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04/05/2007

LA TURQUIE SERAIT EUROPEENNE DE PLEIN DROIT : UNE HOUTSPA* ETONNANTE !

J’avais projeté un autre thème pour aujourd’hui, mais au détour d’une recherche, je suis tombée sur le texte suivant, qui émane de Jean-Daniel Tordjman pour qui le gouvernement d’alors avait créé en 1992 le poste éminent de « délégué aux investissements nationaux ». Cet homme de marketing évolue donc dans les hautes sphères de la finance internationale et de l’économie. Nous sommes dans la France d’en-haut, s’il en est. Ce texte n’est pas à proprement parler récent, mais les arguments développés pour justifier l’appartenance « européenne » de la Turquie, m’ont paru si étonnemment biaisés que je le soumets à votre examen.

L’auteur est allé rechercher dans toute l’histoire antique mille excellentes raisons d’associer la Turquie à notre destin européen, dont elle ferait partie de plein droit. Des droits plurimillénaires. Jusqu’à notre bon saint Nicolas, qui était turc ! mais oui, madame ! J’ai envie de lui répondre : et alors ? Certes, dans l’antiquité, le monde gréco-romain englobait bel et bien la Turquie, ou du moins une partie. Certes,  des chrétiens ont pu ensuite s’y installer et y pratiquer leur culte. Et alors, encore une fois ? Quel rapport avec la Turquie d’aujourd’hui ? C’est bien beau de convoquer toute l’antiquité, mais quid de la conquête de l’islam qui a ensuite, et définitivement cette fois,  transformé la Turquie en pays musulman ? Et les créatures de rêve – Diane, Vénus, Hélène – dont Tordjman nous parle avec émotion, n’étaient pas voilées, elles, contrairement à la (probable) future première dame turque!

C’est cette Turquie-là qu’il s’agirait d’intégrer aujourd’hui, la Turquie de l’islam, pas celle de Saint Nicolas. Cela fait quand même une sacrée différence, non ?

* "houtspa", pour ceux qui l'auraient oublié, est un vieux mot yiddish signifiant "culot monstre"

medium_images.48.jpg « Qu’on le sache ou non, qu’on le veuille ou non, qu’on l’admette ou non, la civilisation européenne est née en Méditerranéenne orientale de son double héritage gréco-latin et judéo-chrétien.

Où vivait Hérodote d’Halicarnasse, le père de l’histoire ? Et Strabon, le plus grand géographe de l’Antiquité ? Et Ésope, inspirateur des faibles du merveilleux Jean le Fontaine ? Où vécut Lucullus, encore vénéré par tous les gourmets de France et de Navarre ? Où Crésus a-t-il bâti sa richesse ? Où enseignait Thalès de Milet ? Où vivait Mithridate qui tint tête au grand Pompée dont Plutarque nous raconte la vie illustre ?

Où se trouve Phocée qui a créé la ville de Marseille? Et la Phrygie qui nous a donné le bonheur rouge de notre Marianne ? Et Troie, la rivale glorieuse  d’Athènes, où se sont illustrés Hector, Achille et Agamemnon, Ulysse et la belle Hélène, dont le divin Homère raconte les exploits dans l’Iliade et l’Odyssée et que Jacques Offenbach rend toujours vivants sur les scènes parisiennes. 

Et Pergame qui pour se soustraire au monopole de Byblos sur le commerce du papyrus – importé d’Égypte par les commerçants phéniciens en échange du bois de cèdre du Liban, indispensable pour bâtir les bateaux funéraires des pharaons – invente le parchemin qui permit pendant des siècles à la civilisation européenne de transmettre son savoir ?

Où se trouve Ephèse dont l’Oracle rivalisait avec celui de Delphes ? Et Gordion où Alexandre le Grand, par un miracle du courage, trancha le nœud gordien et affirma la prédominance de la volonté humaine ? Où se trouvait le Mausolée, une des sept merveilles du monde non détruit par les Turcs mais les Chevaliers francs de l’Ordre de Jérusalem ? Où coule le Pactole du roi Midas aux oreilles d’âne ? Et  le sinueux fleuve Méandre ?

Où se trouve l’Ionie, mère du plus  harmonieux des trois grands ordres classiques, qui a nourri, de Vitruve à Palladio et à Viollet-le-Duc, l’histoire prestigieuse de l’architecture occidentale ? D’où viennent ces créatures de rêve qui peuplent nos musées, la Vénus de Cnide, la Diane d’Ephèse et l’éblouissante, l’enthousiasme sculpture hellénistique ? 

Tous les bibliophiles peuvent vous le dire:


de Turquie et spécialement d’Asie mineure, un des creusets les plus forts de notre civilisation occidentale. Et si je me tourne de nos racines grecques vers nos  racines judéo-chrétiennes, j’y retrouve Simon/Pierre fixant à Antioche la capitale des juifs disciples de Jésus qui, pour la première fois, prennent nom de chrétiens.  Et où va le prédicateur des gentils, Saul de Tarse ( Tarsus ), ce grec juif citoyen romain pour délivrer ses Épîtres ? A Ephèse et chez les galates, descendants de Gaulois, qui après le sac de Rome, sont allés s’établir en Anatolie. 

D’où vient l’ancêtre de notre Père Noël, Saint Nicolas, évêque de Myra Pamphylie ? Où se trouve le mont Ararat où échoué l’Arche d’alliance de notre ancêtre Noé, vénéré par les trois religions monothéistes ? Et où Jason et ses Argonautes  ont-ils cherché la Toison d’or, symbole de l’ordre le plus prestigieux de l’Occident ?

Où s’est bâti le premier Empire chrétien, celui de Constantine, de Justinien et de Théodose ? Et où s’est fixé le Credo chrétien  si n’est à Nicée, l’Iznik d’aujourd’hui, lors du premier concile œcuménique de 325 ? C’est dans la même région de ferveur et de foi que Nestorius, patriarche de Constantinople, et Arianus ont interprété le christianisme et posé des questions essentielles, insuffisamment étudiées aujourd’hui parce que condamnées comme hérétiques. 

Il n’est pas besoin d’être grand érudit, il suffit d’ouvrir les yeux pour  constater qu’Ephèse, Smyrne, la Phrygie, l’Ionie, en mot la Turquie, non seulement font partie de l’Europe mais sont une composante essentielle de notre héritage culturel et historique, de notre civilisation.

Doit-on rejeter de la civilisation européenne Jésus parce qu’il est de Nazareth, Pierre parce qu’il est de Galilée ou Augustin parce qu’il est d’Hippone ? D’ailleurs, même quand elle était  « l’homme malade de l’Europe », la Turquiefaisait partie du « concert européen ». Relisons ensemble l’éblouissante leçon d’histoire de Victor Hugo dans Le Rhin où il décrit les six «  puissances de premier ordre de l’Europe : le saint-Siège, le saint Empire, la France, la Grande-Bretagne et bien entendu la Turquie, puissance européenne.   

Quel est le défi majeur du 21e siècle pour l’Europe ? Si on va au delà de la langue de bois, c’est d’éviter et de dépasser la confrontation qui s‘annonce entre Islam et l’Occident. L’expérience de la construction européenne peut y aider. 

L’essence de la construction européenne, c’est la paix. Après des siècles de luttes fratricides et des millions morts, l’Union européenne a permis de dépasser la confrontation franco-allemande et rendu la guerre  entre nos deux peuples impossibles et absurde. C’est une question de stratégie, de volonté politique et de méthode. Briand et Stresemann voulaient aussi la paix.

Jean Monnet, de Gaulle,  Adenauer, Spaak, et de Gasperi ont eu une autre intuition, autrement plus féconde : pour rendre la guerre impossible, il ne suffit pas de proclamer la guerre hors la loi, il faut bâtir ensemble, il faut un projet commun mobilisateur de nos énergies. C’est pourquoi la construction européenne est pour nous, Européens, la plus grande réussite de notre siècle. Aujourd’hui que le nazisme a  (presque) disparu, que le rideau de fer et  le communisme se sont effondrés, quelle la plus grande menace pour notre civilisation ? C’est n’est pas l’Islam, comme certains des deux côtés veulent le faire croire. C’est le terrorisme fanatique qui veut conduire à la confrontation de l’Islam avec l’Occident, au « choc des civilisations »  décrit par Huntington de manière beaucoup plus profonde que la caricature qui en est faite…

Rendons à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu. Et quand les dirigeants de l’Eglise allemande se joignent à ceux de l’Eglise catholique allemande pour souligner la « dimension chrétienne » de l’Europe, ils feraient bien de relire leur histoire. Voltaire l’a dit: « Ce sont les Turcs qui ont sauvé le protestantisme en Allemagne » Bien involontairement d’ailleurs, mais ce sont là les paradoxes de l’histoire !...

La demande de la Turquie et le débat ouvert que le président Giscard d’Estaing a lancé ont l’immense avantage de poser la question dans sa complexité et dans sa simplicité. REJETER  la Turquie aujourd’hui serait, de mon point de vue, une erreur stratégique majeure aux conséquences incalculables pour l’Europe. […]

La Turquie est un pays de haute civilisation, du courage militaire, de tradition laïque, de tolérance et philosophique. L’avoir avec nous au sein de l’Europe est une chance considérable ». 

Commentaires

À vomir ! L'adjectif "judéo-chrétien" me donne la nausée. Il me fait penser à un autre issu du même tonneau : black-blanc-beur.

Écrit par : Hervé | 04/05/2007

s'il connaissait parfaitement ses classiques il saurait que même dans le monde antique cette région était une zone de conflit entre l'Orient et l'Occident et que les grecs d'Asie lorsqu'ils étaient sous le joug des Mèdes ou des Perses n'avaient de cesse que de s'en libérer.
Mais il est vrai que tordjman veut dire interprète en turc . Une sorte d'envoyé spécial en quelque sorte.

Écrit par : Paul-Emic | 04/05/2007

A sa manière, ce texte présente sommairement la couverture historique et culturelle de l’argumentaire pro-Turquie dont, évidemment, la principale, pour ne pas dire, l’unique motivation est d’ordre politique, avec ses deux facettes suivantes.

1) Comment corrompre l’idéal européen en le vidant de ce qui fait son essence même, à savoir les considérations d’ordre ethnique et identitaire.

2) En intégrant la Turquie, les frontières de l’Europe deviennent inconsistantes et extensibles vers n’importe quel autre territoire étranger, à commencer par Israël. Ce que l’on dénommerait "Union européenne" ne serait plus alors qu’un immense espace économique et institutionnel voué, comme on s’en douterait, à la préservation des "valeurs démocratiques" et la défense des "droits de l’homme". Quant aux Européens d’origine (considérés uniquement comme étant les plus anciens migrants connus d’un territoire ouvert à l’émigration planétaire !), ils ne seront que des entités ethno-géographiques locales, vouées à devenir de plus en plus minoritaires, avant de se diluer rapidement dans l’ensemble. Autant dire qu’il n’y aura plus de "nations européennes" et l’ensemble des habitants de cette partie du monde deviendront de simples "citoyens", ou plutôt, des "consommateurs" participant au commerce global, sous la "protection" vigilante de la seule puissance planétaire américaine.

Bref, une façon à peine dissimulée d’étrangler purement et simplement le projet européen initial, auquel pourtant l’écrasante majorité des Européens continuent à être viscéralement attachés. Davantage même, c’est le seul projet européen que la plupart d’entre nous sont en mesure de concevoir. Pour nous, la Turquie ne peut entrer dans l’Europe car les Turcs ne sont tout simplement pas européens. Et il en est de même des peuples arabes, juifs, africains, asiatiques ou autres. En revanche, les Serbes musulmans de Bosnie ou les Albanais majoritairement musulmans sont eux, européens de plein droit, et pas seulement parce que leur territoire se trouve en Europe. De même d’ailleurs que les Russes, ainsi que les Américains d’origine européenne, humainement parlant. Malheureusement, en raison des pressions "politiquement correctes", rares sont ceux qui osent encore affirmer ces évidences, tout au moins dans l’espace public. La plupart du temps, on préfère lâchement se cacher derrière des puérilités géographiques ou en invoquant les risques en rapport avec les menaces islamiques.

Au sujet même des fondements de la civilisation européenne, on se doit également de rejeter cette insistance sur nos prétendus héritages "judéo-chrétiens" (je rejoins Hervé dans sa répulsion!). Que le christianisme, ou plutôt un certain christianisme ait profondément marqué certains aspects de la civilisation européenne, il est difficile de le nier. Mais on doit aussi rappeler que cette imprégnation chrétienne est en fait très variable dans l’espace et le temps, sans parler des disparités au niveau social. Une grande partie de l’Europe n’a commencé à être christianisé (le plus souvent par la contrainte, pour des raisons politiques, et de manière on ne peut plus superficielle !) qu’au cours des premiers siècles du second millénaire. Et encore, des siècles durant, en raison même de la structure du catholicisme ou de l’orthodoxie, l’imprégnation véritablement chrétienne se limitait aux classes dirigeantes lettrées qui représentaient une infime partie de la population. La masse des gens, nominalement christianisés continuaient à conserver une vision du monde et des coutumes traditionnelles avec à peine quelques références d’apparence chrétienne. On sait d’ailleurs que derrière le culte des "saints", y compris celui de la Vierge, se perpétue l’adoration des anciennes divinités locales. La plupart même des anciennes églises étaient bâties sur d’anciens sanctuaires païens et rien ne prouve que, par la suite, la masse des paysans venaient y adorer le "Dieu des Juifs".

Lorsqu’on sait enfin que dès son origine même, le christianisme, structuré par le gréco-romanisé Paul de Tarse (celui qui disait que les Juifs sont "ennemis de tous les hommes", I- Thessalociens 2,15, ce qui fait écho aux "ennemis du genre humain" de Tacite) avait en fait été déjudaïsé, et ensuite profondément européanisé, on peut s’interroger sur la profondeur de son enracinement hébraïque.

En fait, le véritable socle civilisationnel de notre continent est l’héritage indo-européen perpétué par le monde paysan jusqu’à ces derniers temps. Nos traditions ne sont pas tant "judéo-chrétiennes" que celtiques, germaniques et slaves (ou plus localement, italiques, helléniques, baltes, basques, etc.). Nos héritages romains même sont davantage institutionnels (surtout juridiques !), pour des raisons historiques que véritablement populaires. Quant à l’héritage grec proprement dit, celui-ci ne concerne que la petite frange intellectuelle, sur des bases livresques.

Ainsi, dans le cas français, la grande majorité d’entre nous ne sont pas des latins mais des germano-celtes dont les ancêtres ont perdu leur langage d’origine au profit de quelques sabirs latins véhiculés par les légionnaires romains qu’ils ont ensuite adaptés à leurs propres particularités régionales.

L’un des drames majeurs du monde européen réside ainsi dans cette coupure relative entre son élite qui a effectivement été christianisée durant des siècles et la masse de la population, demeurée largement païenne (= paganus, le "pays", le monde paysan). Encore que c’est valable également ailleurs pour l’impact musulman à l’extérieur du monde arabe proprement dit. Dans ce sens, un paysan indien, africain, turkmène, malais ou chinois censé être "musulman" ne l’est pas davantage que n’était "chrétien" le paysan européen du Moyen-âge.

Et en France plus particulièrement, nos élites se sont toujours voulues foncièrement différentes du peuple, soit par l’origine, soit par la culture et l’aspiration. Politiquement, c’est sur ce terreau qu’à ensuite poussé le centralisme parisien et le jacobinisme. C’est l’éternelle tension entre la France d’en-haut (qui se voulait judéo-chrétienne, de culture gréco-latine, et ensuite, "éclairée", cartésienne, cosmopolite et droit-de-l’hommiste !) et la France d’en-bas, accusée d’obscurantisme, de superstition, et plus récemment, de réaction "raciste" dans son attachement à ses racines européennes. C’est dire si notre pays était en fait prédisposé à avoir à sa tête une classe dominante foncièrement étrangère à la masse de la population. L'universalisme jacobin précède le discours mondialiste.

Mais c’est aussi pour cette raison que, pour survivre, nous nous devons de réagir par la réhabilitation de nos racines régionales qui, au lieu de nous diviser pourraient nous fédérer. Mais cela n’est possible qu’à travers une vision véritablement européenne des choses, au sens davantage ethno-identitaire que géographique.

Écrit par : Radwulf | 05/05/2007

PS. Un petit complément d’information pour terminer, Tordjman est issu de l’arabe "turjuman", signifiant effectivement "traducteur" ou "interprète". Comme patronyme, il est surtout porté par des Juifs sépharades originaires d’Afrique du nord. Notre "truchement", emprunté à l’époque des croisades, remonte à la même origine.

Écrit par : Radwulf | 05/05/2007

Puisqu'il est bibliophile, je ne puis que lui conseiller de s'approprier l'ouvrage en 18 volumes sur "Histoire de l'empire Ottoman" par Hammer J. (de). Il peut le trouver en allemand ou en français pour pas un rond et le revendre.

Fort utile pour se rendre à l'évidence qu'avant forcément c'était mieux sans eux.

Il peut se rendre à la BNF et le télécharger gratuitement. Merci donc à ceux qui l'on mis en ligne.

Je sais le pseudo fait peuple, mais cela n'est qu'apparence. Il s'agit de la contraction de :

Librairie Excommuniée Numérique culus (CUrieux de Lire des USuels).
Le trois fois maudit et pour cause...

Écrit par : Lenculus le pilon | 08/05/2007

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