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26/05/2007

QUAND L'AMERIQUE ABANDONNAIT LES JUIFS...

d8f276cbee9f0beb8bbf1fd837083165.jpgJ’évoquais hier l’ouvrage de l’historien américain David S. Wyman L’abandon des juifs – les Américains et la solution finale. J’y reviens aujourd’hui, avec plus de détails, car il s’agit d’un ouvrage essentiel, dont la traduction française est parue il y a tout juste 20 ans.

Ce livre constitue quasiment un réquisitoire contre Roosevelt et la communauté juive américaine de l’époque, que l’on serait bien inspiré de lire ou de relire afin d’avoir là aussi une vision un peu moins manichéenne des événements de la seconde guerre mondiale. Les organisations juives américaines d’aujourd’hui, si promptes à stigmatiser, à dénoncer tous les « antisémites » réels ou imaginaires de la planète, en un mot à instrumentaliser pour le compte d’Israël une tragédie qui se déroula loin de leur sol, pourraient commencer par se pencher sur leur propre passé et leur responsabilité avérée dans le non sauvetage des juifs d’Europe. Car ce livre démontre clairement que, bien que riches et influentes, elles ne se mobilisèrent guère pour venir en aide à leurs frères, généralement modestes, persécutés de l’autre côté de l’Atlantique.

Dans sa préface à cet ouvrage, Elie Wiesel ne peut que le constater également: "Les juifs furent bel et bien abandonnés. Livrés aux bourreaux, ils ne purent compter sur personne. Pas même sur leurs frères qui vivaient librement en Amérique. Constatation triste et révoltante: les grandes organisations juives, les grandes figures de la communauté juive n'avaient pas voulu ou n'avaient pas pu forger un front unique de sauvetage." Un peu plus loin, il s’interroge : "Comment expliquer la quasi indifférence d'un Franklin D. Roosevelt à l'agonie du judaïsme européen ? Comment justifier la politique anti-juive de certains hauts fonctionnaires du Département d'Etat ? Comment comprendre la passivité et le manque de perspicacité de la plupart des dirigeants juifs en Amérique?"

En réalité, bien que les nouvelles concernant les persécutions aient évidemment été connues à haut niveau en Amérique, un grand nombre de considérations interféraient et notamment, la perspective d’instaurer un Etat juif dès après la guerre, qui occupait prioritairement les organisations juives, massivement sionistes.

"La réaction de l'Amérique en face de l'Holocauste fut le résultat de l'action et de l'inaction d'un grand nombre de personnes. Au premier rang se trouvait Franklin D. Roosevelt, qui ne prit, pour aider les juifs d'Europe, que des mesures extrêmement limitées. S'il l'avait voulu, il aurait pu, en s'exprimant clairement sur ce sujet, faire naître dans le public un grand mouvement d'opinion favorable à un vital effort de sauvetage. A défaut d'autre chose, quelques déclarations présidentielles énergiques auraient fait sortir de l'obscurité les nouvelles de l'extermination et les auraient mises au premier plan de l'actualité. Mais il ne parlait que très peu de ce problème et ne fit pas du tout du sauvetage l'une de ses priorités."

Cinq millions de juifs, souvent fort riches et influents, vivaient aux Etats-Unis à l’époque. "Felix Frankfurter, juge à la Cour suprême, eut régulièrement accès à Roosevelt durant toute la guerre et exerça une influence discrète mais efficace dans plusieurs secteurs de l'activité gouvernementale. Il usa de ces contacts pour appuyer un grand nombre d'orientations et de projets politiques, mais le sauvetage ne fut pas l'un d'entre eux."

"Des sept juifs siégeant au Congrès, seul Emmanuel Celler exhorta constamment le gouvernement à entreprendre des actions de sauvetage. De temps en temps, Samuel Dickstein participa au combat. Quatre d'entre eux ne soulevèrent que très rarement la question. Quant à Sol Bloom, il se rangea toujours aux côtés du Département d'Etat (…) Dans l'ensemble, les intellectuels juifs se montrèrent aussi insensibles que les non juifs. Pour prendre un exemple parmi beaucoup d'autres, Walter Lippmann, un éditorialiste extrêmement influent qui traita de pratiquement toutes les grandes questions de l'heure, n'écrivit jamais rien à propos de l'Holocauste."


"Le New York Times, le journal le plus important de l'époque, appartenait à des juifs mais ne désirait pas être vu comme un journal orienté vers les questions juives.
(…) Le Washington Post, appartenant également à des juifs, publia quelques éditoriaux prônant le sauvetage mais très peu de nouvelles et de reportages concernant la situation des juifs en Europe."

"La tragédie des juifs d'Europe fut un sujet que négligèrent les cinéastes américains. Durant la guerre, Hollywood sortit de nombreux longs métrages consacrés aux réfugiés et aux atrocités nazies. Aucun ne traitait de l'Holocauste. Bien que les juifs aient joui d'une grande influence dans l'industrie cinématographique, le Congrès juif américain fut incapable d'obtenir que quelqu'un produise un film, ne serait ce qu'un court documentaire, sur l'extermination des juifs."

"Durant les dernières semaines de 1942, plusieurs sionistes - parmi lesquels Wise et d'autres membres du Comité d'organisation - consacrèrent une part de leurs énergies au problème du sauvetage. Toutefois, l'essentiel des ressources des sionistes continuait à être dirigé vers le but qu'ils se fixaient pour l'après-guerre: un Etat juif en Palestine. La tendance devait se maintenir en 1943 et la question du sauvetage resta, pour eux, au second plan."

Existait également la crainte de se retrouver avec des millions de réfugiés sur les bras :
"La possibilité existe que les Allemands ou leurs satellites puissent passer de la politique d'extermination à une politique d'exclusion et visent, comme ils le firent avant la guerre, à mettre d'autres pays dans l'embarras en les inondant d'immigrants étrangers."

Pour toutes ces (mauvaises) raisons, les différentes parties furent tacitement d’accord pour ne pas s’embarquer dans une question aussi explosive et se contenter de vœux pieux pour le futur, laissant ainsi les coudées franches à Hitler. Ainsi Roosevelt promit-il aux dirigeants communautaires américains, lors d’une grande manifestation publique le 21 juillet 1942, que le peuple américain « ferait en sorte que la responsabilité des auteurs de ces crimes soit très strictement pesée au jour d'un jugement qui ne manquerait pas d'arriver». Winston Churchill, de son côté, rappelait dans un message adressé aux mêmes destinataires à la même occasion, que Roosevelt et lui avaient décidé «de faire du châtiment de ces crimes l'un des principaux objectifs de la guerre ».

"Les organisations juives américaines se déclarèrent satisfaites des résultats de cette manifestation de masse et en particulier du fait que les plus hautes autorités avaient publiquement pris l'engagement de traduire en justice les responsables de ces crimes monstrueux. Mais ni Roosevelt, ni Churchill, ni la déclaration adoptée lors de la réunion, ni aucun des orateurs n'avaient proposé, pour les juifs qui vivaient encore dans les pays d'Europe soumis à l'autorité hitlérienne, de mesure de sauvetage.(…)  Parmi ces orateurs figurait  le rabbin Wise qui affirma que « le salut de leur peuple et de tous les peuples qui allaient être libres ne pouvait venir que de Dieu et d'une victoire rapide et complète des Nations unies ».

Les citations reproduites plus haut ne reflètent que quelques lignes directrices, et en aucun cas la richesse d’informations et d’analyse fournies par cet ouvrage.

Commentaires

je me pose toujours la question "l'Holocauste est il une une realité ou un monsonge sioniste".A vrai dire, votre publication est pleine d'enseignement sur ce sujet;et je pense que si 'Holocauste est une realit" les sioniste dont vous faites allusion dans votre recit ,et compte tenu de leur pouvoir ne laisseraient pas une si grande occasion échapper,sans qu'il aient tirer le maximum de profit.

Écrit par : abdo | 28/05/2007

Il ne faut pas oublier nous plus que les grandes banques juives d'Amérique ont financé le nazisme au même titre que le bolchevisme, ne serait-ce que pour ne pas avoir tous leurs oeufs dans le même panier. Il y avait, en effet, un univers entre les riches banquiers juifs américains et les petits tailleurs ou cordonniers du ghetto de Varsovie...

En outre, après la fin de la guerre, lorsque les camps d'extermination ont révélé toute leur horreur, celle-ci a été bien utile à exploiter pour justifier la création de l'"Etat d'Israël" en Palestine, réputée "terre vierge"... Je ne dis pas que les Juifs d'Amérique ont laissé massacrer leurs frères d'Europe dans ce but machiavélique. N'empêche que tout compte fait, la "Shoah" aura été "bonne pour Israël" (comme on dit dans cette communauté), quand bien même elle aura été une vraie catastrophe pour les Palestiniens ainsi que pour les tailleurs et cordonniers du ghetto de Varsovie.

Écrit par : Martial | 29/05/2007

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