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30/09/2007

UN NOUVEAU PAVE DANS LA MARE EN PERSPECTIVE!

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John J. Mearsheimer, professeur de sciences politiques à l'Université de Chicago et Stephen M. Walt, professeur de relations internationales à Harvard, avaient publié l'an dernier un long article sur l'influence du lobby pro-israélien aux Etats-Unis dans la London Review of Books, mis en ligne ensuite sur le site de la Kennedy School of Government d'Harvard. Une avalanche d'insultes avait aussitôt fusé de tous côtés, assorties de l'inévitable et redoutable accusation d'antisémitisme. Celle qui sert invariablement en toutes circonstances dès lors que l'on est à court d'arguments pour riposter sur le fond.

Pour compléter cet essai – et alors que les Etats-Unis s’engagent dans une année électorale - les deux auteurs viennent de publier un livre intitulé Le lobby pro-israélien et la politique étrangère américaine, dont la traduction est disponible depuis la semaine dernière aux éditions La Découverte. Un nouveau pavé dans la mare en perspective!

Et surtout, une grande source d’informations, si l’on en juge par le plan du livre, tel qu’exposé en introduction par les auteurs :

« …Pour cela, nous avons trois devoirs à remplir. Plus précisément, nous devons convaincre les lecteurs : que les États-Unis fournissent à Israël un soutien matériel et diplomatique hors du commun ; que l’influence du lobby en est la raison principale ; que ce soutien inconditionnel va à l’encontre de l’intérêt des États-Unis. Pour ce faire, nous procéderons comme suit.

Le chapitre 1 aborde de front la première question, en décrivant l’aide économique et militaire ainsi que le soutien diplomatique que les États-Unis apportent à Israël, en temps de guerre comme en temps de paix.

Les chapitres 2 et 3 évaluent les principaux arguments invoqués en général pour justifier ou expliquer ce soutien exceptionnel. Cette évaluation critique est nécessaire pour des raisons méthodologiques : afin d’évaluer correctement l’influence du lobby pro-israélien, il nous faut examiner d’autres explications possibles à la « relation privilégiée » entre les deux pays.

Dans le chapitre 2, nous nous pencherons sur l’argument répandu qui veut qu’Israël mérite un soutien sans bornes parce qu’il constitue un atout stratégique précieux.
Nous démontrons que, bien qu’Israël ait été un atout au cours de la Guerre froide, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Apporter un tel soutien à Israël ne fait qu’aggraver la menace du terrorisme et complique la tâche des États-Unis au Moyen-Orient. Ce soutien inconditionnel perturbe également les relations qu’entretiennent les États-Unis avec un certain nombre d’autres pays dans le monde, ce qui s’avère politiquement coûteux pour les États-Unis. Et pourtant, alors que son coût a augmenté et que ses bénéfices ont chuté, ce soutien continue d’augmenter. Cette situation suggère qu’un facteur autre que stratégique est à l’oeuvre.

Le chapitre 3 examine les différents arguments de type moral auxquels les Israéliens et leurs sympathisants américains ont souvent recours pour expliquer le soutien américain.
Nous y étudions en particulier la thèse selon laquelle les États-Unis soutiennent Israël parce que les deux États partagent certaines « valeurs démocratiques », parce que Israël est un David faible et vulnérable face à un puissant Goliath arabe, parce que son attitude a toujours été plus morale que celle de ses adversaires, ou parce que Israël a toujours recherché la paix lorsque ses voisins choisissaient la guerre.

Si cet examen est nécessaire, ce n’est pas parce que nous éprouvons une quelconque animosité vis-à-vis d’Israël ni parce que nous pensons que son attitude est pire que celle des autres États, mais parce que ces arguments d’ordre moral sont très souvent utilisés pour justifier l’exceptionnelle abondance de moyens que les États-Unis mettent en oeuvre pour aider Israël. Nous arrivons à la conclusion que, même si l’existence d’Israël repose sur de solides bases morales, celles-ci ne suffisent pas à justifier un soutien de cette ampleur. Ce qui suggère à nouveau qu’un autre facteur est à l’oeuvre.

Après avoir établi que ni les intérêts stratégiques ni les arguments d’ordre moral ne pouvaient à eux seuls expliquer ce soutien, nous nous concentrons donc sur cet « autre facteur ». Le chapitre 4 identifie les différentes composantes du lobby et décrit comment cette coalition aux contours flous a évolué au fil du temps. Nous mettons l’accent sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un seul mouvement unifié, que ses différents éléments sont parfois en désaccord sur certaines questions, et qu’il comprend des Juifs comme des non-Juifs, ainsi que les « sionistes chrétiens ».

Dans ce chapitre, nous nous demandons également si les groupes arabes-américains, le soi-disant lobby pétrolier, ou les riches producteurs arabes de pétrole, ne forment pas un contrepoids important au lobby pro israélien, voire la véritable force agissante de la politique américaine au Moyen-Orient. Par exemple, beaucoup de gens semblent croire que l’invasion de l’Irak avait surtout à voir avec le pétrole et que les intérêts des grands groupes pétroliers ont poussé les États-Unis à attaquer ce pays.
  Ce n’est pourtant pas le cas : bien que l’accès au pétrole constitue bien évidemment un intérêt de poids, il existe de bonnes raisons de penser que les Arabes-Américains, les compagnies pétrolières et la famille royale saoudienne exercent beaucoup moins d’influence sur la politique étrangère américaine que le lobby pro-israélien.

Dans les chapitres 5 et 6, nous décrivons les différentes stratégies auxquelles les groupes du lobby ont recours pour promouvoir les intérêts d’Israël aux États-Unis. En plus des pressions directes exercées sur le Congrès, le lobby récompense – ou punit – les responsables politiques, grâce au levier que constitue le financement des campagnes électorales.
Les organisations du lobby exercent également des pressions sur l’administration en place de plusieurs manières, n’hésitant pas par exemple à utiliser ceux qui partagent leurs vues.

Le lobby n’a pas non plus ménagé ses efforts pour influencer le discours public sur Israël en faisant pression sur les médias et le milieu universitaire et en assurant sa présence au sein de puissants think tanks. Accuser les détracteurs d’Israël d’antisémitisme fait partie de ce travail auprès de l’opinion publique, tactique destinée à discréditer et marginaliser toute personne contestant la relation entre les deux pays.

Une fois ces tâches accomplies, la seconde partie du livre éclaire le rôle du lobby dans la définition de la politique américaine au Moyen-Orient. Notre argument – nous insistons sur ce point – n’est pas que le lobby est le seul facteur d’influence sur la prise de décisions dans ce domaine. Le lobby n’est pas tout-puissant, il n’obtient donc pas gain de cause à chaque fois.

Mais il est redoutablement efficace lorsqu’il s’agit d’orienter la politique américaine à l’égard Israël et de la région dans l’intérêt de l’État hébreu – et, croit-on, des États-Unis. Malheureusement, la politique qu’il a soutenue a porté un préjudice considérable aux intérêts américains mais aussi causé du tort à Israël.

Après une brève introduction pour planter le décor, le chapitre 7 montre que les États-Unis ont constamment soutenu les efforts d’Israël visant à réprimer ou limiter les aspirations nationales des Palestiniens. Même lorsque les présidents américains essaient de contraindre Israël à faire des concessions ou de se désolidariser de la politique israélienne – comme l’a tenté le président George W. Bush à plusieurs reprises depuis le 11 septembre 2001 –, le lobby intervient et les fait rentrer dans le rang.

Ce qui a eu pour résultats de ternir davantage l’image des États-Unis, de perpétuer la souffrance des deux côtés de la frontière israélo-palestinienne, et d’accentuer la radicalisation des Palestiniens. Et rien de tout ça n’est dans l’intérêt de l’Amérique ou d’Israël.

Dans le chapitre 8, nous démontrons que le lobby – et en particulier les néo conservateurs en son sein – est largement à l’origine de la décision de l’administration Bush d’envahir l’Irak en 2003. Certes – nous insistons sur ce point –, le lobby n’est pas seul à l’origine de cette guerre : les attaques du 11 septembre ont eu un impact certain sur la politique étrangère de l’administration Bush et sa volonté de faire tomber Saddam Hussein. Mais, sans le lobby, la guerre n’aurait sûrement pas eu lieu. En somme, son influence fut une condition nécessaire mais non suffisante de cette entrée en guerre qui s’est révélée un désastre pour les États-Unis et une aubaine pour l’Iran – l’ennemi le plus sérieux d’Israël dans la région.

Le chapitre 9 décrit l’évolution de la difficile relation de l’Amérique avec le régime syrien et révèle comment le lobby a poussé Washington à prendre des mesures hostiles à la Syrie (y compris à brandir quelques menaces de changement de régime) lorsque cela correspondait au souhait du gouvernement israélien.

Certes, les États-Unis et la Syrie ne seraient certainement pas devenus des alliés dans l’hypothèse où certains groupes clés du lobby auraient été moins influents, mais les États-Unis auraient pu choisir une approche moins conflictuelle, voire envisager une coopération limitée, mais profitable, avec la Syrie. En effet, sans le lobby, Israël et la Syrie auraient peut-être déjà signé des accords de paix, et Damas ne soutiendrait peut-être pas le Hezbollah au Liban, ce qui serait bénéfique pour les États-Unis comme pour l’État hébreu.

Dans le chapitre 10, nous étudions le rôle du lobby dans la politique américaine à l’égard de l’Iran. Washington et Téhéran entretiennent des relations houleuses depuis la révolution qui provoqua la chute du Shah en 1979, et Israël en est venu à considérer l’Iran comme son adversaire le plus dangereux, au vu de ses ambitions nucléaires et de son soutien à des groupes comme le Hezbollah. ar conséquent, Israël et le lobby pro-israélien ont à plusieurs reprises poussé les États-Unis à s’en prendre à l’Iran et se sont employés à faire échouer plusieurs opportunités de détente.
Il en résulte malheureusement que les ambitions nucléaires de l’Iran ont pris de l’ampleur et que des éléments plus extrémistes du régime sont arrivés au pouvoir à Téhéran (comme l’actuel président Mahmoud Ahmadinejad), ce qui ne fait qu’aggraver une situation déjà tendue.

Le Liban est au coeur du chapitre 11, et nous employons à peu de chose près le même schéma que précédemment. Nous soutenons que la réponse d’Israël aux provocations injustifiées du Hezbollah au cours de l’été 2006 a été une erreur stratégique et un acte moralement condamnable ; pourtant, le lobby n’a pas laissé d’autre choix aux dirigeants américains que celui de soutenir fermement Israël

Le dernier chapitre explore divers moyens d’améliorer cette situation. Nous commençons par définir les intérêts fondamentaux de l’Amérique au Moyen-Orient, puis nous esquissons les grandes lignes d’une stratégie de « contrôle à distance » (offshore balancing) – susceptible de défendre plus efficacement nos intérêts. Nous ne demandons pas que les États-Unis se désolidarisent d’Israël – au contraire, nous approuvons pleinement l’engagement de notre pays à venir en aide à Israël s’il en allait de sa survie.

Mais nous considérons qu’il est temps de traiter Israël comme un pays normal et de conditionner l’aide américaine à la fin de l’occupation et au respect des intérêts américains. Pour accomplir cette volte-face, il faut affronter la puissance et l’agenda politiques du lobby ; il nous faudra donc quelques pistes pour faire en sorte que son influence soit plus bénéfique, tant pour les États-Unis que pour Israël. »

John J. Mearsheimer est professeur de sciences politiques à l’université de Chicago et est l’auteur de The Tragedy of Great Power Politics.

Stephen M. Walt est professeur de relations internationales à la Kennedy School of Government d’Harvard. Son dernier livre s’intitule Taming American Power : The Global Response to US Primacy (traduction française à paraître aux Éditions Demopolis en octobre 2007).

Commentaires

"TRAITER ISRAËL COMME UN PAYS NORMAL" ?? Quelle horreur !! Quand on sait combien Israël se rêve comme le maître du monde et la patrie des seigneurs de la terre, quel blasphème !! Je comprends de tout coeur la réaction du lobby.

Écrit par : Martial | 30/09/2007

Au vu du récent vote du Congrès, à l'occasion du barnum organisé pour les 60 ans de l'entité sioniste, on est bien obligé de constater que ce livre n'aura pas même égratigné les pratiques du régime américain :

http://borislelay.blogspot.com/2008/04/belle-unanimit-amricaine.html

Écrit par : l'Eurasien | 28/04/2008

Autre blog intéressant à ce sujet (entre autres sujets) :

http://mauricepinay.blogspot.com:80/

Écrit par : Martial | 28/04/2008

Photo de campagne présidentielle !

http://storage.canalblog.com/51/99/129634/27141175.jpg

Écrit par : l'Eurasien | 25/06/2008

Excellent article sur les "relations spéciales" en vigueur entre les Etats-Unis et l'entité sioniste :

htp://www.djibnet.com/mabraze/lofiversion/index.php?t1399.html

Écrit par : l'Eurasien | 11/08/2008

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