Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (21)

LES VOISINS

TIBOR SZAMUELY

Restons en Hongrie, sous le très court règne de Bela Kun, en 1919. Comme nous l’avons vu, pour lutter contre les opposants, il déchaîne très vite la terreur rouge. Dans cette entreprise, il sera efficacement secondé par Tibor Szamuely, un compagnon de la première heure.

02e5e4384c6c082a6b92ef145bb44a05.jpgCe dernier naît en 1890 dans une famille juive de Hongrie. Après des études universitaires, il devient journaliste dans de petits organes socialistes et s’inscrit au parti social-démocrate du pays.

Il suivra à peu près la même filière que Bela Kun, puisque lui aussi prisonnier en Russie pendant la 1ère guerre mondiale, il en profite pour devenir un communiste pur et dur. Après la révolution bolchevique, il est à Moscou et aidera Kun à créer la faction hongroise au sein du PC. Lui aussi combat durant la guerre civile dans les rangs de l’Armée Rouge. On peut imaginer qu’il y apprendra quelques ficelles qui lui serviront bientôt.

En décembre 1918, alors que Kun est en Hongrie pour créer le PC hongrois, Szamuely est en Allemagne où il participe à la formation du PC allemand avec Karl Liebknecht et Rosa Luxembourg. D’autres voisins.

Lorsque la révolution survient en Hongrie, en mars 1919, il rentre et devient l’un des principaux dirigeants de la toute nouvelle république soviétique hongroise. Après quelques autres postes, il devient commissaire aux affaires militaires. Il a alors 29 ans et va s’éclater durant la terreur rouge que va rapidement instaurer son compère, Kun. Mais attention ! C’était dans un but parfaitement légitime, puisqu’il s’agissait de combattre les contre-révolutionnaires, ces salauds !

A cet effet, il crée un groupe para-militaire, les Gars de Lénine (Lenin Boys), composé d’environ 200 gaillards en veste de cuir, qui vont s’employer à dévaster les campagnes et à semer mort et désolation dans le court laps de temps qui s’achèvera avec la chute de Kun, le 1er août 1919. Durant ces quelques mois, des centaines de cadavres, essentiellement de paysans, joncheront leur route. Des cours martiales de fantaisie seront  organisées, suivies de généreuses pendaisons aux arbres. Tout comme Lénine, et les autres, Szamuely clamait que « la terreur [est] la principale arme de notre régime ».

A la chute du pouvoir bolchevique en Hongrie, Tibor Szamuely s’enfuit en Autriche. La suite des événements est brumeuse. Une version indique qu’il aurait franchi illégalement la frontière et aurait été tué le 2 août. Une autre prétend qu’il se serait suicidé. En tout cas, il avait 29 ans et avait fini se sévir. Alors que Bela Kun avait encore de belles espérances devant lui, on l’a vu.

Un mot pour indiquer que pour faire bonne mesure, il est généralement précisé que la terreur blanche a immédiatement suivi la terreur rouge. Façon de faire passer cette dernière à la trappe. Et évidemment, cette terreur blanche était ANTISEMITE ! Incroyable, mais vrai ! Peut-être. Toujours est-il, et il n’est pas mauvais de le préciser, que le premier ministre de la Justice de Miklos Horthy, au contre-gouvernement qui suivit, était un juif, Lajos Palmai.

29/11/2007

« NOUS DEVONS NETTOYER LE PAYS DES ARABES ET LES REINSTALLER LA D’OU ILS VIENNENT »

Attention, attention ! Pas de malentendus entre nous ! Ces propos martiaux n’ont pas été tenus sur un territoire qui pourrait vous sembler familier, mais en Israël, là où on a apparemment le droit de parler ainsi. Il n’a pas été précisé si le nettoyage se ferait au karcher, mais l’idée y était.

Ceux qui s’exprimaient ainsi sont des rabbins qualifiés de prominent, c’est-à-dire importants, lors d’une réunion de crise tenue lundi à Jérusalem en marge de la conférence d’Annapolis.

04d4eb12cc660e336a16888381585019.jpgLe rabbin Dov Lior, président du Comité des rabbins de Judée-Samarie, estime qu’aucune paix ne sera possible tant que des arabes resteront sur le sol israélien. Il a même précisé : « Si cela signifie que nous devons les payer, nous le ferons. Sinon, nous ne serons jamais en paix sur notre terre ». « With evil people of this kind”, a-t-il aimablement ajouté.

Ces colombes n’entendent pas lâcher le moindre petit bout de territoire et les éventuelles concessions que le gouvernement israélien serait amené à accepter, sont refusées d’office. Il ne s’agit pour eux rien moins que de la lutte entre le Bien et le Mal. «This is a struggle of good versus evil”.

Le rabbin Zalman Melamed a rappelé que céder des portions d’Eretz Israël - la terre d’Israël - à des non juifs était strictement défendu : « Nous devons dire clairement que nous ne ferons rien qui aille à l’encontre de notre sainte Torah. Nous combattrons tous ceux qui tenteront de violer les prescriptions de la Torah ».

A l’issue de cette rencontre, la déclaration suivante a été adoptée : « Aucun dirigeant, aucune génération, n’ont le droit de céder Eretz Israël… nous appelons tous les juifs vivant à l’étranger, spécialement les chefs des communautés et les rabbins, à se joindre à nos efforts contre ce traité et ses implications.

Ensemble, nous sauverons le peuple d’Israël du terrible plan du gouvernement ».

Ces propos ont fait jaser, c’est le moins que l’on puisse dire. 132 commentaires suivent l’article relatant l’affaire, sur Ynetnews, dont un certain nombre, soyons honnêtes, condamnent ces déclarations fracassantes. Mais pas toutes, loin de là. En tout cas, il y a débat, ce qui est déjà beaucoup.

Je traduis le commentaire suivant qui me semble pertinent : « Je suis arabe. J’essaie vraiment d’être ouvert à propos du conflit entre Israël et la Palestine, mais ça devient de plus en plus difficile ! « Nettoyer » le pays des arabes ! C’est ça que prêche votre Torah ? Pour que la paix s’installe, il faut faire des compromis, et un compromis signifie qu’on n’aura pas exactement ce qu’on voudrait, mais plutôt qu’il faudra accepter de  donner quelque chose. Je suis sûr que tous les Israéliens ne pensent pas comme le rabbin Lior. Je suis sûr qu’il existe des citoyens ouverts qui souhaitent la paix et admettent que les Palestiniens sont des êtres humains qui ont besoin de stabilité et d’une terre pour vivre comme les autres peuples.

Et « mauvais » peuple ! Sérieusement ? Qui parle encore comme ça? »

source: http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3476150,00.html

28/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (20)

LES VOISINS

BELA KOHN, dit BELA KUN

f5e6684ed541ccaf128ca3ba7045b9a7.jpgIl naît en 1886 dans une famille d'origine juive de Transylvanie, alors partie de l’empire austro-hongrois, aujourd’hui roumaine. Il sera agent d’assurances, peu scrupuleux puisqu’il sera accusé de détournements de fonds, puis journaliste. Pendant la 1ère guerre mondiale, il est prisonnier en Russie et, de socialiste qu’il était, devient communiste convaincu. Sur ces entrefaites, éclate la révolution d'octobre et Kun rêve aussitôt d’introduire pareille merveille en Hongrie. En mars 1918, il fonde à Moscou le groupe hongrois du parti communiste russe. Après s’être battu aux côtés des bolcheviques – la guerre civile fait rage – il rentre en Hongrie en novembre 1918, accompagné de plusieurs centaines de militants et de suffisamment d’argent, procuré par les soviets, pour financer sa révolution.

La situation est très mauvaise là-bas, les conditions de vie désastreuses. C’est dans ce contexte que Bela Kun crée le parti communiste hongrois le 4 novembre 1918 et commence immédiatement sa propagande révolutionnaire. Il lui manque cependant le soutien populaire. Se produit alors un événement qui aura de lourdes conséquences : les frontières hongroises sont modifiées par les alliés en mars 1919, amputant le pays d’une partie de son territoire. Bien sûr, les Hongrois réagissent très vivement et devant le conflit qui se profile, contre les alliés cette fois, ils se cherchent de nouveaux soutiens. L’ogre bolchevique leur tend les bras, ils s’empressent de s’y jeter. Et Bela Kun, tout naturellement, va servir d’intermédiaire.

C’est l’occasion rêvée. Il réclame aussitôt à la coalition sociale-démocrate alors au pouvoir en Hongrie, la proclamation d’une république soviétique. C’est chose faite le 21 mars 1919.Au sein du nouveau conseil révolutionnaire, qui compte 33 commissaires du peuple, Bela Kun est commissaire aux affaires étrangères. Mais en réalité, c’est lui, en tant que chef du parti communiste, qui dirige l’ensemble. D’autant que les camarades socialistes, trop confiants de bout en bout,  vont être rapidement évincés.

Voilà donc à pied d’œuvre le second gouvernement communiste, après celui de la Russie, et la deuxième révolution achevée.

Pas pour bien longtemps, cependant. Kun commence très fort en nationalisant les propriétés privées mais en refusant de redistribuer les terres aux paysans, ce qui lui aliène d’office la majeure partie de la population. A la place, il a l’idée géniale de créer des fermes collectives sur tout le territoire.

71d9bdf9c24a158690505bac1c08a943.jpgComme il est par ailleurs incapable de résoudre les problèmes aigus de logement et de ravitaillement, les choses se gâtent très vite pour lui. En juin, une tentative pour renverser les communistes avorte. En réponse, Bela Kun va instaurer la terreur rouge, avec l’aide de sa police secrète. Quelques personnalités assez sympathiques, dont nous parlerons bientôt, se signalent à cette occasion.

A cela vont s’ajouter des conflits avec les pays voisins. Ce gouvernement communiste éphémère finit par tomber le 1er août 1919, après 133 jours d’existence. Kun s’enfuit à Vienne puis de là, sera échangé en juillet 1920 contre des prisonniers autrichiens retenus en URSS.

Sa carrière est cependant loin d’être achevée. A un sujet aussi méritant, une nouvelle chance est offerte. Les soviets l’envoient en Crimée pour y diriger le comité révolutionnaire. Il s’agit de « re-bolchéviser » ces régions qui étaient contrôlées par les blancs. C’est là qu’il va commettre ses plus grands crimes, bien qu’un délicat voile d’oubli soit pieusement retombé sur ses excès.

Que faire de lui à présent ? Rappelé à Moscou, comme il est un ami de Zinoviev qui le dirige depuis sa création en 1919, il devient membre du Komintern. A ce titre, il est envoyé en Allemagne en mars 1921 pour conseiller le parti communiste allemand. Il le conseillera si bien que la grande offensive révolutionnaire du 27 mars se soldera par un échec cuisant qui mettra Lénine en fureur. Il reste cependant au Komintern et sera envoyé au cours des années suivantes, ici et là,  en Autriche ou en Tchécoslovaquie.

Sa petite idée reste de fomenter une seconde révolution en Hongrie. Mais l’heure est passée. Il se fait arrêter à Vienne en 1928 pour une bêtise de faux passeport et renvoyé une nouvelle fois à Moscou. Là, ce personnage décidément très sympathique dénoncera à la Guépéou un certain nombre de ses anciens camarades, communistes hongrois réfugiés comme lui en URSS.

Cela ne le sauvera pourtant pas car, accusé de trotskisme – un des rares crimes qui ne pardonnaient pas dans ces années-là – il fait partie des grandes purges staliniennes de 1937-38. On ne sait pas précisément à quelle date il a été exécuté, ni si cet événement s’est produit au goulag ou à Moscou. Mais cette fois, sa carrière s’arrêtera là. Pour faire bonne mesure, sa femme, sa fille et son gendre prendront, eux aussi, le chemin du goulag.

27/11/2007

LES ALLEMANDS PRIES DE REPASSER A LA CAISSE

Fin juin, la firme Merrill Lynch rendait public son 11e rapport sur les grandes fortunes privées dans le monde et le site Ynetnews nous informait fièrement que 7 200 millionnaires vivaient en Israël. Sur sept millions d’habitants. Soit 12,9% de plus que les années précédentes et 50% de plus que la moyenne rapportée à la population mondiale (voir archives du blog 26/6).

A la mi-octobre, c’était au tour du magazine américain Vanity Fair de publier comme chaque année la liste des 100 personnes les plus riches du monde. Sur cette liste, plus de la moitié étaient juifs (archives 15/10).

Au cours du même mois, Shimon Pérès déclarait à Tel Aviv lors d’un forum économique : «  L’économie d’Israël est florissante. (…) Les hommes d’affaires israéliens investissent partout dans le monde. Israël connaît un succès économique sans précédent. Aujourd’hui, nous avons gagné l’indépendance économique et nous sommes capables d’acheter Manhattan, la Pologne et la Hongrie ».

Rien que de bonnes nouvelles, donc. On pouvait donc s’attendre à ce qu’un tel pays – capable d’acheter Manhattan - puisse  aussi prendre en charge sans problème particulier les survivants de la shoah survenue il y a maintenant …. 62 ans.

Eh bien, il semble que non. L’Etat d’Israël est apparemment incapable de répondre, non seulement aux besoins des survivants, mais de façon plus générale aux attentes des couches les plus défavorisées de la population. Si la croissance économique est indéniable, elle ne profite qu’à une toute petite fraction.

Le dernier rapport (israélien) du Taub Center for Social Policy souligne l’échec notoire de l’Etat dans sa lutte contre les inégalités sociales. Les Israéliens seraient d’ailleurs 69% à juger leurs gouvernants corrompus. La situation se dégrade et le nombre des nécessiteux ne fait que croître. Nécessiteux ou survivants de l’holocauste ?

Dans tous les cas de figure, la tentation est grande de demander à l’Allemagne de rouvrir son portefeuille pour venir en aide à « ses » victimes. Mais l’a-t-elle jamais refermé, ce portefeuille ?

846de54e3aa1da97ebda80e0868cbd91.jpg

La polémique sur la question fait rage en Israël depuis que le ministre Rafi Eitan est allé jusqu’à suggérer une remise en question de l’accord de réparations signé en 1953, aux termes duquel l’Allemagne versait à Israël une compensation de 833 millions de dollars en biens et en services pour les survivants et la construction du nouvel Etat.

Devant la levée de boucliers, notamment en Allemagne, Eitan a tempéré son propos, se bornant à  réclamer l’installation d’un groupe de travail chargé d’examiner comment les Allemands pourraient à nouveau aider financièrement les survivants.

Même en Israël, les avis sont plus que partagés sur cette requête. Il y a ceux qui estiment que l’Allemagne ne paiera jamais assez et qu’Israël ne fait que réclamer son dû car il n’aurait pas demandé assez au départ. Uri Hanoch, président d’une association des survivants de Dachau a ainsi déclaré au Jerusalem Post « Je ne cesse de penser à ma famille qui était une famille de la classe moyenne ; la maison, les tableaux, les bijoux en diamant et les terres, ils nous ont tout volé ; ils ont pris mille fois plus que ce qu’ils ont payé ».

Myriam Steiner, réchappée d’un camp de concentration en Yougoslavie lorsqu’elle avait cinq ans, renchérit : « J’ignore ce que le gouvernement allemand a donné au gouvernement israélien. Tout ce que je sais,  c’est que les survivants de l’holocauste sont démunis aujourd’hui. Vous devez prouver que vous êtes misérable pour recevoir ce à quoi vous avez droit ».

Et il y a ceux qui ont honte de voir leur pays se comporter en éternels « schnorrers », en quémandeurs perpétuels. « Demander aux Allemands davantage de réparations, c’est mal. Les Allemands d’aujourd’hui n’ont rien fait et ceux qui ont mal agi sont morts, et leurs crimes ont été payés. Comment un peuple peut-il s’humilier de la sorte ? Jusqu’où allons-nous descendre ? Des Israéliens qui n’ont pas travaillé un seul jour en Allemagne, et dont les parents n'en sont même pas originaires, ont pu percevoir de ce pays une retraite qui n’existe que par l’épargne des travailleurs allemands. Cette pension est plus généreuse que ce qu’offre Israël ». Voilà ce que l’on pouvait lire, entre autres, sur Ynetnews. J’ai même lu le terme de « first-rate chutzpa ».

Ou encore, toujours sur le même site : « Personne en Allemagne ne nous doit un sou. Seule l’histoire de l’Allemagne nous doit quelque chose. Ils nous ont aidés à devenir une nation, un pays entreprenant, mais nous sommes en train de devenir un peuple manquant de respect de lui-même. Nous sommes sans vergogne. Nous prenons tout ce que nous pouvons ».

Ou encore ceci, que je laisse volontairement en anglais : “ For many years, Israelis and Jews have been travelling around and holding up the Auschwitz banner before the Germans, without anyone authorizing them to do so. If there is someone in our government who reads Hebrew, let him stop this journey of bowing down to German money – let him stop this shameful national fundraising campaign immediately”.

Jusqu’où charger la barque sans qu’elle coule ? Voilà la question. Le gouvernement allemand, reconnaissent les officiels israéliens, fait tout ce qu’il peut pour être agréable à l’Etat hébreu : le premier à condamner Ahmadinejad, le premier à soutenir les efforts d’Israël au sein de l’Union Européenne, ne ménageant pas ses efforts pour les soldats retenus en otages, accordant des fonds pour des projets éducatifs ou autres. Récemment encore, il a offert 100 millions d’euros pour les rescapés des camps de travail nazis.

A côté de cela, les Allemands eux-mêmes commencent tout doucement à en avoir légèrement assez. Internet en Allemagne bruissait de messages du style : « Un accord est un accord. Que veulent-ils encore de nous ? Il est absurde qu’une génération qui n’a pas commis de crime doive payer pour une génération qui n’a pas été tuée ».

Moi, je me demande pourquoi personne ne songe à demander à la Claims Conference de mettre la main au portefeuille également. C’est justement pour cela qu’elle a été créée. L’organisme chargé de collecter les indemnisations pour les dommages subis par les juifs durant la guerre – et de les redistribuer aux survivants - serait en effet à ce jour l’organisation juive la plus riche du monde, avec des réserves financières d’environ 1,7 milliard de dollars (archives blog 11/7). Il est vrai qu’entre autres aberrations administratives et en vertu d’un règlement totalement dépassé, la Claims ne peut ou ne veut pas indemniser un certain nombre de survivants, essentiellement arrivés de l’ex-Union soviétique et des pays de l’est, qui restent donc à la charge de l’Etat d’Israël. Voilà pourquoi il est fait appel au bon cœur des Allemands.

26/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (19)

LES VOISINS

HANNAH RABINSOHN, dite ANA PAUKER

Oui, j’intitule cette sous-série Les Voisins car il y a bien des personnalités intéressantes  à cette époque-là également dans les pays voisins de l’URSS, pays qui ont eu la malchance de tomber dans son orbite. Ce n’est nullement que j’aie épuisé le sujet côté bolcheviques russes, loin de là, mais ça nous distraira d’aller faire un tour ailleurs. On reviendra à notre sujet principal ensuite.

Je commence par Ana Pauker dont j’ai parlé avant-hier. Elle était la tante de Zarubina, qui a mené la brillante carrière d’espionne que l’on sait. Une famille où on ne s’ennuyait pas.

Née Hannah Rabinsohn, elle était, comme son nom l’indique, issue d’une famille de rabbins de Moldavie, alors partie de la Roumanie. Elle naît en 1893 et, fait assez étonnant pour son époque, apprend l’hébreu. Elle devient enseignante et rejoint le parti socialiste roumain dès 1915. Une faction pro-bolchevique s’y crée, dont elle fait partie, faction qui prendra le contrôle du parti en 1921. Celui-ci rejoint la grande famille de l’Internationale communiste, le Komintern, sous le nom de parti communiste-socialiste roumain.

Elle en devient rapidement l’un des dirigeants, avec son époux Marcel Pauker. Arrêtés en 1922 en raison de leurs activités politiques, ils émigrent en Suisse. Elle se rend ensuite en France où elle est instructeur pour le Komintern, avant de rentrer en Roumanie. Entre-temps, elle participe également aux mouvements communistes dans les Balkans. Elle est arrêtée en 1935 en Roumanie et traduite devant un tribunal avec d’autres dirigeants communistes. Le pays est alors une monarchie. Condamnée à 10 ans de prison, elle sera échangée en 1941 contre un Roumain détenu par les soviets.

03107e6e4e022799383a77a2a145b3ff.jpgEntre-temps s’est passé un épisode assez trouble dont son mari est la victime. Je dis trouble car il a été susurré en divers endroits qu’Ana Pauker n’était peut-être pas étrangère aux malheurs survenus à son époux. Marcel Pauker, né lui aussi dans une famille juive en 1896, avait fait des études d’ingénieur en Suisse. Communiste convaincu, il prend part durant toutes ces années aux mêmes activités que son épouse, activités qui le conduisent fréquemment à Moscou. Il y sera hélas pour lui en mars 1937, juste à temps pour la Grande Purge. Arrêté par le NKVD sous l’accusation d’espionnage en faveur de la Roumanie ( !), il est torturé, condamné à mort et exécuté en 1938. Il avait eu trois enfants avec Ana Pauker, nés en 1921, 26 et 28, plus un, prénommé Yakov, né en 1931 d’une militante ardente, Roza Elbert.

Donc échangée et apparemment pas rancunière, Ana Pauker se retrouve en 1941 à Moscou où elle devient la dirigeante des communistes roumains exilés, connus sous le nom de faction moscovite.

En 1944, elle rentre en Roumanie en même temps que l’Armée Rouge. Le 6 mars 1945, les communistes s’emparent du pouvoir. La dictature s’abat sur le pays et fera, selon les chiffres officiels, deux millions de morts civiles en 45 ans.

c5a0d7d0873d5f72ac502fd6823eeaf6.jpg

Ana Pauker participe au premier gouvernement de l'après-guerre. Elle devient ministre des affaires étrangères en 1947. Elle est alors à son zénith et fera la couverture du magazine américain Time en 1948 sous le titre La femme la plus puissante à l'heure actuelle. Cette même année, elle est chargée de l'agriculture et à ce titre participe activement à la politique de collectivisation forcée imposée au pays.

Des luttes de pouvoir au sein de l’appareil communiste roumain vont l’écarter au profit du chef de l’Etat, Gheorghiu-Dej - avec qui elle est en rivalité depuis des années - qui persuade Staline de purger Pauker et ses soutiens. La voilà à son tour accusée en 1952. De « cosmopolitisme », car c’est le terme à la mode. Elle est arrêtée en février 1953 et interrogée en vue de son procès. Mais Staline meurt opportunément en mars 1953, ce qui la sauve.

En partie du moins, car considérée comme une stalinienne pure et dure, avec tous les excès que cela avait comporté pendant des années, la déstalinisation, bien que fort limitée en Roumanie, va l’écarter cette fois encore. Pas pour des raisons idéologiques, encore moins « morales »  bien sûr, mais uniquement pour des rivalités de pouvoir.

Elle est cependant autorisée à travailler comme traductrice de français et d’anglais pour la maison d’édition Editura Politicà. Elle meurt en juin 1960 à Bucarest.

3abff925ec5cbb79107d9d05e96f9a4e.jpgEn 2001, dans le but de redorer le blason d’un personnage dont l’évocation suscite aujourd’hui encore la crainte en Roumanie, Robert Lévy lui consacrera un livre intitulé The Rise and Fall of a Jewish Communist (Ascension et chute d’une communiste juive). Il n’est pas trop méchant avec elle.

Si vous souhaitez un autre son de cloche, je pense que celui-ci sera plus indiqué : il a paru cinquante ans plus tôt, en 1951, sous la plume de Nicolas Baciu et s’appelle Des geôles d’Anna Pauker aux prisons de Tito. Il est certainement intéressant.

Comme il y a peu de descriptions de Pauker, celle-ci, parue en 1952 sous la plume de la princesse Ileana de Roumanie (1909-1991) dans son livre I live Again est d’autant plus précieuse (et on peut faire confiance à une femme pour cela) : « …J’ai toujours pensé lorsque j’étais près d’elle qu’elle ressemblait à un boa constrictor qui venait d’être nourri et qui par conséquent n’allait pas vous manger – tout de suite ! Lourde et molle comme elle semblait être, elle possédait tout de ce qui est à la fois repoussant et horriblement fascinant dans un serpent. Il ne m’était pas difficile d’imaginer, rien qu’en la regardant, qu’elle avait pu dénoncer son propre mari, qui fut ensuite exécuté ; la connaissant mieux par la suite, je pus comprendre par quel éclat froid et déshumanisé elle avait pu atteindre la situation puissante qu’elle occupait. »

25/11/2007

ALLEZ, NE NOUS OCCUPONS PLUS DES VIEUX GENOCIDES - SAUF UN, NATURELLEMENT - MAIS UNIQUEMENT DES FUTURS

Il n’y a pas qu’en France qu’on prend les citoyens pour de parfaits imbéciles. Les Américains sont bien servis de ce côté-là aussi. En façade et à l’usage des masses, des discours à trémolos sur la démocratie, les droits de l’homme, la liberté, etc. Et derrière, du business, du fric, des politiques à géométrie très variable et des personnages qui aujourd’hui osent jouer les colombes alors qu’ils ne sont vraiment pas équipés pour ça.

Dernière trouvaille aux Etats-Unis : créer un nouveau machin pour aider le gouvernement américain à « prévenir les nouveaux génocides » et autres atrocités. Vous allez voir que l’idée n’est pas bête car dans l’esprit de ses promoteurs il faut dorénavant regarder devant soi. Plus derrière ou à côté.       Enfin, il reste toujours UN cas où il faut encore regarder en arrière. Mais un seul. - Pour le reste, on tire un trait et on recommence.

724800180205afe01d30ccbc8df47661.jpg

Donc, ce machin, qui a été annoncé en grande pompe le 13 novembre dernier à Washington lors d’une conférence de presse, serait co-présidé par Madeleine Albright et William Cohen. Vous commencez à y voir plus clair, n’est-ce pas ? Il est porté sur les fonts baptismaux par le Musée du Mémorial de l’Holocauste des Etats-Unis, l’Institut des Etats-Unis pour la Paix et l’Académie américaine de Diplomatie. Juste une parenthèse pour indiquer que l’Institut des Etats-Unis pour la Paix (USIP), financé par de l’argent public, a été créé en 1984 pour « promouvoir la paix internationale et la résolution des conflits entre les nations et les peuples du monde ». Rien que ça. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a vraiment bien rempli son rôle. Et on comprend que dans ces conditions, il faille créer d’urgence un autre machin encore plus efficace.

Lorsque je parlais de la nécessité de ne plus regarder en arrière, c’est très exactement ce qu’ont répondu à plusieurs reprises les deux sommités citées plus haut aux journalistes qui les pressaient de questions embarrassantes (oui, il paraît que ça se fait encore, aux Etats-Unis). Les journalistes arméniens étaient particulièrement offensifs, qui ont demandé aux deux colombes – je n’ose dire aux deux tourtereaux - pourquoi elles s’étaient fendues d’une lettre à Nancy Pelosi en septembre dernier pour s’opposer à ce que le Congrès examine la résolution sur le génocide arménien. Leurs réponses valent le détour : "Il n’y a pas d’absolu dans ceci - a expliqué Cohen - Il y a un élément de pragmatisme ... Je crois que toute personne travaillant dans la fonction publique doit nécessairement disposer d’un ensemble de facteurs d’équilibrage à prendre en compte."

Et Albright de compléter : "Ce sont des questions qui ont été longuement débattues et elles peuvent entrer dans des déclarations, puis, en dernier ressort, lorsque vous êtes dans le gouvernement (comme nous l’avons été tous les deux) et que vous avez à prendre des décisions très difficiles, vous cherchez une image d’ensemble. Je pense que nous devons l’admettre. Sinon, nous n’allons pas nous en sortir. Ce sont des questions très, très difficiles."

Si les Arméniens n’ont rien compris à ces réponses pourtant claires, c’est qu’ils y mettent vraiment de la mauvaise volonté.

D’autres journalistes ont évoqué la situation en Israël, autre problème épineux, et là encore il leur a été répondu que le groupe de travail (de prévention des génocides futurs) “ne déterminerait pas quelles situations, passées ou présentes, y compris en Cisjordanie et à Gaza, constituaient un génocide.”   C’est vrai ça, ils sont agaçants à toujours regarder là où il ne faut pas … Puisqu’on vous dit qu’on s’occupera des nouveaux génocides.

Petit rappel de qui sont nos deux nouvelles colombes :

Madeleine Albright, née Marie Jana Korbelova en 1937 à Prague dans une famille juive convertie au catholicisme pour échapper aux persécutions, a été nommée ambassadrice aux Nations Unies en 1993. En 1994 avait lieu le génocide au Rwanda, qui ne donna pas lieu de sa part à une vive réaction. En 1996, elle soutiendra les sanctions contre l’Irak et déclarera à cette occasion, à propos des centaines de milliers d’enfants morts en raison de l’embargo : "I think this is a very hard choice, but the price -- we think the price is worth it."( Je pense que c'est un choix très difficile mais le prix –nous pensons que le prix en vaut la peine ). Elle sera secrétaire d’Etat de Clinton de 1997 à 2001 et s’illustrera notamment par sa fermeté dans les Balkans et sa position anti-serbe. Colin Powell dans ses Mémoires raconte qu’elle appuyait l’engagement militaire américain par des arguments du type: "What’s the point of having this superb military you’re always talking about, if we can’t use it?" (A quoi bon avoir cette superbe force militaire dont vous parlez sans cesse si on ne peut pas s’en servir?)

William Cohen était son collègue durant ces mêmes années puisqu’il fut secrétaire à la défense de 1997 à 2001. Il est actuellement à la tête du Cohen Group – services et conseils en matière d’affaires à haut niveau – allié à la DLA Piper, énorme organisation internationale de services juridiques – 3600 avocats basés dans 25 pays. L’un des clients de DLA Piper est le gouvernement turc. Asia Times a relaté le 16 octobre 2007 qu’Ankara dépensait plus de 300 000 dollars par mois en opérations de relations publiques aux Etats-Unis rien que pour empêcher le vote de la résolution sur le génocide arménien. L’ambassade turque paie, elle,  100 000 dollars par mois DLA Piper pour faire du lobbying dans ce sens.

On comprendra qu’à ce prix-là, mieux vaut effectivement regarder droit devant. Et ne pas se laisser distraire par des vétilles.

Source :   www.collectifvan.org                                                     

24/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (18)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

LISA ROZENSWEIG, dite ELIZABETH ZUBILIN (ou ZARUBINA)

27d583fa1398ec528c80653744991d6b.jpgNous avons fait sa connaissance hier et il serait dommage de laisser passer sans s’y intéresser de plus près cette espionne bolchevique à la carrière bien fournie. Ce qui ne l’a pas empêchée de mourir il n’y a pas si longtemps que ça, en 1987.

Elle commence le siècle en fanfare puisqu’elle naît le 1er janvier 1900 dans une famille juive de la province de Bucovine, entre la Roumanie et l’Ukraine. Une famille apparemment assez aisée pour lui permettre de poursuivre des études d’histoire et de philologie en Russie, France et Autriche. Très douée pour les langues, elle parle roumain, russe, allemand, français, anglais et hébreu. Tout cela va lui être bien utile par la suite. Sa famille est aisée, ce qui n’empêche pas la fibre révolutionnaire. Dans sa parenté se trouve Ana Pauker, qui fondera le parti communiste roumain. Une autre personne bien intéressante…

Zarubina – on va l’appeler comme ça, c’est plus mignon, ça fait un peu comédie italienne – participe activement aux mouvements révolutionnaires qui agitent la Bessarabie (grande région adjacente à la Bucovine) après la 1ère guerre. Et en 1919, elle devient membre du komsomol de Bessarabie. Le komsomol était le nom donnée à l’organisation des jeunesses …bolcheviques, car il fallait bien encadrer ces jeunes gens, futurs piliers du régime.

Ses qualités vont vite trouver à s’employer ailleurs qu’en Bessarabie. En 1923, elle rejoint le parti communiste d’Autriche. En 1924, elle intègre les services secrets bolcheviques et travaillera jusqu’en 1925 à l’ambassade soviétique à Vienne, puis, jusqu’en 1928, toujours à Vienne mais en dehors de l’ambassade.

On la retrouve ensuite à Moscou où, comme on l’a vu hier, Meïer Abramovitch Trilisser, à l’époque chef des services secrets et vice-président de la Guépéou, lui ordonne en 1929 de abandon bourgeois prejudice, autrement dit de laisser tomber les préjugés bourgeois, et de séduire Yakov Blumkin. Elle exécutera sa mission en Turquie où il se trouve alors, sous le nom de Lisa Gorskaya, apparemment inconnue de Blumkin qui était pourtant son collègue. Mais il est vrai qu’elle avait exercé à Vienne …En tout cas, elle rapportera fidèlement toutes leurs conversations à Trilisser. On connaît la suite, pour Blumkin.

Zarubina, elle, se mariera au cours de la même année 1929 avec un collègue des services secrets, Vassili Zarubin. Dès lors ils feront équipe pendant de longues années, opérant sous la couverture d’un couple tchèque travaillant en Allemagne, France, Etats-Unis.

Zarubina démontrera des qualités hors pair d’agent recruteur, créant un réseau clandestin de juifs émigrés de Pologne. Elle sera particulièrement active aux Etats-Unis, introduisant des agents dans l’entourage d’Einstein, d’Oppenheimer et d’autres, afin de percer au bénéfice des soviétiques les secrets de la bombe américaine.

En 1941, elle a le grade de capitaine du KGB. Son mari opère à Washington - il sera chef du KGB de 1941 à 1944 - et elle-même se rend fréquemment en Californie où, par l’intermédiaire de Gregory Kheifetz, vice-consul à San Francisco et lui aussi agent du KGB, elle se lie d’amitié avec l’épouse d’Oppenheimer, Kitty Puening Harrison, d’origine allemande, aux amitiés communistes bien affirmées. Elle aura dès lors de fréquents rapports avec Oppenheimer, lui-même très à gauche. C’est un vrai nid d’espions pro-soviétiques qui pullule autour du Projet Manhattan. Il y aura en particulier le physicien allemand Klaus Fuchs, introduit par Zarubina, qui travaillera pour le NKVD  et qui jouira de l’entière confiance d’Oppenheimer. Elle introduira également l’espionne Maria Konnenkova auprès d’Einstein.

La suite des événements est difficile à décrypter. Ce qui est sûr, c’est que Zarubina n’est morte qu’en mai 1987 et son agent secret de mari en 1972. Une lettre de dénonciation était parvenue aux services secrets américains en 1943, qui amènera le rappel du couple à Moscou. Après enquête, lui sera déchargé de ses fonctions en 1948 « pour raison de santé », ce qui était plutôt inquiétant là-bas. Quant à elle… mystère. Mais peut-être ont-ils terminé leur existence comme des bourgeois bien tranquilles de la nomenklatura, qui sait ?

23/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (17)

(PRESQUE) UNE CHASSE GARDEE : LES SERVICES SECRETS BOLCHEVIQUES

YAKOV BLUMKIN

8e4ae967a7ec0731f052305d903c4991.jpgWikipédia (anglais) nous informe derechef qu’il était : révolutionnaire, assassin, bolchevique, agent de la tchéka, espion de la Guépéou, trotskiste et aventurier. Reconnaissez qu’il s’agit là d’une carte de visite peu banale, surtout si l’on songe qu’il est mort à 31 ans. Et même s’il est vrai que le personnage n’était pas des plus sympathiques, force est de reconnaître qu’il n’avait pas froid aux yeux.

Mais n’anticipons pas.

Yakov Blumkin naît en 1898 dans une famille juive d’Ukraine et comme la valeur n’attend pas le nombre des années, s’engage dès ses 16 printemps dans les rangs du parti révolutionnaire-socialiste (ou vice-versa, mais ça revient au même). Après la révolution d’octobre – il n’a guère que 19 ans - il devient le chef du service contre-espionnage de la tchéka, travaillant sous les ordres de Félix Dzerzhinsky. Durant la terreur rouge, il sera connu pour sa brutalité.

Wikipédia nous rapporte également une information qui en dit long sur les méthodes alors employées pour envoyer à la mort à peu près n’importe qui pour n’importe quoi. Ce n’est pas une histoire juive, bien que strictement tous les protagonistes le soient. L’écrivain Isaiah Berlin raconte cette histoire survenue au poète Osip Mandelstam :

« Un soir, peu après la révolution, il était assis dans un café où se trouvait le terroriste révolutionnaire bien connu Blumkin…qui était à l’époque un officiel de la tchéka…en train d’écrire d’un air aviné les noms des hommes et des femmes à exécuter sur des formulaires vierges déjà signés par le chef de la police secrète. Mandelstam surgit brusquement devant lui, saisit les listes, les déchira en morceaux devant les spectateurs stupéfaits, puis disparut en courant. A cette occasion, il fut sauvé par la sœur de Trotsky » (qui était, comme nous le savons, l’épouse de Lev Rosenfeld, dit Kamenev).

Blumkin, qui était resté membre du parti révolutionnaire-socialiste (opposé au traité de Brest-Litovsk), fut chargé par le comité exécutif d’assassiner Wilhelm Mirbach, l’ambassadeur allemand en Russie, afin d’inciter à une guerre contre l’Allemagne. Il exécuta son contrat le 6 juillet 1918, ce qui provoqua une insurrection armée à Moscou, vite calmée par les bolcheviques. Qui en profitèrent pour se débarrasser de ce parti encombrant. Son coup fait et devant la tournure des événements, Blumkin disparut dans la nature.

Dzerzhinsky, le chef de la tchéka, va cependant pardonner à cette tête brûlée, mais efficace. Au printemps de 1920, Blumkin est envoyé dans la province de Gilan en Iran, près de la mer Caspienne, où Mirza Koochak Khan avait établi une « république soviétique socialiste perse » à l’existence plutôt brève. Attention, ça devient très compliqué, mais je vais simplifier. A peine arrivé, le 30 mai, Blumkin fomente un coup d’état et met en place une équipe locale dominée par les communistes.

Il était donc inutile qu’il s’attarde. En août 1920, le revoilà à Petrograd pour une nouvelle mission. Cette fois, il doit veiller à la sécurité du train blindé qui emmène Zinoviev, Radek, Béla Kun et le journaliste communiste John Silas Reed au Congrès des nationalités opprimées (si, si ...) qui a lieu à Bakou, en Azerbaïdjan. Pour cela, ils doivent traverser des zones où la guerre civile fait rage, d’où le blindage du train. A Bakou sera plébiscitée la proposition de Zinoviev, alors chef du Komintern, d’appuyer, et d’inciter si nécessaire, les révoltes des populations du Moyen-Orient contre les Anglais.

De retour à Moscou, il se lie avec Trotsky et, durant deux ans, lui servira de documentaliste et de secrétaire pour son livre qui paraîtra en 1923, Ecrits militaires. Il rejoint ensuite la Guépéou nouvellement créée à la suite de la tchéka, toujours au rayon espionnage.

On glose souvent sur les manies « ésotériques » de Hitler et les expéditions lointaines qu’il aurait commanditées. Eh bien, il n’était en tout cas pas le seul car dès les années 20, les bolcheviques financèrent plusieurs expéditions au Tibet dans l’idée de découvrir la mythique cité de Shambala dont les habitants étaient réputés communiquer par télépathie. En 1926 et en 1928, deux expéditions menées par le théosophe russe Nicholas Roerich visitèrent bel et bien Lhassa. Blumkin accompagna les deux voyages en tant qu’ « agent spécial », déguisé à l’occasion en lama ou en mongol.

En 1929, il est en Turquie où il met en vente des incunables hébreux provenant de la Bibliothèque Lénine de Moscou afin de financer un réseau d’espionnage sur le Moyen-Orient. Il y rencontre Trotsky qui s’y trouvait après sa récente expulsion d’URSS et ça va être le début de ses malheurs, que je vais également abréger, car c’est une très sombre histoire.

Trotsky lui communique un message secret à transmettre à Radek. Cela va hélas se savoir (comment ? nul ne le sait) et entraîner l’ire de Staline. Entre en scène à ce moment-là une connaissance, Trilisser, chef des services secrets, qui pour faire tomber Blumkin, choisit la méthode la plus simple (et la plus agréable) : une belle espionne soviétique chargée de le faire parler. Elle s’appelait Lisa Gorskaya, alias Elizabeth Zubilin et sa carrière n’est pas triste non plus. Nous y reviendrons.

En attendant, Blumkin se fait avoir comme un bleu. Dans le courant de l'année, il est arrêté pour trahison et traduit devant un tribunal de la Guépéou présidé par Iagoda. C’est finalement Staline qui décidera de la peine de mort. Il paraît que devant le peloton d’exécution, il cria ces derniers mots : Longue vie à Trotsky !

D’une certaine manière, il a été exaucé.