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11/03/2007

QUATRE AFFAIRES CELEBRES D'AVANT-GUERRE

Les années d’avant-guerre vont voir se dérouler quatre affaires célèbres ayant toutes des motifs politiques et présentant de nombreuses et troublantes similarités. Trois d’entre elles concerneront, à des degrés divers, la LICA (plus connue aujourd’hui sous le sigle de LICRA).

L’affaire Tehlirian

medium_tehl.2.jpgLe 15 mars 1921, dans une rue de Berlin, un jeune Arménien de 23 ans, Soghomon Tehlirian, abat d’un coup de revolver l’ex-ministre du gouvernement Jeunes Turcs réfugié en Allemagne, Talaat Pasha. L’homme assassiné est le grand ordonnateur des massacres qui ont décimé la population arménienne de l’empire ottoman au cours de la première guerre mondiale. De 1 200 000 à 1 500 000 personnes périront dans ce qui sera considéré comme le premier génocide du XXe siècle.

Le procès de Tehlirian, qui se déroule trois mois plus tard, en juin 1921, est retentissant. Tous les témoins cités au procès attestent de l’ampleur des massacres et de leur intentionnalité. L’accusé, qui a voulu par son geste venger son peuple, est acquitté par le tribunal de Berlin. Il finira ses jours aux Etats-Unis en 1960.

L’affaire Schwartzbard

medium_schw.jpgQuelques années plus tard, une affaire étonnamment semblable éclate à Paris. Le 25 mai 1926, en plein Paris, Samuel Schwartzbard vide son chargeur sur Simon Petlura et se constitue prisonnier. Il déclare lui aussi avoir agi pour venger ses frères juifs victimes de pogroms perpétrés en Ukraine par Petlura. Sa défense est aussitôt prise en mains par un journaliste de gauche, Bernard Lecache, qui crée à cet effet la Ligue  internationle contre les pogroms (qui deviendra l’année suivante LICA, puis LICRA) et lui procure un ténor du Barreau de l’époque : Henry Torrès, qui a déjà par le passé assuré la défense d’anarchistes célèbres.

Là aussi, le procès fait sensation. La population et la presse juives, surtout américaines, prennent fait et cause pour l’accusé et rendent le monde entier responsable, par son silence, des pogroms. En réalité, la part de la responsabilité directe de Petlura, chef de l’armée nationale d’Ukraine, dans les pogroms perpétrés par ses troupes, en une période de guerre civile intense, ne sera même pas établie durant le procès. Samuel Schwartzbard lui aussi sera triomphalement acquitté le 26 octobre 1927. Il finira ses jours en Afrique du sud, en 1938.

L’affaire Frankfurter

medium_frankf.jpgUne nouvelle affaire similaire va éclater début 1936, mais cette fois, son dénouement sera différent. David Frankfurter, étudiant en médecine juif, abat le 4 février 1936 à Davos, Wilhelm Gustloff, représentant en Suisse du national-socialisme. Il indique également avoir agi pour se  venger de ce régime détesté.

Mais la Suisse, pays neutre, ne retient pas le mobile politique et se contente de le juger pour délit de droit commun. Au terme d’un procès que Le Droit De Vivre qualifiera de « scandaleux », David Frankfurter ne sera pas acquitté, lui, mais bel et bien condamné pour meurtre à 18 ans de réclusion, par le tribunal cantonal des Grisons. Le Grand Conseil des Grisons graciera finalement le condamné en 1945, à condition qu’il quitte le territoire suisse et rembourse ses frais de justice. Il ira s’installer à Tel Aviv où il travaillera au ministère de la Défense. Il meurt en 1982.

L’affaire Grynspan

medium_grynsp.jpgLe 7 novembre 1938 à Paris, un juif allemand de dix-sept ans, Herschel Grynspan, attend à la porte de l’ambassade d’Allemagne avec un revolver. Il tire à cinq reprises sur un conseiller d’ambassade, Ernst von Rath, âgé de trente et un ans, et le tue. Lui aussi déclare avoir agi pour venger ses parents persécutés en Allemagne.

Bien que sans le sou et parfaitement inconnu, il sera lui aussi défendu, par l’intermédiaire de la LICA, par un ténor du Barreau de l’époque, Vincent de Moro-Giafferi. C’est cet avocat d’ailleurs qui avancera l’idée de l’homosexualité de Grynspan pour faciliter la défense de son client, qui s’était contredit dans ses motivations.

Mais il n’y aura pas de procès. Car la suite de l’histoire est des plus embrouillées et n’a jamais été réellement élucidée. Grynspan aurait été, après bien des tribulations, remis par la justice française à la police allemande et emmené à Berlin, où il aurait été, après bien des péripéties, libéré par les Américains. A la suite de quoi, il aurait vécu à Paris sous un nom d’emprunt, les diverses parties concernées ayant chacune intérêt à faire oublier son rôle dans cette histoire. D’ailleurs la communauté juive dans son ensemble, contrairement à ce qui s’était passé lors de l’affaire Schwartzbard, ne se solidarisera pas avec Grynspan, accusé d’avoir attiré les malheurs de la Nuit de Cristal  qui fut organisée par les nazis en représailles à son geste. La famille de Grynspan émigra en Palestine et son père témoignera au procès Eichmann.

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