui lui fournit une tribune prestigieuse d’où lancer ses tirades venimeuses contre le président russe. Car il compte se présenter l’an prochain à la présidentielle. En Russie, bien sûr.

Commentaires

Vous ne voudriez quand même pas insinuer que le gentil démocrate Kasparov serve uniquement à semer le couscous en Russie dans le seul et unique but d'embêter Poutine pour le compte des Etats-Unis ?! Prêter un tel machiavélisme au CAMP DU BIEN, ce serait vraiment très mal de votre part !!

Écrit par : Martial | 07/12/2007

tout ça ne peut que renforcer le sentiment de sympathie que nous inspire Poutine (l'ennemi de mon ennemi etc ...)

Écrit par : Paul-Emic | 13/12/2007

Je ne vois pas trés bien ce que vous voulez insuner en parlant de l'adhésion de Gary au PC en 84. Vu le contexte de l'époque, cela n'a pas plus de sens que l'adhésion du Pape aux jeunesses hitlériennes.
Quant à sa volonté de lutter pour une plus grande démocratie dans son pays; il n'y a la rien que de trés honorable.

Écrit par : Bruno Meyssan | 17/12/2007

A Bruno Meyssan, je répondrai qu'il n'est nullement indifférent que Kasparov ait adhéré au PC en 1984 et, bien plus, qu'il ait été élu au comité central des komsomol, ce qui dépasse le stade de la simple adhésion de circonstance.
Je trouve au contraire que ce sont des infos très éclairantes, et le pape n'a rien à voir là-dedans.

C'est curieux comme, parfois, certaines adhésions sont super importantes - on nous en tartine matin, midi et soir - et comme d'autres passent en vitesse à la trappe en invoquant "le contexte de l'époque". Il a bon dos!

C'est très bien de vouloir lutter pour plus de démocratie dans son pays. Quel pays d'ailleurs? La Russie ou les Etats-Unis où il passe le plus clair de son temps? Et où il y a aussi à faire, dans ce domaine...

Écrit par : anne kling | 17/12/2007

Formée en 2006, L’Autre Russie est une "coalition de forces politiques et civiques" qui vise à rassembler "tous les opposants à l’autoritarisme oligarchique de Poutine". Elle réunit des personnalités aussi hétéroclites qu’insolites, telles Garri Kasparov, le célèbre champion du monde d’échecs des années 1970-1980, qui a la double nationalité russe et américaine, l’ancien Premier ministre Mikhaïl Kassianov, tous deux connus pour leurs opinions libérales, mais aussi Viktor Anpilov, chef du groupuscule stalinien Troudovaïa Rossiïa, ou encore Edouard Limonov, ancien dissident, écrivain non-conformiste qui faisait l'apologie de la prostituytion homosexuelle (qui l'a pratiquée) dans ses romans déjantés des années 1970 et, faut-il le préciser, titulaire de la double nationalité française et russe, aujourd’hui à la tête du parti national-bolchevik. Plus qu’un parti politique, L’Autre Russie est donc une improbable coalition de bric et de broc, un réseau qui mobilise les militants de ses diverses composantes pour des actions ponctuelles dans la rue. En juillet 2006, deux sous-secrétaires du Département d’Etat, ainsi que les ambassadeurs en Russie du Royaume-Uni et du Canada, ont assisté au « contre-sommet » qu’elle organisait en marge de la réunion du G8 à Saint-Pétersbourg. Ce vrai-faux impair diplomatique, qui a provoqué des déclarations courroucées de la part des autorités russes, a assuré la promotion médiatique de L’Autre Russie, promue au rang d’ « opposition » par les médias occidentaux, ce qui révèle la connaissance plus que superficielle, pour ne pas dire nulle que certaines chancelleries capitales ont des réalités les plus élémentaires de la vie politique russe. Le niveau élevé de la représentation diplomatique occidentale envoyée en délégation auprès de L’Autre Russie contraste très vivement avec celui de la représentativité, presque nulle, dudit mouvement dans l’opinion russe. Comme l'a dit un commentateur avisé : « “l’Autre Russie“ porte bien son nom : elle ne ressemble vraiment en rien à la Russie ».
Pourquoi cette formation n'a-t-elle pas été enregistrée comme parti? Parce qu'elle ne remplit pas les conditions légales pour devenir un parti politique, ce qui suppose déjà d'avoir a moins 50,000 membres encartés (selon une loi de 2004).

Écrit par : Le russophile | 17/12/2007

Dans notre pays, c'est "L'Autre France", ou plutôt "L'Antifrance" - toutes étiquettes mensongères confondues - qui monopolise le pouvoir depuis soixante-deux ans, avec les beaux résultats que l'on constate à tous les étages... Ici, ce sont les jumeaux français de l'agitateur Kasparov qui tiennent le haut du pavé. Je n'ai pas la moindre sympathie pour Vladimir Poutine, mais je méfie tout autant du vibrion inclassable, c'est-à-dire purement opportuniste qu'est l'ancien champion d'échecs. Et puis, pourquoi serait-on toujours obligé de choisir entre la peste et le choléra ? A la dernière élection présidentielle, j'ai voté au second tour à seule fin d'éviter la peste pintadière. Total, c'est pour voir aujourd'hui le choléra néocon se prélasser avec une gauchiste à pognon en couverture de la presse pipeule ! Alors, la démocrasse, merci bien ! J'ai donné pour tout le reste de ma vie.

Écrit par : Martial | 17/12/2007

Dés 16 ans, Gary avait écrasé les principaux GMI. Les passionnés aimait son jeu trés agressif ne respectant aucune doctrine en place. Pour tous, seul un rebelle pouvait jouer ainsi. D'ou son immense popularité dés 79. En 1984, la FIDE et le gouvernement soviétique l'ont privé de son titre par une magouille inique au profit de Karpov. Son élection au CC du Komsomol en 87 n'est qu'un compromis qui a permis au régime de sauver la face et à Gary d'asseoir son titre de 85. Faire de Gary un coco, c'est ne rien comprendre aux échecs et ignorer 84.

Écrit par : Bruno Meyssan | 14/01/2008

Comme toujours sur ce blog, une intervention intéressante et instructive (et bien documentée, avec des références précises) donne naissance à un débat passionnant. Tout en me méfiant de Poutine (je me méfierais aussi bien d'un authentique héritier du tsar, vu que je suis franchouillard et non russe, quant à Bush, bon, soyons charitables...) , donc, je ne partage pas l'ostracisme hypocrite dont il est victime en occident. Après tout, qu'un russe défende les intérêts de la Russie n'est pas vraiment scandaleux . Quant à ses méthodes paraît-il discutables, elles s'expliquent par son manque d'expérience démocratique: en occident on fait pareil mais en plus fin. En France, par exemple, on a fait beaucoup de progrès depuis la 3ème république. Quand on voit que chez nous un parti qui recueille plusieurs millions de voix n'a aucun élu à l'assemblée nationale, et cela en douceur, sans faire de vagues, on voit bien que Poutine n'est pas encore très au courant des vraies méthodes démocratiques. Il faut lui laisser le temps d'apprendre.
On nous parle de Kasparov: je ne le sens pas, il est quoi, au juste? un russo-américain? un auto-élu? Etre champion d'échecs c'est très bien mais comme référence morale ou politique, c'est un peu hors sujet.
De toute façon même s'il n'est pas parfait, Poutine est le seul qui puisse faire contre-poids à la main-mise américaine sur l'Europe. A nous, maintenant, de savoir nous défendre aussi (on peut rêver, n'est-ce pas).

Écrit par : philistin | 15/01/2008

Sur un autre blog, M. Bruno Meyssan (un homonyme ?) écrit ceci :

http://lesmunicipalesabordeaux.blogs.nouvelobs.com/archive/2007/12/16/alain-juppe-je-me-sens-comme-asterix-au-milieu-des-legions-r.html

Bruno Meyssan (l'éventuel homonyme), sous-marin du PS sur ce blog-ci ? C'est une question, tout simplement.

Si j'étais strasbourgeois, je ne voterai sûrement pas pour le couple maudit Keller-Grossman. Mais de là à voter pour Trautmann... Je voterais pour la liste de Madame Kling, bien sûr !

Écrit par : Martial | 15/01/2008

Tout à fait d'accord avec philistin : Poutine est simplement un patriote comme nous en aurions tant besoin en Europe occidentale, et en France plus que partout ailleurs. J'ajoute, cependant, que tous les dirigeants de la planète, je dis bien TOUS, sont - qu'ils le sachent ou non - au service de hauts initiés qui tirent les ficelles en coulisses. Et lorsqu'ils ne font pas l'affaire, "on" les débarque ou "on" les élimine. Témoin, cette vidéo particulièrement édifiante, qui mérite d'être vue et regardée jusqu'au bout (merci à Hervé Ryssen de l'avoir mise en ligne sur son blog) :

http://www.dailymotion.com/video/x3qiv7_aaron-russo-sur-le-911-le-cfr-et-ro_politics/

Bien sûr, ce type peut mentir. Mais quel intérêt y trouverait-il ? De deux choses l'une, ou bien il a démasqué Rockfeller et sa clique parce qu'il se savait condamné à brève échéance et qu'il n'avait donc pas grand chose à perdre (si ce n'est des souffrances terminales), ou bien "on" a un peu hâté sa fin pour qu'il n'en dise pas plus dans un dernier râle. Quoi qu'il en soit, ses déclarations n'ont rien d'étonnant pour les Cassandre dont il est de bon ton de se gausser en parlant d'un air entendu de la "théorie du complot". Ces moqueries - colportées par des autruches et autres jobards - font évidemment l'affaire des auteurs et des acteurs du complot, qui en sont du reste les principaux inspirateurs !

Écrit par : Martial | 15/01/2008

A Martial,
Je suis membre du PS, mais je n'ai pas écrit les propos qui me sont prêtés. je ne connais pas les élus strasbourgeois, je ne saurai en parler
Bruno.

Écrit par : MEYSSAN | 02/02/2008

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