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07/11/2007

IL Y A 90 ANS, ON PROMETTAIT (DEJA) DES LENDEMAINS RADIEUX… (10)

LAZAR MOÏSSEÏEVITCH KAGANOVITCH

379d58bc03d1bfe5a2de4268fa552dd7.jpgCe très proche collaborateur et adorateur servile de Staline est né en 1893 et, tenez-vous bien, est mort de sa belle mort le 25 juillet….1991. A l’âge canonique de 98 ans ! Après la chute du rideau de fer ! En voilà un de plus en tout cas à avoir échappé à la « fureur antisémite » du maître du Kremlin. Un personnage  particulièrement sympathique, comme nous allons le voir. Mais n’anticipons pas cette épopée et commençons par le début.

Kaganovitch naît dans une famille juive d’Ukraine et débute dans la vie comme apprenti cordonnier. Il adhère au bolchevisme en 1911 et se bat dans l’Armée Rouge durant la guerre civile. En 1920, il est envoyé en Asie centrale, dans le Turkestan.

Contrairement à ses collègues qui l’ont précédé dans cette série, Kaganovitch commence donc sa carrière plutôt petitement. Mais une fois parti, il ne s’arrêtera plus.

Stalinolâtre dès le tout début, il en sera bien récompensé puisqu’il intègre le Comité central du Parti en 1924 et est promu 1er secrétaire du Parti d’Ukraine de 1925 à 1928. Il va s’illustrer une première fois durant cette triste période en soutenant à fond la collectivisation forcée des campagnes, véritable guerre déclarée par le pouvoir aux paysans, et en éliminant sans états d’âme tous les opposants et autres « éléments parasitaires et antisociaux ». Et ils sont nombreux.

Son zèle sera reconnu à sa juste valeur : il est élu en 1930 au Politburo, où il restera jusqu’en 1957, date du début de la déstalinisation. Une longévité absolument remarquable.

De 1930 à 1935, le voilà 1er secrétaire à Moscou. Comme l’indique pudiquement Wikipédia,  « Durant les années 1930, Kaganovitch participe avec zèle et sans état d'âme à la mise en œuvre des réformes économiques et sociales de Staline, notamment la collectivisation de l'agriculture et l'industrialisation aussi rapide que violente de l'URSS, ainsi qu'aux  purges politiques. »

Derrière cette phraséologie lisse, se cache un épisode particulièrement abject d’une carrière pourtant bien remplie à cet égard. Kaganovitch jouera en effet un rôle de premier plan lors de l’Holodomor, la famine orchestrée par le pouvoir, qui fit au bas mot six millions de victimes, dont deux millions d’enfants. Le plan de collecte totalement irréaliste prévu par le gouvernement des soviets n’ayant pas été rempli, et pour cause, Kaganovitch et Molotov sont envoyés en octobre 1932 dans le Caucase du nord et en Ukraine afin d’ « accélérer les collectes » et d’ empêcher à tout prix les paysans de fuir vers les villes.

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Le 2 novembre 1932 – il y a tout juste 75 ans – la commission présidée par Kaganovitch, envoyée dans le Caucase du nord,  adoptera la résolution suivante : « A la suite de l’échec particulièrement honteux du plan de collecte des céréales, obliger les organisations locales du Parti à casser le sabotage organisé par les éléments koulaks contre-révolutionnaires, anéantir la résistance des communistes ruraux et des présidents de kolkhoze qui ont pris la tête de ce sabotage ».  A partir de ce moment-là, les opérations « anti-sabotage » vont aller bon train et les victimes se compteront par dizaines de milliers. Sans compter les déportations de villages entiers. Un certain Nikita Khrouchtchev s’illustrera d’ailleurs également par sa férocité durant cette sombre période, en Ukraine. Il a été calculé qu’au plus fort de la famine, jusqu’à 33 000 personnes mourraient de faim chaque jour dans cette région.

Durant la Grande Terreur et ses purges, dans les années 1936-39, Kaganovitch continuera à seconder efficacement son maître. Sa signature apparaît au bas de 191 listes de condamnés, en général à mort. Il se rendra d’ailleurs personnellement en 1937 purger le Donbass, Tchéliabinsk, Iaroslav, Ivanovo, Smolensk.  Résultat : il monte encore en grade et devient en 1938 vice-président du Conseil des commissaires du peuple - soit n°2 du pays -, poste qu’il réussira à conserver jusqu’en 1957.

Pendant la guerre, il est membre du Comité d’Etat à la Défense et obtient même en 1943 la distinction rare de Héros du travail socialiste. Il est, le 5 mars 1940, l'un des responsables soviétiques qui contresignent l'ordre d'exécution par le NKVD de 25 700 officiers polonais faits prisonniers par l'Armée Rouge. Ils seront abattus à Katyn et cette tuerie sera, lors du procès de Nuremberg, portée sur la facture payée par les nazis.

Après la guerre, il continue à faire partie du 1er cercle du pouvoir et cumule nouveaux postes et nouveaux honneurs, puisqu’il intègre le Présidium en 1952. Jamais il ne s’opposera aux campagnes « antisémites » de Staline, qu’il soutiendra, bien au contraire.

Il réussira même le tour de force de conserver son influence après la mort inopinée de Staline en 1953, puisqu’il devient ministre du Travail et des Salaires en 1955-56. Il contribue à la montée en puissance d’une vieille connaissance du temps de l’Ukraine, Nikita Khrouchtchev, mais n’en sera pas vraiment récompensé. Ce dernier, qui cherche à se débarrasser de souvenirs gênants, et de témoins embarrassants de la période stalinienne – à laquelle il a pourtant largement contribué – le démet de ses fonctions gouvernementales en 1957.

Mais, heureusement pour lui, les temps ont (un peu) changé. Il n’est donc pas liquidé et ne sera finalement exclu du Parti qu’en 1964.

Il lui reste près de trente ans à vivre, avec ses souvenirs et sans jamais avoir été inquiété pour ses activités criminelles qui en font pourtant l’équivalent d’un Adolf Eichman. L’un comme l’autre zélés, dévoués à la cause et sans états d’âme superflus.

Mais voyez comme c’est étrange : l’un a été justement puni, l’autre est mort dans son lit, médaillé de l’Ordre de l’Union soviétique.

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