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02/07/2007

LES JUIFS ET LA REVOLUTION, VUS PAR BERNARD LAZARE

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Bernard Lazare (1865-1903) est un journaliste et écrivain anarchiste. Il sera le premier à prendre la défense d’Alfred Dreyfus en 1895. C’est lui également qui traduira de l’allemand vers le français Der JudenstaatL’Etat juif – de son contemporain Theodor Herzl, le fondateur du sionisme,  qu’il rencontrera pour la première fois en 1896. Bernard Lazare publie son livre principal L’antisémitisme, son histoire et ses causes en 1894.

Deux chapitres de cet ouvrage sont consacrés aux relations entre les juifs et les révolutions. Sa conception est assez originale et témoigne en tout cas d’une grande connaissance de l’histoire, des traditions et des écrits du peuple juif. Les pages qui suivent sont très succintes par rapport à l’analyse fort complète qu’il a faite. Il s’agit d’un éclairage donné par un homme qui écrit en 1894, il faut s’en souvenir. La révolution proche est la révolution française de 1789. C’est celle à laquelle il se réfère, bien sûr. La pire, celle de 1917, qui était censée parachever l’œuvre commencée, est encore dans les limbes de l’histoire. Mais beaucoup de pièces du puzzle sont déjà en place.

« Pendant la période révolutionnaire, les Juifs ne restèrent pas inactifs. Étant donné leur petit nombre à Paris, on les voit occuper une place considérable, comme électeurs de section, officiers de légion ou assesseurs, etc. Ils ne sont pas moins de dix-huit à Paris, et il faudrait dépouiller les archives de province pour déterminer leur rôle général. (…) Nous avons vu comment, groupés autour du Saint-Simonisme, ils achevèrent la révolution économique dont 1789 avait été une étape  et quelle fut l'importance dans l'école d'Olinde Rodrigues, de d'Eichtal et d'Isaac Péreire. Pendant la seconde période révolutionnaire, celle qui part de 1830, ils montrèrent plus d'ardeur encore que pendant la première. Ils y étaient d'ailleurs directement intéressés, car, dans la plupart des États de l'Europe, ils ne jouissaient pas encore de la plénitude de leurs droits.

Ceux-là mêmes d'entre eux qui n'étaient pas révolutionnaires par raisonnement et tempérament le furent par intérêt ; en travaillant pour le triomphe du libéralisme, ils travaillaient pour eux. Il est hors de doute que par leur or, par leur énergie, par leur talent, ils soutinrent et secondèrent la révolution européenne. Durant ces années, leurs banquiers, leurs industriels, leurs poètes, leurs écrivains, leurs tribuns, mus par des idées bien différentes d'ailleurs, concoururent au même but. "On les vit, dit Crétineau-Joly, barbe inculte et le dos voûté, l'oeil ardent, parcourir en tous sens ces malheureuses contrées. Ce n'était pas la soif du luxe qui, contrairement à leurs habitudes, leur prêtait une pareille activité. Ils s'imaginaient que le christianisme ne résisterait pas aux innombrables attaques auxquelles la société se trouvait en butte et ils accouraient demander à la croix du Calvaire une réparation de 1840 années de souffrance méritées."

Ce n'était pourtant pas ce sentiment qui poussait Moses Hess, Gabriel Riesser, Heine et Boerne en Allemagne, Manin en Italie, Jellinek en Autriche, Lubliner en Pologne, bien d'autres encore, qui combattirent pour la liberté, et voir dans cette universelle agitation, qui secoua l'Europe jusqu'après 1848, l'oeuvre de quelques Juifs désireux de se venger du Galiléen est une conception étrange ; mais quelle que soit la fin poursuivie, fin intéressée ou fin idéale, les Juifs furent à cette époque parmi les plus actifs, les plus infatigables propagandistes. On les trouve mêlés au mouvement de la Jeune Allemagne ; ils furent en nombre dans les sociétés secrètes qui formèrent l'armée combattante révolutionnaire, dans les loges maçonniques, dans les groupes de la Charbonnerie, dans la Haute Vente romaine, partout, en France, en Allemagne, en Suisse, en Autriche, en Italie.

Quant à leur action et à leur influence dans le socialisme contemporain, elle fut et elle est, on le sait, fort grande, on peut dire que les Juifs sont aux deux pôles de la société contemporaine. Ils ont été parmi les fondateurs du capitalisme industriel et financier et ils ont protesté avec la véhémence la plus extrême contre ce capital. A Rothschild correspondent Marx et Lassale ; au combat pour l'argent, le combat contre l'argent, et le cosmopolitisme de l'agioteur devient l'internationalisme prolétarien et révolutionnaire. C'est Marx qui donna l'impulsion à l'Internationale par le manifeste de 1847, rédigé par lui et Engels, non qu'on puisse dire qu'il "fonda" l'Internationale, ainsi que l'ont affirmé ceux qui considèrent toujours l'Internationale comme une société secrète dont les Juifs furent les chefs, car bien des causes amenèrent la constitution de l'Internationale, mais Marx fut l'inspirateur du meeting ouvrier tenu à Londres en 1864, et d'où sortit l'association. Les Juifs y furent nombreux, et dans le conseil général seulement on trouve Karl Marx, secrétaire pour l'Allemagne et pour la Russie, et James Cohen, secrétaire pour le Danemark. Beaucoup de Juifs affiliés à l'Internationale jouèrent plus tard un rôle pendant la Commune où ils retrouvèrent d'autres coreligionnaires.

Quant à l'organisation du parti socialiste, les Juifs y contribuèrent puissamment. Marx et Lassalle en Allemagne, Aaron Libermann et Adler en Autriche, Dobrojanu Ghérea en Roumanie, Gompers, Kahn et de Lion aux États-Unis d'Amérique, en furent ou en sont encore les directeurs ou les initiateurs. Les Juifs russes doivent occuper une place à part dans ce bref résumé. Les jeunes étudiants, à peine évadés du ghetto, participèrent à l'agitation nihiliste ; quelques-uns  parmi lesquels des femmes  sacrifièrent leur vie à la cause émancipatrice, et à côté de ces médecins et de ces avocats israélites, il faut placer la masse considérable des réfugiés artisans qui ont fondé à Londres et à New York d'importantes agglomérations ouvrières, centres de propagande socialiste et même communiste anarchiste. ».

Commentaires

Ce constat sur l'hésitation des juifs à choisir le système qui leur sera le plus favorable ne date donc pas d'hier : communisme ou capitalisme ? L'important est d'être au-dessus de la mêlée ! Bravo à Bernard Lazare de l'avoir déjà constaté en son temps. Ces deux systèmes pourris sont maintenant réunis dans le mondialisme, qui réconcilie Marx et Rothschild, Besancenot-l'idiot utile et Sarkozy (et encore Rothschild !) ; mondialisme où cohabitent exploitation, homogénéisation de l'homme, et suprémacisme du capital apatride.

Écrit par : Hervé | 02/07/2007

Heureusement que c'est un Juif qui a écrit ce réquisitoire en forme de panégyrique ; sinon, on aurait pu croire aux écrits nauséabonds d'un immonde antisémite !...

Écrit par : Martial | 03/07/2007

Un juif antisémite n'est-il pas sujet à cette névrose particulière baptisée "haine de soi", dont certains parmi les plus illustres (Marx, notamment) étaient atteints ?

Écrit par : Eric Lerouge | 03/07/2007

Ne vous y trompez pas : Bernard Lazare est bel et bien en train d'encenser ses coreligionnaires.

Écrit par : Martial | 03/07/2007

L'ouvrage de Bernard Lazare a été publié sur le site
http://kropot.free.fr/Lazare-antisemcauses.htm

Écrit par : Le passant ordinaire | 08/07/2007

Pour rester sur ce sujet de " prestige " je me permets de signaler le site " Devoir de mémoire " à l'adresse :

notrememoire.blogspot.com

qui a les mêmes cibles que vous !

Il ne serait pas mauvais de faire un lien vers ce site même si le dernier post remonte au 23 avril.

Écrit par : l'Eurasien | 08/07/2007

Faisons notre devoir de mémoire :

http://notrememoire.blogspot.com

Écrit par : l'Eurasien | 08/07/2007

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