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27/05/2007

SCANDALE DANS LA FAMILLE : QUAND UN ANCIEN PRESIDENT DES USA MET LES PIEDS DANS LE PLAT

b710c8e05b0d854c461d03956151a20b.jpgPuisque nous évoquons un certain nombre d’ouvrages politiquement incorrects d’origine américaine, il serait dommage de passer sous silence celui de Jimmy Carter dont le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’est pas passé inaperçu, en décembre dernier. Il a même déclenché fureur et polémique aux USA et en Israël. Sous le titre Palestine : Peace not apartheid (Palestine : la paix, pas l’apartheid) l’ancien président démocrate des Etats-Unis de 1977 à 1981, prix Nobel de la Paix 2002, n’a en effet pas mâché ses mots :

Le livre décrit l'abominable oppression et les persécutions dans les territoires palestiniens occupés, le rigide système de laissez-passer et la ségrégation stricte entre citoyens palestiniens et colons juifs en Cisjordanie (...) De bien des manières, c'est plus oppressant que quand les Noirs vivaient en Afrique du Sud au temps de l'apartheid, a-t-il déclaré.

Presque pour lui donner raison, au moment même où il défendait son livre, Israël interdisait à une mission officielle de l'ONU - menée par Desmond Tutu, évêque sud-africain récompensé en 1984 par le Prix Nobel de la Paix précisément pour sa lutte contre l'apartheid - d'enquêter sur le massacre commis par l'armée israélienne à Beit Hanoun (Palestine), où 19 civils palestiniens ont été tués en novembre 2006.


43253f5b589174cbdc7bfeb5b0971ac7.jpgPrincipal artisan des accords de Camp David qui scellèrent la paix entre Israël et l'Egypte en 1978, Jimmy Carter n’a jamais cessé depuis sa présidence de suivre l'évolution du processus de paix israélo-palestinien. Il en retrace toutes les étapes dans ce livre qui est également le fruit de ses trois missions d'observation des élections tenues en 1996, 2005 et 2006 dans les Territoires palestiniens.

 

Imputant l'impasse actuelle à l'ensemble des parties, il se montre cependant le plus critique à l'égard d'Israël, qu'il estime principal responsable de la durée de ce conflit né en 1948 avec l'installation de l'Etat juif sur les terres palestiniennes et qui a déjà coûté des dizaines de milliers de morts (en matière de décompte macabre, on estime à 20 le nombre de palestiniens morts pour 1 israélien). Pour Jimmy Carter, Israël, par son occupation coloniale et militaire des territoires palestiniens, sa confiscation avec l'accord tacite de l'administration Bush des régions les plus intéressantes stratégiquement et économiquement, son mur de béton construit le long de la frontière avec la Cisjordanie, ses restrictions mises à la liberté de circulation des Palestiniens, ses destructions massives de maisons, son blocus économique, ses assassinats ciblés relevant du terrorisme d'Etat, sans parler de l'arrogance de ses dirigeants coupables de crimes contre l'humanité restés impunis, se révèle au final le principal acteur responsable de la violence et du désastre géopolitique.


Comme on peut s’en douter, la publication de Palestine : la paix pas l'apartheid a suscité une levée de boucliers immédiate des très influentes organisations juives aux Etats-Unis. Et les grands médias néo-conservateurs du pays, farouchement pro-israéliens pour la plupart, n'ont pas manqué de dresser le procès en sorcellerie de l'ancien locataire de la Maison-Blanche qui se retrouve accusé d'indécence, de gâtisme et d'antisémitisme (façon Raymond Barre. Détail amusant : ils sont nés tous les deux en 1924, une bonne année). Une pétition a même été lancée par le Centre Simon Wiesenthal, l'un des principaux groupes mondiaux de défense des intérêts juifs, contre ce nouveau porte-parole virtuel de la cause palestinienne à qui il entend rappeler que la vraie raison pour laquelle il n'y a pas la paix au Proche-Orient est le terrorisme et le fanatisme perpétuel des Palestiniens. Ben, tiens !

En dépit de ces violentes attaques, Jimmy Carter estime que son objectif initial est atteint. Pour lui il était primordial de casser le tabou et de créer enfin un débat sur la politique d'Israël car, jusqu'à présent, une véritable chape de plomb étouffe la question aux Etats-Unis : Il y a dans ce pays une formidable intimidation qui réduit nos concitoyens au silence, a-t-il déclaré, ajoutant que ce silence était le fait non seulement d'individus ou de personnes candidates à des fonctions électives mais aussi des médias. Devant la puissance médiatique du lobby pro-israélien il estime qu'il est actuellement suicidaire pour les parlementaires américains de défendre une position équilibrée entre Israël et la Palestine, de suggérer qu'Israël doit se conformer aux résolutions internationales et de parler de justice et de droits de l'homme pour les Palestiniens.

J’ai été traité de menteur. J’ai été traité d’antisémite, j’ai été traité de bigot, j’ai été traité de plagiat, j’ai été traité de lâche. Si elles peuvent parfois m’affecter personnellement, ces accusations n’affectent en rien le caractère factuel et nécessaire de mon livre.

Un Américain décidément bien sympathique.

Source : www.republique-des-lettres.fr

Commentaires

bravo monsieur Carter.Il n'est jamais trop tard pour dire la verité, toute la vérité.A bon entendeur.

Écrit par : abdo | 28/05/2007

C'est bien, très bien, même. Aurait-il dit la même chose s'il avait encore eu un mandat électif à briguer, connaissant le poids terroriste du lobby qui façonne depuis des lustres la politique extérieure de l'USraël ? Mais ne chipotons pas : c'est mieux de l'avoir dit sans risques politiques que de l'avoir tu.

Écrit par : Martial | 29/05/2007

L'Amérique serait-elle sur le chemin de la démocratie "à la française" ?

Écrit par : Paul-Emic | 29/05/2007

Les commentaires sont fermés.