10.02.2010

ACCORDEONISTE A AUSCHWITZ

Le site français du Jerusalem Post nous apprend la nouvelle suivante :

« Une rescapée de la Shoah fait du hip-hop allemand

25.jpgExceptionnelle, Esther Bejarano l'est à tous points de vue. Déportée à Auschwitz à l'âge de 16 ans, Esther y était accordéoniste dans l'orchestre de jeunes filles. Elles jouaient pour chaque nouveau convoi arrivant dans le camp de la mort.

 

65 ans après la libération du camp d'extermination nazi, elle n'a abandonné ni la musique, ni son combat contre la barbarie : cette dame de 85 ans s'est jointe au groupe de hip-hop Microphone Mafia dans le but de diffuser son message contre le racisme à la jeunesse allemande. Et ça marche : cette fusion hip-hop et folklore juif traditionnel fait fureur !

C'est un conflit à tous points de vue : âge, culture et style. "Mais nous aimons tous la musique et partageons un objectif commun : nous nous battons contre le racisme et la discrimination", a-t-elle confié.

 

C'est Kutlu Yurtseven, 36 ans, rappeur d'origine turc de Microphone Mafia qui a contacté Esther deux ans plus tôt pour lui demander de s'associer à ce projet de lutte contre la montée du racisme et de l'antisémitisme en Allemagne.

« Nous voulons garder les souvenirs de la Shoah vivaces, mais regarder en même temps vers le futur et encourager les jeunes à faire front contre de nouveaux nazis », explique Esther Bejarano. »

 

Source : http://fr.jpost.com/servlet/Satellite?cid=1265631159733&a...

 

Je suis étonnée : il y avait donc un orchestre de jeunes filles à Auschwitz ? Bizarre, bizarre … 85 ans en 2010, ça nous fait une naissance en 1925. Déportée à 16 ans, donc en 1941. Elle devait effectivement être bonne musicienne.

Je me demande si dans les goulags de Staline, à la même époque, on jouait aussi de l’accordéon … Mais peut-être qu’on n’a pas le droit non plus de se poser ce genre de question ?

09.02.2010

SACRE VICTOR !

58.jpgIl avait la dent dure, le père Hugo, et une haine tenace à l’encontre de Napoléon III qui l’avait exilé en janvier 1852. Il riposta par un pamphlet ravageur, Napoléon le Petit, qui parut en août 1852. En voici quelques extraits – toute ressemblance avec un personnage actuel serait purement fortuite – qui prouvent qu’il valait mieux éviter de lui marcher sur les pieds.

 

« Louis Bonaparte est un homme de moyenne taille, froid, pâle, lent, qui a l'air de n'être pas tout à fait réveillé. (…)  Si on le juge en dehors de ce qu'il appelle "ses actes nécessaires "ou "ses grands actes", c'est un personnage vulgaire, puéril, théâtral et vain. (…) Il aime la gloriole, le pompon, l'aigrette, la broderie, les paillettes et les passe-quilles, les grands mots, les grand titres, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir.


Cet homme ternirait le second plan de l'histoire, il souille le premier. L'Europe riait de l'autre continent en regardant Haïti quand elle a vu apparaître ce Soulouque blanc. Il y a maintenant en Europe, au fond de toutes les intelligences, même à l'étranger, une stupeur profonde, et comme le sentiment d'un affront personnel; car le continent européen, qu'il le veuille ou non, est solidaire de la France, et ce qui abaisse la France humilie l'Europe.

(…)

Et voilà par quel homme la France est gouvernée ! Que dis-je, gouvernée ? Possédée souverainement. !
Et chaque jour, et tous les matins, par ses décrets, par ses messages, par ses harangues, par toutes les fatuités inouïes qu'il étale dans le Moniteur, cet émigré, qui ne connaît pas la France, fait la leçon à la France ! Et ce faquin dit à la France qu'il l'a sauvée ! Et de qui ? D'elle-même ! Avant lui la providence ne faisait que des sottises; le bon Dieu l'a attendu pour tout remettre en ordre; enfin il est venu ! Depuis trente-six ans il y avait en France toutes sortes de choses pernicieuses: cette "sonorité", la tribune; ce vacarme, la presse; cette insolence, la pensée; cet abus criant, la liberté; il est venu, lui, et à la place de la tribune il a mis le sénat; à la place de la presse, la censure; à la place de la pensée, l'ineptie; à la place de la liberté, le sabre; et de par le sabre, la censure, l'ineptie et le sénat, la France est sauvée ! Sauvée, bravo ! Et de qui, je le répète ? D'elle-même; car, qu'était-ce que la France, s'il vous plaît ? C'était une peuplade de pillards, de voleurs, de jacques, d'assassins et de démagogues.

 

Il a fallu la lier, cette forcenée, cette France, et c'est M. Bonaparte Louis qui lui a mis les poucettes. Maintenant elle est au cachot, à la diète, au pain et à l'eau, punie, humiliée, garrottée, sous bonne garde; soyez tranquilles, le sieur Bonaparte, gendarme à la résidence de l'Élysée, en répond à l'Europe; il en fait son affaire; cette misérable France a la camisole de force, et si elle bouge:... - Ah ! Qu'est-ce que c'est que ce spectacle-là ? Qu'est-ce que c'est que ce rêve-là ? Qu'est-ce que c'est que ce cauchemar-là ? D'un côté une nation, la première des nations, et de l'autre un homme, le dernier des hommes, et voilà ce que cet homme fait à cette nation ! Quoi ! Il la foule aux pieds, il lui rit au nez, il la raille, il la brave, il la nie, il l'insulte, il la bafoue ! Quoi ! Il dit: il n'y a que moi ! Quoi ! Dans ce pays de France où l'on ne pourrait pas souffleter un homme, on peut souffleter le peuple ! Ah ! Quelle abominable honte ! Chaque fois que M. Bonaparte crache, il faut que tous les visages s'essuient ! Et cela pourrait durer ! Et vous me dites que cela durera ! Non ! Non ! Non ! Par tout le sang que nous avons tous dans les veines, non ! Cela ne durera pas ! Ah ! Si cela durait, c'est qu'en effet il n'y aurait pas de Dieu dans le ciel, ou qu'il n'y aurait plus de France sur la terre !

 (…)

Les plus indignés même ne le tireront point de là. Les grands penseurs se plaisent à châtier les grands despotes, et quelquefois même les grandissent un peu pour les rendre dignes de leur furie; mais que voulez-vous que l'historien fasse de ce personnage ?
L'historien ne pourra que le mener à la postérité par l'oreille.
L'homme une fois déshabillé du succès, le piédestal ôté, la poussière tombée, le clinquant et l'oripeau et le grand sabre détachés, le pauvre petit squelette mis à nu et grelottant, peut-on s'imaginer rien de plus chétif et de plus piteux ? »

Source : http://www.republique-des-lettres.fr/1654-victor-hugo.php...

IMPOSTURES EN TOUS GENRES

Faute de pouvoir imposer silence à Internet, ce qui est plus facile à dire qu’à faire, on peut toujours essayer de le disqualifier, en démontrant – et en démontant – toutes les impostures qui y fleuriraient. Et qui sont vraiment du n’importe quoi. Quand on pense qu’il y en a même qui s’en prennent à la shoah … Bref, il est urgent de recadrer les choses, et c’est ce que nous propose Arte ce soir, nous informe le CRIF:

 

«Les effroyables imposteurs» du Net, sur ARTE

 

« Arte consacre sa soirée Thema de ce mardi 9 février 2010 à une révolution qui pose des questions essentielles à notre système médiatique et à notre démocratie : Internet serait une tribune pour les imposteurs de tous poils, une caisse de résonance où l'opinion d'un extrémiste peut avoir la même valeur que celle d'un scientifique reconnu. Formidable instrument d'information, la toile bruisse en effet des rumeurs les plus farfelues : la grippe H1N1 aurait été fabriquée à dessein par les groupes pharmaceutiques, les attentats du 11 septembre auraient été manipulés par la CIA (avec des tours du World Trade Center qui auraient été minées de l'intérieur) et la Shoah n'aurait jamais existé...

 

Qu'Internet connaisse de telles dérives, tout le monde le sait. Mais qu'une foule d'internautes y croit, voire colporte ces inepties au nom de la théorie du complot démasqué, voilà qui est encore plus sidérant. En s'appuyant sur des exemples précis, le premier documentaire d'Arte – « Les effroyables imposteurs » - montre qu'une rumeur malveillante peut être reprise des millions de fois, voire colportée par des médias traditionnels. »

 

Source :http://www.crif.org/?page=articles_display/detail&aid... 

08.02.2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 4

 

32.jpgVoici la suite et la fin de texte de Marcel Aymé, paru en 1950. Il pourrait avoir été écrit ces jours-ci.

 

« L’épuration et le délit d’opinion (n°4)

 

 

La Société des Gens de Lettres, sans oser la moindre protestation, se laissait imposer un général qui venait dans ses murs présider une commission d’enquête. L’Académie française se déshonorait fiévreusement en éjectant de son sein les écrivains persécutés qu’elle avait révérencieusement traités sous l’occupation. A l’Académie Goncourt, la peur et la prudence se doublaient d’un empressement servile dans l’accomplissement des basses besognes d’auto-épuration.

 

Dans le cinéma, il y eut une procédure bien particulière. On fit comparaître devant un tribunal, composé de travailleurs manuels de la Profession, tous les metteurs en scène, scénaristes et dialoguistes. Pour ma part, ayant vendu un scénario à la Continental-Films (société allemande), je fus condamné à un « blâme sans affichage », ce dont je fus avisé par un pli de la Préfecture de la Seine, mentionnant expressément que cette sanction m’était infligée « pour avoir favorisé les desseins de l’ennemi ». Or l’année dernière, donc trois ans plus tard, le ministre de l’Education nationale me manifestait son désir  de me décorer de la Légion d’honneur et, vers la même époque, M. le Président de la République croyait devoir m’inviter à l’Elysée. Par respect pour l’Etat et pour la République, il me fallut refuser ces flatteuses distinctions qui seraient allées à un traître ayant « favorisé les desseins de l’ennemi ». Je regrette à présent de n’avoir pas motivé mon refus et dénoncé publiquement, à grands cris de putois, l’inconséquence de ces très hauts personnages dont la main gauche ignore les coups portés par la main droite. Si c’était à refaire, je les mettrais en garde contre l’extrême légèreté avec laquelle ils se jettent à la tête d’un mauvais Français comme moi et pendant que j’y serais, une bonne fois, pour n’avoir plus à y revenir, pour ne plus me trouver dans le cas d’avoir à refuser d’aussi désirables faveurs, ce qui me cause nécessairement une grande peine, je les prierais qu’ils voulussent bien, leur Légion d’honneur, se la carrer dans le train, comme aussi leurs plaisirs élyséens.

 

Je n’ai rapporté cette histoire personnelle que parce qu’elle témoigne du mépris dans lequel nos gouvernants tenaient eux-mêmes et tiennent encore la Justice qu’ils nous ont fabriquée. J’imagine que chaque fois qu’un tribunal envoyait un homme à la mort pour délit d’opinion, ils devaient échanger des clins d’œil espiègles, car ils savaient ce qu’ils faisaient.

 

Ils savaient où ils allaient et ils sont arrivés où ils voulaient. Aujourd’hui la notion de délit d’opinion est profondément ancrée dans l’esprit des Français de tous âges. Chacun se montre prudent et personne ne bronche. D’ailleurs, les cadres de la nation ont été, pour une part, fusillés, embastillés, réduits à l’exil, au chômage, au silence. Une autre part a été nantie et, par là, réduite au silence aussi. Reste le troupeau des suiveurs, des indifférents de toujours et des anciens collabos convertis par la peur au gaullisme et au communisme. On ne voit pas, dans ces conditions, d’où viendrait aux Français le goût de s’exprimer librement. En fait, la liberté d’opinion n’existe pas en France et il n’existe pas non plus de presse indépendante. Nos journaux sont douillettement gouvernementaux et il n’est pas jusqu’aux journaux communistes qui ne se montrent soucieux de respecter nos hommes d’Etat dans leurs personnes, fussent-ils des coquins avérés, et il n’y a pour ceux-ci rien de plus important. Au moins l’Humanité défend-elle un point de vue et une doctrine. Tous les autres journaux, je veux dire non-conformistes, ne se distinguent les uns des autres que par des nuances exquises que bien souvent les hommes du métier sont seuls à pouvoir apprécier. Voilà pourquoi le Crapouillot, en dépit de sa prudence, de son souci manifeste de ménager la chèvre et le chou, fait figure de périodique indépendant et même audacieux. Ainsi, grâce à l’épuration, grâce à la très ferme répression du délit d’opinion et à tant de nos grands écrivains qui lui ont prêté leur plume, c’est dans des ténèbres soigneusement entretenues depuis six ans que la France marche par des chemins bordés de précipices où il est miraculeux qu’elle ne soit pas déjà engloutie ».

"Le Costa Rica a son premier vice-président juif"

Le site juif.org nous annonce la nouvelle suivante:

"Les citoyens du Costa Rica ont exercé leur droit démocratique dimanche en participant aux élections présidentielles, qui ont entraîné la victoire du premier président féminin dans l’histoire de ce pays d’Amérique Centrale.

 

Chinchilla, 51 ans, a été déclaré victorieuse dimanche soir.

 

Avec la victoire de Chinchilla, le rôle de vice-président sera assuré par Luis Lieberman, un ancien banquier dont les parents ont immigré au Costa Rica en provenance de Pologne avant la seconde guerre mondiale. Lieberman, 63 ans, est le petit-fils du premier Mohel (circonciseur) de la petite communauté juive qui se compose de moins de 3 000 personnes.

 

Lors d’une interview, Lieberman a déclaré que le fait qu’il soit juif n’a pas joué un rôle dans la politique locale. « Certes, il y a toujours des personnes qui ont quelque chose à dire, mais ce n’est pas différent d’un commentaire chauviniste sur un candidat féminin, ce qui est marginal. »

 

« Les juifs au Costa Rica, bien qu’étant un très petit groupe, sont très actifs dans la vie politique, » a-t-il dit, insistant sur le fait que depuis qu’un juif a été nommé ministre de la santé dans les années 70, de nombreux juifs ont assumé des positions clés dans les gouvernements successifs.

 

Selon Lieberman, Chinchilla a expliqué clairement que son objectif est de se concentrer sur un sujet qu’elle connaît peu, l’économie, et lui a offert de devenir le coordinateur en chef du département économique de son gouvernement. Lui-même n’est pas étranger à l’économie, après avoir construit la plate-forme économique du parti.

 

Au sujet du Proche Orient, Lieberman estime que le nouveau gouvernement sera moins actif que le précédent, qui a signé un document reconnaissant un état palestinien indépendant, et a transféré son ambassade de Jérusalem à Tel Aviv. Cette décision a aidé le Costa Rica à développer des relations diplomatiques avec les pays arabes.

 

« Nous tenons à développer de bonnes relations avec des pays comme l’Egypte et les émirats du Golfe Persique, mais la direction sera de consolider ce qui a déjà été établi, » a déclaré Lieberman. « Les relations avec Israël resteront évidement excellentes, comme toujours. Je pense que notre politique étrangère devra se concentrer sur notre région, l’Amérique Latine, et sur la coopération avec d’autres pays dans la lutte contre les organisations criminelles majeures et le trafic de drogue." 

 

Source : www.juif.org

07.02.2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 3

Suite du texte de Marcel Aymé, paru en 1950 dans Le Crapouillot:

 

L'épuration et le délit d'opinion  (n° 3)

 

"Jusqu’au dernier jour, on crut que le général de Gaulle n’était pas absolument indifférent à la littérature et qu’il aimerait gracier un écrivain innocent. On ne pouvait se tromper plus lourdement. A lui aussi, la vie d’un poète était peu de chose et importait infiniment moins qu’un témoignage de satisfaction du parti communiste. Peut-être aussi qu’il avait du goût pour les exécutions (sinon, comment aurait-il, sans une parole de réprobation ou d’apaisement, toléré les massacres des premiers mois de la Libération ?). Durant le temps qu’il fut au pouvoir, on chercherait en vain, dans sa vie publique, la moindre manifestation de générosité, de bonté, le plus petit élan de pitié ou de charité. L’homme est sec.

 

Pour Maurras, il ne pouvait être question de suspecter son patriotisme et l’on savait qu’aucune considération n’aurait pu l’empêcher de dénoncer publiquement ce qu’il croyait contraire aux intérêts du pays. On le savait même si bien qu’on décida de le réduire au silence par tous les moyens. C’est qu’avant la guerre, Maurras avait en France une situation exceptionnelle qui n’a pas d’équivalent aujourd’hui. Leader du parti monarchiste, ce n’était pas à ce titre qu’il devait son importance. Mais grand maître de l’Action Française où il écrivait quotidiennement ses deux ou trois cents lignes, il était le critique officiel de la Troisième République. On comprend que les nouveaux messieurs de la Quatrième aient voulu se débarrasser d’un critique ayant si souvent alerté l’opinion publique. Ils avaient presque tout à cacher : l’inanité de leur politique, la corruption dans les ministères, dans les administrations, les abus de pouvoir, l’abaissement d’un peuple abruti par la terreur et le mensonge. Imagine-t-on, en 1945, Maurras libre d’écrire comme il l’était autrefois ? C’eût été la fin du régime. Le plus simple était de le faire condamner à mort, ce qui ne souffrait du reste aucune difficulté. Comme  son innocence était patente et qu’on redoutait le mépris de nos alliés anglo-saxons dégoûtés par nos kermesses judiciaires, on n’osa pas fusiller un vieillard. La peine de mort fut commuée en celle des travaux forcés à vie. L’essentiel était qu’il se tût. Aujourd’hui encore, nos gouvernants ne sont pas pressés de lui rendre la liberté.

 

L’originalité des tribunaux de la Résistance c’est que, tout en se débarrassant des personnes, l’Etat s’emparait de leurs biens. A première vue on ne saisit pas le rapport entre la confiscation des biens et le délit d’opinion, mais il faut se souvenir que nombre de Résistants ou pseudo-résistants s’étaient octroyé des situations dans la politique, dans l’administration, dans le journalisme et même dans les lettres. Ces situations, ils entendaient en jouir en toute quiétude. Ayant fait condamner à la prison ceux qu’ils avaient supplantés dans leurs emplois, ils voulaient encore que ces malheureux, au jour lointain de leur libération, fussent jetés sur le pavé sans un toit, sans un meuble, sans un sou et dans un tel état de misère qu’il leur fût impossible de rien entreprendre. Supplémentairement, les tribunaux frappaient les gens qui s’étaient rendus coupables du délit d’opinion d’une peine « d’indignité nationale », apparemment anodine, mais interdisant l’accès à la plupart des professions libérales et commerciales. A une époque où les criminologistes se soucient de plus en plus, pour les délinquants, de faciliter leur réadaptation à la vie normale, il est remarquable que le gouvernement de Gaulle ait voué au chômage et au désespoir les « criminels » convaincus du délit d’opinion. Il faut croire que cette préoccupation était d’ordre majeur chez nos maîtres résistants, car ils n’abandonnèrent pas aux seules cours de justice le soin d’empêcher leurs ennemis d’exercer un métier qui pût servir de tremplin à une activité politique. Il y eut des espèces de juridictions professionnelles qui éliminaient les indésirables (en même temps, les syndicats, par exemple dans le journalisme et le cinéma, multipliaient les barrières interdisant l’accès à la profession, si bien qu’aujourd’hui encore on se croirait revenu aux temps d’avant 89, en plein régime corporatif), les condamnant au chômage, à temps ou à vie.

 

A côté de ces comités d’épuration et les épaulant, il y avait des associations de rabatteurs et de poulets auxiliaires qui se chargeaient de subodorer le délit d’opinion et de livrer les suspects à la police. Par exemple, le CNE (Comité National des Ecrivains) publia une liste de coupables, dénonçant ainsi des confrères à la justice et réclamant à grand tapage les plus durs châtiments. Puissamment orchestrée, la délation avait à son service d’autres bourriques qui travaillaient dans la presse et il y avait même, suscités par la peur, des initiatives privées, des poètes indicateurs ou des mouches du roman psychologique, qui bavaient spontanément des injures et des calomnies sur leurs confrères en difficulté. C’était comme un grand concours d’ignominie. »

COMMENT FAIRE PARLER DE SOI QUAND ON EST (PAS) CON MAIS TRES PLEURNICHARD

Voici les « mésaventures » survenues à l’immense auteur/réalisateur Yann Moix. Cette tempête dans un verre à dents, c’est bien sûr histoire de se faire de la pub à bon compte pour son nouveau bouquin en crachant sur la Suisse. C’est très à la mode chez les « progressistes ». Entre Polanski et les minarets, ils ont de quoi faire en ce moment. La marche à suivre est simple : on agonise tout un pays d’insultes du haut de sa grandeur et puis après on vient pleurnicher et se plaindre d’être « censuré » et coupé de ses 3 300 amis, qui ne peuvent plus vous joindre.

Alors, me direz-vous, n’êtes-vous pas bête de contribuer encore un peu à sa pub en diffusant la chose au lieu de parler d’autre chose ? Certes oui, vous avez raison, mais d’un autre côté, on n’a pas tellement l’occasion de se marrer, non ? Et vous allez voir comme c’est amusant. Et puis, ce n’est pas pour autant que j’irai acheter son bouquin. Ni vous sûrement.

Tout d’abord, qui est Yann Moix ? Wikipédia nous apprend qu’il a été « découvert » en 1993 par Bernard-Henri Lévy, puis reconnu notamment par Philippe Sollers, Jean-Edern Hallier et Pierre Assouline ». C’était un bon début et avec de pareils parrains, il a vite accumulé les prix, ça ne vous étonnera pas trop. Et il a brillamment continué sur sa lancée impeccablement correcte, puisque: « En 2007, Moix a publié hors-commerce un hommage personnel au judaïsme intitulé « Apprenti-juif », d'abord paru dans la revue La Règle du jeu, dirigée par Bernard-Henri Lévy. »

Cette pathétique histoire de censure se déroule en plusieurs étapes. L’attaque, tout d’abord, sobrement intitulée « Je hais la Suisse ».

http://lewesternculturel.blogs.courrierinternational.com/...

 

Après, évidemment, les Suisses se sont fâchés et voilà toute l’horreur : Moix a été éliminé de Facebook !!! Epouvantable, non ? Autant dire qu’il a disparu de la surface du monde civilisé. D’où son atroce lamento, qui vaut son pesant de cacahuètes, et que je vous laisse déguster :

« Comment Facebook m’a éliminé

Yann Moix

Je suis écrivain, je suis réalisateur. Qu’on le veuille ou non, qu’on l’accepte ou pas, c’est ainsi. J’écris, je publie, je travaille beaucoup, je réfléchis, j’existe. Je suis un être passionné, parfois emporté, et je travaille actuellement sur plusieurs livres : un essai sur le judaïsme, une biographie de Kafka et un roman sur les Marranes.

J’avais, il y a quelques jours encore, une page Facebook, comme tout le monde, car il est spécifié, quand on s’inscrit sur Facebook, que Facebook est ouvert à tout le monde. Mais Facebook, la société Facebook a décidé de supprimer mon compte, ma page. Sur cette page, il y avait des articles sur Kafka, sur Proust, sur Gombrowicz et sur Miles Davis, sur Stravinsky et sur Sollers. Il y avait des propos polémiques car je suis polémiste. Il y avait des propos sur Polanski car je suis polanskiste. Il y avait une part de moi, de mon univers. Tout ça, ainsi que mes 3 300 amis, a disparu : non seulement c’est ignoble pour mes 3 300 amis, qui ne peuvent plus communiquer avec moi, mais c’est ignoble tout court.

Car pendant qu’on me fait taire, qu’on me sabre, qu’on me supprime, qu’on m’élimine virtuellement, culturellement, intellectuellement, tous les groupes Facebook haineux à mon endroit, eux, perdurent, sont là, consultables, en pleine forme. Je suis supprimé, moi, sans avertissement, de Facebook, mais des groupes tels que « Yann Moix, la Suisse t’emmerde ! » ou « Yann Moix, la Suisse t’encule ! », qui appellent à brûler mes livres sur la place publique, appellent à me frapper physiquement ou s’en prennent à mon physique par des injures démentielles, des groupes comme ceux-là, oui, sont consultables.

Ce n’est plus de la censure : Facebook pratique le délit de sale gueule. Facebook prive un écrivain, un artiste, de parole, de moyen d’expression, de vitrine, au profit de la Meute hurlante, nombreuse, haineuse, dégueulasse.

Ceci est une lettre ouverte à Facebook : je ne savais pas que, pour perdurer sur ce support, il fallait pratiquer la faute d’orthographe de manière systématique, encourager la haine de la pensée, du pamphlet et de la littérature, et encourager la pratique de la menace de mort et du délit de faciès. Je ne savais pas que Facebook avait la haine des penseurs, des artistes et des intellectuels.

Je demande instamment à Facebook de rétablir ma page, non pas une toute nouvelle page bien vierge qui recommence à zéro, avec mémoire effacée, avec amis détruits, avec articles déchirés : mais la page mêmement même que celle que je possédais il y a deux jours encore. Non pas le jumeau nettoyé de mon mur pestiféré, mais le même mur mêmement même, les mêmes amis semblablement semblables. Je veux retrouver mon profil strictement profilé de la stricte même manière.

Je suis le premier écrivain au monde éjecté de Facebook. Le premier détruit sur Facebook. Le premier qu’on accepte de livrer aux chiens de la Meute, le premier que Facebook permet de lyncher, d’assassiner (pas de panique : j’ai la peau dure), mais qui, supprimé, rayé, éradiqué, ne peut ni se répondre, ni s’exprimer. Je n’ai, sur Facebook, que le droit d’être tué, fustigé, haï. Je n’ai plus le droit, sur Facebook, de vivre, de faire partager des vidéos de Frank Zappa ou de Cornell Dupree, de faire découvrir Cziffra à mes amis, ni leur dire ô combien Guitry est un génie. Je ne peux plus donner au moindre ami, sur Facebook, un renseignement sur Rossellini, ni livrer une anecdote sur Fassbinder.

Je n’ai que le droit d’être exposé. Sur Facebook, on menace de me torturer (physiquement), on menace de faire un autodafé de mes livres en place publique, on menace de me faire la peau. Sauf que c’est un support sur lequel je suis déjà mort. Réduit au silence. Même les néo-nazis ne connaissent pas ce traitement.

Je suis le premier artiste français, le premier écrivain du monde a être excommunié d’une société virtuelle ouverte à tout le monde sauf un, ouverte au monde entier sauf à moi.

Je demande ici, solennellement, aux autorités facebookiennes de rétablir immédiatement mon profil, mes pages, mon mur. Facebook est un trombinoscope : ma trombine n’est pas au goût de Facebook.

J’irai jusqu’au bout pour revenir, non par une ruse, non nanti d’un nouveau profil pirate et marrane, d’une crypto-identité, en toute lumière sur ce site démocratique moins un. Ce site pour tous sauf pour Yann Moix. Ce site pour l’humanité entière à une exception près. Ce site universel à un paria près : moi. A une sale gueule près : la mienne.

J’ai de la force, de l’énergie, de la conviction, de l’intelligence et des avocats. Le combat commence aujourd’hui. Ceux qui voudront me soutenir sont les bienvenus.

Sur Facebook, “Yann Moix la Suisse t’encule” n’est pas une insulte. En revanche, “Yann Moix” tout court est une insulte. Et la pire au monde. »

Source : http://laregledujeu.org/2010/02/05/850/comment-facebook-m...

Son cinoche a bien marché car l’ambassade de France en Suisse s’est fendue du communiqué suivant :

« L’Ambassade de France a relevé avec stupéfaction les assertions portées contre la Suisse par un livre que publiera prochainement une maison d’édition française.

Outre les non-sens historiques dont témoignent les extraits déjà parus de cet ouvrage, le ton injurieux adopté par l’auteur disqualifie celui-ci comme ses propos.

L’Ambassade de France tient à exprimer sa sympathie et sa compréhension à l’égard de tous ses amis suisses légitimement choqués par un ouvrage dont on peut à bon droit penser qu’il eût mieux valu qu’il ne parût point. »

Ah, les leçons de ses illustres parrains lui auront bien servi, à ce petit …

06.02.2010

AUX RACINES DU TERRORISME INTELLECTUEL - 2

Voici la suite (mais non la fin) du texte de Marcel Aymé, écrit en 1950.

 

L'épuration et le délit d'opinion (n°2)

 

« Certes, il s’en fallait que tous les écrivains, journalistes et hommes politiques ayant tenu la plume ou le crachoir sous l’occupation eussent obéi à des motifs honorables. Il y en eut qui se montrèrent avec l’occupant d’une platitude écoeurante mais c’était leur affaire et les tribunaux ne sont pas faits pour punir les flatteurs et les hypocrites. Pour bien d’autres, il y avait à redire quant à la pureté des intentions, comme à toutes les époques. En revanche, les maréchalistes de bonne foi étaient innombrables et même parmi les fascistes et les militants de l’Europe Nouvelle, il ne manquait pas de convaincus. Du reste, quelles qu’eussent été les raisons profondes qui les animaient, tous avaient écrit et discouru dans la stricte légalité.

 

La répression du délit d’opinion fut organisée de façon impeccable. Les malpensants étaient déférés à des tribunaux d’exception, chargés de les envoyer au poteau, au bagne, en prison. Les jurés de ces tribunaux étaient désignés par des assemblées de conseillers généraux et d’arrondissement ; lesquels, ayant été eux-mêmes épurés, tenaient avant tout à faire preuve d’esprit partisan. Avec des jurés ainsi triés sur le volet, les débats, conduits par un président à la botte, devenaient le plus souvent une formalité pure et simple. On ne refusait rien au commissaire du gouvernement qui réclamait des peines exorbitantes afin de montrer qu’il était un grand résistant. J’ai assisté à une séance de la Cour de Justice, où l’on jugeait trois journalistes qui s’étaient rendus coupables, dans leurs écrits, de délits d’opinion. Deux furent condamnés à mort, le troisième aux travaux forcés à vie et, au cours des débats, comme l’un des avocats faisait observer que certain article reproché à son client n’avait fait que reproduire, aux termes près, les arguments de l’Humanité clandestine de 1940, le commissaire du gouvernement s’éleva avec véhémence contre ce manque d’égards à un parti tout-puissant, et le Président lui-même, craignant qu’en haut lieu on ne le soupçonnât d’impartialité, fit écho à cette protestation. L’effroyable tragédie de ces procès consistait en cela qu’ils étaient des simulacres et que l’accusé, le sachant, ne pouvait s’empêcher de défendre, comme s’il eût vraiment joué sa tête et que se prétendus juges ne s’en fussent déjà partagé le prix. Le Maréchal, lui, eut assez de force de caractère pour se refuser à tenir un rôle dans la farce judiciaire et à donner le spectacle d’un espoir absurde à une presse ricanante. Face aux chargés de besogne du général, il resta muet d’un bout à l’autre du procès.

 

Parmi les condamnations frappant des hommes qui s’étaient rendus coupables du seul délit d’opinion, les plus remarquées furent celles de Béraud, de Brasillach et de Maurras. Béraud fut condamné à mort pour avoir écrit des articles anti-anglais qui, outre-Manche, ne lui auraient pas seulement valu une amende. Il paraît que l’Ambassade de Grande-Bretagne intervint auprès du chef de l’Etat pour que fût commuée cette sentence idiote qui eût risqué, en des temps plus normaux, de déclencher en France une crise d’anglophobie. L’accusation était si sotte, le déni de justice si manifeste, si provocant par son évidence, que le procès de Béraud, à lui seul, montre dans quelle dépendance honteuse la Résistance tenait les juges.

 

Brasillach eut à répondre de ses écrits politiques sous l’occupation, que chacun était en droit de trouver déplaisants, mais dont nul ne pouvait, de bonne foi, songer à lui faire un crime. Lui aussi eut la faiblesse de se défendre et avec toutes les ressources de son intelligence et de sa sensibilité, bien qu’il sût certainement à quoi s’en tenir sur ses juges. Il y a des natures généreuses qui ne se résignent pas à désespérer, même en dépit de l’évidence. Le commissaire du gouvernement, en parfaite connaissance de cause, réclama, et bien entendu obtint, la tête d’un innocent. Il paraît que, depuis, il fait une très belle carrière et que la mort de Brasillach lui a valu un bon grade dans la Légion d’honneur. C’était un nommé Rabour ou Raboul. On espéra un moment que le condamné obtiendrait commutation de peine. Une pétition circula en sa faveur et réunit les signatures de nombreux écrivains et artistes. Parmi ceux que je sollicitai personnellement, un seul refusa, ce fut M. Picasso, le peintre. Comme je lui demandais, avec toute la déférence à laquelle il est accoutumé, de signer cette pétition pour le salut d’un condamné à mort, il me répondit qu’il ne voulait pas être mêlé à une affaire qui ne le regardait pas. Sans doute avait-il raison. Ses toiles s’étaient admirablement vendues sous l’occupation et les Allemands les avaient fort recherchées. En quoi la mort d’un poète français pouvait-elle le concerner ? ».

 

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