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18/09/2007

LES LENDEMAINS QUI CHANTENT….

cd607a532bb0ae5b623c0624ed81cafc.jpgOn va sortir un peu de la politique et se faire le cadeau d’une page de Jean Giono, tirée de chroniques écrites vers la fin de sa vie, entre 1966 et 1970, dans lesquelles il livre sa philosophie du bonheur. Ce court extrait provient d’un texte intitulé « Le Chapeau ». Comme vous le verrez, la politique n'en est d'ailleurs pas absente et rien n'a changé sous le soleil.

« J’ai, comme tout le monde, acheté des petits Chinois. C’était aussi aux alentours de 1900. Ma mère me donnait deux sous pour mon goûter et il fallait que je lui en rende un. C’était pour sauver les petits Chinois que de méchants parents jetaient au fumier. La cérémonie quotidienne ne manquait pas de noblesse et embellissait mes après-midi vers quatre heures du soir. « Tu comprends bien, Jean, me disait ma mère, tu pourrais garder ce sou, c’est pour ton goûter ; je te l’ai donné et tu me le rends avec plaisir pour sauver ton petit Chinois. Il va grandir en même temps que toi et, dans quinze à vingt ans, ce sera un homme que tu auras plaisir à rencontrer à l’occasion. » L’occasion ne se présenta pas. Quinze ans après, couvert de poux et à plat ventre, j’attaquais en direction du fort de Vaux.

Ce fameux fort de Vaux, d’ailleurs, qu’on attaqua ainsi pendant six jours et dont il restait si peu que nous l’attaquions sans nous douter que nous étions sur son emplacement même, ce fameux fort de Vaux fut aussi un élément du futur. « Les enfants, nous avait-on dit, évidemment ce n’est pas gai, vous allez sacrifier votre jeunesse et peut-être y laisser la peau, mais c’est pour faire chanter les lendemains, donner la paix aux générations futures. Vous faites la guerre pour qu’il n’y ait plus de guerre. Vous vieillirez (ceux qui vieilliront) entourés du respect et de l’estime de ceux pour qui aujourd’hui vous souffrez ».

(…) Les lendemains chantaient aussi bien à l’église, au collège qu’autour de la table familiale. Comment pouvais-je douter quand le prêtre, le professeur, le paterfamilias (pauvre et cher paterfamilias si entiché de sirènes quarante-huitardes en vers et en prose) me promettaient à l’envi de magnifiques harmonies futures ?

On se moquait de « demain on rasera gratis », mais on croyait à la venue de la paix, de la justice, du bonheur et on élevait sur des pavois ceux qui nous les promettaient. Il était pourtant facile de voir quel plaisir immédiat ils prenaient, eux, à cette élévation sur nos épaules. Si on les avait flanqués par terre en leur disant « Alors, tu nous les donnes, tes trucs ? » Mais nous ne l’avons pas fait et nous ne le faisons pas plus aujourd’hui. Les choses continuent exactement de la même façon ; nos œillères sont orientées toujours du même côté

« Vous verrez, vous verrez », nous dit-on. Et que voit-on ?

Je ne vais pas me donner le ridicule de parler de la succession des guerres que la guerre de 14 a engendrées (au lieu de les supprimer), ni du Chinois que j’ai acheté, celui que ma mère appelait « ton Chinois », chaque jour à quatre heures de l’après-midi, et pour l’achat duquel j’ai dû manger la moitié de mon pain sec. Je vais rester terre à terre, je vais parler argent ».

La suite est très savoureuse et elle justifie le titre « Le Chapeau », mais elle est pour demain.

Commentaires

Tiens, bizarre, je n'y ai pas eu droit à l'école. C'est effectivement excellent !

Écrit par : Hervé | 19/09/2007

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