Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

27/11/2007

LES ALLEMANDS PRIES DE REPASSER A LA CAISSE

Fin juin, la firme Merrill Lynch rendait public son 11e rapport sur les grandes fortunes privées dans le monde et le site Ynetnews nous informait fièrement que 7 200 millionnaires vivaient en Israël. Sur sept millions d’habitants. Soit 12,9% de plus que les années précédentes et 50% de plus que la moyenne rapportée à la population mondiale (voir archives du blog 26/6).

A la mi-octobre, c’était au tour du magazine américain Vanity Fair de publier comme chaque année la liste des 100 personnes les plus riches du monde. Sur cette liste, plus de la moitié étaient juifs (archives 15/10).

Au cours du même mois, Shimon Pérès déclarait à Tel Aviv lors d’un forum économique : «  L’économie d’Israël est florissante. (…) Les hommes d’affaires israéliens investissent partout dans le monde. Israël connaît un succès économique sans précédent. Aujourd’hui, nous avons gagné l’indépendance économique et nous sommes capables d’acheter Manhattan, la Pologne et la Hongrie ».

Rien que de bonnes nouvelles, donc. On pouvait donc s’attendre à ce qu’un tel pays – capable d’acheter Manhattan - puisse  aussi prendre en charge sans problème particulier les survivants de la shoah survenue il y a maintenant …. 62 ans.

Eh bien, il semble que non. L’Etat d’Israël est apparemment incapable de répondre, non seulement aux besoins des survivants, mais de façon plus générale aux attentes des couches les plus défavorisées de la population. Si la croissance économique est indéniable, elle ne profite qu’à une toute petite fraction.

Le dernier rapport (israélien) du Taub Center for Social Policy souligne l’échec notoire de l’Etat dans sa lutte contre les inégalités sociales. Les Israéliens seraient d’ailleurs 69% à juger leurs gouvernants corrompus. La situation se dégrade et le nombre des nécessiteux ne fait que croître. Nécessiteux ou survivants de l’holocauste ?

Dans tous les cas de figure, la tentation est grande de demander à l’Allemagne de rouvrir son portefeuille pour venir en aide à « ses » victimes. Mais l’a-t-elle jamais refermé, ce portefeuille ?

846de54e3aa1da97ebda80e0868cbd91.jpg

La polémique sur la question fait rage en Israël depuis que le ministre Rafi Eitan est allé jusqu’à suggérer une remise en question de l’accord de réparations signé en 1953, aux termes duquel l’Allemagne versait à Israël une compensation de 833 millions de dollars en biens et en services pour les survivants et la construction du nouvel Etat.

Devant la levée de boucliers, notamment en Allemagne, Eitan a tempéré son propos, se bornant à  réclamer l’installation d’un groupe de travail chargé d’examiner comment les Allemands pourraient à nouveau aider financièrement les survivants.

Même en Israël, les avis sont plus que partagés sur cette requête. Il y a ceux qui estiment que l’Allemagne ne paiera jamais assez et qu’Israël ne fait que réclamer son dû car il n’aurait pas demandé assez au départ. Uri Hanoch, président d’une association des survivants de Dachau a ainsi déclaré au Jerusalem Post « Je ne cesse de penser à ma famille qui était une famille de la classe moyenne ; la maison, les tableaux, les bijoux en diamant et les terres, ils nous ont tout volé ; ils ont pris mille fois plus que ce qu’ils ont payé ».

Myriam Steiner, réchappée d’un camp de concentration en Yougoslavie lorsqu’elle avait cinq ans, renchérit : « J’ignore ce que le gouvernement allemand a donné au gouvernement israélien. Tout ce que je sais,  c’est que les survivants de l’holocauste sont démunis aujourd’hui. Vous devez prouver que vous êtes misérable pour recevoir ce à quoi vous avez droit ».

Et il y a ceux qui ont honte de voir leur pays se comporter en éternels « schnorrers », en quémandeurs perpétuels. « Demander aux Allemands davantage de réparations, c’est mal. Les Allemands d’aujourd’hui n’ont rien fait et ceux qui ont mal agi sont morts, et leurs crimes ont été payés. Comment un peuple peut-il s’humilier de la sorte ? Jusqu’où allons-nous descendre ? Des Israéliens qui n’ont pas travaillé un seul jour en Allemagne, et dont les parents n'en sont même pas originaires, ont pu percevoir de ce pays une retraite qui n’existe que par l’épargne des travailleurs allemands. Cette pension est plus généreuse que ce qu’offre Israël ». Voilà ce que l’on pouvait lire, entre autres, sur Ynetnews. J’ai même lu le terme de « first-rate chutzpa ».

Ou encore, toujours sur le même site : « Personne en Allemagne ne nous doit un sou. Seule l’histoire de l’Allemagne nous doit quelque chose. Ils nous ont aidés à devenir une nation, un pays entreprenant, mais nous sommes en train de devenir un peuple manquant de respect de lui-même. Nous sommes sans vergogne. Nous prenons tout ce que nous pouvons ».

Ou encore ceci, que je laisse volontairement en anglais : “ For many years, Israelis and Jews have been travelling around and holding up the Auschwitz banner before the Germans, without anyone authorizing them to do so. If there is someone in our government who reads Hebrew, let him stop this journey of bowing down to German money – let him stop this shameful national fundraising campaign immediately”.

Jusqu’où charger la barque sans qu’elle coule ? Voilà la question. Le gouvernement allemand, reconnaissent les officiels israéliens, fait tout ce qu’il peut pour être agréable à l’Etat hébreu : le premier à condamner Ahmadinejad, le premier à soutenir les efforts d’Israël au sein de l’Union Européenne, ne ménageant pas ses efforts pour les soldats retenus en otages, accordant des fonds pour des projets éducatifs ou autres. Récemment encore, il a offert 100 millions d’euros pour les rescapés des camps de travail nazis.

A côté de cela, les Allemands eux-mêmes commencent tout doucement à en avoir légèrement assez. Internet en Allemagne bruissait de messages du style : « Un accord est un accord. Que veulent-ils encore de nous ? Il est absurde qu’une génération qui n’a pas commis de crime doive payer pour une génération qui n’a pas été tuée ».

Moi, je me demande pourquoi personne ne songe à demander à la Claims Conference de mettre la main au portefeuille également. C’est justement pour cela qu’elle a été créée. L’organisme chargé de collecter les indemnisations pour les dommages subis par les juifs durant la guerre – et de les redistribuer aux survivants - serait en effet à ce jour l’organisation juive la plus riche du monde, avec des réserves financières d’environ 1,7 milliard de dollars (archives blog 11/7). Il est vrai qu’entre autres aberrations administratives et en vertu d’un règlement totalement dépassé, la Claims ne peut ou ne veut pas indemniser un certain nombre de survivants, essentiellement arrivés de l’ex-Union soviétique et des pays de l’est, qui restent donc à la charge de l’Etat d’Israël. Voilà pourquoi il est fait appel au bon cœur des Allemands.

Commentaires

Je reprends :
« Je ne cesse de penser à ma famille qui était une famille de la classe moyenne ; la maison, les tableaux, les bijoux en diamant et les terres, ils nous ont tout volé ; ils ont pris mille fois plus que ce qu’ils ont payé ».

Ca c'est de la classe moyenne, non ? Encore que la maison pouvait être un F2 et les tableaux venir de chez Konfo ou des 3 Helvètes, mais tout de même, quel culot!

Écrit par : charles-henri | 27/11/2007

Je rectifie la traduction - Peres a plutot dit que "nous sommes en train de racheter/nous rachetons Manhattan, Pologne, Hongrie" ("[...] today, we have won economic independence and are buying out Manhattan, Poland and Hungary" - source: http://www.pestiside.hu/archives/impressive_displays_of_chutzpah_part_ii_the_jews_are_buying_hungary003513.php).

Historiquement, cette affirmation est basee sur des fondations fortes: avant la Deuxieme Guerre Mondiale, Hongrie a ete le centre de la plus influente et la plus riche communaute juive de l'Europe. Vous avez certainement entendu de ces "trains dores" en provenance d'Hongrie que les troupes americaines ont pillie a la fin de la guerre.

En ce qui concerne la Pologne, ce dernier n'a pas ete choisi au hasard pour les camps d'extermination - 90% de la communaute juive europeenne d'avant 1939 vivait sur son territoire. La World Jewish Congress nous a recemment rendu la facture pour les richesses abondonnes par les juifs apres la guerre - a peu pres 60 billions de dollars.

Il s'agit du rachat de ce qui a effectivement ete une propriete juive il y a 60 ans.

Si malgre tout nous ne sommes pas encore d'accord avec la traduction, regardons la scene ou il le dit en souriant avec une joie non-cachee (au tout debut): http://www.youtube.com/watch?v=zK0paj_hFWw&eurl

Son expression exprime plus que des volumes des livres.

Écrit par : mj | 28/11/2007

plus que 15 ans à tenir pour les Allemands ?
dans 15 ans le dernier des rescapés sera mort de vieillesse et puis à l'époque on sera occupé par les juifs réfugiés d'Israël et rescapés de ... (comment on dit holocauste en arabe ou en persan ?) avec un peu de chance on paiera aussi pour cela.

Écrit par : Paul-Emic | 29/11/2007

Les commentaires sont fermés.