Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

26/06/2007

DEMOCRATIE AMERICAINE ET FRAIS DE BOUCHE FRANCAIS

49827c30047abf611b110484f36f3b31.jpgJe ne suis pas une fanatique des Etats-Unis. Leur brutalité, leur impérialisme et leur soutien inconditionnel à des causes discutables m’ont éloignée d’un pays qui avait su montrer un visage bien plus avenant en d’autres temps. Reste que malgré tous leurs défauts, ils demeurent une démocratie bien plus réelle et solide que la nôtre.

 

En farfouillant dans une bouquinerie au Canada, je suis tombée sur les mémoires du chef pâtissier de la Maison-Blanche, Roland Mesnier. Français devenu Américain, il a pris sa retraite en 2004 après 25 ans passés aux fourneaux les plus prestigieux du monde. Comme les délices politico-pâtissiers ne font pas grossir, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ces pages pleines d’humour et d’infos.

Le diable, dit-on, se cache dans les détails. C’est en tout cas davantage dans les petites choses de la vie quotidienne que l’on mesure le degré réel de démocratie d’un pays, que dans les discours pompeux et le baratin habituels.

Je n’en suis qu’au tiers du livre, mais je ne résiste pas au plaisir de vous livrer deux infos édifiantes pour illustrer mon propos. Encore une fois, ce ne sont que des détails, c’est vrai, mais bien révélateurs d’un mode de fonctionnement qui nous est, hélas, totalement étranger.

Roland Mesnier arrive à la Maison-Blanche début 1980 et nous fait visiter les lieux. C’est facile, car « …chaque jour, la propriété est ouverte aux visiteurs – jusqu’à huit mille par jours. En fait, elle est ouverte symboliquement à tous les Américains. Le président l’occupe pendant la durée de son mandat mais la Maison-Blanche appartient aux citoyens des Etats-Unis. » Bon, c’est vrai, ce n’est qu’un symbole qui n’améliore pas le sort des sans-abris. Mais c’est quand même un symbole fort. Rien de tel dans notre belle « démocratie » à nous, où la résidence présidentielle est soigneusement soustraite à la curiosité vulgaire du profane, qui a intérêt à passer au large. Sauf un jour par an, soyons justes, pour la journée du patrimoine. On aurait donc mauvaise grâce à se plaindre.

Mais il y a mieux : écoutons notre chef pâtissier qui raconte les débuts de la présidence Reagan, vus des cuisines : « Cette première journée s’est déroulée sans heurts ; elle ne comptait pas vraiment, car les Reagan, pris par toutes ces mondanités, n’ont pas eu beaucoup d’occasions de manger. Les choses sérieuses ont commencé le lendemain. Il a été décidé de composer chaque semaine un programme de menus qui serait présenté à Mme Reagan pour les repas familiaux. Il faut savoir que tout ce qu’on achète à la Maison-Blanche doit être soigneusement répertorié, en distinguant, justificatifs à l’appui, ce qui est utilisé pour les manifestations officielles, de ce qui sert au Président et aux siens. Dans le premier cas, les dépenses sont remboursées par le State Department ; dans le second, elles incombent à la famille. Il est donc recommandé de faire très attention à ce qu’on utilise pour elle, car cela va apparaître sur l’addition. »

Edifiant, non ? Ayons une pensée émue, au passage, pour les frais de bouche des Chirac – la bagatelle de 14 millions de francs – engloutis entre 1987 et 1995. Oui, bon, c’était à la mairie de Paris et pas à l’Elysée. Y a-t-il une différence ? D’autant que sous le même Chirac, vous savez, le type de « l’Etat modeste », le budget officiel de l’Elysée, a progressé de … 745% entre 1995 et 2005 !

Ce n’est pas ça qui a ruiné le pays, d’accord, mais ces mœurs politiques plus que contestables, marquées par l’opacité et l’absence totale de contrôle ou de clarification entre dépenses publiques et dépenses privées, ont largement contribué en tout cas à agrandir le fossé entre France d’en-bas et France d’en-haut. Et ne font pas honneur à une « démocratie » qui n’est en réalité que trompe l’œil et carton-pâte.

Source : Sucré d’Etat, Roland Mesnier, Editions Flammarion, 2006

Commentaires

Plus ça change, plus c'est pareil : Mitterrand savait déjà fort bien profiter et faire profiter ses favorites, ses laquais, ses bouffons et ses porte-coton des largesses de la république, cette increvable gagneuse acéphale. Chirac lui a fidèlement emboîté le pas, avec la fringale de jouissance qu'on lui connaît, et il en a même remis des tombereaux.

Or, aujourd'hui, suivez-moi bien :

Alors qu'auparavant, on avait un chef de l'Etat de gauche élu par la gauche, l'extrême gauche et les idiots utiles du centre et flanqué d'un gouvernement de droite molle appliquant une politique de gauche, on a maintenant un chef de l'Etat néo-com USraélien élu par la droite et l'extrême droite et un gouvernement de centre-droite molle faisant semblant d'appliquer une politique de droite avec des ministres de gauche. Vive la continuité citoyenne dans la permanence républicaine ! (à moins que ce ne soit le contraire) Et surtout, VIVE LE MÉLANGE DES GENRES !

Écrit par : Martial | 27/06/2007

Les commentaires sont fermés.