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30/05/2007

AUSCHWITZ, LE PROCES DE FRANCFORT

4ba50a0ea8be1a37e6db0a7ff7890cf1.jpgJe ne veux pas me transformer en chroniqueuse télé, mais je dois reconnaître qu’en ce moment la moisson est riche. Hier soir – après le couplet admiratif sur le général Luo, héros de la Chine communiste – la chaîne câblée Histoire proposait à l’exécration des foules Auschwitz, le procès de Francfort : à Francfort, en décembre 1963, 350 témoins de 19 pays témoignent pendant vingt mois contre les tortures subies dans le camp d’extermination nazi d’Auschwitz.

Que les choses soient claires. Je n’ai aucune sympathie pour les sadiques nazis qui ont opéré à Auschwitz. Je n’en ai pas davantage pour les brutes bolcheviques qui ont opéré ailleurs. Je suis simplement fatiguée de voir éternellement les mêmes montrés du doigt et les mêmes escamotés, c’est tout. Et je considère qu’il y aurait, hélas, matière à bien d’autres procès intéressants et instructifs de l’autre côté de l’échiquier politique.

Pour en revenir au procès de Francfort, il permit, paraît-il, de faire découvrir au monde absourdi jusqu’où pouvait aller la haine d’autrui. Mouais… Dans ce cas, c’est qu’il n’avait guère été curieux jusque là, le monde… Et il continue d’ailleurs, comme si de rien n’était.

Ce fut en tout cas, juste après celui d’Eichmann (jugé à partir d’avril 1961, pendu en 1962), un procès à grand spectacle devant 150 journalistes venus du monde entier. Parmi les 211 survivants d’Auschwitz qui vinrent témoigner, figuraient 3 survivants des Sonderkommandos (SK), équipes de détenus juifs chargés de brûler les corps des victimes.

Il s’agissait de Milton Buki, affecté aux SK de décembre 1942 à l’évacuation du camp. Il vivait à Los Angeles au moment du procès et mourut en 1988. De Filip Müller, affecté aux SK également de 1942 à l’évacuation. Et de Dov Paisikovic affecté, lui, de mai 1944 à l’évacuation. Il vivait en Israël et mourut lui aussi en 1988.

Dans leur malheur, il faut reconnaître que ces témoins eurent quand même de la chance car il est généralement admis que les SK étaient systématiquement liquidés au bout de quelques semaines. Il faut donc admettre qu’il y eut des exceptions. Comme celle, d’ailleurs, de Shlomo Venezia, que j’évoquais en avril dernier au moment de la parution de son livre.

Si la tenue du procès de Nuremberg en 1945-46 dut beaucoup à l’opiniâtreté du Congrès Juif Mondial, le procès de Francfort dut énormément à celle du procureur général de Hesse, Fritz Bauer. Plus jeune juge d’instance d’Allemagne sous la République de Weimar, il sera démis de son poste en 1933, cumulant la double « tare » d’être membre du parti social-démocrate et juif. Il émigrera au Danemark en 1936 et rentrera en Allemagne en 1949 où il reprendra sa carrière juridique.

« Mais c'est également dans la lutte contre l'extrême-droite que Fritz Bauer intervint régulièrement. Un exemple a été son intervention lors d'une session organisée par les organisations de jeunesse de Rhénanie-Palatinat en octobre  1960. Son texte, intitulé  Les racines de l'action fasciste et national-socialiste  avait été imprimé pour être distribué dans la jeunesse. Le ministre des Cultes du Land interdit cette distribution dans tous les établissements d'enseignement classique et professionnel de son ressort. Bauer, dans la même logique, prit également position contre les phénomènes de xénophobie et l'antisémitisme latent en Allemagne. Inutile de dire qu'il dut subir de façon presque continue insultes et menaces. Il restera, sans aucun doute, une des grandes figures de la démocratie allemande en création. Le fait qu'il ait été initiateur du Procès Auschwitz de Francfort restera parmi ses mérites, et certainement non le moindre. » (source : www.fndirp.asso.fr )

C’est la plainte, en 1958, d’un ancien détenu d’Auschwitz qui lancera l’affaire. Dans un premier temps, elle ne rencontrera guère d’écho auprès du procureur général de Stuttgart. C’est le procureur Bauer qui prendra une relève énergique. Il choisira les juristes chargés de débrouiller ces dossiers compliqués. Il s’agira ensuite de réunir les preuves. Le Conseil central des juifs en Allemagne lancera un appel à témoignages et proposera un questionnaire. Finalement, plusieurs années vont s’écouler avant que le procès ne s’ouvre enfin, en 1963. Des plusieurs centaines de « coupables » originellement pressentis, 24 restèrent, dont 20 furent effectivement jugés.

Leur fonction au camp était des plus variées, d’adjoint au commandant en chef au kapo de base. Les peines le furent également : 6 seront condamnés à perpétuité pour meurtres, 11 auront des peines de prison allant jusqu’à 14 ans, 3 seront acquittés.

Commentaires

Pour ma part, je me bornerai à dénoncer l'inqualifiable tentative de la chaîne Histoire de chiper à Arte son titre amplement justifié de "Shoah Channel".

Écrit par : Martial | 30/05/2007

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